Chapitre 10 : Cerise au Pays des Merveilles

Thranduil10

Cerise au Pays des Merveilles

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Thranduil

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Je fus réveillé en sursaut par d’horribles hurlements stridents. Je mis un moment à me remettre de cette terrible interruption et poussai un cri de rage quand une main me gifla à toute volée. Avisant l’impudent qui avait osé un tel outrage, je crus m’étouffer de colère en constatant qu’il s’agissait encore de Cerise.

Sans attendre, je me levai d’un bond et la ceinturai à la taille. Il ne fallut que quelques secondes pour que Tamril et Finlenn ne pénètrent dans la chambre, l’arc bandé en main, prêts à tirer.

— Que se passe-t-il, Mon Seigneur ? lança Finlenn qui cherchait la cause de toute cette panique.

Tamril, quant à lui, fit le tour de la pièce pour s’aviser qu’aucun danger ne nous menaçait.

— Il ne se passe rien, Finlenn, sauf que cette petite humaine a fait un terrible cauchemar.

Ce n’était pas la vérité à proprement parler car j’étais bien incapable de savoir ce qui avait poussé Cerise à agir ainsi. L’observant à la dérobée, je découvris qu’elle était livide et en larmes. Sans doute avait-elle réellement fait un cauchemar mais pourquoi m’avoir giflé ? Cela n’avait aucun sens.

Revenant à mes deux gardes, je poussai un soupir de mécontentement. J’espérais qu’ils n’interprèteraient pas en mal la présence de l’humaine dans ma chambre à coucher. Pour ne pas éveiller un peu plus leurs soupçons, je préférai les congédier.

— Vous pouvez disposer tous les deux, déclarai-je, impassible. Je vais m’occuper d’elle.

— Très bien, répondit Finlenn, Tamril ?!

Je vis le bras droit de mon capitaine lancer un regard oblique vers Cerise. J’étais à peu près certain qu’il nourrissait un tendre penchant à l’égard de celle qui m’appartenait dorénavant et je ne savais pas si j’appréciais réellement ce constat.

J’attendis qu’ils aient quitté mes appartements pour m’occuper de celle qui nous causait tant de soucis. J’allais la réprimander vertement quand je sentis ses petits poings s’accrocher à ma tunique.

— J’ai cru… j’ai cru, bredouilla-t-elle avant de renifler bruyamment, que vous étiez mort dans votre sommeil.

A cette évocation, ses yeux déjà bien rougis se retrouvèrent, une nouvelle fois, noyés sous un nouveau torrent de larme.

— Pardon ? demandais-je, mais qu’est-ce qui a bien pu vous faire penser que j’étais mort ?

C’était stupide.

Elle se redressa un peu. Je pris sur moi pour ne pas plisser la bouche de dégoût : en plus de ses yeux, son nez coulait aussi et je devais dire que pour le moment, elle faisait piètre figure.

— Vous… Vous aviez les yeux ouverts et vous ne bougiez pas. Vous aviez l’air mort. Comme je sais que vous n’êtes plus tout jeune… Je vous ai secoué et crié dessus mais vous ne réagissiez pas… alors… Alors je vous ai giflé.

Comprenant ce que cela impliquait, ma colère fondit comme par enchantement et je fus pris d’une violente quinte de rire.

— Vous êtes stupide, m’exclamais-je. Ne savez-vous donc pas que les elfes dorment les yeux ouverts ? De plus, pour une meilleure régénération de nos cellules, nous avons un sommeil très profond.

Elle me regarda, les yeux écarquillés.

— Vous êtes sérieux ?

— On ne peut plus sérieux, Cerise. Je pensais que vous le saviez. De plus, dormir les yeux fermés pour un elfe n’a qu’une seule signification… C’est qu’il est mort.

Elle eut un hoquet de surprise à ce constat des plus morbides. Je la lâchai quelques instants pour me lever et aller dans la salle d’eau pour prendre un linge et une bassine afin qu’elle puisse se nettoyer le visage. Je revins avec quelques secondes plus tard. Tandis que je revenais vers elle, je décidai de m’occuper moi-même de la débarbouiller. Sa petite mine me touchait bien plus que je ne l’aurais voulu mais c’était ainsi.

— Tournez vous vers moi, petite, lui ordonnai-je doucement comme si je m’adressais à une enfant.

Elle ne protesta pas et ferma les yeux quand je passai le linge humide pour effacer les traces de sa frayeur. Car elle avait eu peur, c’était un fait étrange et nouveau à constater.

