Chapitre 6 : Autant en Emporte Cerise

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Autant en Emporte Cerise

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Cerise

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Je faisais encore ce merveilleux rêve, c’était à chaque fois le même à quelques variations près. Dedans, j’étais avec un homme, mon prince charmant sans doute, et il revêtait toujours une apparence différente selon mes lubies du moment… Pour l’instant, c’était surtout Christian Grey qui avait monopolisé mes fantasmes les plus fous et les plus décadents mais récemment, pour une raison étrange, il avait pris quelques traits d’un certain souverain que je ne préférais pas nommer. C’était bon, il était doux et tendre et je n’avais qu’une envie, c’était me perdre à jamais dans ses bras. Il sentait si bon, un mélange de chèvrefeuille et d’agrumes légèrement épicés. Je sus avec certitude que son étreinte me protégerait à tout jamais. Oui je suis une incorrigible romantique et je l’assume !

Poussée par l’envie de le sentir encore plus proche de moi, je pris son visage entre mes mains et approchai mes lèvres de siennes. J’avais désespérément besoin et envie de l’embrasser. Je crus mourir par tant de douceur. Les lèvres de mon prince imaginaire étaient si douces, si étrangement tentatrices… Prise dans mon élan, je passai ma langue sur sa lèvre inférieure qui me paraissait aussi pulpeuse qu’un fruit bien mûr. Il avait le goût du raisin sucré et alcoolisé comme s’il avait bu du vin et… Quelque chose n’allait pas dans mon rêve, mon prince me repoussa brutalement et… J’ouvris alors les yeux.

— Cri… Christian ?! bredouillai-je perdue à mi chemin entre mon songe et la réalité qui s’offrait à moi sous l’apparence d’un elfe, d’un roi, choqué au delà des mots.

Ses yeux étaient agrandis par l’incompréhension et sa bouche, légèrement rougie, affichait une moue pleine de surprise.

Je mis quelques secondes à comprendre ce qui venait de se passer et quand je compris ce que j’avais fait, je faillis m’effondrer… de rire ! Mon cerveau devait avoir fondu en fait, j’aurais du me sentir plutôt mortifiée parce que je venais de faire.

Bien sûr, je me sentais vaguement honteuse de ce qui s’était passé mais, à voir la tête de ce cher souverain elfique, ça en valait quand même la peine. Peut-être venais-je de commettre l’acte le plus condamnable qui soit, qui sait. En fait, j’aurais dû avoir très peur de ce qui allait suivre.

Je vis alors ses lèvres articuler quelque chose mais seul « Whole lotta love » de Led Zeppelin me parvenait actuellement aux oreilles. Me tortillant pour me relever sur un coude, je retirai d’une main mes écouteurs et appuyai de l’autre sur mon Ipod pour le faire taire.

— Qu’avez-vous dit ? Je ne vous ai pas entendu, demandai-je totalement réveillée et encore amusée par ses réactions.

Thranduil continua de me dévisager comme si je venais de me transformer en licorne magique. Tiens, est-ce que les licornes existaient chez eux ?

— Pourquoi avez-vous fait cela ? me demanda-t-il comme s’il était réellement atterré par mon geste.

Je me mordillai la lèvre inférieure un moment avant de lui répondre. Autant lui dire la vérité, après tout. Son expression de vierge effarouchée faisait presque peine à voir. Après, j’espérais juste qu’il ne le prendrait pas mal. Il semblait être un roi fier et orgueilleux et, après tout, il n’était pas une sale « bitch » pour rien.

— Je vous ai pris pour quelqu’un d’autre, dis-je dans un soupir fataliste.

— Pour quelqu’un d’autre ?

L’observant attentivement, je vis que si ce n’était pas déjà fait, je l’avais véritablement surpris voire vexé. Ce fut plus fort que moi mais je me mis à rire comme une crétine. Il avait l’air si… Ridicule et mignon à la fois avec ses grands yeux écarquillés et sa bouche entrouverte en un accent circonflexe parfait.

— Il suffit ! tonna-t-il, je n’apprécie pas que vous vous moquiez de moi de la sorte ! C’est inadmissible, inconcevable, IMPENSABLE !

