Chapitre 7 : Proposition Indécente

Thranduil animation - 057

Proposition Indécente

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Thranduil

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En entrant dans mes appartements, je sentis tout de suite la tension envahir mes épaules. La raison ? Eh bien je dirais qu’à première vue, il s’agissait encore de Cerise. Cette humaine finirait par avoir raison de moi avant que je ne me décide à partir pour les Terres Tranquilles et Immortelles de Valinor.

Avisant le salon vide, je tentai ma chance dans la chambre puis dans la salle de bains, en vain. Elle semblait introuvable. Fronçant les sourcils et sentant poindre une terrible colère, je me pris à espérer que cette petite idiote n’avait pas eu l’idée saugrenue de me désobéir en retournant dans sa chambre où ailleurs. C’est alors que j’entendis parfaitement quelqu’un chanter une chanson tout à fait ridicule où il était question de prince et d’amour éternel. La voix nasillarde chantait plutôt juste mais était si haut perchée qu’elle m’en blessa immédiatement les oreilles. Qui pouvait produire un son aussi désagréable ? C’était une torture auditive presque insoutenable. Comprenant que le bruit venait des jardins, je sortis et m’avançai vers le bassin d’eau qui servait à ma propre consommation et je crus que j’allais m’étrangler de surprise quand je compris qu’une personne avait osé se baigner dedans ! Impensable ! Qui avait bien pu laisser… Qui avait bien pu se permettre un tel sacrilège ?! De l’eau bénie par les Valar eux même. Quel outrage honteux ! Avançant à grandes enjambées et intensément soulagé que cette horrible chanson se soit finalement arrêtée, je compris enfin qui se trouvait au milieu du bassin. Qui cela aurait-il pu être d’autre d’ailleurs ?

Cerise !

Croisant les bras sur mon torse, je m’avançai encore un peu, jusqu’à l’endroit où elle avait laissé ses vêtements. Je la vis battre des pieds avant de se retourner gracieusement sous l’eau. En quelques coups de bras, elle atteignit le rebord et bientôt je pus l’admirer dans toute sa nudité sans que cela ne semble la gêner pour autant elle ne m’avait sans doute pas vu.

Elle mit un petit moment à se rendre compte qu’elle se trouvait debout devant moi et dans le plus simple appareil. Je pus la contempler à loisir de la tête aux pieds. A vrai dire, je ne savais que penser d’elle. Ses long cheveux blonds, qui avaient la couleur du blé mûr, lui descendaient jusqu’au creux des reins. Je devais admettre qu’elle avait de très beaux cheveux qui n’avaient rien à envier à ceux des elfes. Quant au reste, je ne savais que dire, elle ne ressemblait en rien aux canons de beauté plus androgynes de notre peuple. Les Elfines étaient très grandes et très minces avec des formes musclées à peines dessinées, des déliés aussi harmonieux que l’entrelacé des écorces qui ornaient mon trône, mais elle… Cette Cerise était toute en formes généreuses, un fruit aussi défendu qu’il semblait m’empoisonner l’existence depuis que le destin me l’avait mise, bien malgré moi, dans les bras.

— Ça va ? Vous-vous êtes bien rincé l’œil ? me lança-t-elle, la bouche déformée par le sarcasme.

Je la jaugeai tandis qu’elle remettait avec un certain empressement ses vêtements alors qu’elle était toujours trempée. Elle n’avait même pas apporté avec elle une serviette pour se sécher. En plus d’être insolente et pleine de hargne, elle semblait, par ailleurs, peu encline à l’intelligence. À peine allais-je lui faire remarquer qu’elle allait attraper froid que je me souvins qu’elle m’avait une nouvelle fois offensé en prenant la parole sans que je ne lui en aie donné l’autorisation au préalable. Je me jurai de la punir comme il se devait plus tard. Dans l’immédiat, il fallait qu’elle se sèche convenablement. Les humains étaient si fragiles et pouvaient se blesser ou tomber malades si facilement. Penser qu’en plusieurs milliers d’années, ils étaient encore de ce monde était aussi surréaliste que la venue de cette humaine sur notre territoire.

— Vous allez attraper la mort comme cela, lui dis-je d’une voix pleine de dédain.

