Chapitre 9 : Raison et Sentiments

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Raison et Sentiments

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Cerise

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Je m’ennuyais… mais qu’est-ce que je m’ennuyais ! Il n’y avait pas de mot assez fort pour dire à quel point je me faisais grave c…

— Cerise ! cria Dagnir, furieux contre moi.

Je soupirai lourdement en entendant cet hurlement rageur.

Cela faisait une semaine que j’avais commencé à apprendre le Sindarin, le langage des elfes sylvains de ce bled totalement paumé qu’était Mirkwood. Tout ce que j’avais retenu et appris, c’est que je n’étais franchement pas douée pour les langues et surtout pas pour celle-là.

Quand j’avais vu à quoi ressemblait leur écriture, j’avais eu des vapeurs d’anxiété. A cela, vous pouviez ajouter leur façon imprononçable de prononcer les mots et voilà… Mais dans quelle galère je m’étais encore fourrée ? Je levai la tête d’un air piteux et croisai le regard peu amène de celui que l’on avait désigné pour être mon professeur attitré. Franchement, je ne savais pas lequel de nous deux était le plus à plaindre.

En soupirant, il reposa bruyamment le parchemin qu’il avait à la main et s’avança vers la table qui me faisait office de bureau. Dagnir n’avait pas l’air content du tout.

— Ecoutez-moi bien, commença-t-il d’un ton qu’il voulait le plus pédagogique possible mais je me demandais vraiment s’il savait ce que cela signifiait. Ce n’est pas en rêvassant que vous allez apprendre notre si belle langue. Le Sindarin requiert toute votre attention ainsi que toutes vos émotions. C’est une langue qui se vit avec le cœur et l’esprit. Sans cela, vous n’y arriverez jamais !

Et paf, prends ça dans les dents, Cerise. Mais oui, c’est ça, pensai-je pour moi-même et la marmotte elle met le chocolat dans le papier d’alu et le père Noël existe vraiment. Ces elfes avaient une drôle de conception des choses, ma foi, et une très haute opinion de leur culture. C’était aberrant.

— Ecoutez, Dagnir, je sais que vous faites beaucoup d’efforts pour ne pas m’envoyer en colle ou me balancer vos parchemins à la figure mais tout à fait entre nous, il vaut mieux laisser tomber. Soyons francs, vous et moi, le Sindarin ne m’aime pas et je crois que c’est réciproque.

— Vous n’êtes qu’une agaçante idiote, grinça-t-il. Le roi m’a ordonné de vous apprendre notre magnifique langue. Vous l’apprendrez, dussé-je vous la fourrer dans le crâne à coup de marteau s’il le faut.

— Oh ben ! m’exclamais-je surprise — enfin presque— vous savez parler aux femmes, vous, il n’y a pas à dire.

Alors qu’il allait rétorquer quelque chose, histoire que je ne gagne pas cette nouvelle manche — c’était presque devenu un jeu entre nous, et je le soupçonnais d’y avoir pris goût — la porte s’ouvrit sur Liamarë.

— Sauvée par le gong ! m’écriais-je en lançant mes poings en l’air en signe de victoire, ce qui me valut le regard perplexe de mon amie et la mine dégoutée de mon si dévoué professeur.

— Excusez-moi de déranger votre cours, Maître Dagnir, mais il est tard et j’ai besoin de Cerise pour quelques travaux.

— Oh, très bien, répondit l’elfe qui n’avait pas un mais dix balais coincés très loin dans les recoins sombres et inexplorés de son elfique personne. Et franchement, je n’avais aucune envie d’être celle qui irait explorer sa faune intime. Brrr, rien que d’y penser, mandieu quelle horreur !

Je me levai de ma chaise sans demander mon reste avec un bref salut en direction de mon tortionnaire et soupirai de plaisir et de bien être dès que je fus libérée de cet enfer linguistique.

— C’était si difficile que cela ? me demanda Liamarë, amusée par mon manège digne d’une gamine de trois ans.

— Il n’y a pas de mots pour dire à quel point votre langue est assommante et compliquée ! m’exclamais-je joyeusement.

— Cerise ! me réprimanda gentiment l’elfe. Tu es certaine d’être une adulte responsable dans ton monde ?

— Tout à fait ! dis-je en tirant la langue de la façon la plus puérile qui soit.

