Chapitre 5 : Une Nuit en Enfer

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Une Nuit en Enfer

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Cerise

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De quel droit avez-vous osé séduire le bras droit du capitaine de notre garde ?

Ce fut plus fort que tout mais je me mis à rire, mais rire… Sans doute le Seigneur Thranduil venait-il là de me faire la blague la plus hilarante qui soit, et ce à mes propres dépend. Il n’empêche que ça me faisait marrer comme une baleine qui aurait échoué sur un récif. En clair, je riais jaune, quelque part entre le bouton d’or et le canari. Vraiment.

— Il suffit ! tonna le Seigneur de Mirkwood en donnant un violent coup de poing sur la table, ce qui eut pour effet de faire tinter assiettes et verres en cristal. — Je vous interdis de vous moquer de la sorte, continua-t-il, outré par mon attitude peu conventionnelle.

Je dus prendre sur moi pour me retenir de rire à nouveau. J’en avais les larmes aux yeux, dites donc. Je les essuyai d’un doigt tout en avisant le roi.

— Loin de moi l’idée de vouloir me moquer de vous, votre Majesté, mais je pense cependant que cette fois-ci, c’est vous qui vous moquez de moi.

— Comment osez-vous vous montrer aussi insolente ? Des faits nous ont été rapportés.

Je le fixai, stupéfaite.

— Des faits ? répétai-je comme si j’avais laissé tomber mon cerveau à mes pieds, parce que à vrai dire, je ne voyais pas de quoi il me parlait.

Thranduil croisa ses bras sur sa poitrine et vint vers moi en quelques pas. Décidément il aimait bien se sentir proche des sujets de sa colère, celui-là.

— Je sais, commença-t-il que vous passez beaucoup de temps avec l’un de mes gardes, Tamril, cela ne peut pas continuer ainsi.

— Tamril ?! m’exclamais-je, aussi surprise que choquée. Mais… Mais il s’agit juste d’une connaissance amicale avec qui je passe un peu de temps et qui a eu l’extrême délicatesse de me mettre à l’aise avec votre royaume.

— Vous le voyez tous les jours. Des rumeurs sur vous deux commencent à circuler parmi mes sujets. Je ne peux le permettre.

— Mais pourquoi ?! On ne fait rien de mal, on se parle juste ! m’écriais-je d’une voix rendue suraiguë autant par la stupéfaction que par l’incompréhension.

Ce n’était pas possible, j’étais tombée dans un mauvais épisode de « Gossip Girl » ou pire… Peut-être que je participais à mon insu et pas du tout de mon plein gré à un mauvais remake de « Secret Story » chez les elfes ? Non, parce que je ne voyais pas pourquoi le roi des elfes en question en avait autant après moi. Il avait sans doute d’autres chats à fouetter comme… Dégommer des araignées dans sa forêt plutôt que de s’inquiéter des états d’âmes de ses sujets et serviteurs… C’était n’importe quoi. N’empêche, et putain de bordel de merde, ça me touchait vraiment, et pas en bien.

Allait-on me reprocher maintenant de vouloir m’adapter ?! C’était un comble.

— Je vous interdis de vous lier à l’un de mes sujets ou l’un de mes gardes ! Est-ce que je me suis bien fait comprendre, Cerise ?

Je ne savais plus quoi dire, venait-il clairement de m’ordonner de ne plus parler à personne ? C’était parfaitement injuste. Ce roi était injuste et dire qu’il était le père de mon Legolas. Quelle erreur !

— Comment voulez-vous que je m’adapte à votre royaume si vous ne me laissez parler à quiconque ?!

— Vous n’êtes qu’une humaine, vous n’avez pas besoin de vous adapter à quoique ce soit. Ni de séduire qui que ce soit, surtout pas des elfes. Me suis-je bien fait comprendre ?

Thranduil ne semblait pas vouloir en démordre. Il se montrait absurde et cruel mais ne semblait pas s’en rendre compte actuellement.