Avec beaucoup de difficulté, je réussis néanmoins à calmer les tremblements de rire qui secouaient encore ma poitrine. L’asile n’était pas loin pour moi, à moins que j’y sois déjà enfermée. Par Zeus, Jupiter et tous les dieux de l’Olympe réunis, ce n’était qu’un petit baiser. Il me donnait presque l’impression de l’avoir violé pour de bon. Si on m’avait dit que le vrai roi Thranduil était aussi…maniéré. Il prenait ce smack de rien du tout pour l’affront du siècle ou je ne sais quoi encore, c’en devenait franchement ridicule.

Oubliant le peu de bonnes manières que j’essayais d’avoir depuis que j’avais accepté l’inacceptable, à savoir que j’étais bien tombée par le plus malheureux— oui malheureux — des hasards en Terre du Milieu, j’inspirai un bon coup avant de reprendre.

— Non mais sérieusement, c’est rien, pas la peine de faire votre princesse effarouchée pour un vulgaire baiser qui ne vous était même pas destiné, en plus. Si je ne connaissais pas un peu mieux votre histoire, je pourrais presque croire que vous êtes encore puceau !

A ces mots, je le vis hoqueter de stupeur. Heu, Cerise, calmos ma fille, tu vas finir sur le bout d’une pique si tu continues comme ça.

— Comment osez-vous parler ainsi à un roi ?! me cracha-t-il au visage, totalement furieux.

Je ne le vis pas venir mais sa main s’agrippa rageusement à mon cou avant de vouloir le serrer entre ses doigts.

— Oh là là, je suis désolée, je ne voulais pas aller aussi loin mais franchement, vous faites d’un petit truc toute une histoire.

Thranduil me fixa, les yeux plissés. J’osais à peine déglutir. Je le vis alors baisser les paupières, inspirer profondément, avant de me lâcher et de se relever pour partir jusqu’à la porte. De là, il s’arrêta et me lança :

— J’étais venu vous dire que je n’avais pas du tout apprécié votre esclandre au dîner de ce soir. Que votre escapade de cette nuit avait causé grands fracas et tracas parmi mes gens. Tout cela — il fit un geste de la main — vous, et vos manières plus que déplorables commencent sérieusement à me fatiguer. Vous viendrez me voir demain à la première heure avec Liamarë et nous déciderons de ce que nous allons faire de votre si affligeante et navrante personne.

Sans attendre de réponse, il sortit en fermant la porte, sans la claquer, s’il vous plait. Comment faisait-il pour reprendre contenance aussi vite ? Cet homme, enfin cet elfe, était un mystère mais je n’étais pas pressée de découvrir ce qu’il renfermait. Je doutais que ce soit de la meringue. Thranduil n’avait rien de doux ni de sucré… Hormis sa bouche. Merde, je n’allais pas commencer à fantasmer sur lui, quand même ? Allez Cerise, pense à autre chose de plus concret, je ne sais pas moi, M. Pokora en Robin des Bois… Heu non, j’aime pas… Heu, Johnny Depp ?! … Non trop vieux ! Le prochain calendrier des Dieux du Stade ?!

Argh, impossible ! Je sentis une boule d’angoisse et d’amertume se former dans ma gorge. Je savais bien que j’avais une forte tendance à mettre les pieds dans le plat et tout, et, que oui, c’était un roi, un vrai… sans doute… et que je n’arrivais pas à me faire à la vie d’ici mais merde quoi ! S’il croyait que parce que je commençais à accepter le fait d’être ici voulait dire que je m’y habituais. Peuh ! Ah elle est bien bonne, celle là.

Thranduil, tu n’es qu’un con, une sale « bitch » — Oui, j’ose le dire et le redire ! —, et non je ne vais pas commencer à fantasmer sur toi parce que tes lèvres sont douces, sucrées et… Délicieusement humides ! Saleté d’elfe de malheur !

Me levant d’un coup, je me mis debout sur mon lit en poussant des cris de rage. J’étais certaine de faire un boucan d’enfer mais je m’en fichais comme de l’an 40 !

