Chapitre 8 : La Mélodie du Bonheur

Thranduil8

La Mélodie du Bonheur

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Thranduil

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Certes, je veux bien être votre maîtresse mais il faut que vous sachiez que je suis encore… vierge !

Ces mots dansaient dans ma tête sans que je n’arrive à en comprendre vraiment le sens. Vierge ? Elle qui paraissait et qui semblait si expérimentée ? N’avait-elle pas des ouvrages licencieux dans ses bagages ? N’avais-je pas encore en ma possession un objet lui appartenant qui me prouvait qu’elle me mentait ?

Pourtant, en l’observant attentivement, je distinguais bien cette lueur de peur nimbée d’innocence qu’avaient les jeunes ingénues. Me serais-je finalement trompé sur son compte ? Cela changeait-il quoi que ce soit à mon désir de tout posséder d’elle ? Cette humaine, j’avais envie de la dompter, de lui montrer que je pouvais la faire plier sans pour autant la briser. L’idée de lui enseigner tout ce que je savais ou tout le moins une partie de mes connaissances dans ce domaine me plaisait plutôt beaucoup. Lorsqu’elle repartirait dans son monde, je voulais être sûr qu’elle n’oublie jamais le seigneur de la Forêt Noire. J’en faisais un point d’honneur.

Me passant un doigt sur les lèvres, je continuais à la dévisager sans mot dire. Je devais m’avouer que je l’aimais bien ainsi, manquant de confiance en elle et le visage délicatement empourpré.

— Vous êtes vierge, murmurai-je plus pour moi-même que pour elle.

Elle déglutit péniblement, les yeux baissés. Je ne pouvais plus lire dans ses iris mais cela m’importai peu. Il fallait que je sache. Cette Cerise était un bien étrange petit humain. Toujours sans mot dire, je me rendis dans ma chambre à coucher où j’avais rangé ce drôle d’objet qui avait fait rougir Maeiell quand je lui avais demandé si elle en avait déjà vu de semblable ailleurs. Indéniablement, cela ne venait pas de notre monde. Je récupérai donc ledit objet que j’avais pris soin de protéger par un morceau de tissu et revint dans la pièce où se trouvait Cerise qui ne m’avait pas lâché des yeux, intriguée.

— Et ceci, si vous êtes vierge, qu’est-ce exactement ?

Je lui tendis la chose qu’elle prit prudemment, décontenancée. Ses sourcils s’étaient froncés et elle affichait une adorable moue qui se transforma vite en une grimace de réprobation.

— Mais… mais… qui vous a permis de prendre mes affaires ? s’insurgea-t-elle, encore plus rouge que tout à l’heure.

— Répondez-moi, Cerise.

— Non mais vous avez un culot, vous ! Est-ce que je fouille dans vos affaires quand vous avez le dos tourné, moi ?!

Elle semblait furieuse mais je n’en tins pas compte. Je me savais en situation de force et je n’allais surtout pas céder maintenant.

— Si vous voulez que je vous croie lorsque vous me dites que vous n’avez aucune expérience en la matière, il faudrait que vous y mettiez un peu du votre, répondis-je, imperturbable.

— Oh, très bien, je ne suis plus à ça près avec vous, soupira-t-elle, vaincue, avec une nouvelle lueur de défi dans les yeux.

Je me préparai au pire avec elle.

— On appelle ça un sextoy, dit-elle en me toisant la mine mauvaise. Personnellement, moi je le surnomme Petit Grey mais bon…

— Pardon, dis-je ? Qu’est-ce que cela ?

Elle venait de m’intriguer par sa réponse.

— Cela, susurra-t-elle, un sourire torve sur les lèvres, sert à donner du plaisir aux femmes.

Voyant que je ne disais rien, elle poursuivit :

— Si vous préférez, ça sert quand on n’a pas d’homme sous la main.

De là, elle sortit l’objet de son tissu et appuya sur un bouton. Je vis non sans incrédulité la chose vibrer et bouger de la droite vers la gauche.

— Quelle est cette magie ? demandais-je pris entre l’incrédulité et la curiosité.

Elle se mit à ricaner. Elle se moquait de moi.

— Ça mon gars, ce n’est pas de la magie mais encore de la technologie. Ça marche avec des piles. Et s’il n’y a pas de pile… Ça marche quand même, je ne vais pas faire ma difficile. En plus, j’avoue que ce n’est pas encore au point avec tout le raffut que Petit Grey fait quand il est en action.