Pour la première fois depuis que j’étais arrivée ici, je me sentis vraiment, mais vraiment très mal. J’avais vraiment cru que tout ce qui m’était arrivé jusqu’alors était le fruit de mon imagination mais au bout de deux semaines environ, je m’étais faite à l’idée totalement surréaliste que tout ceci était sans doute et surement « vrai ». La vérité avait été dure et extrêmement lourde à digérer. Je n’avais rien à quoi me rattacher et si Tamril n’avait pas été là, ainsi que cette chère Liamarë, je pense que j’aurais commencé à sombrer dans la dépression. Entendre Thranduil vouloir me mettre en réclusion totale me mit une telle chape de plomb dans la poitrine que je crus me liquéfier d’angoisse et de chagrin devant lui. Je n’avais qu’une envie, courir loin de cet être arrogant et sans cœur, me rouler en boule dans un coin et pleurer tout mon saoul jusqu’à ce que le sommeil vienne me prendre.

— Vous êtes injuste, murmurai-je en baissant la tête. Je sentais les larmes poindre à l’orée de mes paupières et ça m’agaçait de craquer comme ça devant lui. Il ne méritait pas mes sentiments.

— Est-ce que vous avez compris ?! Répondez-moi ! tonna-t-il — il semblait indifférent à mon angoisse montante —, avant de m’agripper férocement le poignet pour me tirer vers lui. Je me retrouvais presque dans ses bras et je pouvais sentir son odeur qui me plaisait tant. Etrangement, cela m’amena une nouvelle vague de douleur au cœur, aussi écrasante que si je venais d’apprendre la disparition de quelqu’un de ma famille… Sauf que pour eux, c’était moi qui avais disparu et non l’inverse. C’était ça le problème, c’est que j’avais disparu, on m’avait arrachée à ma vie pour m’envoyer dans un monde dur et brutal, aussi démunie qu’un nouveau né et constamment surveillée par un roi aussi froid qu’insensible. Je me sentais si seule depuis qu’on m’avait ravie à mon assommante vie normale. Ma si douce et si passionnante vie finalement.

— J’ai… j’ai compris, dis-je en haletant et en me dégageant brusquement de lui.

A travers les larmes, car cette fois-ci je pleurais tout à fait, je le vis visiblement surpris de me voir dans un tel état mais je n’en n’avais cure. Il fallait que ça sorte sinon je sentais que j’allais imploser pour de bon. A ma peine et ma douleur s’ajouta la rage du désespoir car présentement, c’était ce que j’étais désespérée.

— Je vous déteste ! hurlai-je. Je maudis le jour et la providence qui m’ont amenée jusqu’à vous ! Vous êtes ignoble et sans cœur ! Je veux retourner chez moi ! J’aimerais tellement que vous ne soyez que l’objet de mon imagination car au moins je saurais qu’en me réveillant, jamais je ne reverrais votre sale gueule de con ! Je vous hais ! Je vous hais ! Je vous méprise au-delà des mots, même !

Avisant le premier objet qui se trouvait devant moi, un vase en l’occurrence, je le lui balançais au visage avant de fuir cet endroit de malheur. Il fallait que je m’éloigne de lui, de ce palais aussi sombre qu’était le cœur de son souverain.

Je ne sus jamais combien de temps je courus, ni où je finis par atterrir mais je compris que j’avais probablement du quitter le palais en m’apercevant que j’étais parvenue dans la forêt. Trop exténuée pour me rendre compte du danger dans lequel je venais très certainement de me fourrer, je m’écroulai au pied d’un arbre tout en continuant à sangloter sur mon sort. Comme je l’avais espéré, le sommeil finit par me ravir et m’emporta dans un néant sans rêve ni couleur. C’était mieux ainsi. Beaucoup mieux.

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Thranduil

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Comment une si frêle petite humaine pouvait-elle ne pas craindre les représailles d’un roi ? Encore choqué des derniers événements, j’observai la pièce puis le vase qui s’était écrasé non loin de moi. Cette Cerise m’avait vraiment surpris en osant me lancer cet objet à la figure, cependant mes réflexes étant ce qu’ils sont, j’avais pu aisément éviter l’attaque. Maintenant, des milliers de morceaux de verres s’éparpillaient par terre, à mes pieds. J’aurais du être en colère contre elle, très furieux même mais le seul sentiment que j’éprouvais à son égard était celui de… L’admiration.

Jusqu’à aujourd’hui, personne n’avait jamais osé me défier comme elle venait de le faire. Toute à sa rage et sa douleur, elle s’était déchaînée contre moi et j’avais été surpris par l’éclat étrange qui brillait alors dans ses yeux. Elle n’avait peur de rien : ni de mon courroux, ni de ce que je représentais. Malgré elle, cette petite m’amusait de plus en plus et me sortait de mon quotidien.

