Chapitre 12 : L’éveil des Sens

Thranduil+Quete12

L’Éveil des Sens

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Cerise

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J’avais essayé de fuir mais il avait réussi à me rattraper. Cette fois-ci, je ne faisais plus ma maligne, j’étais une nouvelle fois assignée dans le plus bel endroit que comptait le magnifique royaume de Mirkwood : ses fabuleux cachots et leur confort vanté dans toute la Terre du Milieu. J’attendais toujours qu’on me serve le champagne mais j’en demandais sans doute un peu trop.

Quand il m’avait rejointe dans la salle du trône, j’avais bien compris qu’il n’avait pas l’air franchement content du sale coup que je lui avais donné. Allons donc, je m’attendais à quoi au juste ? Qu’il me congratule devant tant de témérité ?

Thranduil pouvait se montrer imbuvable et tout mais j’avais oublié une chose fondamentale le concernant : il était roi depuis des millénaires. Bon, il était loin de ressembler à Henry VIII — quoique et heureusement d’ailleurs, sinon je n’aurais pas donné cher de ma tête. Repensant à la série avec Jonathan Rhys Meyer, j’eus un petit soupir nostalgique. Mon confort me manquait vraiment, et mes séries aussi ! Dire que j’allais louper la saison 3 de Sherlock ! Quelle poisse, franchement.

Repensant à la manière dont il m’avait amenée ici, un sentiment de colère m’anima.

Je ne l’avais pas supplié quand il m’avait balancée lui-même dans cette cellule humide à l’odeur de renfermé. Non, je n’avais rien dit. J’avais été forte. Oh, il avait bien tenté de me faire plier, mettant en avant son rôle de grand roi des elfes et le mien, pauvre petite humaine insignifiante mais j’avais tenu bon et n’avais pas baissé les yeux.

J’en avais marre de me faire balader depuis que j’étais arrivée ici. Je voulais bien être conne mais j’avais vraiment mes limites et je pense qu’à ce moment-là, je les avais même dépassées.

Adossée contre le mur humide, j’attendis. J’attendis même très longtemps.

Cette fois-ci, tandis que la nuit était déjà bien avancée, je n’avais reçu la visite de personne, même pas celle de Liamarë. Rien, que dalle. J’étais seule, j’avais froid et j’étais affamée. Purée, si j’avais su ce qu’il allait m’en coûter, j’aurais mis encore beaucoup plus d’ardeur dans ce maudit coup de pied ! Il l’avait mérité et jamais je ne m’excuserais de l’avoir fait. J’en étais même contente parce que pour une fois, il avait compris qu’il y avait des gens, en dehors des nains, qui ne le vénéraient pas comme un dieu vivant… Ce qu’il n’était pas, cela dit. Il avait beau avoir des millénaires à son actif, il restait juste un elfe à l’esprit aussi tordu que belliqueux, possessif et véritablement casse-couilles.

A bout, je finis par m’endormir en position assise, recroquevillée sur moi-même. Je regrettais amèrement de n’avoir pas suivi le Seigneur Celeborn… Oh oui, je le regrettais ! Ça m’apprendra à écouter mon cœur de midinette plutôt que ma raison qui m’avait suppliée d’arrêter les conneries.

Mon sommeil fut ponctué par d’horribles cauchemars dans lesquels Thranduil me regardait me faire bouffer par d’horribles araignées géantes, toutes aussi dégoûtantes que flippantes. C’était atroce, et en plus de ça, mes parents étaient là, eux aussi et je les voyais se faire dévorer membre par membre. Je pouvais entendre mon père supplier d’épargner nos vies mais le roi n’en n’avait que faire. Il se délectait de notre détresse.

— Vous voyez, Cerise, me dit-il, le visage déformé par la fureur, ce qui le rendait méconnaissable, ce qu’il en coûte de vous rebeller contre nous.

Je me réveillai en pleurs, totalement déstabilisée. J’avais très chaud et j’étais en nage. Quand les battements de mon cœur eurent repris un rythme normal, je me focalisai sur les bruits environnants. Je pouvais entendre des bribes de conversation en Sindarin un peu plus haut, et je fus presque soulagée quand je vis l’un des soldats de la garde s’avancer vers ma cellule, une écuelle à la main.

— Tiens, l’humaine, tu es enfin réveillée. Ça va faire trois fois que je viens ici pour te donner à manger, sans succès.

— Quoi ? marmonnai-je. Il est si tard que ça ?

Je me frottais les yeux brutalement. J’avais beau avoir dormi, je me sentais encore terriblement fatiguée. L’elfe eut un rire de dérision.

— Tard ? Je ne dirais pas ça, il est plutôt encore tôt pour ce début de soirée…

— Début de soirée ?! m’exclamai-je, mais que…

— Tu as dormi toute la journée. Impossible de te réveiller.

Sur ces paroles qui me choquèrent plus qu’autre chose — j’avais dormi toute une journée quand même —, il ouvrit la barrière en bois pour me tendre une espèce de tambouille assez bonne pour satisfaire un animal… et encore, j’étais sympa.

Une fois remise de cette nouvelle, mon cœur se comprima douloureusement dans ma poitrine. J’étais seule. Personne n’était venu me chercher pour me ramener en haut. On avait décidé de me laisser croupir là, sans demi-mesure aucune.

Une bouffée de rage explosa dans ma tête. Avisant le soldat et son écuelle, je levai la main pour faire valdinguer la timbale contre le mur, aspergeant ce dernier d’une soupe qui ressemblait plus à de l’eau croupie qu’à de la nourriture.