Elle recommençait à me manquer de respect mais en cet instant, rien n’avait d’importance que les explications qu’elle pouvait me donner. Jamais ici une elfe ne se serait permise de prendre son plaisir sans un partenaire consentant. Il y avait des choses qui ne se faisaient pas seul.

— Ni y a-t-il donc plus aucun mâle chez vous pour que vous en soyez réduite à cela ? dis-je avec un certains dégoût dans la voix.

Elle avait l’air médusée face à ma question. Je ne voyais pas pourquoi. Je fronçai les sourcils.

— Mais bien sûr que non, voyons ! s’exclama-t-elle, surprise. Où avez-vous été pêcher une idée aussi débile ?!

J’exhalai un long et profond soupir. Il allait falloir lui apprendre à s’exprimer de façon moins vulgaire. Elle pouvait être franchement pénible sur ce point.

— De vous, soupirais-je, mais pour une vierge vous me paraissez bien au fait de certaines pratiques humaines.

— Pratiques humaines ?! s’étrangla-t-elle et je pouvais lire sur son visage à quel point mes propos l’outraient.

— Parce que vous ça vous arrive jamais de jouer avec popole tout seul peut-être ?

Sa voix était monté dans les aigus et je ne savais pas vraiment si je devais être furieux qu’elle ose s’emporter ainsi devant moi, cependant je devais le lui demander car tout cela commençait à me dépasser totalement.

— Les elfes pratiquent l’art des plaisirs à deux, jamais seul, de plus continuais-je en me passant une main sur la tempe, signe que je commençais à me lasser de cette conversation : Qu’est-ce que « popole » ? Un autre objet de luxure ?

Elle osa alors ricaner devant mon ignorance concernant ses propres termes ridicules.

— Je vous interdis de vous moquer ! dis-je d’une voix implacable.

Elle s’arrêta et reprit :

Popole, c’est ce que vous avez entre les jambes, vous savez votre nouille quoi…

— Cerise, il suffit avec vos propos ridicules ! tonnai-je en marchant doucement vers elle.

— Votre sexe, marmonna-t-elle gênée.

Je m’arrêtai. Il fallait que je recolle les morceaux de cette conversation qui était aussi inextricable qu’une pelote de fil de laine. Quand j’eus tout remis en ordre, je pus enfin faire la liaison.

— Je suis navré, Cerise, mais je n’ai jamais eu recours à ce genre de pratique.

Cette fois ci elle écarquilla les yeux.

— Vraiment mais vous… Heu vous n’avez jamais envie de…

Je secouai la tête.

— A votre avis pourquoi ai-je besoin d’une maîtresse consentante, Cerise ?

— Bien-sûr, je comprends.

— Toutefois et malgré votre virginité vous me paraissez plutôt aguerrie sur la théorie et certaines pratiques, repris-je.

— Ce n’est pas faux, cependant ne vous imaginez pas que je suis apte à tout et que je saurais comment faire du premier coup, répondit-elle, butée.

— Je ne vous le demande pas, et comme dans le cas du Sindarin, vous apprendrez aussi à me convenir dans ce domaine là. En attendant, il est temps de nous sustenter.

Elle ne répliqua rien d’autre, ce qui me convint parfaitement. Il était temps de passer à autre chose. Cette conversation m’avait passablement mis sur les nerfs.

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Cerise

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Je ne pouvais pas croire que je venais d’avoir ce genre de conversation avec le roi des elfes. Déjà, si on m’avait dit qu’un jour j’aurais cette conversation tout court, avec un homme, j’en aurais ri puis j’aurais rougi comme une pivoine. Je vivais en plein rêve psychédélique et bientôt le roi des licornes lui-même allait faire son apparition pour me proclamer reine de son bled local*.

J’avais eu l’immense honneur d’aller chercher le plateau-repas de sa Sérénissime Majesté qui voulait faire de moi sa maîtresse. Je me mis à glousser comme une idiote en arrivant aux cuisines qui se trouvaient en sous-sol. Ne surtout pas repenser à cette conversation. C’était tellement… Bizarre et ridicule.