Nous continuâmes de marcher un moment avant de nous arrêter devant mon ancienne chambre. En repensant aux raisons pour lesquelles je n’y dormais plus, mon cœur fit un bond dans ma poitrine. Cela faisait une semaine que je passais mes nuits dans les appartements privés du roi. Nous avions conclus un marché, lui et moi… Enfin, j’avais surtout accepté la chose la plus farfelue et stupide qui soit : devenir sa maîtresse. Depuis ?

N’allez pas imaginer les trucs les plus pornos de la planète car il ne s’était rien passé entre nous et il n’y avait pas grand chose à dire, en fait. En tout cas pas d’ordre sexuel. J’étais toujours aussi vierge, et lui ? Je l’espérais abstinent et frustré depuis que cette pouf’ de Maeiell ne couchait plus avec lui.

Quand avais-je compris qu’elle avait été celle qui m’avait précédée ? Quand elle m’avait coincée un après-midi dans un recoin du palais en crachant tout son venin sur moi comme un aspic en mal de sentiment. Non mais quelle idiote, celle là. Si elle croyait que Thranduil faisait mouiller ma petite culotte tous les soirs de la semaine, elle se fourrait le doigt dans l’œil, pour ne pas dire ailleurs. J’aimais bien rester polie dans ma tête.

Non, on se contentait surtout de passer nos soirées à discuter et se disputer. Bon, c’est vrai, on se disputait souvent, peut-être un peu trop à mon goût mais ce n’était pas de ma faute s’il était un gros con imbus de sa personne. Tout avait commencé depuis le premier soir où il m’avait surprise en train de danser et chanter dans son salon sur du Madonna. Sur le coup il m’avait juste sommé d’arrêter de le déranger durant son sommeil et de dormir moi-même mais ensuite un drôle de rituel s’était instauré entre nous.

Pendant l’heure des repas, il était doux, prévenant et terriblement séducteur. J’avoue que cela me faisait souvent perdre contenance parce que je n’avais pas l’habitude de le voir comme ça. Mais ensuite venait le moment où il me bombardait de question sur le monde d’où je venais. Il avait même été curieux de la musique que j’écoutais et avait tout de suite détesté quand je lui avais fait écouter mes morceaux de metal et hardrock préférés, arguant que ce n’était que du bruit barbare digne des Trolls ou bien même des Nains. Bref, avec Thranduil c’était souvent le chaud et le froid et je n’aimais pas tellement ça.

Dans ces moments là j’avais envie de lui balancer à fond dans les oreilles le « Hot’N Cold » de Katy Perry où il est question d’un mec qui ne sait pas ce qu’il veut. Une des rares chansons que j’aime bien de cette chanteuse, mais qui traduisait si bien mon ressenti vis-à-vis de Thranduil.

Revenant au présent, je fronçai les sourcils en voyant Liamarë me ramener une nouvelle robe au tissu vaporeux.

— C’est pourquoi ? demandai-je, suspicieuse.

Mon roi préféré avait-il décidé de passer à l’offensive ? Allais-je passer la serpillère habillée comme une princesse ? Bizarre tout ça.

— Le Seigneur Thranduil veut que tu mettes cette robe pour ce soir, ainsi que cette parure, me dit-elle en sortant des bijoux d’une magnificence telle que je faillis m’étouffer à leur vue.

— Heu, il se passe quoi exactement là ? Il reçoit la reine d’Angleterre ? Et je croyais que tu voulais que je t’aide à des travaux?

— Ce soir, me dit Liamarë, ignorant totalement mes sarcasmes, notre roi dîne avec Celeborn, l’époux de la Dame Galadriel, qui est arrivé dans la journée.

— Oh ! m’exclamai-je, et il souhaite que j’y assiste ?

L’air de rien, cela me fit très plaisir qu’il ait souhaité ma présence à ses côtés, même si ce fait paraissait plus étrange qu’autre chose.

— Non, Cerise, commença Liamarë inconsciente de la déception qu’elle allait me causer — ou elle le savait mais prenait un malin plaisir à me casser mes illusions —, il ne voulait pas de toi mais c’est Celeborn lui-même qui a insisté pour que tu y assistes.

— Tu viens de casser mon joli rêve tout rose, marmonnai-je, un brin sarcastique.

Non parce que bon, Thranduil qui réclame ma présence à un repas en compagnie d’invités prestigieux, c’était digne d’un conte de fée sans fée… et sans prince « charmant ».

— Pardon ?

— Non, laisse tomber.