— Allez vous faire foutre ! grognai-je avant de me lever pour aller m’asseoir un peu plus loin, mettant ainsi une distance entre moi et cet elfe arrogant qui me regardait de haut… comme son roi.

Pas du tout contrarié, bien au contraire, l’elfe ricana avant de secouer la tête.

— Tant pis pour toi, tu n’auras rien d’autre à manger avant demain, maintenant.

Sur ces paroles qui avaient un léger goût de menace, il sortit, me laissant à nouveau seule avec moi-même.

Je haïssais les elfes, mais par-dessus tout, je haïssais Thranduil de m’infliger cela. C’était comme ça qu’il traitait ses maîtresses ? Je comprenais mieux pourquoi il ne pouvait se contenter que de Maeiell. Seules les salopes devaient lui bouffer dans la main avec plaisir. Les femmes bien ne se laissaient très certainement pas faire et lui ne les traitait très certainement pas comme ça non plus.

Bâillant à m’en décrocher la mâchoire, je pris sur moi et me dis que ce calvaire ne durerait certainement pas trop longtemps. Une fois que je serai sortie, il me le paierait très cher. Vraiment très cher.

En attendant, je me remis en boule contre le mur pour tenter de dormir un peu. J’avais chaud et froid en même temps. Je me sentais aussi un peu nauséeuse mais étrangement, je n’avais pas vraiment faim.

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Ce ne fut qu’au bout de trois longs jours qu’on vint me tirer de cet enfer. Trop fatiguée pour dire quoique ce soit, je suivis, tel un automate, l’elfe qui m’avait sortie de là quelques minutes plus tôt. Je ne fis pas attention au fait qu’il venait de me reconduire dans les appartements de Thranduil. Ce ne fut que lorsque je distinguai, à travers le brouillard de ma conscience, la blonde chevelure de celui que je haïssais plus que tout, que je compris où l’on venait de me ramener.

J’aurais du être en colère, pourtant, étrangement, je me sentais surtout vidée et j’avais terriblement froid. Il allait dire quelque chose mais se ravisa. Quant à moi, je me sentais mal, très mal. Ma vue se brouilla encore plus qu’elle ne l’était quand j’étais entrée dans la pièce. Je me sentais nauséeuse et ce ne fut que lorsque je vis des points blancs et noirs danser devant mes yeux que je compris… hélas trop tard. Un trou noir venait de m’engloutir totalement.

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Thranduil

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Partagé entre ma colère et mon envie de la mater une bonne fois pour toutes, je ne fis aucune concession pour alléger la punition que je lui avais infligée. Tamril, Liamarë et même Finlenn vinrent plaider sa cause, tour à tour, mais je fus aussi inflexible que le roc des montagnes d’Erebor.

Je voulais qu’elle comprenne vraiment que cette fois-ci, elle avait dépassé les bornes. Ce ne fut que cinq jours plus tard, après un régime drastique, que je convins qu’il était sans doute temps de la ramener parmi nous. Je l’espérais plus douce et repentante mais je fus parfaitement choqué de voir dans quel état elle m’était revenue.

J’eus à peine le temps de me précipiter vers elle qu’elle s’effondra, telle une poupée de chiffon, entre mes bras.

Elle était brûlante. Je la portai vers le sofa où je pris soin de l’allonger. Ensuite, je sortis à la recherche de Liamarë.

— Mon Seigneur, commença-t-elle, la mine soucieuse, après avoir tâté le front et le pouls de notre petite humaine, Cerise a l’air très malade.

Je la fixai, sans comprendre.

— Malade ? Comment ça, malade ?

Liamarë se mordit les lèvres.

— Cela va faire cinq jours et quatre nuits qu’elle passe dans des cachots humides, sans compter que le soldat qui était chargé de la surveiller m’a avoué qu’elle se nourrissait à peine…

— Son corps n’a pas supporté ce traitement, dis-je, terminant à sa place.

— Je le crains, répliqua Liamarë, la mine sombre. Il nous faut quérir les services d’un guérisseur immédiatement.

Un guérisseur. Bien sûr, mais nous n’en n’avions plus ici, à Mirkwood. Voyant que je ne répondais rien, elle reprit :

— Si nous ne faisons rien, Mon Seigneur, je crains qu’elle ne survive pas très longtemps. Elle a l’air si faible.

Il n’y avait rien d’autre à faire, compris-je pour moi-même. Il y a de cela fort longtemps, nous avions rencontré cette espèce de sorcier qui vivait chez les hommes, non loin de nos territoires.

— Très bien, Liamarë, partez avec un garde chez les Forestiers, il me semble qu’ils en ont un là-bas.

Elle hocha la tête avant de me quitter. Me retournant, j’avisai Cerise qui semblait si fragile et mal en point. Que pouvais-je faire pour elle ? M’approchant doucement, je m’accroupis devant elle, belle inconsciente, et ramenai une chaude couverture sur son corps tremblant. Elle était encore plus brûlante que tout à l’heure et sa tête fut bientôt prise de convulsion. Ne sachant que faire d’autre, je partis dans ma salle d’eau pour aller chercher un linge et un bol d’eau fraiche.

Quand je revins vers elle, je le passai délicatement sur son front.

Qu’avions-nous fait ? Jamais nous n’aurions pensé qu’elle nous reviendrait dans cet état. Les êtres humains étaient si fragiles, si imprévisibles. Ah, si seulement, elle avait été moins impulsive, moins impertinente, jamais nous n’aurions ressenti le besoin de la dresser pour lui faire comprendre qui commandait ici. La finalité de cette punition nous paraissait bien trop lourde de conséquences.

