Chapitre 14 : Cerise Act

Salle-du-Trone

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Cerise Act

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Cerise

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— C’est la vraie dame Galadriel ?! m’exclamai-je haut et fort. Non ?! Sans déconner !

La superbe créature qui se tenait devant moi me lança un sourire crispé tandis que Thranduil soupirait bruyamment derrière moi. Oui, je sais, en matière de discrétion, il y avait mieux, j’en conviens.

— Cerise, ne pouvez-vous donc pas vous tenir tranquillement, ne serait-ce qu’une seule et unique petite minute ? me murmura-t-il à l’oreille.

Totalement subjuguée par celle qui ne me lâchait pas des yeux, je pus à peine secouer la tête en signe d’acquiescement.

Au delà de son incroyable et immense beauté, Galadriel me mettait franchement mal à l’aise en m’observant comme si j’étais un ennemi potentiel. Avisant son époux à ses côtés, je vis que lui même avait tourné son regard vers elle et semblait crispé. Cela n’augurait vraiment rien de bon pour moi. Si j’avais cru qu’elle allait m’accueillir à bras ouverts, je m’étais une nouvelle fois fourvoyée. Décidément, rien ne se passait comme je le voulais dans cette histoire.

— Qui êtes-vous, jeune enfant ? entendis-je une vois mélodieuse me demander.

Cette voix semblait provenir de nulle part et de toute la salle en même temps. C’était très déstabilisant.

Je compris alors que c’était Galadriel elle-même qui venait de parler à voix haute. Son ton était aussi doux… qu’accusateur, tout en étant terriblement effrayant. Allons donc. Je haussai un sourcil, sentant au même moment mes entrailles se tordre dans tous les sens. Cette elfe me fichait les jetons comme pas permis. Je préférais de loin la Galadriel du film, finalement, Cate Blanchett était plus sympa et moins terrifiante. Inconsciemment, je me reculai pour finir par toucher du dos, Thranduil qui se trouvait toujours derrière moi. La chaleur émanant de son corps me réconforta un peu.

— Répondez-lui, m’encouragea-t-il en passant doucement une main dans le creux de mes reins.

Fait d’autant plus étrange, ce geste me rasséréna encore un peu plus.

— Je… répondis-je totalement impressionnée, je m’appelle Cerise Martin et je viens d’un autre monde.

Elle me toisa un instant, assimilant ma réponse avec beaucoup d’attention.

— Il est certain, commença-t-elle, que vous ne venez pas de notre monde.

Non, sans déconner, tu crois, toi ? pensai-je malgré moi et en dépit de ma frayeur apparente.

Je la vis s’avancer vers moi pour tendre ses doigts fins vers mon visage. Pris d’un réflexe de défense, je tentai de m’écarter mais je fus bloquée par Thranduil qui était toujours un peu en retrait derrière moi — sa main appuyant maintenant fermement contre le bas de mon dos.

Au secours, je suis en train de me faire agresser par une elfe ! Ne surtout pas crier, Cerise, reste calme. Respire lentement.

Bientôt, je pus sentir la douceur de son index contre la ligne carrée de ma mâchoire. Elle me caressa ainsi pendant un moment et je faillis lui rire au nez tellement son expression concentrée me semblait ridicule. Mais je m’en abstins… dans un premier temps.

— Etes-vous seulement humaine ? me demanda-t-elle à nouveau, me fixant toujours de manière presque tendue comme si elle cherchait ce que j’étais… A moins qu’elle ne soit victime de constipation passagère, j’avoue que les deux options collaient plutôt bien.

Parce que mon cerveau était ce qu’il était, il m’envoya la vision d’une Galadriel sur le trône, très concentrée à …Enfin vous voyez quoi !

Cette fois-ci, je fus incapable de me retenir. Cette vision de rêve était si marrante que j’explosai alors d’un rire aussi tonitruant qu’hystérique. Non mais j’étais vraiment grave. Je me tournai alors vers Celeborn qui n’avait pas quitté sa femme des yeux, totalement indifférent à ma crise… à moins qu’il n’ait pris l’habitude de me voir comme ça.