Un peu dépitée tout de même, je me laissai pomponner par la jeune femme qui, encore une fois, se prit pour une Christina Cordula en version elfique. Même si je n’y étais pas habituée, je dus avouer que c’était assez plaisant de se faire apprêter comme une princesse par quelqu’un d’autre que soi-même. Un sourire vint éclairer mon visage. J’allais rencontrer Celeborn ! Mine de rien j’espérai qu’il soit plus beau et qu’il ait l’air moins vieux que l’acteur qui l’interprétait dans mon monde. Je n’étais pas fan de lui et j’avais été déçue du rôle potiche du mari de Galadriel qu’il avait interprété à l’écran. Rien à voir avec Craig Parker ou Orlando Bloom qui déclenchaient invariablement mon bavomètre de fangirl assumée.

— Cerise, s’il te plait, ce soir, essaie de te tenir tranquille et de ne pas trop te montrer désagréable.

J’exhalai un long soupir avant de répondre.

— Oui maman, promis, je serai aussi sage qu’une image. Dis, tu penses que j’aurai droit à un bon point après ?

— Tu es impossible.

— Je sais. Impossible est mon deuxième prénom.

Sur cette dernière phrase, emplie d’un très grand sérieux s’il vous plait, je me levai tandis que mon amie et garde fou me rapportait un grand miroir en pied.

Quand je vis le travail que Liamarë avait fait sur mes cheveux j’en eu le souffle coupé.

— C’est magnifique, murmurai-je osant à peine me toucher.

— Tu es très belle, Cerise, et tu as perdu un peu de poids. Cela te va bien.

Je secouai la tête. Je n’étais pas belle. Agréable à regarder, je veux bien, mais belle ? Et puis c’était quoi le problème avec mes bourrelets ? Je les aimais bien, moi. Cependant, je devais admettre qu’avec cette coiffure, ces bijoux et cette robe ? C’était la tenue la plus osée que j’aie jamais portée de ma vie. Elle mettait mes formes féminines en valeur et jouait avec les ombres et les déliés de mon corps. C’était une tenue pour séduire… Etait-ce Liamarë qui l’avait choisie ou bien…

— Liamarë, tu es sûre que ce vêtement est assez décent pour un dîner à plusieurs ?

La traitresse ne me répondit pas mais quand je croisai son regard brillant dans le miroir, je compris qu’elle savait pour Thranduil et moi. Oui, c’était une certitude qui fut confirmée quand elle me rétorqua ce que je craignais :

— C’est le Seigneur Thranduil qui l’a choisie pour toi, je ne fais qu’obéir à ses ordres.

Quelques minutes et quelques recommandations — comment me tenir, ne pas parler, etc. — plus tard, mon amie me conduisit non pas dans les appartements du roi mais dans une autre aile découverte du palais.

Curieuse, je lui demandai où nous allions.

— Pour les dîners officiels, cela se passe ailleurs, me dit-elle tout en continuant à marcher sans se retourner.

— Oh ! dis-je, ne sachant pas quoi lui répondre d’autre.

Nous continuâmes d’avancer parmi les longs couloirs suspendus et je bénis le ciel de ne pas avoir le vertige. Alors que j’allais lui demander si c’était encore loin, je vis une salle ouverte dont le plafond était retenu par des colonnes de tronc d’arbres entrelacés de lierres montant. Nous grimpâmes quelques marches avant de nous retrouver devant une très belle table ovale dressée de ses plus beaux couverts en argents. Ça brillait de partout. J’avais appris avec les quelques semaines passées ici que le Seigneur Thranduil aimait à la folie tout ce qui brille. Peut-être que dans une autre vie il avait été une pie, qui sait.

Avisant les lieux, je vis que nous étions arrivées les premières. Liamarë se rapprocha de moi, l’air sombre.

— Ecoute-moi bien, Cerise, je connais ta condition et je suis au courant de la promesse qui te lie dorénavant à notre Seigneur.

— Liamarë, n’essaie même pas de me convaincre d’y renoncer c’est…

— Tu ne peux pas revenir dessus, Cerise, mais je souhaitais te demander de ne pas trop offenser notre Seigneur. Tu sais — elle semblait chercher ses mots avec soins — il peut se montrer très gentil et aimant à sa manière si tu t’y prends bien avec lui. Il te traitera bien et tu pourras même y trouver ton compte.

Par tous les esprits tordus qui habitent dans mon cerveau, pensai-je choquée, j’allais lui dire que c’était compliqué et voilà qu’elle me disait que je ne pourrais pas revenir en arrière. Bon, tout en étant honnête avec moi-même, je le savais déjà mais pour le reste…

— Ecoute-moi, tu es une elfe que j’apprécie énormément mais je n’ai pas envie d’avoir de leçon de morale ou d’avoir quelqu’un qui me dise comment me comporter avec un homme. Je suis assez grande.