Je n’avais toujours pas bougé d’un pouce. Elle non plus elle me toisait d’un air plein de morgue. Elle semblait prête à rendre coup pour coup et une partie de moi était prête à convenir que ce n’était pas déplaisant.

— Et alors ? me rétorqua-t-elle, sur la défensive, si je meurs vous pourrez danser sur ma tombe si ça vous chante, perso je m’en fous, je serai crevée. Tant mieux ! Alors allez-y, ne vous gênez surtout pas et par contre… Pitié, tout mais pas « La Macarena* ».

Elle me contourna alors pour entrer dans le salon. Je me retournai tout aussi vite, la mine toujours renfrognée. Je n’aimais pas sa façon de se comporter avec moi. Cela m’irritait grandement. D’un geste lent mais ferme, je tendis le bras pour attraper son poignet avant qu’elle ne soit trop loin. Elle était humide et gelée.

Quelle idiote.

— Cerise, je ne vous ai pas dit de partir. De plus, au risque de me répéter, votre attitude commence sérieusement à m’agacer. Ne me cherchez pas, petite humaine.

Elle plissa la bouche, l’ouvrit puis la referma aussitôt pour finir par me regarder droit dans les yeux. A cet instant, je crus déceler une véritable peine mêlée à de la peur et de l’angoisse. Je pouvais la comprendre, elle était loin des siens et se retrouvait à vivre avec des êtres aussi sages et évolués qu’immortels dont l’intelligence surpassait sans peine la sienne et de loin. Je repensai à mon idée de faire d’elle plus qu’une simple servante. Je fis taire la gêne qui s’infiltra en moi par tous les pores de ma peau. Je savais ce que je faisais, je savais ce que je voulais que cela n’en déplaise à certains. Revenant au présent, je reportai mon regard sur l’objet de mes pensées. Je pouvais lui rendre la vie plus douce, plus confortable si elle le désirait mais elle allait devoir redoubler d’efforts pour me plaire. A cette idée, une onde de chaleur m’irradia les sens.

— Que voulez-vous de moi, à la fin ? soupira-t-elle.

Elle se mit alors à frissonner. Elle avait froid. La lâchant enfin, je lui emboitai le pas.

— Suivez-moi à l’intérieur, vous allez vous essuyer, vous changer, ensuite nous discuterons de tout cela.

Tandis que j’atteignais la porte fenêtre, je me rappelai autre chose.

— Par ailleurs, repris-je en l’avisant, je vous demanderai à l’avenir de ne plus jamais vous baigner dans ce bassin, Cerise. Est-ce bien clair ?

— Mais… Pourquoi ? s’exclama-t-elle ! Vous êtes vraiment un monstre sans cœur, roi Thranduil !

Je poussai un soupire las. Elle était donc incapable de se taire.

— Ce bassin est réservé à ma consommation personnelle d’eau, répondis-je, sans m’énerver pour autant.

Enfin j’essayai, mais elle mettait vraiment mes nerfs à rude épreuve.

— Ah parce que vous ne buvez pas QUE du vin ?! dit-elle en se moquant méchamment.

— Non, jeune fille, je bois AUSSI de l’eau, affirmai-je, lui répondant sur le même ton, et j’aimerais bien qu’elle reste propre et saine.

— Oh, ben ! Faut pas vous inquiéter, promis juré, j’ai pas fait pipi dedans pourtant Dieu sait que c’était tentant.

Sur ce, elle passa devant moi une nouvelle fois avec un sourire plein de suffisance. Je ne savais pas si finalement c’était une si bonne idée que cela de la garder avec moi. Si elle continuait à marcher sur cette voie, elle allait me rendre totalement fou et je risquais bien de la tuer dans un moment de fureur et d’égarement.

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Cerise

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Je savais que j’avais une grande gueule et que j’avais une forte tendance à m’enfoncer plus rapidement dans les ennuis que n’importe qui d’autre mais à voir la tête du roi Thranduil quand je lui avais dit que je n’avais pas fait pipi dedans… C’était excellent, on aurait pu lui faire gober des mouches et des castors qu’il ne s’en serait pas rendu compte. Cela dit, c’était vrai, j’avais failli faire pipi dedans. Ben quoi, qui n’a jamais eu envie ou carrément fait dans une piscine où ailleurs ?