On frappa à la porte.

— Entrez, dis-je d’une voix forte et assurée.

Tamril et Finlenn arrivèrent, la mine préoccupée. Je ne doutais pas un seul instant qu’ils aient entendus les éclats de voix et le fracas qu’avait causé la petite humaine. Cependant, je pris le temps d’observer les expressions de Tamril. Et si Cerise avait dit vrai ? Et si Maeiell avait exagéré ses propos ? Fronçant les sourcils, je me rapprochai de ma garde, faisant attention de ne pas marcher sur les éclats de verre qui jonchaient le sol.

— Que s’est-il passé, Mon Seigneur ? me questionna Finlenn, est-ce que l’humaine vous a manqué de respect ?

A ces mots, je vis clairement Tamril se retourner vers son supérieur, son visage prenant une expression des plus préoccupée.

— Manquer de respect, je ne dirais pas cela, commençais-je, ne quittant pas le bras droit de Finlenn des yeux. Elle a juste tenté de m’envoyer un vase au visage.

A ces mots Finlenn et Tamril sursautèrent en même temps. Il est vrai que, bien que très courageux de sa part, cet acte n’en restait pas moins des plus répréhensibles, surtout quand le Roi lui même était visé. Un fait impardonnable et non sans conséquence.

— Nous la retrouverons et nous vous la ramènerons pour que vous puissiez décider de son sort Mon Seigneur, lança Finlenn avec colère.

Acquiesçant de la tête, je me retournais vers Tamril. Il fallait que je sache.

— Tamril, commençais-je d’une voix douce, on m’a rapporté que vous aviez été séduit par l’humaine Cerise. Est-ce vrai ?

Le soldat me fixa sans ciller, son expression restant totalement neutre, cependant je pus voir clairement sa mâchoire se durcir. Intéressant.

— Cela ne l’est pas, Votre Majesté.

— Que voulez-vous dire ?

J’avais besoin qu’il soit plus clair pour démêler le vrai du faux de cette histoire de séduction qui commençait à m’ennuyer un peu.

— Il est vrai que Cerise et moi-même avons passé beaucoup de temps ensemble mais vous devez savoir que l’idée, au départ, venait de Liamarë.

— Que voulez-vous dire, Tamril ?

Pourquoi Liamarë avait-elle demandé à ce garde de passer du temps avec l’humaine ? Quelle était sa motivation ?

— Liamarë s’est prise d’affection pour l’humaine et elle a pensé qu’il serait préférable que la jeune femme se sente acceptée parmi-nous. Je lui ai fait faire le tour de votre royaume, lui ai parlé de la vie ici…

Tamril baissa alors les yeux, comme s’il réfléchissait à ce qu’il allait dire par la suite.

— Et elle s’est un peu confiée à moi et pour tout vous dire, Votre Majesté, une certaine amitié s’est tissée entre nous.

Ses oreilles ne venaient-elles pas de rougir ? Circonspect, je me tournais vers Finlenn.

— Donc, elle n’a jamais tenté de vous séduire ? repris-je pour être sur d’avoir bien compris.

— Jamais, votre Majesté.

Ayant eu toutes les informations dont j’avais besoin, j’allais les congédier d’un signe de main quand Finlenn me demanda :

— Et pour la fille, nous vous la ramenons ?

— Non Finlenn, laissez-la se calmer, elle finira bien par revenir à la raison et par se rendre compte dans quels ennuis elle s’est fourrée toute seule. A ce moment là, j’aviserais le genre de sanction qu’il conviendra de lui donner.

Une fois seul, j’allai m’asseoir sur une banquette se trouvant en dessous de la fenêtre de ma chambre à coucher pour réfléchir tranquillement aux derniers événements. Le reste de la soirée fut bien calme jusqu’à ce que Maeiell me rejoigne pour débarrasser la table et me questionner sur mes envies à venir pour la nuit. Clairement, j’avais besoin de tranquillité et la solitude me semblait la meilleure des amies actuelles. Je vis bien à son expression qu’elle semblait déçue de mon choix mais ne m’en porta pas rigueur. Après tout, j’étais le roi.