Puis quelque chose me frappa. Elle ne savait vraiment pas ce que j’étais et cela perturbait son mari. Je n’osais même pas regarder Thranduil… Mais tout à fait sérieusement, si même Galadriel ne savait rien me concernant, je n’étais pas sortie de l’auberge… heu de la Terre du Milieu. Il fallait que j’en aie le cœur net.

— Non mais vous êtes sérieuse, là ? m’écriai-je. Puis, avisant Celeborn : — Je pensais que votre femme serait capable de m’aider mais si en plus elle ne sait même pas si je suis vraiment humaine, on est mal barré, mon pote !

— Cerise ! grogna le roi des Elfes Sylvestres derrière mon dos. Sa main quitta le creux de mes reins pour remonter vers mon cou. Ce geste anodin était une mise en garde. Je commençai à connaître mon elfe, depuis. Oui, mon elfe, car après tout, on avait commencé à échanger nos fluides corporels, lui et moi. Oui, un peu quand même, quoi !

— Vous n’êtes absolument pas celle que je pensais.

La voix de la Dame de Lórien venait de claquer tel un coup de fouet dans la salle de bal.

Je sentis mon cœur rater plusieurs battements. Elle me faisait encore peur, l’air de rien, et là encore plus que tout à l’heure.

— Que dites-vous ?

La question venait de Thranduil. Il semblait aussi surpris que moi.

— Cette jeune personne, reprit Galadriel en me toisant de nouveau, est loin de ressembler à celle que je m’attendais à voir en ces lieux.

— Mais comment ? voulut savoir Celeborn qui ne semblait pas plus comprendre que nous autres où sa femme voulait en venir.

— Je suis incapable d’entrer dans son esprit et son avenir ainsi que son passé, ses désirs et ses peurs, me sont parfaitement inaccessibles. Elle ne ressemble en rien à l’image que j’ai eue d’elle à son arrivée en ces terres. Ni de ce qui m’en avait été confié.

— Mais c’est impossible ! s’exclama Celeborn qui se tourna vers moi comme s’il me voyait pour la première fois.

— Pourquoi me les bloquez-vous ? Auriez-vous des pouvoirs cachés ? voulut savoir Galadriel avec le plus grand sérieux.

Ses yeux me scrutaient, tout aussi bienveillants que perçants.

Je me reculais d’un pas, prise entre l’envie de lui hurler dessus et celle de me moquer d’elle. La seconde option me parut la plus… évidente, en fait. J’allais lui dire le fond de ma pensée quand Thranduil me prit de court :

— Je pense qu’il y a un malentendu, Dame de Lórien, répondit le roi d’une voix posée. Je vous assure que jusqu’à ce jour, le seul pouvoir de Cerise était de nous rendre la vie impossible et…

Plaît-il ? Avais-je bien entendu Thranduil dire ce qu’il avait dit ? Encore une fois, j’interrompis cet entretien des plus intéressants et… folkloriques pour me remettre à rire. Je riais tellement fort que je dus me tenir les côtes et respirer plusieurs fois pour ne pas m’étouffer.

— Non mais vous êtes sérieuse, là ? Est-ce que j’ai la tête d’une magicienne ?

— Non, effectivement, dit Galadriel, les lèvres serrées. Cependant, vous êtes une étrange petite humaine, si vous l’êtes seulement, soupira-t-elle, je ne sais que dire !

Elle tendit sa main fine vers son mari, visiblement déçue par notre conversation, et je vis Celeborn la lui prendre avec beaucoup de douceur. Elle se détournait de moi et je compris que notre tête-à-tête touchait à sa fin. Sans en prendre conscience, je m’appuyais avec soulagement contre le mur qui se trouvait derrière moi. Cette rencontre m’avait vidée. Totalement. J’avais envie de me changer les idées et de penser à autre chose quand je sentis le mur, sur lequel je m’appuyais, bouger. Je me retournai précipitamment pour faire face à…

— Je serai bien resté plus longtemps avec vous Cerise, me dit Thranduil mais je dois voir nos autres invités.

Il n’attendit pas que je lui réponde qu’il partait déjà, me laissant en plan. Pour une fois, il n’avait pas cherché à me questionner plus ou bien même à me cuisiner alors que la Dame de Lórien lui avait donné de quoi faire.