— J’en ai marre ! hurlai-je à la pièce vide. J’en ai ma claque de ces elfes de malheur à la noix de coco et de cette putain de Terre du Milieu de pacotille ! Putain ! Dieu, là-haut, ou s’il y a quelqu’un, je veux retourner dans mon monde à moi ! Tu sais, le normal, celui où il n’y a pas un sale con de « bitch » pour me dicter sa loi. S’il te plait, quoi ! Me laisse pas comme ça, c’est plus drôle maintenant.

Je mis quelque minute à me calmer. Une fois que j’en eu assez d’invectiver les murs, je descendis du matelas pour m’y rasseoir. Etrangement, personne n’était venu me voir. Pourtant avec leur ouïe digne de Super Jaimie*, je n’étais pas certaine d’être passée inaperçue.

Avisant ma chambre, je grognai de dépit. Pas de Télévision avec ses émissions à la con pour me faire oublier ma réalité merdique car oui, les filles… Au cas où vous ne l’auriez pas encore compris, vivre en Terre du Milieu, et à Mirkwood plus exactement, c’est vraiment merdique ! J’aurai encore préféré tomber dans un épisode de « Poubelle la vie* » au moins je me serais moins fait chier… Et là au moins il y avait la télévision et toute le reste !

Je n’avais même pas d’ordinateur pour baver sur les photos de mes acteurs fétiches ou me faire des morceaux d’extraits de films sur Youtube… et le pire, je crois… Pas de salle de bain ni de douche. Ma vie pour une vraie douche bien chaude ! Ecœurée, je retombai lourdement sur le lit, m’enroulant en boule et je tentai de me rendormir. J’espérais secrètement revenir à mon beau et doux rêve mais à chaque fois que je fermais les yeux et que je me laissais partir, je revoyais Thranduil, ou plus exactement, je me rappelais son odeur, la douceur de ses lèvres et son goût. Purée ! J’étais vraiment mal barrée… Un peu comme d’habitude depuis que j’avais atterri ici, cela dit.

C’est sur ces belles paroles pleines de contradictions que je m’endormis pour de bon.

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Ce fut Liamarë qui me réveilla le lendemain matin. Elle semblait avoir une mine soucieuse.

— Que se passe-t-il ? demandais-je, m’attendant à apprendre une sale nouvelle.

— Voyons, Cerise, comme si tu ne le savais pas après la frayeur que tu nous as causée hier soir.

— Ah, dis-je en sortant du lit pour faire mes ablutions.

Je n’avais pas envie d’avoir cette conversation avec elle. Parfois, elle pouvait se montrer encore plus chiante que ma propre mère — attention, j’adore ma mère — et je n’avais pas envie d’être irritée de bon matin.

— Tu ne te rends pas compte à quel point nous étions inquiets, continua-t-elle sur sa lancée. Si le capitaine de la Lórien n’avait pas été là…

Elle ne put finir sa phrase, elle s’était mise à frissonner. J’arquai les sourcils, surprise qu’elle me tutoie enfin. Je n’avais pas fait attention à ce changement et, malgré les remontrances qui allaient avec, ça me fit plaisir. Je ne savais pas que je comptais un peu pour elle. On ne se connaissait pas depuis longtemps mais moi-même, je l’aimais bien. C’était une chic elfe.

Soupirant, je pris sur moi pour ne pas lui répondre et me concentrai sur autre chose. Aujourd’hui, j’avais décidé de me mettre en beauté, du moins de m’apprêter un peu mieux que d’habitude. Depuis que j’étais ici, je me laissais aller. Liamarë attendit donc patiemment que je finisse de me préparer — je mis un peu plus longtemps parce que je voulais faire bonne impression sur le beau garde de la Lórien, justement. J’espérais bien le revoir aujourd’hui, dussé-je aller à sa recherche. Quand elle me vit sortir ma trousse à maquillage, elle écarquilla les yeux.

— Mais qu’est-ce donc ? me demanda-t-il piquée par la curiosité. Me mordant la langue pour ne pas rire devant sa mine de petite fille, je lui fis signe d’approcher.

— Ceci, ma chère commençais-je, fière de moi, c’est du maquillage.

Elle me regarda, étonnée.

— Ah. Mais à quoi cela va-t-il te servir ?

Comme si elle ne le savait pas ?!

— A faire tomber les hommes comme des mouches, répliquais-je en gloussant.

Liamarë m’observa en plissant les paupières.