— Vous avez eu peur pour moi, dis-je, ce qui était plus une constatation qu’une question.

A cette phrase elle se déroba à ma vue. Ainsi donc j’avais vu juste. Prestement je reposai le linge et la bassine sur une table et la pris par les bras pour la tourner vers moi.

— J’aurais du savoir, murmura-t-elle d’une faible voix. J’aurais du me souvenir de cette scène ou Merry tente de prendre le Palantír à Gandalf et que ce dernier dort les yeux ouverts* tel un cadavre.

Je fronçai les sourcils. Mais de quoi parlait-elle ?

— Vous êtes vraiment vivant ?! chuchota-telle en levant sa main pour me caresser le visage.

Dès que ses doigts tremblants touchèrent ma joue, je retins mon souffle. Je ne voulais pas lui faire peur car je savais qu’elle était encore en état de choc.

— Je le suis, Cerise.

Je pris son autre main pour la porter à ma poitrine, là où mon cœur battait.

— Je vous ai giflé. J’ai commis un acte impardonnable. Vous allez me punir ?

Je secouai la tête.

— Non, Cerise, je ne vous punirais pas, pas cette fois-ci.

— J’ai vraiment cru que vous étiez mort ou que vous faisiez une crise cardiaque. Vous êtes si vieux malgré votre air jeune. C’est dommage que le Docteur House ne soit pas de ce monde, lui aurait pu vous sauver la vie… Bien sûr il aurait été odieux, mais il y serait arrivé.

Je me reculai un peu pour l’observer. Je ne comprenais absolument rien à son charabia mais je me souvins que je m’étais endormi frustré et ses doigts sur ma peau avaient réveillé mes ardeurs. Je savais qu’il était trop tôt pour cela mais mon désir non assouvi commençait à me faire terriblement souffrir. Je n’étais pas fait de bois ni de glace, cependant, je me refusais à abuser aussi facilement d’une femme en situation de souffrance.

Exhalant un long soupir, je la repoussai gentiment.

— Vous devriez retourner dans votre lit Cerise. Vous êtes fatiguée et moi-même j’ai besoin de repos.

Si je n’arrivais pas à me contenir, sans doute devrais-je retourner voir Maeiell. Cette pensée, cependant, me mécontenta. Je n’aimais pas revenir sur des décisions prises. C’était un signe de faiblesse.

— Je… Je suis désolée pour ce qu’il s’est passé ce soir, déclara-t-elle en se levant. J’eus à peine le temps de voir son regard contrit. Sans savoir pourquoi et par pur reflexe, j’attrapai son poignet pour la ramener à moi. Elle s’effondra dans mes bras et poussa un nouveau hoquet de surprise. Je lui pris la nuque avec une ardeur que je ne me connaissais pas et plongeai ma bouche vers la sienne. Je voulais la goûter une dernière fois avant de la laisser partir à son lit. Elle poussa un long gémissement quand nos langues se rencontrèrent une nouvelle fois. Je fus surpris de la sentir se positionner à califourchon contre moi, ce qui eut pour effet de faire remonter sa robe. Je ne pus m’empêcher de grogner quand son pubis nu rencontra la preuve évidente de mon envie d’elle. J’avais complètement oublié que je lui avais retiré son sous-vêtement quelques heures plus tôt, et je crus devenir fou quand je sentis contre moi la chaleur humide entre ses cuisses.

J’avais voulu la laisser pantelante de désir, frustrée, mais finalement je me pris à mon propre jeu. Qu’il était dur d’arrêter là tandis qu’elle se frottait sans aucune vergogne contre ma virilité. C’est avec une force dont je ne me serais jamais cru capable que je la repoussai une nouvelle fois.

— Allez dormir, Cerise. Il est tard, ordonnai-je tout en soufflant sous l’effort pour ne pas me jeter sur elle et la prendre là sans état d’âme.

— Mais, j’ai envie…

— Pas ce soir ni maintenant, jeune fille.

Je la vis se mordiller la lèvre avant de me tourner le dos. Elle se leva et se dirigea d’un pas rageur vers la porte du salon. Baissant les yeux, je vis le petit morceau de tissu par terre. Me levant à mon tour, je le pris dans l’intention de le lui redonner.

— Cerise, lançai-je plus fort. Elle se retourna, une lueur d’espoir qui fut vite remplacée par de la déception. Elle avait vu. Elle récupéra brutalement son bien mais je ne fis pas cas. Moi aussi je la voulais mais pas comme ça et pas maintenant.