A peine arrivée, je fus accueillie par une Liamarë qui semblait se ronger les ongles tandis que les commis s’affairaient à préparer la popote pour leur seigneur et maître. Alors, je vous arrête tout de suite, Naheulbeuk et Peter Jackson ont tout faux, les elfes ça ne mangent pas que de la verdure. Le roi Thranduil est même plutôt friand de viande bien saignante…Comme quoi les idées reçues ont la vie dure.

— Cerise, est-ce que ça va ? me demanda mon amie en triturant nerveusement les plis de sa jolie robe.

Je haussai les sourcils. J’étais flattée qu’elle s’inquiète pour moi mais un peu gênée aussi. On ne se connaissait pas depuis très longtemps… Mais qu’importe. Je pouvais compter sur elle pour toujours être de mon côté ou presque.

— Oui, très bien, dis-je en lui adressant un sourire rassurant. Le Seigneur Thranduil veut que je m’occupe de lui apporter son repas puis de lui tenir compagnie pour la soirée.

Le roi m’avait formellement interdit de parler de mon nouveau statut à qui que ce soit, même pas à Liamarë. Je me demandais s’il n’avait pas tout simplement honte de vouloir se taper une simple petite humaine à peine bonne à lui récurer ses bottes avec la langue. Plus orgueilleux tu meurs !

— Oh ! s’exclama Liamarë qui tirait maintenant une drôle de tête. Et… tu as accepté ?

Je faillis lui rire au nez. Avais-je eu le choix ? Oui, certes, mais quel choix ! Entre l’un et l’autre… Si devoir passer par la case horizontale avec un elfe plutôt méga-giga-supra mouillant pouvait me permettre de garder une certaine liberté ET d’avoir une salle de bains rien que pour moi… Oui je sais, j’étais vénale et futile comme fille mais vous savez quoi ? Je m’en tamponnais le coquillard comme du jour de l’an quarante, et toc. Puis, si le seigneur Thranduil pensait que j’allais écarter les cuisses comme ça, juste parce qu’il me l’aurait ordonné… Il se fourrait le doigt dans l’œil pour ne pas dire ailleurs et même très profondément. J’avais un plan pour avoir le beurre, l’argent du beurre et la super salle de bains du roi des Elfes. C’était dit ! Oui, je sais, je peux être machiavélique comme fille !

Je fus tirée de mes pensées par Liamarë qui ne m’avait pas lâché du regard, attendant que je lui réponde. Je mis un instant avant de me rappeler sa question.

— Oui, oui bien-sûr que j’ai accepté, répondis-je en affichant la mine la plus innocente possible.

Mais où était donc mon auréole de sainteté ?

— Mais, rétorqua-t-elle, tu es sûre et certaine de ton choix ?

Cette fois se fut moi qui l’observais attentivement. Qu’est-ce qui lui arrivait, bordel ? J’avais la désagréable impression qu’elle avait deviné. Mais non, c’était impossible.

Je fus détournée de mes pensées par un des elfes de cuisine — ne surtout pas penser à la SALE ni à Dobby… Merde trop tard, je suis morte de rire — qui venait vers moi avec un énorme plateau. Bon ben, il n’y avait plus qu’à prier pour que je ne renverse rien en chemin.

D’habitude les plateaux étaient moins volumineux. Il avait grave la dalle ou quoi, le roi des elfes ?! Je pris donc le lourd plateau avec précaution et, me retournant à demi vers Liamarë, je lui répondis :

— Sûre et certaine, Liamarë, ne t’en fais donc pas pour moi et prie surtout que je ne renverse rien avant mon arrivée aux appartements royaux.

L’elfe secoua la tête de dépit. Riant sous cape, je sortis des cuisines et me dirigeait là où mon destin était en train de se jouer. Ça semblait fataliste de penser comme ça mais je n’y pouvais absolument rien. J’avais vraiment l’impression que le destin se jouait de moi et j’étais bien décidée à jouer moi aussi. Non mais oh ! J’ai l’air conne comme ça mais faut pas trop me chercher non plus.

Je ne croisai personne sur le chemin et bientôt je fus devant la porte Royale avec un grand R. J’entrai sans frapper. Le roi Thranduil était assis à un bureau, de dos face à moi, la tête penchée, il rédigeait une missive. Doucement, je posai ma lourde charge sur la grande table et commençai à dresser cette dernière comme j’avais eu l’habitude de le faire depuis que j’avais compris qu’il ne servait à rien de se rebeller contre le sacro-saint roi. Je préférai la tiédeur d’un lit plutôt que la dureté d’un cachot. J’avais bien retenu la leçon, merci bien.