Combien de temps avons-nous passé à son chevet ? Nous n’aurions su le dire mais son état ne s’améliora pas les heures passant. Bientôt, elle se mit à délirer.

— Ma…maman, je te jure que ce n’est pas moi qui ai jeté le chat dans la baignoire. Il voulait juste être lavé…

Elle se redressa, le regard aveuglé par l’angoisse et la fièvre.

— Chut, Cerise, répondis-je, faisant abstraction de ses paroles qui n’avaient aucun sens pour moi, reposez-vous.

Doucement, je lui pressai les épaules pour qu’elle se rallonge. Elle m’observa un moment, un doux sourire aux lèvres.

— Oh, vous êtes un ange, un vrai ? murmura-t-elle.

Une chose me frappa à cet instant précis. J’aimais son sourire, vraiment, je l’aimais, bien que je n’eûs aucune idée de ce que pouvait être un ange.

— Vous dites des inepties, Cerise, rendormez-vous et guérissez, c’est un ordre.

Au lieu de m’obéir, elle se rapprocha de moi et plissa son nez.

— Vous sentez si bon. J’adore votre odeur.

Je la scrutai, sans trop savoir quoi répondre. Qu’aurais-je pu lui dire, de toute façon ? Puis, tout d’un coup, elle se mit à trembler de tous ses membres.

— J’ai froid, gémit-elle, j’ai mal. Pitié, aidez moi, ne laissez pas le roi Thranduil me faire du mal… Je ne veux pas être dévorée par les araignées. Laissez mes parents tranquilles, s’il vous plait !

Puis elle se mit à hurler.

Tandis que je réfléchissais à une idée pour la calmer, elle retomba quelques secondes plus tard sur le sofa, totalement inerte. Je dus me pencher pour m’assurer qu’elle respirait encore.

Complètement désemparé, je me passai une main sur le visage. Mais qu’avions-nous fait ?

Je n’avais jamais eu à affronter ce genre d’angoisse. L’attente du retour de Liamarë avec le guérisseur me paraissait interminable. Ne voulant pas quitter la jeune femme des yeux, je m’installai à mon bureau, car de là, j’avais une vue sur le divan où elle était allongée. Pour penser à autre chose, je pris mes missives en cours dans le but de les parcourir une à une.

Cinq heures plus tard, on frappa à la porte.

C’était Liamarë, de retour avec un homme d’un certain âge, le guérisseur, très certainement. Sans même un regard vers moi, l’homme s’intéressa plutôt à Cerise.

Il sait ce qu’il doit faire ? demandai-je à Liamarë en Sindarin.

Oui, Mon Seigneur, acquiesça-t-elle le visage tourné vers le vieil homme.

Impuissants, nous ne pûmes qu’observer le vieillard accomplir sa tâche. Ce ne fut qu’au bout de longues minutes qu’il se releva et vint vers nous.

— Cette petite est presque morte de fatigue, au sens littéral, j’entends. Je ne sais pas ce qu’il lui est arrivé mais il lui faut beaucoup de repos.

— C’est tout, répondis-je, soulagé et intrigué.

— Comment ça, c’est tout ?! s’exclama l’homme. Vous savez, Majesté, nous autres, simples humains, pouvons mourir d’une trop grande fatigue. Quand le corps ne suit plus, le cœur ne tarde pas à lâcher.

Puis, avisant Cerise.

— Cette petite est à bout. Si vous tenez à ce qu’elle reste en vie assez longtemps pour la voir vieillir, prenez soin d’elle et ménagez là.

Il tendit alors trois fioles à Liamarë.

— Ce sont des potions pour l’aider à se remettre. Deux gouttes avant chaque repas, trois fois par jours.

— Très bien, répondit-elle. Seigneur Thranduil, je vais accompagner le guérisseur aux cuisines, je lui ai promis, en votre nom, un bon repas.

D’un signe de tête, je lui fis comprendre qu’elle pouvait prendre congé de nous.

Mourir de fatigue ? J’aurais tout entendu ! Les elfes pouvaient bien mourir de mélancolie alors pourquoi les hommes ne pourraient-ils pas mourir d’une chose aussi impensable qu’une simple fatigue ?

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Cerise

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Quand je repris conscience, mon corps ne réclama qu’une chose : de l’eau. Ma bouche était sèche et j’eus bien du mal à déglutir. Je n’avais plus de salive du tout, en fait.

— ‘soif, fut la seule chose que je réussis à prononcer presque correctement.

Je sentis alors que quelqu’un me soulevait doucement la tête pour porter le verre à mes lèvres. L’eau était juste délicieuse et si rafraichissante. C’était divin.

Me retournant, je vis que la personne qui venait de me donner à boire n’était autre que Thranduil. Je me sentais si faible et sa vue, au lieu de m’énerver, m’aurait donné envie de pleurer si j’avais eu la moindre larme à verser. Il reposa ma tête délicatement sur un oreiller. Mes paupières étaient si lourdes que je n’eus pas la force de les garder levées plus longtemps.

Je repartis dans un sommeil sans rêves et ça me convenait parfaitement. Je ne voulais plus faire de cauchemars.

Quand je rouvris les yeux, la première chose qui me gêna fut que j’étais morte de chaud. J’étais en train de me consumer et la sueur qui ne cessait de perler entre mes seins m’embarrassait plus que tout. J’eus du mal à me relever, je me sentais courbaturée de partout et, quand je vis les deux couvertures de fourrures qui étaient posées sur moi, je compris pourquoi j’avais l’impression d’avoir atterri dans le désert du Sahara.

C’est avec précaution que je m’extirpai de ce lit d’appoint. Il faisait noir et seule une bougie se consumait sur une petite table non loin de ma couche improvisée. Plissant les yeux, je tentai de m’habituer à la pénombre quand un léger bruit sur ma gauche me fit sursauter.