— Et ceci est-il pour quelqu’un qui se trouve parmi nous ? voulut-elle savoir en me regardant faire.

— Qui sait… peut-être, dis-je, énigmatique, en pensant toutefois au bel Haldir.

Une fois prête, je récupérai une sacoche en tissu et rangeai dedans un stylo que j’avais récupéré de mon grand sac mais aussi un mouchoir et… Mon téléphone portable. Il y a avait une fonction que j’avais oublié de montrer au roi des elfes mais qui allait me servir aujourd’hui.

J’avais pris une décision certes, j’étais dans la galère la plus totale mais j’avais décidé de prendre les bons côtés qui viendraient. Parce qu’il y en avait quelques uns, heureusement.

Rencontrer le vrai Haldir, c’était juste inespéré et le jour où je rentrerai chez moi, je voulais garder un maximum de souvenirs… Juste pour être sûre de ne pas être totalement timbrée… Ce que j’étais sans doute cela dit. Je ne me faisais aucune illusion sur mon état mental. Si ça se trouve, j’étais actuellement dans un hôpital, branchée à des fils qui me maintenait en vie. J’espérais juste qu’en me réveillant, l’humanité ne se soit pas transformée en planète Zombie digne d’un ersatz de Resident Evil ou de The Walking Dead. Sauf si le shérif Rick Grimes était dans les parages. Là peut-être que… Mais trêve de délire, ma réalité était tout autre.

Sur le chemin, nous croisâmes Finlenn qui fit une drôle de tête en me voyant passer. J’eus un sourire purement féminin, celui que je déteste voir sur les autres filles en général et qui me donne envie de les baffer quinze fois à la suite.

Au fur et à mesure que nous approchions de la salle découverte où se trouvait le trône de Thranduil, je sentis mon cœur se serrer. Je me souvins que la veille, j’avais appris que mon sort serait décidé ce matin même. Quelle poisse, franchement. Il n’y avait pas à dire, je vivais des aventures palpitantes à Mirkwood-land. Un vrai paradis pour les grands comme pour les petits !

Une fois que nous fûmes arrivées, Liamarë me pressa l’épaule. Je n’avais pas envie dans l’immédiat de revoir le roi. Je savais que notre futur entretien serait loin d’être joyeux. Je cherchais donc des yeux mon sauveur de la veille. A l’instant où je croisai le regard du véritable Haldir, mon sourire revint sur mes lèvres et je me sentis un peu plus légère. Doucement, j’avançai vers lui avec deux idées bien en tête. Ce dernier, voyant que je m’arrêtais devant lui, haussa un sourcil interrogateur, se demandant très certainement ce que je lui voulais.

— Bien le bonjour Ma Dame, commença-t-il très courtois, puis-je vous être d’une quelconque aide ?

Tout en me demandant cela, je sus qu’il ne voyait pas en quoi il aurait bien pu m’aider mais, loin de me laisser démonter, j’osai le tout pour le tout. Quitte à passer pour une folle, autant y aller de bon cœur.

— Oui, oui, répondis-je en farfouillant dans mon sac. J’en sortis un papier et un stylo et les lui tendis.

— Qu’est-ce que cela ? me questionna-t-il en regardant ces deux choses comme s’il n’en n’avait jamais vu de sa vie.

— Puis-je avoir un autographe Monsieur Haldir ? demandais-je en croisant les mains comme une idiote — dire que j’avais des étoiles pleins les yeux et un sourire niais à ce moment là… Non on évitera.

— Un quoi donc ? — Il semblait gêné — Je suis désolé mais je ne vois pas en quoi…

Je soupirai bruyamment, l’interrompant dans ses excuses. Bien-sûr j’aurais du m’en douter. Me disant que c’était le moment ou jamais, je sortis alors mon téléphone du sac, enclencha l’appareil photo, me collai à lui et…

« Cheese, le petit oiseau va sortir ! »

— Ah mince, désolée, j’ai oublié d’enlever la fonction du flash.

Regardant mon appareil photo, je priai très fort pour que la prise soit bonne et… Oh super elle l’était ! Bon ok, Haldir avait l’air un tantinet choqué avec ses yeux écarquillés mais je savais que c’était la meilleure que je n’obtiendrai jamais de lui … et de moi. Et au diable Craig Parker ! Mouhahaha ! Argh, ne pas penser à Craig Parker tout nu… surtout pas maintenant, mauvaise idée Cerise !