Une fois que tout fut fait sans que je ne renverse rien, je m’aperçus avec surprise que les couverts avaient été mis en double. Je fronçai les sourcils. Le roi attendait-il de la visite ?

Ne sachant que faire avec, je ne mis en place que ceux du roi. J’attendrai qu’il me dise ce qu’il fallait faire avec l’autre paire.

Me retenant de souffler de dépit, il me fallut attendre que sa Sérénissime Majesté ait enfin terminé son courrier pour savoir ce qu’il attendait de moi. Pour patienter, je décidais de l’admirer ouvertement, sans état d’âme.

C’était triste à dire mais il était vraiment canon, le saligaud ! Pour cette soirée qui s’annonçait calme et triste à mourir, le sacro-saint roi avait revêtu des habits plus simples que ceux qu’ils mettaient quand il était en « démonstration » dans la journée. Ses cheveux très longs n’étaient agrémentés d’aucune tresse ni d’aucune coiffure. Il les portait libre et ça lui allait vraiment bien.

En général, je n’étais pas vraiment fan des mecs aux cheveux longs. Soit parce que la plupart du temps, ils ne savaient pas en prendre soin, soit parce que souvent ceux qui en prenaient soin étaient de l’autre bord et puis, ce n’était pas super viril sur un homme.

Cela dit, depuis que j’étais arrivée ici, j’avais révisé mon jugement. Respirant un bon coup, je me pris une nouvelle fois son parfum en pleine figure. C’était étrange mais son odeur m’attirait et m’apaisait en même temps. A vrai dire, je n’aimais pas ça parce que ça me faisait perdre ma vigilance. J’allais encore partir dans mes divagations habituelles quand il se retourna enfin et me toisa de la tête aux pieds. A croire que chacune de mes apparitions le laissait dans la perplexité la plus totale.

Applaudissez Cerise le clown ! pensais-je avec dépit.

— Eh bien, commença-t-il, j’espère que vous avez apprécié vos observations sur ma personne ?

Je faillis tousser sous le choc d’avoir été découverte. Non mais c’était la honte. De plus, comment avait-il su que je l’avais contemplé ? Ce mec avait-il des yeux derrière la tête ?

— Je… Je…

— Notre petite humaine aurait-elle perdu la parole ? s’amusa-t-il, les yeux brillant d’un éclat que je ne lui avais jamais vu auparavant et… Oh mon Gieu, qu’il était séduisant.

— Ce n’est pas ça, dis-je en déglutissant difficilement, mais… Vous n’êtes pas comme d’habitude.

Il me fit un léger sourire de dérision avant de s’asseoir à sa place habituelle. Je compris qu’il ne me répondrait pas. Quelle frustration.

— Cerise, reprit-il, pourquoi les seconds couverts que j’avais demandés n’ont-ils pas été placés ?

Je m’approchai doucement.

— C’est parce que je ne savais pas où les mettre.

Il haussa un sourcil.

— Mettez les en face des miens et servez-nous, me commanda-t-il d’une voix… chaleureuse ?!

Mon ouïe n’était-elle pas en train de me jouer des tours ? Thranduil et chaleureux n’étaient définitivement pas à mettre dans la même phrase, sauf pour en expliquer le contraire !

Néanmoins, je fis ce qu’il me demandait sans rechigner. Sa façon d’agir, tout ça, n’était définitivement pas normal.

— Cela ira Cerise, maintenant, servez-vous à votre tour et asseyez-vous.

Je faillis me retrouver par terre en dérapant contre un tapis après ce qu’il venait de me dire. Avais-je bien entendu ? J’allais manger avec et en face du roi ? Etait-ce ainsi que cela se passait avec Maeiell ? D’habitude, je ne faisais que lui apporter les plats et ensuite je repartais. C’était l’autre elfe qui était chargée de servir Thranduil à sa table, mangeait-elle avec lui ? Ah, je n’aimais pas ne pas savoir, ces inconnues me rendaient folle d’angoisse et de rage.