Mon regard se perdit au dehors et je vis les rayons clair et lumineux de la lune, aussi majestueuse qu’inaccessible. Là haut, dehors, elle devait être aussi inchangée qu’au premier jour où je l’avais découverte. Je m’enfonçai encore un peu plus dans les méandres de mes souvenirs et me rappelai avec une certaine nostalgie — qui me venait de plus en plus rarement — de la beauté de notre forêt d’antan celle que nous appelions alors «Vert-Bois». Une époque révolue depuis des siècles. J’espérais vraiment venir à bout des araignées et de cette maudite forteresse maléfique qu’était Dol Guldur. Un véritable poison pour notre territoire. Celeborn et moi-même, avions conclus un marché où je devais lui céder une partie des bois une fois que nous l’aurions totalement assainie. Devoir donner un bout de moi ne me plaisait guère. Cela faisait des millénaires que j’assumais seul le pouvoir en cette partie de la Terre du Milieu et j’avais du prendre sur moi pour accepter une telle requête. « Le monde change, père, il évolue et vous-vous renfermez sur vous jusqu’à ne plus être que l’ombre de vous-même ». Mon fils n’avait pu si bien dire et c’était avec le regain d’un espoir presque douloureux que j’avais tenté de m’ouvrir au monde extérieur. L’image de l’humaine, Cerise, vint s’imposer à ma conscience et le monde venait à nouveau vers moi. Je ne savais pas si sa présence me plaisait vraiment mais elle remuait des choses qui pour l’instant n’avaient pas besoin d’être analysées. Le moment viendrait bien assez vite, pour que je m’en préoccupe alors.

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Cerise

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Quand je me réveillai, je me rendis compte qu’il faisait nuit noire. Un peu confuse, je mis un moment avant de me rappeler pourquoi je me trouvais là. Pourquoi Thranduil était-il si odieux et pourquoi cela me touchait-il autant ? Je n’avais aucune envie de rentrer au palais mais je n’avais nulle part ailleurs où aller. Que c’était triste, tout ça. Je soupirai. J’aurais donné n’importe quoi pour être chez moi, dans mon lit douillet à lire un bon livre ou regarder un bon film. Franchement, les filles qui rêvaient de tomber dans leur histoire favorite, en l’occurrence celle du Seigneur des Anneaux et du Hobbit ne savaient pas vraiment à quoi elles avaient affaire. Prenant sur moi, je me relevai tant bien que mal. Une légère brise fraîche me fit frissonner de la tête aux pieds. Je restai plantée là un instant, comprenant que rentrer serait quasiment impossible. Il faisait très sombre et, bien sûr, la forêt de Mirkwood ne possédait aucun lampadaire digne de ce nom pour éclairer les potentiels retardataires ou déserteurs comme moi. Quelle poisse, nom de nom ! Comment je vais faire pour rentrer, maintenant ? Prenant appui contre un arbre, je fis quelques pas avant de me prendre un tronc en pleine figure. Magnifique ! J’étais bonne pour passer la nuit dehors. Tandis que j’essayai d’avancer tant bien que mal, je sentis que quelque chose m’avait agrippé le bras. Un drôle de bruit, comme une sonorité suraiguë, s’approcha dangereusement de mes oreilles. Je n’osai plus respirer, la peur faisait battre le sang contre mes tympans à un rythme insoutenable. Je priai de toutes mes forces pour ce que ne soit pas ce que je craignais que ce soit. Je n’osai même pas prononcer le nom dans ma tête non plus. Ce ne fut que lorsque je sentis clairement quelque chose de filandreux et de poisseux s’accrocher à mon bras que je me mis à hurler comme si ma vie en dépendait… Rectification, ma vie en dépendait.

Me dégageant comme je le pouvais, je me mis à courir, toujours en hurlant de toutes mes forces. Ce qui fit enrager les araignées qui émirent elles aussi des cris stridents en réponse aux miens. Car oui, j’avais bien des araignées à mes trousses.

Si jamais je m’en sortais vivante, je jurais d’être une hôte bien sage et sérieuse. Je me promis même de me mettre aussi au Sindarin mais si seulement je ressortais vivante de cette soirée d’enfer ! En attendant, je me débattais et hurlais comme une possédée, bien décidée à tout donner… Même le pire ! Surtout le pire !