Toute à ma contemplation je ne vis pas Liamarë et Haldir lui-même, contempler avec une stupéfaction proche de la crise cardiaque la fameuse photo prise avec mon portable.

— Mais qu’est-ce que c’est que cet objet maléfique ? haleta-t-il inquiet.

— Cerise, qu’as-tu encore fait ?!

— Mais rien de grave les enf…Les amis ? … Heu, non rien de grave ! J’ai juste pris une photo avec mon…

— Téléphone ? reprit une voix au doux timbre de velours juste derrière moi.

Me retournant je vis le Seigneur de Mirkwood à quelques pas de moi. Bien qu’il se soit rappelé l’existence de mon téléphone, il semblait tout aussi subjugué par la photo que je venais de prendre. Certes c’était une belle photo mais…

— Puis-je ? demanda-t-il et, dans ses yeux, je compris qu’il n’admettrait aucun refus de ma part.

Je lui tendis donc mon appareil, le cœur battant. Il me le prit du bout des doigts et regarda, totalement fasciné, l’image qui nous représentait Haldir et moi-même.

— Par quelle espèce de magie secrète avez-vous réussi à capturer l’image de vous-même et du Gardien de la Lórien ? me questionna-t-il en me scrutant droit dans les yeux.

Il tiqua quand il vit que j’étais maquillée mais il n’en fit aucune remarque.

— Ce n’est pas de la magie, expliquais-je mais de la T.E.C.H.N.O.L.O.G.I.E. Un concept qui vous paraitra aussi obscur que le fondement de Sauron si je puis-dire.

Je ricanai à mon allusion vaseuse.

— Comment osez-vous proférer de telles horreurs ?! s’offusqua Haldir, choqué par mes propos.

Liamarë soupira.

— Cher Haldir, veuillez l’excuser mais une fois que vous connaitrez mieux notre Cerise, vous comprendrez que… Elle ne vient pas vraiment du même monde que nous.

Ça c’était de l’explication, je faillis rire mais m’abstins quand je sentis l’aura de pure fureur qui émanait de Mon Seigneur et Maître… Heu Thranduil… Ouh là ! c’est pas bon ça, va vraiment falloir que je songe à trouver un Starbucks dans le coin… Ou à en ouvrir un tiens, ça pourrait être une idée quelle est bonne ! Je suis sûr que je me ferais un max de thune en plus.

— Je suis désolée, tentais-je en prenant l’air le plus contrit possible — mais ce n’était pas mon fort car je devais avouer que je m’amusais trop actuellement. — Je ne voulais pas paraître irrespectueuse. Je sais à quel point les forces obscures ont été une terrible épreuve pour vous.

J’évitais aussi de singer Dark Vador et de parler de l’Etoile Noire parce que là j’étais bonne pour servir de pâtée pour chat aux araignées qui squattaient les arbres de Thranduil dans sa forêt bien-aimée.

D’un signe de tête, le Souverain de Mirkwood accepta de me pardonner ce nouvel écart, sans doute n’était-il plus à ça près avec moi soit dit en passant. Je le vis alors ranger mon portable dans la poche de sa doublure de manteau d’apparat et voulus protester quand je sentis la main ferme de Liamarë sur mon bras.

— Tu en as assez dit, me souffla-t-elle.

Tranquillement le roi monta les marches qui menaient à son trône et d’un mouvement leste s’assit tout en nous dévisageant froidement. Je vis Haldir s’avancer avant de se prosterner devant le roi des elfes sylvains.

— Je demande votre permission pour rejoindre les miens. Le reste des Galadhrims ne devrait pas tarder et ils auront besoin de moi.

Thranduil le toisa.

— Très bien, faites, et nous espérons que vous vous débarrasserez enfin de ces monstres qui détruisent nos bois.

Haldir posa sa main sur son cœur en un geste très cérémonial et nous fit un léger signe de tête avant de partir. Je le suivi des yeux, émerveillée par sa façon de se déplacer dans l’espace qu’était les cavernes souterraines de Mirkwood. C’est qu’il était super sexy en fait. J’eus un petit sourire parfaitement coquin en l’imaginant faisant autre chose.