— Vous êtes enfin réveillée, Cerise, me demanda une voix que je commençais à ne connaître que trop bien.

Me retournant, je me retrouvai à quelques centimètres de Thranduil. Il était habillé pour aller dormir.

Allez savoir pourquoi mais mon cœur se mit à battre la chamade. Il est con, mon cœur, franchement, aurait-il oublié les quelques jours de vacances passés dans les cachots de sa sérénissime majesté ?

J’allais lui rétorquer quelque chose de bien pensé quand mon odeur me prit au dépourvu. Je sentais la sueur rance et… la maladie. Quelle horreur. Il fallait que je me lave tout de suite. En plus, même si je me sentais mieux, je n’étais pas encore au meilleur de ma forme. J’avais l’impression de nager dans un océan de coton. C’était très désagréable. Cela irait sans doute mieux une fois que je me serai débarrassée de toute cette couche de crasse.

— J’ai besoin de me laver, déclarai-je simplement sans le regarder.

Je n’attendis pas qu’il me donne son aval, je partis en direction de la salle de bains. Après tout, j’en avais le droit. Quand je fus à l’intérieur, j’allais fermer la porte mais il me m’arrêta dans mon élan.

— Que…

— Vous êtes encore trop faible pour vous laver toute seule. Je vais vous aider.

— Quoi ? Non mais vous avez fumé un joint, mon pote ! Je peux me laver toute seule.

Je le scrutai un moment, attendant de le voir perdre patience mais au lieu de cela, il me surprit en souriant doucement.

— Ravi de vous retrouver, Cerise, mais non, vous ne pouvez pas vous laver toute seule.

Ruminant, je croisai les bras sur ma poitrine.

— Appelez donc Liamarë pour qu’elle m’aide, alors.

— Impossible, déclara-t-il, à cette heure-ci, elle doit très certainement dormir.

J’émis un bruyant soupir quand je le vis ouvrir un robinet pour faire couler de l’eau dans la baignoire. Cet elfe avait vraiment décidé de me pourrir la vie jusqu’au bout.

— Pourquoi ? le questionnai-je bien malgré moi.

— Pourquoi quoi ?

— Ne faites pas comme si vous ne le saviez pas. Pourquoi êtes-vous sympa avec moi alors qu’il y a encore quelques jours vous étiez prêt à me laisser crever comme une merde dans vos cachots.

Il revint vers moi, la bouche pincée, l’air impénétrable.

— Levez les bras, Cerise.

Il ne voulait pas me répondre. Je reculai d’un pas.

— Non mais je ne vais pas me mettre toute nue devant vous comme ça. D’abord, vous n’avez pas répondu à ma question.

— J’y répondrai quand vous arrêterez de me contredire et que vous me laisserez faire, répliqua-t-il fermement.

Ah, il voulait jouer à ça avec moi ? Très bien, puisque c’était comme ça, je fis ce qu’il me demandait. Très vite, il me débarrassa de ma chemise de nuit et, après voir enlevé ma culotte en coton moi-même, je courus presque vers la baignoire et manquai de me ramasser par terre. Heureusement qu’il était derrière moi car il eut juste le temps de me retenir d’un bras avant que l’inévitable n’arrive. C’était bien ma veine.

— Je vous avais pourtant prévenue, marmonna-t-il avant de m’attraper par les aisselles pour me déposer dans l’eau bienfaisante comme une simple enfant. Celle-ci m’arrivait aux épaules et ça me fit un bien fou.

Tandis que je me détendais dans mon bain, j’avisai d’un œil l’elfe qui ne m’avait pas quittée des yeux.

— Dites-moi, Thranduil, pourquoi jouez-vous au garde-malade avec une simple humaine qui ne vous arrive même pas à la cheville et que vous étiez prêt à laisser mourir dans vos immondes cachots ?

Il quitta mon corps des yeux, comme à regret.

— Pour vous répondre franchement Cerise, je n’en ai aucune idée. J’en ressens juste le désir, c’est tout.

— Je ne suis qu’un jouet pour vous, n’est-ce pas, murmurai-je.

C’était une évidence que j’avais fini par comprendre il y a encore peu.

— Sans doute, affirma-t-il, ce qui me causa encore quelques tourments, ou peut-être pas, après tout, à quoi pouvais-je m’attendre de la part d’un roi ? — Depuis que vous êtes entrée dans nos vies, continua-t-il, vous y avez tout chamboulé.

Je le vis récupérer du savon liquide.

— Que faites-vous ?

— Penchez votre tête en arrière, Cerise.

Je fis ce qu’il me demandait et je fus sidérée de découvrir qu’il avait l’intention de me laver les cheveux.

Si je n’avais pas été si fatiguée, j’aurais ri de voir le grand Thranduil s’abaisser à laver la tête d’une pauvre petite humaine qu’il aimait rabaisser plus bas que terre. Sans rien dire, je le laissai faire et y pris même beaucoup de plaisir. Il était doux et ses mains furent apaisantes sur mon cuir chevelu bien douloureux.

Une fois qu’il eut rincé tout le savon, il me tendit un linge pour que je fasse le reste de ma toilette toute seule.

Une fois que j’eus terminé, il me donna une serviette assez grande pour me couvrir tout le corps. Je m’enroulai dedans tandis qu’il m’essuyait la tête.

J’avais vraiment l’impression d’être retombée en enfance. Ce constat avait quelque chose de presque rassurant et de… dérangeant.