Je ne me rendis pas compte que plusieurs ombres plus filiformes que celles des araignées s’étaient approchées et décochaient flèches sur flèches et faisaient mouche à chaque coup.

— Baissez-vous ! Entendis-je avec un soulagement énorme. Je fis ce qu’on me demandait sans protester. J’avais bien trop peur pour dire quoique ce soit d’autre hormis gémir comme une folle.

Par terre, les mains sur la tête et tremblant comme une feuille, je fermai les yeux en priant pour que ce cauchemar s’arrête. Je sentis une main ferme m’attraper par la taille et me hisser contre quelqu’un.

— Accrochez-vous, me dit la voix d’un elfe.

Il avait un drôle d’accent quand il parlait. Essayant de me reprendre, je me raccrochai à cette voix pour ne pas sombrer dans l’horreur de ce qui m’arrivait.

Tout en tremblant de tous mes membres, je passai mes bras autour de son cou et enfouis ma tête contre son torse. Je sentis alors que l’elfe s’était remis en action. Il courait tout en donnant des ordres à ses compagnons — que je ne distinguais pas — en langage elfique que je ne comprenais toujours pas. Pour l’heure, je m’en fichais, tout ce que je désirais, c’était qu’on me sorte de là. Notre course dura un moment avant que je n’entende clairement les portes du palais se refermer derrière nous et que la flamme d’une bougie ne vienne perturber les ténèbres qui se trouvaient derrière mes paupières closes. J’étais toujours dans les bras de l’elfe qui ne m’avait pas lâchée non plus. Lentement, je relevai la tête et ouvris les yeux… pour me perdre dans deux lacs tranquilles. Avisant ce soldat que je ne connaissais pas, je me mis à l’observer ouvertement. Il était blond et son air semblait aussi hautain qu’un certain roi que j’avais fui quelques heures plus tôt. Sentant que je le regardais, il baissa la tête vers moi.

— Vous allez bien, ma dame ? me demanda-t-il, soucieux.

Il avait de jolies lèvres, lui aussi, et son visage dans l’ensemble ne dépareillait pas des autres elfes de ma connaissance. Il semblait, tout comme les autres, échappé d’un magazine vantant les mérites des retouches informatiques des logiciels, genre Photoshop. C’était un scandale d’être aussi parfaitement parfait, mais aussi très inhumain.

Je lui fis un hochement du menton pour lui signifier que oui, j’allais bien. Il parlait le langage commun avec un très bel accent qui me plut tout de suite. Allez savoir pourquoi mais bon, même si j’allais bien, je devais aussi reconnaître que je n’avais toujours pas recouvré toute ma tête. Doucement, il me remit sur les pieds et je pus voir qu’il était vraiment grand et classe malgré les couches de toiles d’araignées qui le recouvraient de la tête aux pieds. Avec son espèce de manteau drapé rouge et tous ces fils, on aurait dit un ersatz de Spiderman qui aurait eu quelques soucis avec ses joujoux aux poignets… Impossible de me retenir, je me mis à rire d’abord doucement puis à gorge déployée — Réactions certainement dues au traumatisme de ce que je venais de vivre. Le pauvre me fixait d’un air de pure incompréhension.

— Vous êtes certaine que tout va bien ? me redemanda-t-il, perplexe.

— Oui, oui, lui répondis-je entre deux éclats de rire mais vous… vous ressemblez à un Spiderman qui se serait roulé dans sa toile.

Le pauvre elfe semblait bien démuni face à moi, il faut dire qu’il ne devait pas comprendre grand-chose à mon charabia de fangirl possédée — eh oui, Cerise la folle a encore frappé — et je le vis parfaitement chercher des yeux un des gardes du palais de Thranduil pour lui venir en aide. Tandis que je reprenais difficilement contenance, je vis deux nouveaux elfes en armure arriver aux portes. Ils n’arboraient pas les mêmes couleurs que ceux de la garde de Thranduil. Etrange, d’où venaient-ils ? Toute à mes questions, je ne vis pas Finlenn et Tamril qui arrivaient, le visage totalement inexpressif.

Mae govannen* Haldir, commença Finlenn en posant la main sur son cœur.

Mae govannen, reprit l’autre, encore plus guindé que le capitaine de la garde de Mirkwood, et là je trouvais ça carrément fortiche. Faudrait un jour qu’on songe à leur retirer cette espèce de balai qu’ils avaient tous dans leur fondement elfique. Non mais sérieusement.