Je me mis nerveusement à table après m’être servie et je ne pus que rester bloquée sur l’image du roi blond en train de manger. Ouah, il avait la classe internationale, il n’y avait pas à dire. Je repensai à mes potes de sur la Terre Tout Court — j’avais décidé d’appeler l’endroit d’où je venais comme ça, c’était plus simple pour moi — et sérieusement, ils auraient eu des cours de maintien à prendre avec le Seigneur de Mirkwood. L’elfe, mangeait le dos bien droit à sa chaise et portait sa fourchette à sa bouche avec une délicatesse extrême sans que cela ne le rende précieux pour autant.

Je le vis passer sa langue rose sur ses lèvres rouge et charnues avant d’emboucher un nouveau morceau de viande. Même sa façon de mastiquer était… Sensuelle. Sans le vouloir, je me mis à baver légèrement, la bouche entrouverte. Je préférais croire que c’était parce que ce qu’il mangeait me mettait en appétit.

Hum. Le quitter des yeux fut une réelle torture. Précautionneusement, je pris la fourchette dans l’une de mes mains et commençai à piocher dans mon assiette. En fait, j’étai incapable d’avaler quoique ce soit, j’avais le ventre noué. Saleté d’elfe et foutues hormones qui me jouaient un sale tour, maintenant.

— Vous ne mangez pas ? s’étonna-t-il en reposant ses couverts et en attrapant une serviette pour s’essuyer la bouche.

— Si mais en fait, je n’ai pas très faim, dis-je en baissant les yeux.

— Cela ne vous plait-il pas ?

— Si bien sûr mais…

— Mais quoi ? me coupa-t-il gentiment.

L’avisant du coin d’un œil, je vis qu’il me fixait d’un regard clair et… intense.

Ce n’était pas possible, il se passait quelque chose ! D’abord il était gentil, il me faisait manger à sa table et ensuite… Mon cœur battait la chamade. Il allait trop vite, il avait déjà commencé la bataille compris-je, et moi je ne marchais pas, je courais comme une pucelle naïve ! Ce que j’étais, mais bon, tout de même ! Où étaient passés mes principes !

Mortifiée de m’être faite avoir comme un bleu, je jetai ma serviette sur la table.

— Ce n’est pas juste, me plaignis-je, vous avez déjà commencé la bataille !

Il me regarda réellement surpris.

— La bataille ? dit-il en croisant ses mains sous son menton. Mais de quelle bataille parlez-vous Cerise ?

Il pencha doucement sa tête, tout en me fixant de ses yeux mi-clos.

— Vous savez très bien de quoi je veux parler, Seigneur Thranduil.

Il se redressa alors, jusqu’à s’appuyer contre le dossier de la chaise. Il avait toujours ce sourire enjôleur sur le visage qui arrivait à me faire perdre une partie de mes moyens.

— Non, je ne vois pas. Par contre, ce que je constate, c’est que vous refusez de manger.

J’aurai aimé l’envoyer bouler mais sa façon si douce et… complaisante — et ça me faisait mal de l’admettre — de me dire les choses me rendait coupable comme une enfant.

— Pas du tout, dis-je.

Et pour lui prouver, je coupai un morceau de viande pour le mettre dans ma bouche et je crus défaillir d’extase quand je mordis dedans. Les saveurs qui s’en dégageaient étaient si riche, si… Oh mon Gieu ! C’était tout simplement divin.

Certes, ce n’était pas mon premier repas en Terre du Milieu et à Mirkwood mais c’était la première fois que je goûtais à la cuisine du cuisinier personnel du roi.

Finalement, nous reprîmes le repas sans plus se parler et ça me convenait tout à fait. J’allai même jusqu’à accepter le verre de vin qu’il me servit pour faire passer tous ses succulent mets. J’avais l’impression d’avoir mangé pour la première fois de ma vie dans un restaurant digne d’une émission du type Masterchef ou Top Chef ! Ça me changeait des repas surgelés de chez Marie ou de McDo‘ et Quick. C’était trop bon et j’étais à deux doigts de me lever pour crier tant cet enchantement culinaire était orgasmique.

Quand nous eûmes terminé, je m’adossais à ma chaise, totalement repue et indéniablement grisée. J’avais réussi à faire abstraction du dangereux mâle elfique qui me faisait face et je n’avais eu aucune honte à gémir de plaisir en dégustant tous les plats préparés par les elfes de cuisine. Dès que je croiserais Linwë, son chef cuisinier, j’irais le féliciter pour ses incroyables talents. Peut-être en profiterais-je pour le demander en mariage, qui sait ?!