Dans un dernier sursaut de frustration, elle claqua la porte. J’étais enfin seul. Loin d’en être heureux, je me rallongeai en attendant en vain que le sommeil réparateur des elfes ne m’emporte.

Cette petite était en train de me rendre fou.

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Cerise

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Mais comment il osait me laisser dans un tel état ?! Cet elfe était-il frigide, de marbre… Ou sadique ? Je souris en me rappelant qu’une certaine partie de son anatomie avait été des plus… parlante donc non, il n’avait pas été insensible à notre petit intermède. Mais alors, pourquoi n’avait-il pas voulu aller jusqu’au bout ? Ah, maudit roi !

C’est avec dépit que je m’allongeai sur mon lit. J’avais envie de me finir mais j’aurais donné n’importe quoi pour que ce soit avec lui. Je trouvais ça ridicule les mecs qui pensaient que laisser la fille frustrée jusqu’au bout lui donnerait encore plus de plaisir ensuite. Quoique, si Thranduil voulait que je lui saute dessus le lendemain, c’était bien parti pour. Cependant, j’espérais qu’il n’allait pas faire son mâle dominant avec des phrases toutes faites et bonne à l’emploi du style : « jouis pour moi bébé ». Non mais oh ! Si je jouis, c’est pour mon plaisir et parce que j’en ai envie d’abord. Girl Power, non mais ! Il n’allait certainement pas diriger mes orgasmes. Ils sont rien qu’à moi d’abord et si j’ai envie de me faire du bien… ben si lui veut pas hein, j’irais pas faire ma difficile.

Furieuse et frustrée, je donnais un coup de poing dans mon oreiller avant de me jeter sur le matelas. Il n’empêche, j’avais vraiment entamé les hostilités avec lui. On avait commencé à être vraiment intimes. C’était étrange. Il me paraissait tellement intouchable et inaccessible en temps normal. Pourtant, dès que j’avais été dans ses bras, j’avais oublié qui il était. Je portai mon poing à la bouche. Je ne comprenais pas pourquoi il s’intéressait à moi. J’étais si différente des elfes de son peuple. Que ce soit sur l’aspect physique ou même culturel… En plus, je fantasmais à mort sur son fils. Si ça, ce n’était pas malsain… Et puis, et puis je ne l’aimais même pas. Il était trop parfait trop, « je sors d’une mise en page photoshop, je suis fabuleusement parfait et je vous le fais savoir… pour ne pas dire autre chose ». Sa beauté me faisait toujours un peu flipper. Il était éblouissant, il le savait et ça m’agaçait mais dès que j’étais dans ses bras… Purée Cerise, faut vraiment que tu tires un bon coup avec un mec. UN VRAI, et pas un elfe de malheur.

Je me mis à bâiller. A quoi bon ressasser tout ça. D’un geste, je rabattis le drap sur moi et me retournai en chien de fusil pour dormir.

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Le lendemain matin, je me réveillai d’un coup lorsque j’entendis la porte de communication, avec la chambre de Thranduil s’ouvrir.

Je le vis s’avancer vers son bureau sans un regard vers moi. Allons donc, la «bitch» était-elle de retour ? Soupirant, je me levai puis je partis en direction de la salle de bains. Je trouvai des vêtements propres à mon intention. Au départ, ce constat m’avait un peu fait flipper, de savoir que des gens passaient devant vous pendant que vous dormiez… Une fois, quand j’étais partie en colonie de vacances, les deux filles qui partageaient alors ma chambre m’avaient signalé que je parlais en dormant. Bon, je ne ronflais pas, c’était déjà ça.

Une fois prête, je revins dans la pièce principale où un petit déjeuner m’attendait. Mon lit avait été débarrassé. En voyant que quatre couverts étaient dressés, je fronçai les sourcils.

— Celeborn se joindra à nous d’ici quelques minutes, m’informa Thranduil qui me fit signe pour que je prenne place à table.

Mon cœur se mit à cogner un peu plus fort dans ma poitrine, le traitre. Thranduil était particulièrement beau ce matin. Sur sa tête se dressait une couronne que je n’avais jamais vue auparavant. Parmi les feuilles orangées, on pouvait y distinguer quelques bourgeons prêts à éclore ainsi que des feuilles d’un beau vert éclatant. Sous son manteau d’apparat, je distinguais une sorte de tunique faite de fils d’argent et d’or. Oui, indéniablement, le roi était aujourd’hui vraiment, mais vraiment canon.