Mais attendez trois secondes là… il a bien dit Haldir ? Comme Haldir gardien des bois de la Lórien ? Je sentis mes yeux s’agrandirent de stupeur et mon cœur s’emballer comme un fou ! Non mais j’avais Haldir en face de moi… Oh mon dieu, Haldir m’avait portée dans ses bras ?! Oubliant toute la dignité qui me caractérisait depuis mon arrivée ici, je me ruai sur l’elfe en le dévisageant comme s’il était Dieu en personne ! Ah, pourquoi n’avais-je pas de papier et de stylo sur moi pour un autographe ?!

— Vous… vous êtes Haldir ?! m’exclamai-je … En fait non, couinai-je aurait été plus juste.

Ce dernier me regarda comme si j’avais perdu la tête et en un sens c’était sans doute vrai.

— Vous ne ressemblez pas du tout à l’acteur qui joue votre rôle, continuais-je indifférente aux regards de pur dépit et d’avertissement que me lançaient maintenant et avec acharnement Finlenn et Tamril.

— Vous êtes certaine que vous allez bien ? me redemanda mon idole du moment.

Je mis un temps avant de lui répondre, me mordillant la lèvre inférieure afin d’éviter de me ridiculiser en poussant des petits cris d’orfraie.

Craig Parker me faisait un peu craquer mais vous… Vous êtes encore plus canon ! dis-je en omettant de répondre à sa question.

Je me demandais aussi s’il était aussi bien foutu physiquement que l’acteur qui jouait son rôle… Non parce que depuis que j’avais vu Craig à poil dans Spartacus… Comment dire… C’est fou ce qu’il faisait chaud tout d’un coup.

— Cela suffit, Cerise ! me gronda Tamril en me prenant le bras. Puis se tournant vers Haldir : « Excusez-là Haldir, la soirée a été rude pour elle. Mais dites-moi où l’avez-vous trouvée ? Cela va faire des heures que nous la cherchons partout. »

— A quelques seconde près, vous ne l’auriez jamais retrouvée, répondit le gardien de la Lórien, affichant un air sombre qui fit tiquer Finlenn.

— Que voulez-vous dire ? questionna-t-il sur le qui-vive.

— Elle était à deux doigts de se faire dévorer par une araignée géante quand mes frères et moi-même avons entendu ses hurlements.

Je sentis alors très clairement les doigts de Tamril s’enfoncer plus durement dans le gras de mon bras. Il me faisait mal ! Je grognai de douleur.

— Cerise, me jeta-t-il en colère, nous vous avions pourtant formellement interdit de sortir dehors ! Vous êtes inconsciente, ma parole !

Je le dévisageais surprise et je sentis la colère monter en moi.

— Non, j’étais juste au trente-sixième dessous à cause de l’autre espèce de « bitch » qui vous sert de souverain, déclarai-je, énervée contrôlant difficilement mes émotions.

Voyant que mes propos avaient choqué ma courte assemblée, je soupirai bruyamment. Ce n’était sans doute pas le moment de perdre mon calme.

— Tamril, dit Finlenn, raccompagne là dans sa chambre et fais en sorte qu’elle n’en sorte pas. Le Seigneur Thranduil voudra très certainement lui parler plus tard. Puis revenant à Haldir et ses frères : — Suivez-moi, je vais vous annoncer pour que vous puissiez faire votre rapport et ensuite je vous montrerai vos quartiers. Vous devez être un peu fatigués.

— Effectivement, entendis-je Haldir répliquer tandis que ses compagnons et lui même suivaient Finlenn dans les couloirs sombres du palais de Thranduil sans un regard pour moi.

Hypnotisée, je ne vis pas que Tamril me tirait par le bras pour me ramener jusqu’à ma chambre.

— C’est un miracle que le roi n’ai pas demandé à ce que vous soyez jetée une nouvelle fois en cellule voire pire après l’esclandre que vous avez fait, me dit-il, en colère contre moi.

— Désolée, rétorquais-je pas désolée du tout, mais il m’avait mise en hors de moi.

Tandis que nous avancions à vive allure, Tamril s’arrêta brusquement et n’ayant pas mis de distance de sécurité entre nous, je le percutais de plein fouet.