— Cerise, s’il te plait ! me sermonna Liamarë à qui mon manège n’avait pas échappé.

Comprenant qu’il était inutile que je m’enfonce plus dans mes délires de fangirl en manque flagrant de sexe, je me retournai vers le trône et levai la tête. Thranduil m’observait, la mine soucieuse, un doigt replié sous son menton. Je me rappelai alors qu’il devait décider de ce qu’il allait faire de moi. Ce rappel me dégrisa totalement.

— Après vous avoir quittée la nuit dernière et décidé qu’il était temps de vous trouver une véritable place ici, j’ai eu une longue discussion avec Liamarë qui vous observe depuis votre arrivée dans notre royaume.

Interdite, je regardai celle que je considérais presque comme une amie. Je n’aimais pas que l’on discute de moi alors que je n’étais même pas là. Prenant sur moi, j’attendis la sentence qui ne tarderait pas à tomber. Je me préparai au pire.

— Vous n’êtes pas de notre monde, poursuivit-il, indifférent à mes craintes, cependant, je vous ai recueillie et accepté parmi les miens. Liamarë m’a raconté que vous aviez fait beaucoup d’effort pour vous intégrer aux autres elfes sylvains. Cela étant, nous avons convenu que nous ne pouvions vous laisser seule ou parmi les autres sans une surveillance accrue.

— Que…que voulez-dire, exactement ?

Je commençais un peu à flipper, là. Et s’il décidait de me jeter dehors, là, comme ça, ou…

— Nous ne vous avons pas autorisé à vous exprimer, me jeta-t-il d’une voix glaciale.

Il se leva alors faisant miroiter sa longue tunique argentée.

— A partir de maintenant, vous ne quitterez plus nos appartements sans notre permission. Vous êtes bien trop dangereuse pour les gens et pour vous même, c’est pourquoi vous me servirez personnellement et Liamarë vous secondera quand elle ne sera pas occupée à ses propres tâches. Est-ce bien clair pour vous ?

— Oui, répondis-je en le fixant, les joues rouges sous la colère qui montait en moi.

On voulait m’enfermer et je n’aimais pas ça. Je promis de me venger à ma manière.

— Liamarë, emmène-la dès à présent, je la rejoindrai dès que j’aurai terminé avec le reste des mes affaires en cours.

Il nous congédia juste comme ça, sans me demander mon avis ou quoi. Je n’étais pas un de ses sujets mais cependant, je n’avais pas mon mot à dire non plus. Toutefois, il fallait admettre que cela valait bien mieux que de servir de dessert aux araignées enragées qui polluaient les bois. Prenant sur moi, je suivi mon amie qui me conduisit sans rien dire vers ma nouvelle sentence.

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Thranduil

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Après l’avoir quittée la veille, je m’étais entretenu un long moment avec Liamarë. Je me rendais compte que je ne connaissais toujours rien de cette humaine qui pourtant avait bouleversé notre royaume depuis son arrivée parmi nous. Tout ce que je savais, c’était qu’elle avait le don de me taper sur les nerfs et de titiller certains points de ma personne, ce dont je me serais bien passé. Pourtant, ce qu’il s’était passé la veille quand je lui avais rendu visite dans sa chambre, je ne l’aurais jamais vu venir.

D’abord surpris puis choqué qu’elle ose me toucher de cette façon, je dus reconnaitre après coup que ses lèvres avaient été bien agréables. Il était rare qu’une elfine ou une femme fasse le premier pas. Depuis la perte de ma douce et défunte épouse, je m’étais tourné vers l’oubli et m’étais replié sur moi-même, refusant tout contact extérieur. Hormis mon fils, je n’avais personne de réellement proche autour de moi. La sécurité de mon royaume m’importait plus que tout mais aussi les pierres précieuses que je gardais jalousement, enfermées dans un endroit connu de moi seul. Repensant à mon trésor personnel, je sentis une bouffée de bonheur étreindre mon cœur. Je fermai les yeux sous la vague de chaleur qui déferla alors en moi. Les rouvrant, j’observais les quelques gardes posés à l’entrée de la salle du trône.