J’eus beaucoup de mal à ne pas rire mais je me retins en me souvenant que ce vieux pervers m’avait matée de tout son saoul quand il m’avait découverte sur le bord de son bassin. J’avoue que je m’en fous qu’il ait pu me voir à poil, je ne suis pas pudique et si la vue de mon corps l’indisposait, il avait qu’à fermer les yeux. Cependant, j’avais plutôt eu l’impression de me retrouver face à une inspection en bonne et due forme, genre bête de foire au salon de l’agriculture de Paris qui se déroule à Porte de Versailles tous les ans. J’aurais peut-être du lui faire Meuh et agiter ma croupe telle une vache bovine. Secouant la tête avant de devenir tout à fait dingue, je ne le vis pas revenir dans la chambre. Il me lança alors une serviette que j’eus à peine le temps de rattraper.

— Heu, merci, dis-je en bougonnant.

— Allez dans la salle d’eau et prenez la chemise que je vous ai mis sur une des commodes, vous la porterez jusqu’à ce que Liamarë passe vous rapporter vos affaires un peu plus tard.

— Heu, d’accord mais… Ça n’aurait pas été plus simple de dire à Liamarë d’aller me chercher une robe, genre, maintenant, par exemple ?

— Arrêtez de contester le moindre de mes ordres et faites ce que je vous dis ! tonna-t-il, n’acceptant aucune autre contradiction de ma part.

Dommage.

Je dus me mordre l’intérieur de la joue pour ne pas rétorquer quoique ce soit de déplacé ou d’irrespectueux. Aussi vite que je le pus, je partis dans sa magnifique salle de bains avec la serviette qu’il m’avait donnée.

Rapidement, je me séchai et enfilai la chemise, splendide au demeurant — elle était très grande et m’arrivait aux genoux. Le tissu était encore plus doux que celui des robes que Liamarë m’avait données quelques semaines plus tôt. Toutefois, deux choses me choquèrent quand je m’admirai dans le miroir en pied qui trônait non loin de la baignoire. Déjà, l’odeur du vêtement était le même que celui du roi et ensuite, je fus horrifiée de voir que mes poils aux jambes repoussaient. Quelle horreur ! Bon d’accord, ils étaient blonds, mais tout de même ! Comment j’allais faire, moi, ici, pour me les épiler ? Il faudrait que je demande à ma nouvelle amie s’ils n’avaient pas du miel, de la cire ou je ne sais quoi encore… Après savoir comment j’allais m’arranger pour parvenir à faire une épilation sans m’arracher la peau avec, ça serait une autre histoire. Pourquoi n’étais-je pas tombée chez les nains ? Eux, au moins ne me regarderaient pas de travers pour quelques poils de trop.

En revenant dans le salon, je vis Thranduil qui faisait les cent pas comme s’il réfléchissait intensément à quelque chose d’important. Intriguée, je m’avançai vers lui. Il releva la tête brusquement en me dévisageant.

— Asseyez-vous, Cerise.

Je fis ce qu’il me demandait non parce que j’avais décidé de lui obéir mais parce que je n’aimais pas la tête qu’il faisait. Il semblait franchement préoccupé et j’espérai vraiment que rien de terrible ne soit arrivé.

— J’ai beaucoup réfléchi ces derniers jours à votre cas, Cerise, commença-t-il en me fixant gravement.

Mal à l’aise, je tirai sur les pans de sa chemise pour me couvrir au mieux les genoux. C’était con mais je ne voulais pas qu’il se rende compte que j’étais poilue. Maudite fierté féminine et tout ce qui va avec.

Il me parla encore mais j’étais tellement prise par mes pensées que je ne l’écoutais plus du tout.

— Vous avez écouté un seul mot de ce que je viens de vous dire ? me reprocha-t-il en se rapprochant encore de moi.

Je dus lever la tête pour le voir, je ne m’étais pas aperçue que je l’avais baissée, comme je ne m’étais pas rendue compte non plus qu’il était aussi près de moi, plus dangereux que jamais.

— Excusez-moi, qu’avez-vous dit ? demandais-je d’une toute petite voix.

— Vous êtes insupportable !