— Oui, Cerise, avec un homme, mais pas avec un roi, encore moins avec le roi des Elfes.

— Je ferai mon maximum pour être gentille et tout mais ne m’en demande pas trop. Là d’où je viens, les filles, les femmes ne s’écrasent pas devant les hommes. De plus, le dernier roi que nous avons eu, nous lui avons coupé la tête alors… Autant te dire que je n’ai pas été élevée dans l’idée de courber l’échine devant un p’tit con prétentieux, tout ça parce qu’il dirige tout un peuple.

Tandis que je débitais ma tirade avec force et conviction je ne vis pas que Liamarë me faisait de grand signe, la mine choquée puis atterrée. Ce n’est qu’en me retournant que je compris ce qu’elle voulait me signifier.

Allons donc, je n’étais plus à ça près n’est-ce pas ?

Devant moi se tenait Thranduil, toujours fidèle à lui-même. Bien qu’il ne laissa rien transparaitre ni sur son visage encore moins dans son regard, je sus qu’il était furieux contre moi. Quant à celui qui était avec lui, je dû prendre sur moi pour ne pas laisser tomber ma mâchoire par terre. Il était encore plus sublime que dans mes délires les plus fous. Ses longs cheveux blonds argentés tombaient telle une rivière de diamants de part et d’autres de sa personne. Ils lui arrivaient presque aux pieds. Sur son front, était scindée, une couronne brillant de mille éclats. Son visage… Oh mon Gieu son visage, il semblait sans âge, sans ride mais même si au premier regard ce faciès me mis mal à l’aise, je me détendis très vite en voyant son sourire éclairer des yeux identiques aux joyaux qu’il portait sur lui. Je sus bien avant que Thranduil ne me le dise à qui j’avais affaire.

Hypnotisée par cette apparition féérique, je fis la plus belle révérence qu’il m’ait été donné de faire.

Au loin, je crus entendre Liamarë glousser.

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Thranduil

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Tandis que Celeborn et moi-même discutions des derniers évènements en cours, nous entendîmes des voix provenant de la salle où le dîner aurait lieu. Il s’agissait de Cerise et de Liamarë, enfin surtout de Cerise. Fronçant les sourcils, je priai les Valar pour que ma petite humaine ne se fasse pas remarquer par des paroles stupides et désobligeantes envers notre invité. Bien sûr, et comme toujours quand il s’agissait d’elle, je me trompais. Ne montrant pas que cela m’affectait outre mesure, je jetai un coup d’œil à Celeborn qui affichait un visage amusé. Allons donc.

— Voici le Seigneur Celeborn, l’époux de la Dame de Lórien, commençai-je appréhendant une nouvelle bévue de ma protégée.

Cerise afficha alors un air assez choqué, voire pétrifié. De plus, elle semblait totalement captivée par notre invité. Tant mieux, pensai-je, si ça pouvait lui permettre de tenir sa langue pendant tout le dîner, cela m’irait parfaitement.

Oh mon Gieu, vous êtes vraiment le Seigneur Celeborn ? commença-t-elle, toujours fidèle à son langage libre de toute réflexion intelligente.

— Oui, c’est bien moi, rétorqua gentiment ce dernier. Vous savez, dit-il à Cerise avant de se retourner vers moi, mon épouse a vu votre arrivée parmi nous il y a de cela plusieurs lunes déjà.

Dire que ces propos me laissaient perplexe était encore trop peu dire.

— Que sous-entendez-vous par là ? demandais-je poliment, levant la main en même temps vers Cerise pour qu’elle se taise.

— Comme vous le savez, ma Dame a le don de prescience. Elle voit les choses. Elle a vu cette jeune personne arriver en Terre du Milieu. Cependant, continua-t-il en s’avançant vers elle, vous ne deviez pas arriver ici. Nous vous attendions en Lórien.

Elle ne fait jamais rien comme on le voudrait, me dis-je pour moi-même, et c’était vrai. Plus je passais du temps en sa compagnie et plus elle m’intriguait. Elle ne faisait rien comme tout le monde et son imprévisibilité était aussi rafraichissante qu’irritante. Elle faisait bien des efforts pour tenter de se mêler à nos mœurs mais n’y arrivait pas, comme si tout ce que nous lui inculquions glissait sur elle comme sur les ailes d’un oiseau. Cerise, cette petite humaine, semblait aussi libre et hors d’atteinte que le vent… Et j’avais toujours désiré ce qui était impossible à avoir. Elle représentait un défi de taille que j’avais accepté de relever avec joie. Une étincelle dans ma vie morne et devenue bien trop prévisible.