Quand nous eûmes finis — et que je fus habillée décemment —, il me reconduisit dans sa propre chambre et me fit asseoir sur son lit.

Une fois propre, je me sentais beaucoup mieux. Cependant, ma relation avec cet elfe avait besoin d’une bonne mise au point. Nous ne pouvions continuer comme cela. Bon, ce n’était sans doute pas le moment, mais j’avais besoin de mettre tout ça au clair. Cette histoire me travaillait.

— Je ne sais pas si c’était une bonne idée, finalement.

A ces mots prononcé avec une certaine lassitude, Thranduil vint s’asseoir à côté de moi.

— De quoi parlez-vous, Cerise ? me demanda-t-il doucement.

Je plantai mes yeux dans les siens.

— D’être votre maîtresse.

Je le vis tiquer, néanmoins j’avais besoin de vider mon sac.

— Vous recherchez une femme expérimentée, quelqu’un qui vous comprenne et qui se plie à toutes vos exigences. Je ne suis pas celle-là. De plus, je ne supporterai pas d’être un simple jouet. Vous voir avec Maeiell… ça m’a fait mal. Je ne suis pas partageuse et je ne crois pas que je pourrai n’être non plus qu’un simple « trou ». J’ai besoin d’avoir une véritable relation avec quelqu’un que j’apprécie, je ne suis pas une p… ma voix se mit à trembler. Je n’aimais pas ce mot, mais alors pas du tout.

— Cerise, vous vous trompez sur bien des points, déclara-t-il en me caressant le visage.

Je fronçai les sourcils. Il était étrange depuis que je m’étais réveillée.

— Par exemple, repris-je, ça, ce que vous faites alors qu’il y a quelques jours, j’aurai pus mourir, ça vous serait passé en travers de la figure…

Je ne pus jamais terminer ma phrase car il m’avait enlacée avant de capturer mes lèvres. Son baiser était doux mais appuyé. À quoi jouait-il, bon sang ?! Je n’étais pas d’humeur à ça. J’allais le repousser vivement quand il mit fin de lui-même à notre étreinte.

— Nous sommes déjà amants, Cerise, et malgré votre fort caractère, malgré votre impertinence, je vous ai déjà trop goûtée et pas assez à ma convenance. Je ne vous laisserai pas changer d’avis.

— Mais je ne veux pas de ce genre de relation, je veux quelqu’un qui m’estime et qui m’apprécie. Une personne qui tienne vraiment à moi pour ce que je suis et non pour ce que je représente… Comme Tamril par exemple !

Son visage se ferma quelque peu à l’évocation du bras droit du capitaine de sa garde. — Je sais, repris-je vivement, que vous n’appréciez pas ce qu’il ressent pour moi mais au moins, lui ne me donne pas l’impression d’être une marionnette qui attend le bon vouloir de son maître. Je sais que je n’aurais pas dû vous frapper, mais vous, vous auriez dû un peu plus me respecter et respecter cet accord que nous avions conclu ensemble. Soyez honnête, Thranduil, je ne vous intéresse que parce que je suis différente de vos congénères.

Il ne dit rien à cela, son silence confirmant de manière éloquente ce que j’avais fini par comprendre.

Il m’observa un moment avant de se lever. Je le vis prendre un verre et une carafe. Allons donc, il allait se mettre à boire maintenant ? En plus d’être… ce qu’il était, était-il alcoolique ?

C’est pourquoi, je fus des plus surprise quand il me tendit le verre qu’il venait de remplir. Je ne voulais pas boire, cependant le liquide qui s’y trouvait n’était pas rouge mais ambré.

— Buvez, Cerise, me commanda-t-il.

Intriguée, je pris le verre et le portai à mes lèvres. Je fus étonnée de constater que ça avait le goût du thé glacé. C’était plutôt bon bien que légèrement amer.

— Ecoutez, dit-il en se rasseyant une nouvelle fois près de moi, croyez-le où non mais je ne suis pas insensible à ce qui vient de vous arriver. Je me rends compte que je vous ais sous-estimée dans bien des domaines. Vous m’intriguez, je ne peux le nier, ni à vous ni à qui que ce soit me connaissant.

Il se pencha vers moi et je crus un instant qu’il allait de nouveau m’embrasser.

Mon cœur, ce traître, se mit à cogner plus fort dans ma poitrine. Ce Thranduil là, loin de me laisser de marbre, me faisait carrément craquer. S’il avait été comme ça depuis le début, je crois qu’à cette heure-ci, j’aurais été irrémédiablement amoureuse de lui, ou peut-être pas, je n’en savais rien en fait, vu que je n’avais jamais été vraiment amoureuse de qui que ce soit.

Mais c’était loin d’être le cas, il était roi et nous le rappelait toutes les secondes de notre existence, à travers ses paroles parfois dures et pleines de mépris.

Dépitée par la tournure que prenaient mes pensées, je tentai de me dérober à son regard mais encore une fois, je sentis ses doigts retenir mon menton.

— Non, ne vous détournez pas de moi. Dites-moi donc ce qu’il se passe dans votre si incroyable petite tête.

Je soupirai.

À quoi bon lui mentir, il semblait honnête, sans doute devrais-je l’être également. Pour une fois que nous avions une discussion entre adultes intelligents…

— Je… je n’aurais pas dû refuser de partir avec Celeborn et ses Galadhrims, commençai-je en ne pouvant m’empêcher de bégayer légèrement. Pour… Pourtant, je savais que partir me rendrait malheureuse. Je commence à me faire à cette vie, à Mirkwood… et… je crois que…— bordel, que c’était dur à dire — je vous apprécie aussi un tout petit peu.

Il émit un bruit de gorge avant de rire doucement.