— Vous avez encore des choses à voir concernant vos affaires politiques ? demandai-je poliment en priant pour que ce ne soit pas le cas. Hier m’avait bien suffi et si je m’endormais une nouvelle fois, je n’aurais pas la même excuse que la veille.

— Non, me répondit Thranduil. Celeborn tenait à s’entretenir avec vous. Je lui ai proposé de le faire ce matin en petit-déjeunant avec nous.

— Oh ! m’exclamai-je, mais pourquoi ? Que me veut-il ?

J’étais perplexe. Je n’étais qu’une pauvre petite humaine, une intruse dans leur monde, je n’avais rien d’intéressant à proprement parler.

— Je n’en ai aucune idée, Cerise, me répondit Thranduil d’une voix claire en prenant un grain de raisin qui se trouvait dans une coupelle posée au centre de la table.

Comme hypnotisée, je le vis porter le grain avec beaucoup de lenteur à sa bouche. Je sentis la mienne s’assécher d’un coup. Ce n’était pas le moment de ressasser ce qui s’était passé la veille avec lui.

J’allais lui poser une nouvelle question quand on frappa à la porte.

— Entrez, lança le Seigneur de Mirkwood.

Il s’agissait de Tamril. Je soupirai doucement. Cela faisait un petit moment que je ne l’avais plus vu — je ne comptais pas la nuit dernière car j’étais trop en état de choc pour l’avoir remarqué — et nos petits moments passés ensemble me manquaient beaucoup. J’en profitai qu’il coulait un regard vers moi pour lui sourire de toutes mes dents. J’espérais qu’à travers ce geste il comprenne que je ne l’avais pas oublié et que je m’étais remise de la nuit dernière. C’est avec plaisir que je le vis me le rendre mais de façon plus timide. Sans doute la présence de Thranduil l’empêchait-il d’être plus démonstratif à mon égard.

— Mon Seigneur, commença Tamril, Finlenn m’envoie vous prévenir que le Seigneur Celeborn ne devrait pas tarder.

— Merci Tamril, vous pouvez disposer, répondit Thranduil en le fixant d’un œil sévère qui ne m’échappa pas.

Mon ami s’inclina respectueusement devant son roi et sortit sans un regard vers moi. Agacée, je levai les yeux au ciel.

— Que signifiait ce sourire Cerise ? me questionna Thranduil en se tournant vers moi.

Il n’était pas en colère mais seulement curieux.

— Eh bien, quand je vois un ami, j’aime lui signifier que je suis contente de le voir alors je lui souris. Tout simplement.

Il haussa un sourcil l’air circonspect. — Vous savez, repris-je, vous devriez essayer, vous aussi, c’est plutôt sympa comme concept. Cependant, je me doute que vous ne devez pas en avoir beaucoup, des amis je veux dire.

Oui, bon, je n’étais pas très sympa avec lui mais c’était mérité pour toutes les fois où il avait été désagréable avec moi ou les autres.

— C’est inexact, répliqua-t-il sans relever ma pique.

Cette fois-ci, ce fut à mon tour de hausser les sourcils. Détendue, je me permis de m’affaler un peu sur la table en mettant mes coudes sur le rebord tout en prenant ma tête dans les mains. Je l’observais, un sourire amusé au visage.

— Carrément, vous avez de vrais amis, pour de vrai ? Mais je n’en n’ai pas croisé un seul ici, dis-je en enfonçant un peu plus le clou.

* Cerise = 1 Thranduil = 0 – Games Fight and the winner is… *

— Certes, et vous ne risquez pas de les voir car ils sont déjà tous partis pour Valinor.

Ses doigts se mirent alors à pianoter contre son accoudoir. Il avait croisé ses jambes dans une position nonchalante. Cependant son manège ne me trompa pas. Il s’impatientait. Et quand Thranduil s’impatientait, ce n’était jamais bon signe.

— Redressez-vous un peu, Cerise, me réprimanda-t-il tout en scrutant la porte, les yeux plissés.