Je fus tiré de mes réflexions par le rire de Celeborn. Clignant des yeux, je le vis avec la jeune femme, en pleine conversation. Cerise semblait heureuse et avait les yeux qui pétillaient de bonne humeur.

Mais de quoi pouvaient-ils bien parler exactement ? Saisi par la curiosité, je m’approchai doucement d’eux.

— Vraiment, répliqua Celeborn, vous voulez dire que dans votre monde, notre histoire et ce que nous sommes, est relaté dans des livres ?

— Pas exactement, répondit Cerise plus amusée que jamais, en fait vous n’êtes qu’une histoire inventée par un écrivain du nom de Tolkien.

— Intéressant, dit Celeborn en se tournant vers moi. — Dites moi Thranduil, n’avons-nous pas connu un homme de ce nom là ?

Maintenant qu’il me posait la question, je me rappelai d’un humain assez étrange qui aimait à retranscrire « pour la postérité » disait-il , toutes les moindres batailles et autres peccadilles qui se déroulaient en Terre du Milieu. Cependant, ceci n’était pas son seul apanage, nous avions connus un Hobbit du nom de Bilbo qui avait fait la même chose, passant le flambeau à son neveu par la suite.

— Effectivement, je m’en souviens aussi.

— Il relatait nos histoires dans un immense cahier qu’il ne quittait jamais, se souvint avec nostalgie Celeborn.

— Certes, répondis-je, mais il ne fut pas le seul à le faire. Rappelez-vous Bilbo ou bien encore son neveu qui continue à le faire d’ailleurs…

— Pardon, me coupa Cerise, les yeux écarquillés de surprise, vous êtes en train de me dire que vous auriez connu Tolkien. Ici ? Mais c’est impossible puisqu’il vient de mon monde. La Terre tout Court !

La Terre tout Court ? répéta Celeborn intrigué.

Je faillis avoir un geste parfaitement humain en levant mes yeux au ciel. Ce n’était pas bon signe si cette Cerise commençait à déteindre sur moi.

— En fait, c’est juste la Terre, mais c’est une façon d’expliquer et de vous faire comprendre que je ne viens pas d’ici.

— Je vois, répondit Celeborn. Vous êtes une étrange personne, Cerise, mais je sens une très grande force en vous.

C’est sur ces dernières paroles que le repas fut enfin servi. La conversation s’orienta sur des sujets bien moins triviaux et bien plus importants. Celeborn et moi-même nous mîmes d’accord concernant l’avenir de ces terres.

— D’ici quelques mois, cette forêt sera aussi pure qu’au premier jour de sa création, dit Celeborn.

— Les Galadhrims ont fait de l’excellent travail, convins-je envers mon allié et néanmoins ami.

— Oui mais ils n’étaient pas seuls. Vos soldats étaient on ne peut plus aguerris, mais en sous nombre hélas.

— C’est un fait, dis-je d’une voix claire.

— Cependant, reprit Celeborn, je suis étonné de ne pas encore avoir vu votre fils à vos côtés.

Ah, mon fils… D’une certaine manière Cerise et lui se ressemblaient assez, aussi libre l’un que l’autre, suivant les travers de leur cœur.

— Legolas parcours la Terre du Milieu avec son ami. Il veut en avoir vu ses moindres recoins avant de partir pour Valinor.

A ces mots, je vis l’air jovial de mon interlocuteur déserter son visage.

— Valinor… Ma Dame part pour les Havres Gris à la prochaine lune.

Je pouvais sentir toute la peine contenue dans cette simple petite phrase. Laissé partir l’être aimé, même pour quelques mois, était toujours pénible et très difficile. Une véritable épreuve pour ceux qui la vivaient. Je ne pouvais que m’incliner devant cet elfe qui faisait passer ses derniers devoirs avant les élans de son cœur. C’était aussi à cela que nous reconnaissions la véritable valeur d’un roi, d’un gouverneur d’exception.

— Avant de partir à mon tour, reprit Celeborn, j’aimerai voir avec vous certains points, Thranduil, concernant l’annexion d’une partie de Mirkwood par la Lórien.