— Vous nous avez causé une très belle frayeur, vous savez.

Il ne s’était pas retourné vers moi pour me dire ça mais j’avoue que ces mots me firent plaisir. Ben quoi, ça faisait toujours du bien de voir que des gens qui vous connaissaient depuis peu, pouvaient s’inquiéter pour vous.

— Je suis désolée, dis-je tout bas.

Pour lui, et ceux qui s’inquiétaient vraiment pour moi, je l’étais. Mais pas pour l’autre souverain présomptueux et imbu de sa magnifique personne. Ça jamais !

— Vous pouvez l’être et je suis certain que lorsque le roi Thranduil sera venu vous voir, vous le serez encore plus, répliqua-t-il sèchement.

Il s’arrêta le temps d’ouvrir la porte de ma chambre et il me laissa pénétrer dedans, seule.

— Je préfère vous prévenir que Sa Majesté était furieuse contre vous, et moi aussi — d’ailleurs je le suis toujours. Nous avons assez de soucis avec le danger que représentent les descendantes d’Ungoliant pour nous inquiéter d’une simple petite humaine aussi inconstante que stupide.

Sur ce, il se retourna sans me dire ni « bonne nuit » ni « au revoir ».

Ses propos me firent mal au-delà des mots. Je n’étais pas vraiment remise de la peine que j’avais eu un peu plus tôt et ce malgré ce qui m’était arrivé après. J’avais baissé les yeux pour qu’il ne puisse pas voir les larmes revenir en force quand j’entendis la porte se refermer. Levant la tête, je compris qu’il ne reviendrait pas. J’étais à nouveau toute seule. Mandieu, qu’est-ce que ma famille et mes amis me manquaient. M’essuyant les yeux tout en reniflant, je récupérais mon sac et en sortis mon IPod. La batterie était encore pleine. Je l’utilisais avec parcimonie pour pouvoir la faire durer le plus longtemps possible. Je ne voulais même pas envisager le moment où je me retrouverais sans ma musique. Rien qu’à l’imaginer, une boule d’angoisse se forma dans mon ventre. Tentant de la balayer, je mis mes écouteurs, appuyais sur l’objet et me décida à écouter du Led Zeppelin, ce groupe avait le dont de calmer mes nerfs à vif.

C’est sur « Baby I’m gonna Leave you » que je m’assoupis pour de bon.

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Thranduil

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Cela faisait bien des siècles que je n’avais pas eu une soirée aussi mouvementée. Après la crise d’hystérie de Cerise, je m’étais plongé dans mes souvenirs et j’avais descendu un peu trop facilement à mon goût la carafe de vin du dîner. Je m’apprêtais à prendre un peu de repos quand Finlenn s’était présenté à moi, l’air préoccupé.

— Que se passe-t-il pour que vous veniez me déranger à cette heure-ci ? lui avais-je demandé d’un ton agacé.

— Il s’agit de l’humaine, Mon Seigneur, Cerise. Elle a disparue.

Encore elle, décidément, cette femme était pire qu’un regain d’énergie maléfique.

— Et où a-t-elle bien pu disparaître ? Cherchez-la et retrouvez-la.

— Oui Sire…

Et voilà comment une soirée, qui s’était poursuivie presque tranquillement, s’était terminée en apothéose infernale. L’humaine avait disparu au nez et à la barbe de tous. J’espérais personnellement qu’elle n’avait pas eu l’idée saugrenue de sortir dehors mais bien sur, je me trompais lourdement.

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La garde personnelle de la Dame de Lórien, qui ne devait arriver que demain, était à présent face à moi. L’un d’eux m’avait annoncé qu’il avait trouvé une femme sur la route en bien mauvaise posture contre des araignées géantes. Il avait été vraiment très difficile de ma part pour ne pas pousser un hurlement de rage contre cette petite idiote mais je me retins. J’irais certainement la voir dès que j’en aurais terminé avec eux. En attendant, j’adoptai un air détaché et ennuyé.

— Vous êtes arrivés en avance, m’enquis-je d’une voix monocorde.

— Oui, nous avons pris de l’avance par rapport aux autres soldats de la Lórien qui n’arriveront que demain dans la journée. Mes frères et moi-même tenions à vous présenter nos respects avant tout et vous remettre ceci, me dit le plus imposant, celui qui devait être Haldir si mes souvenirs étaient exacts.