— Ce n’est pas ce que vous pensiez mais nous nous en accommoderons, répliqua-t-il en secouant la tête.

C’était vraiment étrange, ce Thranduil, je ne le connaissais presque pas. Le connard imbu de lui-même, oui, mais cet homme… Il ressemblait à celui que j’avais entraperçu le soir ou il m’avait emmenée dans ses jardins personnels. J’avais l’impression que ça faisait une éternité.

— Cependant, reprit-il, il est tard et nous avons besoin de repos. Et quand je dis nous, je parle aussi de vous, Cerise.

Comprenant ce que cela voulait dire, je me levai sans attendre qu’il ne me l’ordonne. Toutefois, une partie de moi répugnait à le quitter parce qu’à ce moment là, j’avais besoin de sa douceur et de sa gentillesse. Me triturant la lèvre inférieure, je me mis un moment à me décider mais j’en avais tellement envie. On pourrait me traiter de lâche, de cœur d’artichaut et de toute autre épithète qui désignerait mon comportement actuel mais je m’en fichais. J’avais besoin d’un peu de câlins et de tendresse, et mes parents ainsi que ma meilleure amie étaient bien trop loin pour que j’en obtienne de leur part. Thranduil étant la seule personne présente actuellement… ça me laissait peu de marge à mon envie d’effusion.

Prenant mon courage à deux mains, je revins vers lui et me penchai pour humer son odeur avant de l’embrasser sur la joue. Quand je rompis mon étreinte, je vis qu’il fronçait les sourcils d’incompréhension.

— Vous avez raison, Seigneur Thranduil, il est grand temps que… nous nous reposions.

Sans attendre, je me redressai dans l’intention de retourner dans le salon quand il m’attrapa par le bras.

— Dormez-bien Cerise, me souffla-t-il au visage avant de me lâcher.

Je le quittai totalement ébranlée. Cette fièvre avait eu raison de moi… Et à en croire ce que j’avais vu, de lui aussi.

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Thranduil

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Je la regardai s’éloigner de moi et ne pas la retenir fut des plus difficiles. Que m’arrivait-il ? Jamais aucune femme ni aucune maîtresse ne m’avait mis dans cet état émotionnel auparavant. Pas depuis Elenna. Cerise ne le savait pas mais nous avions failli la perdre la semaine dernière. Elle n’était restée pas loin de deux semaines oscillant entre les délires dus à sa forte fièvre et les pertes de conscience qui s’étaient ensuite espacées jusqu’à ce que la fièvre tombe enfin.

Appréhender sa mort probable m’avait ébranlé bien plus qu’elle ne l’aurait dû. La seconde semaine, j’avais compris qu’une part en moi tenait vraiment à elle. Au-delà de ce qu’elle représentait, que ce soit du challenge ou de la nouveauté, nous nous étions attachés à ce petit bout de femme encore si jeune. Quand nous avions admis ce fait, nous avions pensé que tout naturellement, nous nous serions rebellé à cette idée mais finalement, ce fut l’inverse qui arriva. Etre ainsi dépendant de l’autre, je ne l’avais réellement vécu qu’avec un seul être : ma défunte épouse. Sa mort m’avait plongé dans une affliction telle que je crus que mes sentiments, mon cœur et tout mon amour étaient partis avec elle. Puis, plusieurs millénaires plus tard, une petite humaine aussi étrange qu’impertinente s’était présentée à nos portes et n’avait plus laissé nos vies tranquilles.

Tout à fait objectivement, je ne savais pas où cette relation allait nous mener mais je tenais bien à le découvrir. J’étais assez curieux de voir à quel point elle allait se faire une place parmi nous sur le long terme.

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Le lendemain matin, je trouvais Cerise assise confortablement dans un fauteuil. Elle semblait perdue ailleurs.

— A quoi pensez-vous ? demandai-je en m’approchant d’elle.

Elle se tourna vers moi, surprise. Elle ne m’avait sans doute pas entendu arriver. Les humains n’avaient pas l’ouïe aussi développée que la notre.

— Oh, je ne vous avais pas entendu. Bonjour, répliqua-t-elle poliment avant de repartir dans sa contemplation silencieuse.

Je vins m’asseoir à ses côtés. Liamarë ne tarderait pas à arriver pour s’enquérir de ses nouvelles.

— Vous ne m’avez pas répondu, Cerise.

— Je pensais à mon monde, souffla-t-elle tristement.

Son monde, comment oublier qu’elle ne venait pas d’ici ? En plus de n’être qu’une humaine, elle venait d’un endroit aussi mystérieux qu’inconnu.

— Il vous manque ?

— Je… Je crois que je suis en train de l’oublier, murmura-t-elle.

Nos yeux se croisèrent un instant.

— Est-ce important pour vous ?

— Je ne veux pas oublier d’où je viens, ni qui je suis mais depuis que j’ai été malade… J’ai l’impression que tout se brouille. Ma mémoire me fait défaut.

J’allais rétorquer quelque chose mais la porte s’ouvrit sur Liamarë qui apportait le petit déjeuner. En voyant que Cerise était levée, son visage s’illumina tel un tournesol qui voit le soleil.

— Oh, Cerise ! s’exclama-t-elle en posant précipitamment le plateau sur la table pour accourir à elle. Tu nous as fait une de ces peurs !

Liamarë étreignit la jeune femme à l’étouffer. Je fus passablement surpris de voir à quel point le lien qui les unissait semblait fort. Cerise lui rendit son étreinte avec plaisir.

— Je suis désolée, Liamarë, je ne voulais pas te causer encore plus d’inquiétude.