Soufflant contre une mèche de cheveux récalcitrante qui s’était prise de liberté, je fis ce qu’il me demandait. Ce fut à cet instant que Celeborn arriva en compagnie de Haldir, le beau Gardien de la Lórien. Voir ces deux êtres d’une exquise beauté l’un à côté de l’autre fit naître sur mon visage un sourire d’une telle niaiserie que même Anastasia Steele en aurait été verte de jalousie. Quand Celeborn me vit, il me renvoya un sourire empreint d’une telle bonté que je crus fondre comme neige au soleil et ce fut pire quand Haldir vint vers moi pour s’incliner dans un geste très cérémonial.

— Bonjour, belle Dame, je suis ravi de vous revoir.

A cet instant, je fus incapable de lui répondre, mon cerveau venait de subir un grave court-circuit. C’était fini, je crois que j’étais irrémédiablement tombée amoureuse de cet elfe !

Ce fut Thranduil qui me ramena à la réalité en me tançant vertement :

— Cerise, arrêtez de vous conduire comme une enfant mal élevée.

— Mais je n’ai rien fait, répliquais-je, outrée qu’il ose me traiter ainsi devant ses invités.

Je ne voulais pas que Haldir ait une mauvaise image de moi.

— Vous faites honte aux habitants de Mirkwood par votre affligeante attitude.

— Pardon mais vous avez vu la…

— Arrêtez, tous les deux, s’interposa Celeborn qui nous regarda tour à tour avec une certaine incompréhension dans les yeux.

Cette réplique mit fin brutalement à notre échange d’insultes. En privé, depuis que nous avions convenu que je serai dorénavant sa nouvelle maîtresse, c’était devenu une sorte de « private Joke ». On s’engueulait pour un oui comme pour un non… Enfin surtout, j’aimais lui tenir tête. C’était juste jouissif de voir le grand roi elfique sortir de ses gonds. Mais cette fois, je ne pense pas que Celeborn ait pu apprécier ce genre de choses.

Je pouvais le comprendre car après tout, il n’était pas au courant de notre accord, et je ne tenais pas à ce qu’il le soit. Pas que j’en eus honte, mais quand même.

Haldir vint s’asseoir à mes côtés, tandis que Celeborn prenait place en face de Thranduil. Ce dernier avait les lèvres plissées. Je sentais que l’intervention de Celeborn ne lui avait pas plu. Allez savoir pourquoi, un frisson d’anxiété me saisit en pensant que j’en subirais très certainement les conséquences plus tard.

Un silence assez pesant s’installa alors. Celeborn et Haldir me fixaient comme s’ils me voyaient pour la première fois, ce qui me mit très mal à l’aise. Thranduil, quant à lui, avait redoublé d’effort pour prendre son accoudoir pour un piano. Là, tout de suite j’hésitais entre soit rire, soit lancer une blague vaseuse, soit m’écrier : « Mais what the fuck les gars ?! C’est quoi votre problème aujourd’hui ?! Vous avez été mal baisé la nuit dernière ou quoi ?! »

Quand je vis trois paires d’yeux incrédules se retourner d’un seul coup vers moi, je me rendis compte que je m’étais levée et que j’avais parlé tout haut.

— Oups, dis-je, je crois que j’ai encore dit une connerie.

Sur ce je me rassis, toute rouge, en me plaquant les deux mains sur la bouche. Mais quelle idiote, franchement ! Surtout que s’il y avait quelqu’un qui avait été mal baisé la nuit dernière, c’était moi ! … Et Thranduil aussi, mais là c’était de sa faute à lui, pas la mienne.

— Vous commencez à me désespérer, Cerise, jeta froidement le héros de mes pensées, qui prenait sur lui pour garder son calme et croyez-moi, ça se sentait que c’était très dur pour le sacro saint roi.

Quant aux deux autres, je fus sidérée de voir qu’Haldir se retenait pour ne pas… Rire ?! Celeborn, lui affichait un grand sourire lui aussi.

Décidément j’adorais ces deux là. Pitié, emmenez-moi avec vous ! Haldir, s’il te plait épouse-moi là tout de suite maintenant et fais moi des enfants sur la table à manger de Thranduil.

— Bien, commença Celeborn, si j’ai demandé à Thranduil de vous voir ce matin, c’est pour vous poser quelques questions, et aussi vous faire une proposition.

— Ah bon ? Des questions sur quoi ?

— Le Seigneur de Mirkwood nous a dit que vous veniez d’un autre monde. Il apparait qu’effectivement vos us et coutumes, votre façon d’agir et votre manière de vous exprimer nous sont totalement étrangers… Quoique rafraichissants, termina-t-il gentiment en voyant que j’avais changé de couleur à l’évocation de mes innombrables et irrécupérables bévues.