Toute heureuse et en pleine digestion, je ne vis pas que le roi s’était levé et approché de moi. Ouvrant un œil, je lui balançai le genre de sourire extatique que j’avais quand je venais de vivre l’événement le plus intense de ma vie. En général, soit une bonne beuverie, soit un bon repas. Je venais de vivre les deux, c’était juste le paradis. Je ne voulais pas redescendre tout de suite.

— Cerise, me dit-il, levez-vous et allons marcher un peu dehors.

Ouvrant grand les yeux, j’exhalais un long soupir de béatitude. Vu l’état de mon ventre, il valait mieux faire effectivement un peu de marche. Quoique, si marcher dehors signifiait se rendre dans son jardin intérieur privatif… On n’irait pas très loin.

— Très bien, répondis-je toutefois en me levant et en titubant légèrement, ce qui fit tiquer un peu le roi.

C’est que son vin déchirait sa race, même plus que carrément ! Etonnée, je le vis prendre une espèce de manteau d’intérieur aux draperies richement décorées. D’un signe de tête, il me fit comprendre que je devais le suivre. Sans rechigner, je déclenchais alors le mode automatique de mon cerveau pour guider mon corps là où le roi voulait nous emmener.

Nous traversâmes des ponts ainsi que deux esplanades que je n’avais encore jamais vues auparavant et c’est avec des yeux aussi grands que des soucoupes que je tournais sur moi-même pour admirer où le seigneur de la Forêt Noire nous avaient finalement emmenés.

— C’est… c’est magnifique, ne pus-je m’empêcher de dire.

— N’est-ce pas, me rétorqua, le roi qui s’était placé non loin de moi pour admirer le lieu à son tour.

Nous étions toujours dans son palais, bien que le ciel soit bel et bien visible. C’était incroyable, le jardin dans lequel nous venions de pénétrer ressemblait à une serre géante avec une multitude de parterres de fleurs différentes. Soufflée et dégrisée par le merveilleux spectacle qui se présentait à moi, je m’avançai avec précaution. Au loin, je vis même un arbre fruitier… Je crus m’étouffer quand je constatai qu’il s’agissait d’un véritable cerisier. Ainsi, hormis moi, il y avait bien des cerises en Terre du Milieu. Ce constat me fit légèrement glousser.

— Cela vous plait-il, Cerise ? me demanda Thranduil qui s’était approché de moi.

— Oh, oui, m’exclamai-je totalement conquise par ce jardin digne d’un conte de fée. — Mais dites-moi, comment arrivez-vous à garder cet endroit intact de tout danger ?

Levant mon visage vers le ciel, je pus même admirer les étoiles qui n’étaient pas vraiment différentes de celles de chez-moi. Un étrange sentiment s’empara de moi que j’occultai aussi vite.

— Un très vieux sort de dissimulation préserve ces jardins des araignées, admit Thranduil.

Sa voix était basse et très douce presque nostalgique. Je me tournai vers lui, intriguée.

— Vraiment ? répondis-je. En tout cas, je ne pensais pas que vous abritiez un tel coin par ici, cela le rend presque irréel.

— Ces jardins étaient l’idée de ma défunte épouse bien aimée, murmura Thranduil, le regard triste. Quand elle est morte, je me suis promis de les préserver, quoiqu’il arrive.

Il fit quelques pas et se mit à caresser des sortes de pivoines aussi grandes que lui. Bien qu’impressionnantes, elles n’en restaient pas moins magnifiques.

Quant à moi, je restai immobile, sidérée par cet aspect du souverain elfique que je n’aurais jamais cru deviner un jour. Il était si différent de l’être méprisable et imbu de sa personne qu’il montrait à tous en général. Je découvrais un elfe à l’aspect presque humain et qui m’apparaissait bien plus sympathique que je ne l’aurais voulu.

Quelques minutes plus tard, il revint vers moi. Choquée, je le vis avancer un doigt fin vers mon visage pour en caresser les contours. Je ne pus m’empêcher de frissonner. Nos têtes n’étaient qu’à quelques millimètres l’une de l’autre. Allait-il m’embrasser ? Je me souvins alors de son goût que j’avais découvert un peu par hasard… Puis comme si de rien n’était, il se détourna de moi.

— Rentrons, jeune fille. Il est tard, me dit-il, et nous sommes fatigués.

— Très bien, dis-je en relâchant un peu la pression qui m’avait comprimé la poitrine jusqu’à présent.