Il se pinça l’arrête du nez avant de s’asseoir sur un siège qui se trouvait à quelques centimètres du mien.

— Il nous est apparu qu’hormis troubler nos gens, vous ne saviez rien faire de vos dix doigts, reprit-il totalement agacé. Liamarë m’a certifié de votre bonne volonté et je dois reconnaitre que vous et vos agissements pour les moins surprenants m’intriguent mais…

Il fit une pause, se leva et prit la carafe de vin qui était sur la table pour se servir un verre… qu’il me tendit. Je pris le verre sans rechigner.

— Merci, dis-je simplement.

Il revint s’asseoir après s’être servi lui-même. Il allait pleuvoir des lingots d’or estampillés de la banque de chez Gringotts — Les gobelins n’avaient qu’à bien se tenir — demain pour que le roi fasse preuve d’une telle générosité à mon égard. *Appréciez l’ironie s’il vous plait*

Il prit une gorgée, totalement inconscient de mes délires intérieurs, avant de reprendre :

— Nous avons décidé pour le moment de vous garder ici et de nouvelles options, tout à fait surprenantes, se sont présentées à nous.

Je l’observai sans trop comprendre et portai le verre à mes lèvres. Le liquide rouge coula dans ma bouche puis dans ma gorge comme le plus doux et le plus puissant des élixirs. Purée, ce vin était juste délicieux… Et il avait le goût de… Thranduil. Comprenant vers quoi mes pensées me ramenaient, je rougis violemment. Je devenais carrément folle et, instinctivement, je comptai les jours. Ah, oui je comprends mieux, je n’allais pas tarder à ovuler et donc, que ce soit mes hormones qui parlent à ma place me rassura un peu. Non mais parce que bon, de là à commencer à fantasmer sur le blond qui se trouvait en face de moi. Heum, comment dire… Non parce que non quoi ! Coupant court à mes réflexions féminines qui ne regardaient que moi je revins à notre conversation.

— Et quelles sont ces options ? demandais-je en me perdant dans mon verre.

Il m’avait semblé qu’il avait décidé de m’enfermer ici pour toujours ou à tout le moins jusqu’à ce que je trouve une solution pour retourner chez moi. Je ne voyais donc pas où il voulait en venir une nouvelle fois… A moins qu’il ne soit sénile et qu’il ne se mette à radoter, après tout, il avait l’air jeune extérieurement mais je n’oubliais pas qu’au fond c’était juste un vieux croulant à l’emballage inusité.

— La première serait que vous restiez ici à me servir, vous demeureriez dans mes appartements et, si l’un de mes gens a du temps à vous consacrer, nous pourrions vous faire sortir un peu. Nous aimerions aussi que vous appreniez notre langue ainsi que nous us et coutumes.

A ces mots, je sentis mon cœur se serrer. Il me prenait vraiment pour un animal domestique qui avait besoin d’être dressé. Certes, je n’étais pas de leur monde mais de là à m’enfermer ici…

— Et la deuxième option ? demandais-je, me préparant à pire.

Il me regarda sans rien dire pendant un moment, semblant peser le pour et le contre de la deuxième solution qu’il avait eue à mon égard. Allons donc, qu’est-ce qu’il allait bien pouvoir me sortir cette fois ci ?

Il inspira puis expira doucement avant de se lancer :

— Devenez ma maîtresse, Cerise.

J’avalai alors de travers le reste de l’alcool qui était dans mon verre et je crus bien que mon heure avait sonné. Je n’arrivais pas à recracher, ça partait de travers ! Tout partait de travers, en fait. Toussant comme une dératée, je mis un moment avant de m’en remettre. Sous la violence de ma quinte de toux, j’étais à présent à quatre pattes par terre tandis que lui s’était figé devant moi sans rien faire. Putain de bordel de merde ! Il voulait que je sois sa maîtresse ? Moi ? Mais il m’avait pris pour qui ? L’incongruité de la situation me fit exploser de rire, je m’en roulais par terre en me tenant les côtes. Je n’en pouvais plus. J’allais vraiment mourir de rire.

Mais quelle connerie franchement !

— Il suffit ! l’entendis-je crier, mais je n’arrivais plus à calmer mon hilarité grandissante.