Cette Cerise était dangereuse pour bien des raisons, avais-je compris. Finlenn m’avait rapporté que Tamril, plusieurs fois, lui avait demandé des nouvelles de l’humaine. D’après ses dires, il s’était beaucoup attaché à elle et pas de la façon la plus amicale qui soit.

Maeiell, quant à elle, m’avait affirmé que c’était Cerise elle-même qui avait ouvertement séduit le garde. Après quelques recherches plus poussées il s’était avéré que c’était faux. Cerise n’avait rien fait de répréhensible.

Cependant, j’avais admis qu’elle était loin de nous ressembler — au delà des apparences. Elle avait cette manie de dire les choses telles qui lui venaient à l’esprit, ce qui était des plus perturbants à comprendre pour nous autres. Liamarë m’avait certifié que malgré tout, elle faisait beaucoup d’effort pour se fondre plus facilement parmi les elfes d’ici. A ce jour, je conclus plutôt à un échec total de sa fameuse persévérance. Il m’était alors apparu deux solutions envisageables.

La première aurait été que quelqu’un l’emmène à Fondcombe pour tenter de voir avec le Seigneur Elrond — tant qu’il était encore là — ce qu’il pouvait faire d’elle. Je savais par mon fils que le sage d’Imladris aimait aider les plus démunis. C’était une idée comme une autre mais si nous la choisissions, il fallait faire vite car à la prochaine lune il partirait pour les Havres Gris avec la Dame de Lórien.

La solution suivante était de la garder enfermée dans mes propres appartements, solution pour laquelle j’avais finalement opté. Je n’avais personne qui pouvait faire le voyage jusqu’à Fondcombe. Peut-être était-ce une excuse lamentable de ma part et qui prouvait que mon temps en ce monde était révolu. Je n’avais plus goût à rien depuis des décennies. Cette petite m’offrait là une belle distraction en attendant mon heure de départ.

Je m’étais donc résolu à la garder auprès de moi. Repensant à ce qu’il s’était passé hier, je ne pus taire plus longtemps une idée qui m’était apparue dans un premier temps comme une pure folie mais… Sans doute pas si inenvisageable que cela. Cela faisait plus de cinq cent ans que Maeiell réchauffait ma couche. Je n’avais jamais eu à me plaindre d’elle, c’était une elfine discrète qui savait où était sa place mais depuis hier, l’image d’une humaine plus dévergondée que jamais m’intriguait au point de réussir à me chauffer le sang comme personne auparavant. Pas depuis Elenna.

D’après ce que j’avais compris d’elle, cet aspect des relations entre les hommes et les femmes ne l’effrayait absolument pas. J’avais par curiosité, feuilleté un des ouvrages écrit en langage commun qu’elle trainait avec elle et j’avais été parfaitement surpris d’en découvrir le contenu, aussi impudique que choquant pour un non-initié. Elle m’apparaissait aussi libérée et à l’aise avec sa sexualité qu’aucune elfine expérimentée ne le serait jamais. Avais-je envie de tenter de découvrir l’étendue de ses compétences dans ce domaine ? Assurément, la réponse était oui.

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Cerise

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J’étais en train de mourir à petit feu. Depuis que Liamarë m’avait ramené chez Thranduil, je n’avais rien eu à faire de mes dix doigts. Je devais attendre que Sa Sérénissime Majesté daigne bien se souvenir qu’il avait laissé un colis dans sa chambre. Il avait intérêt à arriver bientôt car sinon, ledit colis allait finir par mourir d’ennui.

Comme j’en avais marre de tourner en rond, je pris l’initiative de faire le tour du propriétaire. Après tout, on ne m’en voudrait pas que pour ça.

La suite du roi comportait trois pièces immenses. La première était une sorte de salon qui faisait aussi office de bureau. La seconde, avec l’immense lit qui trônait en plein milieu, c’était assurément la chambre et tout au fond, je découvris une salle d’eau qui me fit écarquiller les yeux d’étonnement.