— Bien sûr, c’était prévu, dis-je en m’appuyant contre le dossier de mon fauteuil. Nous pensions aussi rétrocéder une autre partie aux hommes, les Forestiers. Nous avons fait de mauvais choix par le passé qui a faillit coûter bien plus qu’un bout de terre.

— Vous faites bien, Thranduil, car après tout, le temps des elfes est révolu. D’ici quelques mois, celui des hommes sera à son apogée tandis que les derniers d’entre nous vogueront vers les Terres Tranquilles et Immortelles de Valinor.

C’était une évidence qu’aucun de nous ne remit en doute.

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Cerise

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C’était le repas le plus chiant auquel il m’ait été donné d’assister. Déjà qu’en temps normal, la politique et moi ça faisait deux, alors la politique étrangère… Autant dire que je faillis ronfler pour de bon, la tête avachie sur la table. Pour ne pas sombrer définitivement, je me mis à dévorer tout ce qui nous était présenté à manger. C’était vachement bon en plus, et j’avais des bourrelets à remplumer, moi, l’air de rien.

J’entendis vaguement les deux elfes évoquer Valinor et la fin du temps de leur peuple mais ça me passait un peu en travers de la tête. Doucement mais surement, je m’enfouis un peu plus dans mes songes tout en faisant attention à rester éveillée. A tout le moins, j’essayais.

Finalement je dus m’endormir car je fus tirée d’un merveilleux rêve — où encore une fois mon prince charmant qui n’avait toujours pas d’identité propre, me prenait dans ses bras et me caressait le visage —, par quelqu’un qui me posa doucement dans ce qui devait être un lit moelleux. Bien plus moelleux que celui qui m’avait été donné. Totalement dans les vapes, je pus sentir une main fraiche caresser doucement mon bras nu et… N’étais-je pas censé être à un dîner en cours ? Choquée, je me mis à haleter avant de me redresser d’un bond. Devant moi se tenait Thranduil qui était assis et en robe de chambre. Il me dévisageait comme s’il ne savait toujours pas quoi faire de moi.

Sonnée, je compris toutefois que mon rêve n’en n’avait été un qu’à moitié.

— Vous m’avez portée jusqu’ici, dis-je, choquée.

Je le fus encore plus quand je me rendis compte que je me trouvais dans sa chambre à coucher.

— Vous vous êtes endormie à table, Cerise, me réprimanda-t-il plus sombrement, mais il ne semblait pas furieux.

— Oh non ! balbutiai-je, je suis désolée, je ne voulais pas, mais…

— Vous ronfliez, me coupa-t-il. Vous ronfliez si fort que Celeborn m’a demandé si vous étiez sûr de ne pas avoir du sang de nain dans les veines.

— Pardon ? Mais non, enfin non, je ne suis pas une naine, et comment ça je ronfle ?

Je mis un moment à comprendre que le sacro saint roi blaguait ! Thranduil blaguait, demain il allait neiger des elfes de maisons* en apéricub’ congelés.

— Vous n’êtes pas drôle, dis-je en bougonnant un peu.

C’est vrai quoi, j’avais voulu faire bonne figure devant le grand Celeborn et encore une fois, je m’étais ramassée lamentablement. Toute à mon affliction, je ne vis pas que Thranduil me caressait toujours doucement le bras. Ce ne fut que lorsqu’il remonta vers mon épaule que je m’aperçus de son manège. Intriguée, je le dévisageai. Il m’observait lui-même d’un drôle d’air. Ses yeux étaient plus sombres, son regard intense. Je sentis mon pouls s’affoler à l’évocation de ce que cela signifiait.

— Je voulais prendre mon temps avec vous, Cerise, mais Celeborn, ce soir, m’a rappelé que je n’avais plus ce luxe.

J’écarquillai les yeux. Il avait parlé de notre accord avec le mari de Galadriel ? Mais il était malade ?!

— Vous avez parlé de nous au Seigneur Celeborn ?

— Certainement pas, répondit-il.

— Mais alors, je ne comprends pas ?! insistai-je.

Soupirant, mais ne m’ayant toujours pas lâchée, il me répondit :

— D’ici quelques lunes, les miens et moi-même partirons à notre tour pour notre dernière demeure. Nous ne nous reverrons jamais, Cerise.

Etrangement, ce constat m’affligea bien plus que je ne l’aurais cru. Bientôt, je serai débarrassée de lui. J’aurai dû m’en réjouir mais cela voulait aussi dire que j’allais me retrouver à nouveau seule et sans défense dans un univers que je ne comprenais ni n’acceptais réellement.