En fait, je crois bien que mes nerfs venaient de lâcher.

Ben voilà, c’était officiel, je devais forcément nager en plein délire parapsychotique. Jamais le vrai Thranduil ne m’aurait demandé un truc pareil. Au pire, j’aurais été bonne pour lécher ses bottes et encore, mais pour le reste… Peut-être dans mes délires de fangirl en manque et encore, ce n’était pas sûr. Mais bref, si ma quête personnelle se résumait à donner du plaisir au père de Legolas…

OH. MON. GIEU, j’imaginais déjà la scène : mon Legolas revenant d’un voyage à Mirkwood et là il découvre que la femme de sa vie, c’est-à-dire moi, est en train de faire les pires cochoncetés possibles et imaginables avec son père. J’étais repartie pour une nouvelle crise de fou rire incontrôlable. C’était atroce car je n’arrivais plus à m’arrêter. Toute à mon hystérie, car c’était un peu ça, il fallait le reconnaître, je ne le vis pas se baisser pour me rattraper par les aisselles avant de m’envoyer une gifle magistrale en pleine figure qui m’arrêta net dans mon élan.

*Cerise : GAME OVER – Thranduil : ONE POINT – WINNER – FATALITY*

Thranduil semblait plus choqué par mon attitude que furieux mais je crois bien que là, j’avais aussi besoin de craquer. En plus, ce couillon m’avait giflée avec sa main pleine de bagues et je pouvais déjà sentir les écorchures — qu’il avait faite avec le coup — saigner sur l’une de mes pommettes.

Putain, s’il m’avait défigurée, je … Comment passer du rire aux larmes ? Comment vous dire ? Parce que c’est ce que je fis, je me mis alors à pleurer comme une vraie petite morveuse, à grosses gouttes qui plus est, reniflements et geignements compris. Tout comme avec le rire, je n’arrivais plus à m’arrêter et, dépassée, je me jetai dans ses bras pour pleurer tout mon saoul. J’en avais besoin, j’avais aussi besoin de chaleur « humaine » mais à défaut, je me contentai aujourd’hui de la « froideur elfique », tant pis. Thranduil ne referma pas ses bras autour de moi mais se figea telle une statue de sel tandis que je m’appliquais scrupuleusement à tremper ses vêtements avec toute l’eau contenue dans mon corps.

Je mis un temps fou à me calmer mais finalement, les larmes se tarirent d’elles-mêmes. Mon visage ne devait plus ressembler à rien à l’heure actuelle. Sans le regarder, je passais mes deux mains sur ma figure tout en retournant m’asseoir. Je l’entendis faire de même et, allez savoir pourquoi, le bruissement de ses vêtements avait quelque chose d’apaisant.

J’avais pleuré longtemps et pas seulement à cause de cette gifle. En fait, la gifle n’y était pour rien et avait surtout servi de détonateur à mon mal-être depuis que j’avais atterri ici. Finalement, c’était plus dur que tout. J’avais perdu tous mes points de repère et je n’avais aucun moyen de m’accrocher à quelque chose de tangible et de rassurant. Et puis je commençais à avoir le mal du pays. Je ne pensais pas dire cela un jour mais Paris, ses odeurs nauséabondes, ses gens toujours pressés et de mauvaise humeur me manquaient. Mon chez moi me manquait, et ma vie de fangirl aussi. Je ne parlais même pas de ma famille et de mes amis. C’était terriblement dur. Je voulais retrouver l’insouciance d’antan… Même mon chef que je détestais me manquait ! Et puis j’avais raté les derniers épisodes de deux de mes séries cultes… Quelle merde, franchement !

Sentant mon nez couler, je tournai la tête à la recherche d’un mouchoir et un nouveau poids s’abattit sur mes épaules. Les elfes ne tombant jamais malades, ils n’attrapaient pas de rhume et donc ne devaient très certainement pas ressentir la nécessité de se moucher comme le commun des pauvres mortels dont je faisais, hélas, partie. Parfois, la vie était vraiment trop injuste et non, je n’avais pas honte de faire mon Calimero* en cet instant, j’étais vraiment très mal. Me préparant au pire, je relevai la tête pour affronter cet elfe de malheur qui n’arrangeait pas mon mal être, bien au contraire.