Le retour se passa en silence. A la raideur de ses épaules, je compris qu’il avait une nouvelle fois revêtu les apparats du souverain dur et froid. Je ne savais pas si je devais en être déçue ou rassurée. C’était étrange comme sensation.

Une fois dans ses appartements, je m’aperçus que quelqu’un s’était chargé de débarrasser notre repas. Dans un coin, de la pièce, je vis avec soulagement un lit préparé avec mes affaires.

— Vous dormirez ici dorénavant, Cerise. Nous avons pensé à ramener vos affaires. Si vous avez besoin d’utiliser la salle d’eau, dites-le moi maintenant car ensuite je ne veux plus être dérangé pour la nuit.

— Heu, oui merci ! dis-je en courant presque vers mon sac pour en sortir ma brosse à dent et mon dentifrice.

Il ne me dit rien ni ne me suivit. Une fois que j’eus terminé mes ablutions, je retournai dans la pièce où je devais dormir.

— Bonne nuit seigneur Thranduil, ! lui criai-je alors qu’il était dans sa chambre.

Pour toute réponse il claqua sa porte.

Oh, ben, c’était la soirée la plus psychédélique que j’avais vécue depuis que j’avais compris que mon cerveau ne me jouait très certainement pas des tours. Cependant, je devais me trouver chanceuse, le roi n’avait rien fait pour véritablement me mettre mal à l’aise. Bien au contraire. Il avait été gentil et d’agréable compagnie.

Esquissant un léger pas de danse, je sortis une chemise de nuit donnée quelques semaines plus tôt par Liamarë. Elle était courte et transparente mais j’adorais sa texture. Une fois vêtue pour la nuit, je sortis aussi mon vaillant Ipod, ça faisait des jours entiers que je n’avais pas écouté de musique… Là, j’en avais très envie et c’est sans aucune honte que je cherchai Madonna dans ma liste de lecture.

J’avais besoin de me défouler un peu.

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Thranduil

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La soirée s’était passée comme je l’avais espéré. J’avais décidé d’essayer une nouvelle approche avec ma petite humaine. Si je la voulais consentante dans mon lit, je savais fort bien que la force ou l’intimidation ne servirait à rien. Cette Cerise avait un fort caractère et pouvait rendre coup pour coup malgré les ennuis qu’elle risquait ensuite.

J’avais réellement apprécié sa présence, ce soir, que j’avais trouvé rafraichissante et incroyablement divertissante. J’avais bien compris que je ne lui étais pas si insensible que cela et ce constat m’avait totalement rassuré quant à la suite de mes projets la concernant.

Pour la première fois depuis que nous la connaissions, elle s’était montrée presque polie, aimable et bien élevée. Cependant, sa manière d’apprécier un bon repas était des plus surprenantes. J’avais bien eu du mal à ne pas me jeter sur elle pour la prendre à même la table, face à ses démonstrations de plaisir gustatif. J’espérais secrètement que ce spectacle me soit entièrement et uniquement réservé. L’idée qu’un autre que moi aurait pu assister à un spectacle emprunt d’un tel érotisme qu’il était difficile de se contenir face à elle, m’était désagréable… Car après tout, bien qu’étant un elfe d’un certain âge, je n’en restais pas moins un mâle avec des désirs d’hommes.

J’avais voulu lui montrer qu’avec moi, elle avait tout à gagner et pas seulement un aspect pratique ou matériel. Je n’aurais jamais cru possible qu’elle-même puisse faire preuve d’un tel élan de passion. Finalement, elle me semblait encore plus prometteuse que je ne l’aurais cru au premier abord.

Pour la remercier de cette soirée sans heurt, j’avais voulu lui montrer « Les jardins des Délices », ceux que ma défunte épouse Elenna avait conçu après que nous nous soyons tous enfermés dans ces cavernes pour notre propre sécurité face à la montée persistante des forces des ténèbres à Dol-Guldur. La nostalgie m’avait alors étreint le cœur et la vision de la jeune femme que j’avais emmenée là-bas, m’avait parut presque déplacée.

Pourtant, Cerise n’y était pour rien mais j’avais su que ce soir, je ne pourrais me résoudre à plus que cette simple petite promenade digestive.

Je fronçai les sourcils. Qu’est-ce qui m’avait pris d’emmener cette petite humaine là où personne n’avait le droit d’accès ?