Je ne me rendis compte que je pleurais que lorsqu’il m’en fit la remarque.

— Pourquoi pleurez-vous Cerise ?

— Parce que vous allez m’abandonner.

Qu’est-ce que j’allais devenir s’il me laissait seule ici ? Il n’y aurait plus Liamarë ni Tamril et encore moins Finlenn. Mais pourquoi étais-je tombée en Terre du Milieu si près de la fin ? Il n’y avait rien pour moi ici, hormis l’amertume d’avoir soit raté quelque chose d’extraordinaire, soit de ne pas comprendre ce que la destinée m’avait réservée. Et si c’était tout simplement une erreur ? Le seigneur Celeborn n’avait-il pas dit que sa femme m’avait vu arriver en Lórien ? Et si jamais c’était là bas qu’on avait eu vraiment besoin de moi et à un autre moment ?

Thranduil me sortit de mes pensés en me prenant le menton entre ses doigts. Son visage était à quelques millimètres du mien. Ses yeux semblaient fouiller au plus profond de mon âme.

— Vous réfléchissez trop, Cerise, me souffla-t-il. Ce n’est ni le moment ni le lieu.

Je voulais lui rétorquer quelque chose de bien senti mais ses lèvres se posèrent sur les miennes m’effleurant tel un battement d’ailes de papillon, pleines de délicatesse.

Avais-je vraiment envie de me faire embrasser par cet elfe, ce roi avec lequel j’étais en conflit depuis le début ? La part rebelle en moi voulait le repousser mais les propos de Liamarë me revinrent en mémoire. J’avais passé un accord et est-ce que ce baiser me dégoutait ? Bien sur que non, bien au contraire. Abandonnant la partie, mon esprit obtus se mit sur off pour de bon. Parfois, ça pouvait faire du bien de se laisser aller. J’aurais tout le temps demain de regretter cette faiblesse.

Je sentis que la boule d’angoisse que j’avais au ventre s’était muée entre autre chose. Une sorte de feu me rongeait de l’intérieur. Enhardie par ce premier pas qui ne venait pas de moi, j’ouvris la bouche et caressai de ma langue les lèvres pleines et si tentantes de ce roi qui pouvait se montrer si glacial et inhumain la plupart du temps. Il ne me repoussa pas, bien au contraire, il me prit par la taille pour m’installer à califourchon sur lui. Retrouvant une certaine assurance, je nouai mes bras autour de son cou et de ses cheveux. Comme ils étaient doux. Je dus prendre sur moi pour ne pas les lui caresser à pleines mains.

Nous restâmes enlacés ainsi un instant, savourant le contact de l’autre, puis je sentis la langue de Thranduil effleurer la mienne et je crois que c’est là que mon cerveau se déconnecta tout à fait. Il avait le goût du vin sucré et j’aimais ça, tout comme j’aimais sa manière d’embrasser, à vous faire perdre pied. Très vite, sa langue quitta ma bouche pour venir chatouiller mon cou et redescendre jusqu’à la clavicule.

Je crois que ma réaction nous surprit tous les deux. Je ne savais même pas que le cou pouvait être une zone érogène… Et bien maintenant je savais. J’étais terriblement excitée mais malgré tout, je fus gênée quand il tenta de remonter ma robe jusqu’à ma taille pour me faire enlever ma culotte. J’étais totalement trempée parce qui venait de m’arriver et j’avais un peu honte qu’il puisse le voir, qu’il s’en rende compte.

— Non, protestai-je quand il commença à la descendre le long de mes cuisses.

— Laissez-moi faire, Cerise.

A son regard, je sus qu’il n’admettrait aucune récrimination de ma part. Soupirant, je me laissai retomber sur le lit en fermant les yeux, vaincue. Une fois qu’il l’eut retirée, il m’écarta légèrement les jambes et je sentis un de ses doigts caresser mon intimité. Les sensations me firent oublier la gêne que j’avais pu avoir quelques secondes auparavant. Délicatement, il s’allongea à son tour à mes côtés et repris mes lèvres pour un baiser des plus passionnés tandis qu’il me faisait du bien avec ses doigts.

Il ne fallut que quelques minutes pour que j’atteigne l’orgasme. Mes cris d’extases furent étouffés par la bouche de celui qui était en train de devenir mon amant. Quand tout fut fini, je me sentis tellement bien, comme si j’avais pris de la beuh et que je planais, que j’eus envie de dormir.