— Je présume que vous n’avez pas de mouchoir, par ici, demandais-je au cas où et en reniflant pour éviter que la morve ne me coule jusqu’aux lèvres. Sérieux, s’il me voulait encore pour maîtresse après ça…

— Vous présumez mal, ma chère.

Il me tendit alors un mouchoir blanc immaculé. Son visage n’affichait aucune expression qui aurait pu me dire s’il était fâché où quoique ce soit d’autre. Récupérant le précieux morceau de tissu, je me mouchais sans état d’âme dedans en faisant un boucan de tous les diables. Je n’aimais pas avoir le nez pris.

— Vous étiez sérieux tout à l’heure, commençais-je en me disant qu’il était peut-être temps d’affronter ce qu’il avait à me dire.

Il me fixa un moment, la mine impénétrable. Il semblait me jauger comme s’il se demandait s’il ne commettait pas une erreur de jugement à mon encontre, finalement. Allez savoir pourquoi, ma poitrine se serra d’appréhension. Je n’aimais pas ne pas savoir à quelle sauce j’allais être mangée. Il inclina alors la tête et me regarda avec douceur. Ses yeux semblaient vouloir transpercer mon âme. Je le vis ouvrir la bouche et je m’apprêtais à ce qu’il renonce à sa dernière requête.

— Oui, je l’étais, Cerise, me dit-il d’une voix aussi douce que du velours.

Je pense vraiment que si j’avais pu me voir à ce moment là, mon expression digne d’un merlan frit m’aurait fait éclater de rire. Etait-il fou ou maso ? Ou bien les deux ? Il m’avait bien regardée ? Est-ce que je ressemblais à une pouffe elfique qui se serait sans doute damnée pour avoir le saint roi entre ses cuisses d’albâtre aussi douces et lisses que de la soie ? Je n’avais rien de beau aux yeux des elfes, en quoi pouvais-je lui être désirable ? Peut-être, après tout, me parlait-il d’autre chose. Il fallait que j’en aie le cœur net.

— Vous voulez que je devienne VRAIMENT votre maîtresse ? Où me parlez-vous d’autre chose… ? Ma voix tremblait.

Je détestais être dans cet état. J’étais une femme forte moi, le Girl Power raisonnait en moi tel un mantra appris et bien ancré dans ma tête depuis plusieurs années déjà — depuis l’apologie des Spice Girls en fait, même si je n’étais encore qu’une gamine à l’époque.

— Oui, Cerise, me répondit-il en se levant de son siège et en se dirigeant vers moi.

Je rêvais ou avais-je la nette impression qu’il se moquait un peu de moi ? Il avait cette espèce de sourire tordu qui ne laissait rien présager d’agréable. D’un bond, je me levai à mon tour avant qu’il ne s’arrête tout à fait devant moi. Je ne désirais pas être à sa merci.

— Il est vrai, reprit-il, indifférent à mon drame personnel, que vous êtes particulièrement hideuse lorsque vous pleurez cependant, cela n’altère en rien notre demande.

Du bout des doigts, il me releva le visage et tiqua en voyant l’estafilade qu’il m’avait faite en me giflant un peu plus tôt. Je ne pensais pas que ça l’affecterait mais peut-être avais-je imaginé ça.

— Je souhaite, non, j’ordonne que vous ne fassiez plus jamais cela devant nous, dit-il tout en avançant son visage près du mien, ses doigts toujours posés sous mon menton.

Je déglutis. Allait-il m’embrasser ?

— Si vous devenez ma maîtresse, Cerise, nous pourrons très certainement adoucir votre existence parmi nous. Vous vivrez dorénavant ici, bien sûr, nous vous installerons un lit douillet dans cette pièce et vous pourrez utiliser à loisir notre salle d’eau, sans avoir à en demander la permission au préalable. Vous aurez aussi l’autorisation de vous promener dans notre palais comme bon vous semblera, si vous promettez de ne pas déranger mes gens. Votre vie s’en trouvera grandement améliorée. De servante, vous deviendrez notre invitée privilégiée.

Et quel privilège, ouah ! *Appréciez une nouvelle fois l’ironie, s’il vous plait, car là on monte d’un cran*

J’avalai de travers. Ah, le salaud ! Quelle enflure ! C’était petit, mesquin, tellement bas !