Exhalant un long soupir, je tentai alors de faire le vide dans ma tête pour me préparer à un sommeil réparateur lorsque j’entendis du bruit provenant de l’autre pièce, là où était censée dormir Cerise. Croisant les mains sur ma poitrine, je patientai quelques minutes mais hélas, la jeune femme semblait bien décidée à continuer son vacarme.

Comptant mentalement dans ma tête, pour ne pas céder à la colère qui grandissait en moi, je me relevai d’un bond.

Une fois debout, je me passai, la main sur le visage. Notre tranquillité n’avait duré que le temps d’une simple soirée.

Avançant rapidement jusqu’à la porte, je compris qu’elle était en train de chanter. Sa voix suraiguë était un véritable calvaire. Mes oreilles n’en supporteraient pas d’avantage.

— Cerise ! criai-je toujours de mon côté, je vous somme d’arrêter immédiatement ce tapage intempestif !

Au lieu de se calmer comme je l’avais cru qu’elle le ferait, le bruit se rapprocha… puis s’éloigna. Mais que faisait-elle donc. Intrigué et énervé, j’ouvris brusquement la porte de communication et me figeai net devant le spectacle le plus surprenant auquel il m’était donné d’assister. C’était juste… saisissant.

La jeune femme, fort peu vêtue se trémoussait, les yeux fermés, — ses drôles de choses vissées à ses oreilles — dans tous les sens, sa chemise de nuit presque translucide ne cachait rien de ses courbes ni de ses formes.

Je la vis, non sans incrédulité, se toucher les flancs avant de lever les bras au ciel tout en donnant de furieux coup de hanche qui mimait à s’y méprendre l’acte charnel et par les Valar ce qu’elle chantait… Mes oreilles avait mal mais ma conscience avait une furieuse envie de comprendre ce qu’elle disait et c’était juste…

*Ooooh,ooooh,ooouh

You’re so fine, and you’re mine.

I’ll be yours ’till the end of time…

’cause you made me feel…yeah you made me feel, I’ve nothing to hide…

Like a virgin…oooh,oooh

Like a virgin

Feels so good inside, when you hold me, and your heartbeat, and you love me…

oh oh oh oh ouh…

— Oooooh ! s’écria-t-elle lorsqu’elle ouvrit enfin les yeux pour m’apercevoir à quelques mètres d’elle. Elle semblait essoufflée par sa brillante démonstration de… je n’avais pas les mots exacts pour comprendre réellement ce que je venais de voir.

— Oh mon Dieu ! reprit-elle.

— Non moi, c’est juste Seigneur Thranduil et par Varda, qu’étiez-vous en train de faire exactement ?

A Suivre


Annotations

– « (…) et bientôt le roi des licornes lui-même allait faire son apparition pour me proclamer reine de son bled local » : en référence aux romans Japonais « Les 12 Royaumes » de Ono Fuyumi.

– Like a Virgin de Madonna : l’une des chansons préférée de Cerise.

– Ici Thranduil commence à appliquer sa stratégie de séduction. Je l’avoue, ça marche aussi bien pour l’héroïne que pour l’auteur de cette fanfiction !

⭐ Like A Virgin de Madonna

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8 commentaires

  • haha j’adore tout simplement 🙂 Sérieusement je n’est jamais autant apprécier la lecture de fanfiction. tu es maintenant mon idole 🙂

    Aimé par 1 personne

    • Bonjour Melodie,

      Merci beaucoup de lire aussi cette fic 🙂 J’espère que la suite te plaira tout autant ! En tout cas, je te souhaite la bienvenue dans le monde de ma petite Cerise 😉 ❤

      J'aime

  • j’en suis au chapitre 25. J’ai tout simplement du mal a décrocher et toujours hâte de savoir la suite. J’adore ton écriture 🙂 et merci de nous permettre d’entrer dans ton monde

    Aimé par 1 personne

  • je t’adore t’es texte son géniaux ton écriture est lisible et détachées et la fan fiction est sérieuse drôle et surtout bravo j’ai était jusqu’à la fin donc merci d’avoir tenu le coup malgré les critiques que d’autre ont pu faire. Je voulais savoir si tu avais l’intention de mettre un prologue de leur vie en Valinor. Genre quelque année plus tard quand Legolas va les rejoindre par exemple

    J'aime

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