Je ne voyais pas où Celeborn voulait en venir mais je fus soulagée de voir arriver une des elfes qui faisait office en cuisine pour nous apporter le petit déjeuner. Bonne diversion, pensai-je, un peu soulagée.

Le mari de Galadriel attendit que nous fussions tous servis pour reprendre notre conversation.

— Cerise, relança alors Celeborn, tout en portant à ses lèvres une tasse de thé fumante qu’on venait de lui servir. Comme je vous l’ai déjà dit, mon épouse avait vu votre venue voilà de cela quelques lunes. Vous auriez du vous trouver en Lórien. Or nous sommes très étonnés, nous l’avons été, tout le moins, se corrigea-t-il, de vous découvrir à Mirkwood.

Lentement, il reposa sa tasse en me fixant intensément. Je compris qu’il attendait une réponse de ma part.

Non mais parce qu’il pensait peut-être que c’était moi qui avait décrété que je voulais atterrir à Mirkwood-Land, le pays des elfes joyeux où les araignées sont gentilles… Un vrai paradis quoi ?!

— Parce que vous croyez sérieusement que je savais où j’allais atterrir ? Je sentis monter en moi un regain d’amertume aussi puissant qu’un coup de poing en plein ventre. — Ecoutez, je rentrais tranquillement chez moi quand une espèce de vieux dégénéré s’est jeté sur moi dans le Bois de Vincennes et m’a fait tomber dans une sorte de puits sans fond. A mon réveil, je me suis retrouvée dans cet endroit merdique où des araignées ont failli avoir raison de moi. Non mais sérieusement ! hurlais-je en me levant et en tapant du plat de la main sur la table — faisant tinter la vaissellerie au passage— vous croyez vraiment que j’ai décidé de venir dans ce pays de merde de mon plein gré ?! Mais vous avez fumé ma parole !

Les deux elfes de la Lórien me regardèrent éberlués tandis que Thranduil secouait la tête, les yeux levés au ciel. Tiens depuis quand avait-il des attitudes parfaitement humaines, celui là ?

— Ecoutez, Cerise, je sais que tout ceci a du être parfaitement difficile pour vous mais il y a eu très certainement une erreur.

— Ah ça c’est clair, mon pote, il y a une belle erreur ! Mon arrivée ici est une énoooooorme erreur !

— Cerise, hurla Thranduil d’une voix de stentor, il suffit ! Je ne vous permets pas de parler ainsi au Seigneur Celeborn.

Le roi s’était levé à son tour et n’admettrait aucune contradiction de ma part compris-je. Cependant j’étais énervée. Tout ce que je contenais depuis des semaines devait sortir et malheureusement, Celeborn était une cible bien trop facile pour que je ne la prenne pas.

Je le toisai un moment avant de me retourner vers Celeborn qui ne bronchait pas. Je pouvais lire une certaine tristesse dans son regard. Je me mis à trembler.

— Je ne m’excuserai pas, dis-je à Celeborn tout en évitant Thranduil.

Je sentis le roi se déplacer à mes côtés. Qu’allait-il me faire au juste ? Me donner une fessée déculottée devant tout le monde ? J’attendis.

— Thranduil, mon ami, s’interposa l’époux de Galadriel, laisse la s’exprimer.

Puis revenant à moi : — Je comprends votre colère, Cerise et j’ai l’impression que vous avez réellement besoin de l’évacuer. Comment aurions-nous réagi si à votre place nous étions tombés dans votre monde ? Celeborn avisa les deux autres elfes. Haldir hocha la tête, d’accord avec son Seigneur quant à Thranduil il afficha une moue dégoûtée.

— Pourquoi suis-je ici ? demandai-je alors tout à trac.

— Je ne puis vous le dire, mon enfant, répondit Celeborn, un drôle de sourire étirant ses lèvres.

— Hein ?! m’exclamai-je, vous ne le pouvez pas, parce que vous ne savez pas ou parce que vous ne voulez pas ?

— Ce n’est pas à moi de vous le dire, répliqua l’elfe de la Lórien, d’une voix ferme.

Mais bien sûr, pensais-je. En fait, il n’en sait rien mais il ne veut pas me le dire. Ma présence en ces lieux est la pire hérésie jamais connue en Terre du Milieu, je parie que tous ceux qui connaissent mon existence par ici doivent être assez déphasés. Non mais sérieusement, quoi !