Je me serais damnée pour utiliser une salle de bains à peu près potable et là, il fallait que je fasse un choix, c’était tout simplement… bas ! Ma vie pour lire un roman d’amour dans un bon bain chaud plein de mousse avec des bougies parfumées autour… et Thranduil tout à côté ? Non là, ça casse mon rêve, mais ça allait se résumer, à peu de choses près, à ça.

— Et si je refuse ?

Je le fixai avec insistance. Il ne cilla même pas.

— Si vous refusez, vous viendrez tout de même vivre ici mais vous n’aurez ni lit, ni le droit d’utiliser quoique ce soit se trouvant dans ces appartements. Vous devrez nous servir comme nous l’entendons. Vous ne serez pas libre de sortir d’ici, sauf si Liamarë ou l’un de mes gardes — hormis Tamril — veut bien s’occuper de vous surveiller.

J’agrandis les yeux à ces mots. Le choix était loin d’être équitable mais je le soupçonnais de l’avoir fait exprès. Je sais qu’un nombre incalculable de fangirls se serait jeté sur la seconde option et j’avoue que malgré tout, et malgré ce que ma précieuse conscience me criait, l’idée était des plus tentantes.

Certes, ce que je connaissais du sexe et des relations entre un homme et une femme, je le devais aux livres que je dévorais plus que je ne les lisais. Je n’avais jamais couché avec un garçon, encore moins avec un homme. Eh oui, à vingt-cinq ans, j’étais toujours vierge et même si parfois ça me dérangeait beaucoup, j’en étais assez fière. J’attendais le bon pour le faire… Et surtout qu’un garçon qui me plait se décide enfin à s’intéresser à moi.

Si j’acceptais, j’allais devoir coucher avec cet elfe qui se montrait si odieux et imbu de sa personne qu’il me mettait les nerfs en pelote. Fermant à demi les yeux, je l’observai à travers mes paupières baissées et je pus voir qu’il savait déjà qu’il avait gagné cette affaire. Une partie de moi voulut l’envoyer chier cordialement en lui disant que je préférais encore faire des fellations aux Trolls ou même à des Orques plutôt qu’à lui mais honnêtement, non. La vérité était que de nous imaginer nus tous les deux m’échauffait réellement les sangs et je pouvais déjà sentir ma culotte s’humidifier dangereusement rien que d’y penser.

Bordel, j’allais peut-être dire oui finalement, et quitte à être dépucelée autant que ce soit fait avec un putain de beau mec canon qui devait avoir de l’expérience en la matière en plus… et bon, un elfe quoi !

— Alors, que décidez-vous ? me questionna-t-il me lâchant le visage.

Il n’avait cependant pas bougé d’un pouce. Aucune barrière de sécurité n’était présente entre nous. Nous nagions tous les deux dans l’espace intime de l’autre sans nous en apercevoir… du moins, lui ne s’en apercevait pas. De l’extérieur, nous aurions pu passer pour « presque » intimes.

— Je ne comprends pas, déclarais-je alors. Pourquoi vouloir faire de moi votre maîtresse alors que je ne suis même pas jolie selon vos critères de beauté elfique à la noix.

Je croisai les bras, faisant ainsi remonter ma poitrine sans le faire exprès.

— Qui vous a dit que vous n’étiez pas jolie ? me répondit-il surpris.

— Mais vous ! A l’instant !

— Vous ne l’êtes pas quand vous vous mettez dans des états pareils. Il faut que vous appreniez à ménager vos sentiments. Les humains ont toujours eu une prépondérance phénoménale pour l’emportement. Vous ne savez pas gérer vos émotions. C’est une faiblesse que je ne saurais tolérer chez les miens.

— Vraiment ?! m’exclamais-je surprise. J’avais arrêté d’écouter ce qu’il me disait quand j’avais compris qu’il me trouvait jolie. — Mais je suis petite par rapport à une elfe, et pas gracieuse et pas…

— Certes vous êtes pleine de défaut, concéda-t-il, me coupant la parole, mais vous m’intriguez vraiment et il y a autour de vous une telle aura de liberté, d’insouciance et une telle absence de limites… J’ai très envie d’y goûter, finit-il par me murmurer, approchant son visage et ses lèvres vers l’une de mes oreilles, ce qui me fit frissonner de la tête aux pieds.