Me sentant de trop, je me dis qu’il serait sans doute préférable de les laisser à leurs retrouvailles. Je décidai donc de me rendre à la salle du trône pour vaquer à mes occupations. Je n’avais pas spécialement faim et je devais régler des affaires plus urgentes.

Liamarë, je te laisse prendre soin de Cerise, dis-je en Sindarin. Je dois accueillir aujourd’hui le chef du village des Forestiers concernant l’avenir de ces terres.

Très bien, Mon Seigneur, me répondit-elle dans le même langage.

Avisant la petite humaine, je lui adressai un signe de tête avant de prendre congé. Tout en me rendant à mon trône, je repensai à l’attitude de Cerise. Elle n’était pas comme d’habitude. Elle semblait plus grave, plus… Adulte. Etait-ce dû au fait qu’elle avait failli mourir ? Est-ce qu’inconsciemment, elle mûrissait ? Je la comprenais encore moins qu’avant mais j’étais bien décidé à savoir ce qu’elle avait dans sa tête et sur le cœur.

Quand, je fus arrivé, je vis une troupe d’une dizaine d’hommes qui m’attendait.

— Bien, commençais-je d’un ton hautain, il est temps de régler ce qui se doit de l’être.

oO0Oo

Cerise

oO0Oo

Liamarë me couvait comme une mère qui avait failli perdre son enfant. Elle me forçait même à manger et à boire. Dans un sens, ça me gonflait qu’elle me prenne pour une enfant mais d’un autre côté, je la comprenais. Deux semaines ! J’avais été très malade pendant deux longues semaines et j’avais failli mourir.

Je ne comprenais pas comment cela avait pu m’arriver. J’avais toujours été d’une constitution plutôt solide et même sur la Terre tout Court, je tombais rarement malade. Un rhume ici et là, et c’était tout.

— Je suis navrée, Liamarë, de t’avoir causé autant de tourments. Je me doute que tu as dû beaucoup me veiller.

Mon amie émit un rire surpris.

— Si tu savais, ma chère Cerise, ce n’est pas moi qui t’ai veillée toutes les nuits.

— Ah bon ? Qui alors ? Tamril ?

Je voyais bien Tamril s’occuper de moi. Après la discussion que nous avions eue où il me déclarait vouloir me faire la cour…

— Pas du tout, s’amusa-t-elle.

Je fronçai les sourcils, étonnée.

— Qui alors ?

— Tu ne vois vraiment pas ? continua Liamarë.

Je secouai la tête en signe de négation.

— Notre Seigneur Thranduil, bien sûr, soupira-t-elle. Je ne l’avais jamais vu comme ça…Enfin pas depuis la mort de son épouse. Il ne t’a pas laissée seule une nuit.

Je poussai un hoquet de surprise.

— Tu te fiches de moi, Liamarë, jamais Thranduil n’aurait…

— Il s’est lui-même occupé de ta toilette, Cerise, me coupa-t-elle un peu plus sombrement.

J’avoue que son brutal changement d’humeur m’inquiéta.

— Et c’est grave ? lui demandai-je.

Elle me scruta, la mine encore plus sérieuse que d’habitude.

— Jamais le Seigneur Thranduil ne s’abaisserait à s’occuper lui-même d’un serviteur, encore moins d’un être qu’il considère comme inférieur à sa race.

Je pinçai la bouche sous ce que je considérai comme une insulte.

— Ne te méprends pas, Cerise, je t’aime énormément et tu le sais, mais le Seigneur Thranduil a toujours été au-dessus de tout cela.

— Et que veux-tu que je te dise, crachai-je, que je suis désolée ?

L’elfe se leva et commença à débarrasser la table.

— Si tu avais été l’une des nôtres, j’aurais remercié les Valar d’une telle chose, Cerise. — Elle vint se planter devant moi avec son plateau — Seulement, tu ne l’es pas et au final, je ne sais pas si c’est une bonne chose.

Je ne voyais pas où elle voulait en venir mais ce que je compris, c’est que même si elle m’aimait beaucoup, elle n’appréciait pas que son roi ait des vues sur moi. De là à dire que le sacro-saint roi m’aimait, elle avait soit vu la vierge un soir de pleine lune, soit fumé un pétard qui ne passait pas. Cela dit, ça me fit tout de même mal au cœur. J’avais appris à l’aimer et je lui faisais confiance. Pourquoi me jugeait-elle maintenant ?

— Va-t’en, soufflais-je.

Mes lèvres étaient engourdies et je sentis un très grand froid traverser mon corps. Je n’arrivais pas à chasser ce sentiment de trahison qui commençait à me parcourir comme un poison.

— Cerise, je… commença-t-elle en se rendant compte qu’elle s’était certainement mal exprimée.

Elle sembla prendre conscience que ses propos m’avaient fait du mal mais je m’en fichais. Elle m’avait blessée.

— Casse toi ! hurlais-je en me retenant de la pousser vers la sortie. Je veux être seule !

Liamarë soupira avant de partir enfin, me laissant avec ma peine et ma colère.

Bien que guérie, je me sentais mal, la tête me tournait et j’avais l’impression que plus rien ne serait comme avant. Thranduil, m’aimer ? Mais bien sûr, je n’aurais jamais dû lui prêter mes livres. Elle se faisait des films juste parce que son Seigneur s’était occupé de moi. Il s’agissait du roi des elfes, bordel, le mec qui pétait plus haut que son cul à la moindre occasion… Qui vous parlait comme à une merde juste parce qu’il pensait que vous en étiez justement une. Celui-là même qui avait convenu que vous ne représentiez pas plus pour lui qu’un jouet tout neuf…

Bordel, il s’était occupé de moi, et alors ?…

Dépitée, je partis dans la salle de bains pour m’habiller et, une fois prête, je sortis des appartements royaux. Je pris soin d’éviter tout le monde. Inconsciemment, je me rendis dans le seul endroit où j’étais certaine que personne ne viendrait m’y chercher : le fameux jardin des délices de la défunte épouse du roi. Je savais que personne n’y avait accès mais… Je voulais vraiment être seule. Etrangement, je me souvins facilement du chemin à prendre et, une fois arrivée, je poussai un long soupir de soulagement.