Non mais le beau salaud, quoi ! Il avait une salle de bain ! Certes pas des plus modernes mais il y avait une espèce de baignoire en pied immense et qui était reliée à un système de tuyauterie qui passait par la pierre et les écorces d’arbres. Ma vie pour un vrai bain. Je restai là un moment avant de m’en remettre tout à fait et finalement je décidai de retourner dans la première pièce. Une des portes fenêtres menait directement sur un grand et magnifique jardin intérieur. J’étais vraiment impressionnée par la culture elfique et leur capacité à faire pousser d’aussi jolies choses dans leur grotte. Car, il fallait le dire, ces elfes Sylvains vivaient bien curieusement enfermés dans leur caverne, mais avec les araignées qui rodaient à l’extérieur on pouvait facilement comprendre pourquoi. Prise sous l’impulsion du moment, je sortis dehors et je fus sidérée de découvrir une petite cascade qui tombait un peu plus loin dans un bassin où l’eau était si claire que j’eus l’envie totalement folle de m’y baigner.

Plissant les yeux, je me pris à vouloir vérifier que je ne rêvais pas. L’eau semblait juste magnifique et irréelle. J’avais tellement envie d’y tremper mes pieds. Me mordillant les lèvres, je mis un temps à décider si j’allais le faire ou pas. Bon, allez, après tout, l’autre fou furieux de blondinet ne l’apprendrait probablement jamais et, quitte à être coincée ici, autant y trouver une occupation ludique. Relevant ma robe, je glissai un doigt de pied et autre surprise de taille : l’eau était tiède ! Mon Gieu quel bonheur !

Ah ! Ce petit bassin m’appelait de tout son cœur, « viens Cerise, viens nager et te détendre un peu »…

Shit ! Après tout, pourquoi pas, je n’étais plus à ça près et puis l’autre ne reviendrait pas avant un bon bout de temps de toute façon, alors autant en profiter. Il ne me fallut pas longtemps pour enlever tous mes vêtements et mes dessous que je posais sur le rebord. Ensuite je partis à grande enjambée jusqu’au milieu du bassin, là où je n’avais quasiment plus pied. Heum, comme c’était agréable, c’était même divin.

Doucement, je me mis à nager en long et en large tout en fredonnant des chansons débiles. Après plus d’une demie heure de natation, je décidais de faire la planche puis je me retrouvais à faire l’étoile de mer. C’était trop bon. J’en profitai alors pour repenser à tout ce qui m’étais arrivé depuis que j’étais ici et je me pris à imaginer le jour où le prince de Mirkwood reviendrait voir son père… Allez savoir pourquoi l’idée de rencontrer Legolas me mit la banane et très vite je me retrouvai à chanter cette chanson débile de Blanche Neige et les Sept Nains :

« Un jour mon prince viendra, un jour il me dira, ces mots d’amours si troublants et tendres que j’aurai… »

J’arrêtai le massacre là car en général ma voix faisait plutôt penser à un petit goret que l’on écorchait vif quand j’arrivais à ce stade du couplet où il fallait donner le ton dans les suraiguës. Je chantais juste mais ma voix était vraiment pourrie. Décidant que j’avais assez barboté dans l’eau, je plongeai sous la surface pour atteindre à quelque coup de brasse le rebord du bassin. Telle une nageuse confirmée — que je n’étais pas — je me hissais avec l’insouciance de la jeunesse sur la terre ferme et je vis à peine l’éclat d’un tissu argenté devant mes mains. Je me relevai, comme dans un vrai film, au ralenti, pour découvrir le seigneur Thranduil qui m’observait, une drôle d’expression dans le regard.

Je mis un temps à réaliser que j’étais toute nue face à lui.

A Suivre


Annotations

– Super Jaimie : est une série dérivée de L’Homme qui valait trois milliards. La saison 1 a été diffusée à partir du 19 septembre 1976 sur Antenne 2. À compter du 19 avril 1986, La Cinq rediffuse la série et programme dans la foulée les saisons 2 et 3, restées jusque-là inédites.(Merci à mon ami Wikipédia).

– Cerise a fait un selfie avec Haldir ! La chanceuse ^^.

– Les elfes et la sexualité… Thranduil a beau être un elfe « vieux », je ne le vois pas comme un Saint elfe. Cerise l’intrigue. Elle a un parlé franc et se montre des plus exubérante… Un véritable rafraichissement pour lui, si je puis dire.

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