J’étais super sensible des oreilles. Une fois, le chien de ma voisine s’était jeté sur moi pour me faire un méga câlin et je m’étais pris la honte de ma vie quand la bestiole m’avait léché le visage et remonté sa langue pleine de bave vers l’une de mes oreilles. J’avais connue un tel frisson de plaisir… Mon dieu, rien que d’y repenser, j’en mourais encore de honte. Et non, je ne suis pas zoophile, du tout, mais et je ne savais même pas que les oreilles pouvaient être des zones érogènes chez les humains, en plus. Oui bon, j’avais bien sûr lu des fics aux sujets d’oreilles pointues ultra-sensibles et, avisant celles de Thranduil, je me pris à me demander si lui aussi, grimperait aux rideaux si je venais à les lui lécher ou même… mordiller. Une image de nous deux, nus et enlacés tandis qu’il gémissait sous mes coups de langues et de dents s’imposa à moi et je faillis défaillir devant cette vision empreinte d’un tel érotisme sauvage. Au secours, je crois que je suis folle !

— Vous… vous êtes vraiment sûr de vous, balbutiai-je, consternée par ce que j’imaginais déjà et ce que je m’apprêtais à faire… à dire, même.

— Tout à fait, Cerise.

Il semblait si sûr de lui. Comme s’il marchandait un banal contrat de rien du tout.

Je pouvais sentir son souffle chaud contre moi et cela me déstabilisa tout à fait. Il semblait déjà dans la phase de séduction et je n’étais pas tout à fait certaine de savoir comment le gérer. Je n’avais jamais joué à ce jeu là et bon… C’était Thranduil quoi, pas le voisin du coin ni le beau gosse de la Fnac qui me conseillait toujours des daubes infâmes à lire et que j’étais incapable d’envoyer chier parce que je n’avais pas souvent l’occasion de parler avec un canon de son genre.

— Dépêchez-vous de choisir, ma patience commence à s’émousser, Cerise.

Kyaaa, je poussai un petit cri intérieur quand je sentis tout à fait les lèvres effleurer mon oreille qui semblait s’étendre pour mieux apprécier la caresse du roi. La traîtresse insolente ! Mais putain ce que c’était bon !

— Je… Je… je suis d’accord, débitais-je rapidement, aussi rouge qu’une… cerise. Oui, je sais, celle là, elle était facile.

— Bien, me dit-il en tapant dans ses mains comme s’il venait de conclure une transaction.

Il me quitta alors pour s’offrir un nouveau verre de vin.

— En voulez-vous ? me demanda-t-il en se tournant vers moi.

— Heu, non merci, je préfère garder toute ma tête, marmonnai-je, et puis il faut que vous sachiez quelque chose à mon sujet.

Je me tortillai dans tous les sens. Pas que j’eus honte de mon état mais bon, je ne voulais pas qu’il croie que j’étais l’humaine la plus expérimentée de la Terre du Milieu ou d’ailleurs.

Il m’observa, intrigué, un sourcil relevé, son verre à mi chemin entre son torse et sa bouche.

— Que devrais-je savoir ? dit-il, l’air suspicieux.

Je décidai de l’affronter du regard et c’est droit dans les yeux que je lui avouai mon état, sans fioriture ni rien :

— Certes, je veux bien être votre maîtresse mais il faut que vous sachiez tout de même que je suis encore vierge !

A Suivre


Annotations

– La Macarena : chanson de « Los del Río » qui nous a pourri l’été ’96… Bon j’avoue, j’ai aussi dansé dessus…

– Calimero : est un petit poussin noir, le seul de la portée qui porte une moitié de coquille d’œuf sur la tête. Il est souvent réservé et se sent un peu mis à l’écart. Calimero est un dessin animé que je regardais dans les années ’80.

– Spice Girls : Après la montée en puissance des Boys Band, nous avons eu droit au premier Girls Band Britannique : les Spice Girls (en 1994) avec leur chanson phare : Wannabe. Toute une époque ou le Girl Power était de mise !

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