Frustrée, je me rassis en croisant les bras sur ma poitrine.

— Encore un peu de thé Ma Dame ? me proposa gentiment Haldir comme si rien ne s’était passé. Je le regardais de travers. Il soutint mon regard sans broncher le moins du monde. Malheureusement, j’étais bien trop en colère pour que son numéro de charme à deux balles ne marche une nouvelle fois sur moi.

— Parce que vous avez vraiment l’impression d’assister à un brunch dominical ou quoi, là ?! Vous avez cru que tout allait bien ? Non ça ne va pas, Haldir, alors votre thé vous pouvez vous le carrer entre vos miches d’elfe mal baisé, je m’en tape.

— Cerise !

Je sursautai. Thranduil se contenait difficilement. Je ne l’avais jamais vu comme ça. Franchement, je m’en fichais. J’avais un peu l’impression au final qu’on me prenait pour une demeurée et je n’aimais pas ça.

— Ecoutez, Celeborn, venez-en aux faits, lança Thranduil agacé.

Ce dernier soupira.

— Très bien. Ecoutez-moi bien, jeune fille, — la voix du Seigneur de la Lórien était devenue un peu plus dure et ferme, il semblait déçu. Je l’avais déçu par mon comportement, c’était indéniable — Votre place n’est pas ici. Nous aimerions que vous veniez avec nous en Lórien.

— Pardon ? m’exclamai-je surprise. Mais pour quoi faire ?

— Mon épouse connait votre histoire, elle a vu plus de choses qu’elle ne m’en a dites. Si vous nous accompagnez, vous aurez très certainement des réponses à vos questions. Cela vous permettra sans doute de faire le deuil de ce monde duquel vous venez.

Une boule d’une grande amertume se forma dans ma gorge. J’eus du mal à avaler. Celeborn, me proposait de partir d’ici pour avoir des réponses ? Ok, d’accord mais si moi, je voulais juste rentrer chez moi ? Et c’était quoi cette histoire de deuil de mon monde ? Je l’aimais, mon monde à moi, je voulais y retourner !

Baissant la tête, je sentis que j’allais éclater en sanglot d’une seconde à l’autre. Je me mordis la lèvre inférieur jusqu’au sang. Je ne voulais pas craquer devant eux. Je ne voulais pas leur exposer mes faiblesses, ils avaient déjà une assez piètre opinion de moi.

— Celeborn, Haldir, si vous n’y voyez pas d’objections, je pense que cette jeune personne a besoin de réfléchir à tout cela, avança Thranduil avec une froide assurance.

J’entendis les deux elfes se lever de leur place.

— Cerise, dit Celeborn. Je comprends ce que vous ressentez mais réfléchissez-bien. Il ne sert à rien de vous rebeller sur ce qui est déjà fait. Le mieux est d’aller de l’avant. Votre vie n’est pas détruite, elle est loin de l’être et pourra se montrer merveilleuse et pleine d’espoir si vous savez ouvrir les yeux et votre cœur. Ne l’oubliez jamais.

Je ne répondis pas puis j’entendis la porte se refermer. Relevant la tête, je vis malgré le brouillard de larmes qui obscurcissait mes yeux qu’ils étaient partis. Me fichant que Thranduil soit encore là, je laissai libre cours à mes sanglots.

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Thranduil

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Ses pleurs étaient déchirants. Après la crise à laquelle je venais d’assister et qui avait eu pour bouc émissaire ce pauvre Celeborn — dont je louais l’incommensurable patience — ne voilà-t-il pas que notre petite humaine craquait pour de bon.

M’affalant un peu plus contre le dossier de mon fauteuil, je croisais bras et jambes et attendis qu’elle se calme. Il ne servait à rien que j’intervienne, je ne ferais qu’ajouter à son mal être. Au bout d’une heure, ses pleurs se tarirent tout à fait et j’eus la satisfaction de la voir se calmer. Ce fut à cet instant qu’on frappa à la porte.

— Entrez, dis-je d’une voix forte.

Il s’agissait de Liamarë. Je la vis froncer les sourcils quand elle aperçut Cerise recroquevillée sur elle-même, les mains sur le visage.

— Que s’est-il passé ? questionna-t-elle doucement.

— Son trop plein d’émotion a débordé, dis-je laconiquement. Les humains n’ont pas, et n’auront jamais, la force émotionnelle des elfes.

— Sans doute, rétorqua-t-elle, mais si ça lui fait du bien, alors c’est mieux ainsi.