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Thranduil

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Cela faisait quelques minutes que ma petite humaine s’était endormie après son orgasme. Une part de moi voulait la renvoyer dans sa chambre mais je n’arrivais pas à me résoudre à la laisser partir. J’avais été bien plus loin avec elle ce soir que je ne l’avais prévu au départ quand je l’avais ramenée ici.

Cependant, les paroles de Celeborn au cours du dîner m’avaient passablement ébranlé. Tandis que nous discutions de propos politique et social, Cerise s’était endormie à table. Loin de lui en vouloir, Celeborn l’avait regardée d’un œil attendri, lui trouvant le prétexte que les humains avaient du mal à tenir debout à une heure si tardive. Car oui, il était déjà assez tard. Les elfes n’avaient pas la notion du temps comme les hommes. Avant de prendre congé de nous, il avait émis le souhait d’avoir un entretien privé avec elle dès le lendemain avant qu’il ne reprenne la route avec ses gardes pour la Lórien. Je le lui avais accordé puis je m’étais occupé d’elle personnellement.

Bien avant cette soirée, je m’étais décidé à accélérer les choses entre elle et moi. J’aurais aimé la séduire plus longtemps et continuer à en apprendre davantage sur son monde et ses mœurs mais une partie bien plus charnelle de mon être voulait la goûter avant de partir et de l’oublier tout à fait.

Nous avions été trop loin, cependant j’avais pu voir qu’elle était aussi passionnée dans un lit que dans la vie de tous les jours. A cela, je ne m’étais pas trompé. Délicatement, je défis la parure qui lui cerclait le cou ainsi que les autres bijoux qui décoraient ses cheveux. Je devais convenir que ce soir, elle nous avait fait honneur malgré une sortie ratée. Prestement, je me levais pour me défaire de ma robe de chambre pour me retrouver en tenue de nuit et contournai le lit pour m’y allonger à mon tour. J’étais terriblement frustré et mon désir pour elle était à son apogée mais, la sachant innocente, il était important de prendre tout le temps qu’il serait nécessaire et ce dans la limite de celui qui nous était imparti.

oO0Oo

Cerise

oO0Oo

Quand je repris conscience derrière mes paupières fermées, je sus qu’il était encore assez tôt.

Bizarrement, les évènements de la nuit dernière me paraissaient assez flous. Puis j’avais fait un drôle de rêve érotique dans lequel Thranduil me montrait à quel point il savait y faire avec sa langue, sa bouche et ses doigts. Il avait été doux et attentif à mon plaisir. Bien sûr, je savais qu’un tel comportement de sa part n’était possible que dans mes songes les plus délirants. Le vrai Thranduil n’aurait jamais pris le temps de me faire grimper aux rideaux comme il l’avait fait. Pourtant, lorsque j’ouvris les yeux, je sus que je me trompais lourdement. Déjà, je n’étais pas dans mon lit mais ailleurs et puis, en glissant ma jambe dans le lit vers une chaleur suspecte j’eus la certitude que je n’avais pas dormis toute seule cette nuit.

Bordel de merde, j’avais eu un orgasme devant le père de Legolas. Non de Gieu ! Le père de Legolas m’avait fait jouir avec ses doigts. En y repensant, une drôle de chaleur incendia mon pubis. Toutefois, il allait falloir que je fasse mon deuil de mon amour à sens unique pour l’elfe blond qui faisait battre mon cœur depuis que j’avais vu les films du Seigneur des Anneaux. Bon ok, Orlando Bloom avait grandement contribué à ce fantasme et je me demandais vraiment à quoi le vrai Lego’ pouvait bien ressembler finalement.

Prenant mon courage à deux mains, je me décidai à quitter la chaleur du lit royal pour retourner dans le mien. Cependant, avant de partir je voulus regarder une dernière fois cet elfe avec lequel mes sentiments jouaient au yoyo continuellement.

Ce que je vis me tétanisa de la tête aux pieds ! Ce n’était pas possible. Je faisais un cauchemar, ça ne pouvait pas être vrai. Il était là, allongé sur le dos, les yeux grands ouverts et aussi raide que…

Oh non putain de bordel de dieu !

Thranduil était mort ?!

A Suivre


Annotations

– Elfes de maisons : créatures sortant tout droit de l’imagination de JK Rowling et provenant de sa saga, Harry Potter dont Cerise est très fan.

– Cerise aurait aimé tomber dans le monde du Seigneur des Anneaux pendant la dernière quête de l’anneau… comme dans toutes les fics. Malheureusement, elle devra faire avec ce qu’elle a.

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