Ce lieu était décidément magique et plein de grâce. Avisant les environs, je vis, non loin du fameux cerisier, une espèce de banquette assez longue et large, non loin d’une tente, qui semblait m’appeler de toutes ses forces. Je décidai de m’y rendre pour m’y allonger un peu. Je me sentais tellement bien que je ne vis pas les heures s’écouler, alternant entre l’émerveillement d’être dans un tel lieu et la somnolence.

Pendant que je somnolais, je fis un rêve vraiment étrange. Des gens d’une incroyable beauté, presque surnaturelle, — bien plus que celle des elfes sylvestres d’ailleurs — m’observaient, le visage grave et empreint d’une très grande tristesse.

oO0Oo

Ma pauvre enfant, qu’avons-nous fait de toi.

Reviens-nous, rentre à la maison, nous t’y attendons.

Tu nous manques tant, à ta mère et moi …

Qui…Qui êtes-vous ? m’exclamai-je, surprise.

Il ne s’agissait pas de mes parents cependant, une drôle de sensation naquit au fond de mon coeur.

L’étrange femme me sourit, de ce genre de sourire qui vous donne envie de pleurer.

Elenwë, ma douce enfant…

oO0Oo

Je me réveillais en sursaut, le cœur battant à tout rompre. Me relevant à demi de sur mon séant, je m’aperçus que je n’étais pas seule. Devant moi se tenait le Seigneur Thranduil et son visage affichait une expression indéchiffrable. Toutefois, il avait les yeux un peu plus écarquillés qu’à l’accoutumée.

— Je suis désolée, m’exclamais-je, me souvenant in extremis que je me trouvais dans un endroit interdit.

— Cerise, commença-t-il d’une voix blanche, depuis quand connaissez vous le Quenya ?

— Le quoi ? Mais de quoi me parlez-vous, je ne connais pas le Kenya, je n’y ai jamais mis les pieds.

Le roi secoua la tête avant de se pincer l’arrête du nez.

— Non Cerise, vous parliez le Quenya dans votre sommeil.

— Plaît-il ? Vous avez du rêver, hormis l’anglais et le français, je suis une quiche en langues… Pour preuve je ne sais toujours pas parler la votre, alors une langue Africaine…

Sans plus un mot, Thranduil se posa à mes côtés.

— Vous n’êtes plus la même depuis que vous vous êtes éveillée de votre longue maladie.

Ces mots me firent rire.

— Vous dites n’importe quoi, Seigneur Thranduil. Je suis à peine remise, voilà pourquoi je ne suis pas comme d’habitude. Cela dit, vous non plus, vous n’êtes pas comme d’habitude.

Il émit petit un ricanement. Il semblait pensif.

— Vous avez failli mourir, Cerise, et croyez-le ou non, cela ne nous a pas laissé indifférent.

Je me mordis la lèvre inférieure, repensant à ce que Liamarë m’avait dit.

— Vous vous êtes occupé de moi, paraît-il.

— Oui.

C’était un oui laconique. Intriguée, je relevai la tête pour observer son visage. Je me sentis rougir. Son regard était intense et plein de promesses de choses dont j’ignorais si je voulais vraiment les expérimenter avec lui. Cependant, comme mû par une volonté propre, mon corps se pressa contre le sien. Il ne me repoussa pas, bien au contraire. Il referma ses bras autour de moi avant que nos lèvres ne se rejoignent dans un baiser aussi tourmenté que plein de promesses et de passion à venir.

Ce n’est qu’au bout de quelques minutes qu’il se sépara de moi, à bout de souffle.

— Cerise, murmura-t-il, j’ai très envie de vous. Je ne pense pas vouloir… ni pouvoir m’arrêter maintenant.

Doucement, il déposa un léger baiser dans le creux de mon cou qui me fit frémir de la tête aux pieds.

— Je… j’en ai envie aussi, Seigneur Thran…

Je ne pus finir ma phrase sous le flot de sensations que sa langue, qui traçait un doux sillon de ma gorge à la naissance de ma poitrine, fit naitre en moi.

Est-ce que je devenais folle ? La maladie avait-elle bousillé mon cerveau pour de bon ?

La seule chose que je sus avec exactitude et qui faillit avoir raison de moi, cela dit, c’est que le Roi des Elfes Sylvestres allait me faire l’amour et que j’en avais terriblement envie. Oui malgré tout ce qui venait de se passer, malgré mon beau petit discours de la veille, j’avais envie d’être dans ses bras.

A Suivre


Annotations

– J’ai pris le parti de mettre le moins possible de phrase en langage elfique. C’est pourquoi, je préfère mettre ces phrases dites dans une autre langue en italique. Que ce soit pour le Quenya ou le Sindarin. Toutefois, il m’arrivera, pour le bien de l’histoire, d’en insérer un peu.

– Des mystères se tissent autour de Cerise. Sa maladie semble avoir été le catalyseur de choses qu’elle ne maitrise pas du tout. Et Thranduil pendant ce temps, ne perd pas le nord. Toutefois, cela n’a pas l’air de déplaire à Cerise et pour cause !

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