Un reniflement méprisant nous fit tourner la tête à Liamarë et moi-même, vers la petite humaine.

— Eh oh ! Je suis là, merci de ne pas parler de moi comme si je n’existais pas, marmonna-t-elle.

J’haussai un sourcil. Allons donc, elle allait sans doute mieux pour retrouver cette verve insolente que nous lui connaissions si bien.

Liamarë, secoua la tête puis débarrassa la table.

— Je te verrai plus tard, Cerise, lui dit-elle avant de sortir.

Cette dernière, une fois que la porte fut refermée enleva ses mains de son visage.

Par les Valar, elle était méconnaissable et incroyablement…

— Vous êtes d’une laideur tout à fait repoussante, marmonnai-je, choqué par l’état dans lequel elle s’était laissée aller. Je compris qu’elle avait pleuré à s’en faire mal. Ses yeux étaient dangereusement rouges et gonflés. Ses joues gardaient les traces de ses larmes quant à son nez, il avait copieusement coulé.

Sans attendre de réponse ou d’objection de sa part, j’exhalai un long soupir avant de me rendre dans la salle d’eau pour récupérer une bassine d’eau fraiche avec un linge.

Tout comme la veille, je pris l’initiative de la débarbouiller. Elle me laissa faire sans broncher, ce qui était mieux comme ça.

— Pourquoi faites vous ça ? me demanda-t-elle une fois que j’eus reposé la bassine et le linge sur la table vide.

Nos visages étaient très proches l’un de l’autre et je pouvais sentir son souffle chaud. Elle me dévisageait comme si elle tentait de lire dans mes pensés. Pris d’un élan de tendresse inhabituelle, je repoussai une mèche de ses cheveux derrière son oreille aux extrémités étrangement arrondies.

Elle était si différente de nous.

— Parce que j’en ai envie, soufflai-je doucement.

A vrai dire, je ne savais pas ce que je désirais vraiment d’elle. Depuis que je la connaissais et qu’elle faisait parti de notre royaume, elle avait chamboulé nos vies bien tranquilles. Voulais-je la voir partir avec Celeborn ?

Je n’en avais aucune idée. Une part de moi, le roi, pensait que sa place était avec ceux qui la réclamaient mais justement, cette autre partie de mon être la voulait également.

— Allez-vous partir ? questionnai-je.

Elle m’observa un instant puis se passa la langue sur sa lèvre supérieure. Malgré tout ce que j’avais pu dire plus tôt, je la trouvais à cet instant tout à fait désirable. N’y tenant plus et faisant fi des convenances, je l’attirai dans mes bras et capturai ses lèvres avant qu’elle ne s’exprime. Ce baiser fut doux et légèrement humide. J’espérais qu’à travers ce geste, cela lui donne matière à réfléchir sur ce qu’elle pourrait perdre en me quittant. De plus, je ne l’avais même pas encore faite mienne. Nous nous séparâmes, le souffle court.

— Je… Je ne sais pas, murmura-t-elle.

Elle voulut baisser la tête mais je la retins, un doigt replié sous son menton.

— Réfléchissez bien Cerise. N’oubliez pas notre accord.

Elle s’écarta légèrement.

— Je sais, dit-elle. Mais j’ai besoin de temps.

— Le temps, vous n’en n’aurez pas, petite. Celeborn repart en début d’après-midi. Votre choix devra être fait bien avant.

Elle se leva subitement.

— Pourquoi ? gémit-elle. Pourquoi faut-il qu’on me demande de choisir ? J’ai l’impression d’être tombée dans un mauvais épisode d’une série cucul la praline à deux balles !

Sans m’en demander la permission, elle sortit précipitamment de mes appartements, me laissant seul. Avais-je le droit de la retenir ici ou dans ce royaume ? Qu’entendaient Celeborn et Galadriel au sujet de cette enfant perdue dans notre monde ?

Cerise, finalement, semblait avoir beaucoup plus d’importance aux yeux des elfes que sa seule présence ne nous l’avait laissée imaginer.

A Suivre


Annotations

– Qui ne se souvient pas de la scène où l’on voit Gandalf dormir les yeux ouverts ? J’ai imaginé ce que serait la réaction de Cerise face à un Thranduil en train de dormir et voilà… J’avoue que j’avais pris énormément de plaisir à écrire cette scène. Pauvre Thranduil, ce n’est pas le genre de réveil que l’on souhaite avoir.

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