Je tendis la main pour prendre la missive qui était retenue par le sceau de Celeborn, l’époux de la Dame de Lórien.

— Je la lirai demain, dis-je en posant la lettre sur une table. Bien, il est tard et vous devriez tous prendre un peu de repos.

Haldir et les deux autres qui l’accompagnaient s’inclinèrent avant de poser la main sur leur poitrine en signe de respect. Les elfes de la Lórien étaient si … cérémonieux ! Bien plus que ceux d’ici en tout cas. J’exhalai un long soupir quand ils eurent quittés la salle.

Pianotant un instant l’accoudoir de mon fauteuil, je me perdis dans mes réflexions. Il fallait que je me calme un peu si je voulais retrouver l’humaine sinon, je ne donnais pas cher de son état mental une fois que j’en aurais eu fini avec elle. Elle avait ce don bien étrange de savoir toucher là où cela faisait mal. Bien que simple humaine, elle était sous ma responsabilité. Elle n’avait pas fini de me livrer tous ses secrets et je ne lui permettrais pas de disparaître sans avoir compris le monde auquel elle appartenait. Elle n’avait pas fini de me divertir.

Dès que je fus certain d’être un peu plus serein, je décidai enfin d’aller retrouver celle qui nous causait tant d’émotions contradictoires et qui avait bien failli avoir raison de ma garde personnelle ce soir. Je savais que malgré mon calme apparent, c’était une erreur de me rendre moi-même à sa chambre mais j’avais un peu trop bu et l’alcool me rendait plus hardi et moins vigilant. Longeant les couloirs, je ne croisai pas âme qui vive sauf quelques soldats qui montaient la garde et qui s’inclinèrent dès que je passai devant eux. Je n’eus même pas un regard en leur direction. A mes, yeux, ils faisaient partis du décorum intérieur.

Une fois arrivé, je me gardai bien de frapper et entrai directement à l’intérieur de la pièce. Une chandelle brûlait à côté du lit où l’humaine, Cerise, était allongée. Elle semblait endormie. Un bruit tout à fait étrange émanant de ses oreilles me fit froncer les sourcils. Elle tenait à la main une sorte de petite boite métallique très fine. Je ne lui avais pas posé la question quand je l’avais sorti de son sac quelques jours plus tôt, mais maintenant cela m’intriguait au plus haut point. Prestement, je me dirigeais vers elle et je me penchais prenant appui d’une main contre le matelas de son lit. Curieux, je tentai de lui enlever une de ses choses qui était fixée dans son oreille de l’autre main quand elle eut un mouvement brusque.

Ecarquillant les yeux, je compris qu’elle venait d’attirer mon visage jusqu’au sien et je pus voir venir ce qui allait arriver quelques secondes trop tard. Elle avait déjà posé ses lèvres sur les miennes. Choqué, j’ouvris la bouche pour lui dire de me lâcher quand je sentis sa langue caresser l’intérieur de ma lèvre inférieure. J’ai beau être un elfe millénaire froid et tout ce que l’on voudra bien dire de moi, je n’en reste pas moins un mâle en de pareilles circonstances. Quand sa langue vint frôler la mienne, je poussai un gémissement sentant une partie de mon corps répondre très clairement à son appel. Une envie sourde me vrilla les reins mais la raison et l’incompréhension furent les plus fortes. Je me dégageai rapidement d’elle, l’air hagard et totalement choqué.

Elle venait d’ouvrir les yeux et me dévisageait étrangement.

A Suivre


Annotations

– Mae govannen : phrase de politesse en Sindarin qui signifie : heureuse rencontre.

Cerise a des goûts assez éclectique en matière de musique. C’est une mélomane qui aime plusieurs styles et qui ne pourrait vivre sans son Ipod.

– Encore une fois, notre héroïne nous montre à quel point la culture pop’ a une importance capitale dans sa vie. Toutes ces références lui permettent de tenir le coup et surtout de garder pieds.

– La présence de Haldir en ces Terres est expliquée par le fait qu’après la guerre de l’anneau, les elfes se sont concentrés pour éradiquer totalement le mal qui restait encore présent à Dol Guldur, non loin de la Forêt Noire. Thranduil a donc reçu l’aide de Celeborn et de la Dame Galadriel.

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