Avisant les environs, je fronçai les sourcils. Je pris enfin conscience de la musique qui était jouée par un groupe d’elfes qui se trouvait sur le bas côté d’une piste de danse. Quelques couples y dansaient de la façon la plus sérieuse que j’aie jamais vu. J’écarquillai les yeux ; pour un peu, je me serais cru retombée au XVIIIème siècle avec ses Quadrilles et autres danses de salon. C’était d’un… Chiant ! D’autres groupes d’elfes, quant à eux, semblaient deviser gaiement comme s’ils assistaient à la soirée du siècle.

Les pauvres, je les plaignais si pour eux se faire chier dans un bal du troisième âge était synonyme de joie et d’allégresse… Je soupirai, un sourire torve se dessinant sur mon visage. J’avais bien une idée pour mettre un peu d’ambiance mais…

— Vous passez une bonne soirée ? me demanda un elfe qui vint vers moi tout en m’avisant de la tête au pied. Son sourire se fana quand il vit mes jolies oreilles arrondies. Ben ouais mon pote, je suis humaine avec un grand H.

— Non, pas vraiment, dis-je, j’ai l’impression d’être tombée dans une soirée pour vieux. Ce que vous pouvez être chiants, vous autres les elfes !

Je le plantai là à mon tour, me fichant de savoir si ma répartie avait fait mouche ou pas. Je quittai précipitamment la salle pour retourner rapidement aux appartements de Thranduil. Une fois à l’intérieur, je cherchais mon sac où je récupérai l’objet qui me servirait pour dérider un peu tout ce beau petit monde.

Mon retour fut aussi remarqué que ma sortie.

Personne ne faisait attention à moi. Cela dit, ça ne m’étonnait pas plus que ça vu le monde qu’il y avait. Je n’avais jamais vu autant d’elfes en costume dans une même pièce. C’en était presque intimidant. Et toujours cette musique d’ascenseur à vous faire dormir debout. Sans déconner, j’aurai du tomber chez les nains, je ne doutais pas qu’avec eux, je me serais bien éclatée. Mais je pouvais remédier à tout ça, j’avais de quoi faire, moi aussi !

Tandis que je m’apprêtais à lancer mon offensive, je vis passer non loin de moi une chevelure blonde, puis le profil d’un des elfes de ma vie ! Oh mon Gieu ! Il était là !

— Haldir ! dis-je d’une voix forte qui le fit se retourner.

Il semblait surpris et — mes yeux se plissèrent —, pas seul. Pendait à son bras, une elfe brune magnifique mais de fort mauvaise humeur. Ses yeux semblaient lancer des éclairs.

Je m’avançai nonchalamment vers eux. Je me demandais bien qui pouvait être cette meuf qui me regardait de haut. Elle me toisa de la tête aux pieds et fit un pas en arrière que je ne manquais pas de noter. Je compris qu’à première vue, elle ne m’aimait pas beaucoup. Pfff, elle ne me connaissait même pas.

— Alors c’est elle, cette humaine dont grand-père et toi m’avez parlé ? demanda-t-elle à Haldir.

Je les regardai tour à tour, un sourire niais s’affichant sur mon visage. Haldir avait parlé de moi. Yes !

— Oui tout à fait, dit-il en baissant doucement sa tête vers l’elfe qui ne le lâchait pas d’une semelle.

S’il y avait bien une chose que j’avais apprise dans ce monde, c’était attendre d’être présentée. Enfin le garde de la Lórien se retourna vers moi, un sourire coincé sur les lèvres.

— Dame Cerise, permettez-moi de vous présenter ma tendre épouse, Gabrielle*.

Je crus avoir mal entendu, j’avais certainement mal entendu, ça ne pouvait juste pas être possible. Haldir, mon bel Haldir ne pouvait pas être marié. Gay, à la rigueur mais marié ?! Et avec cette espèce de mégère qui me lançait un regard furibond maintenant.

— Votre épouse ? répétai-je, un peu dégoûtée.

Oui, je l’étais et alors ? Ce n’est pas comme si cette dernière m’avait tout de suite plu. Elle avait l’air juste… Pas commode, en fait.

— Cela vous pose-t-il problème ? me demanda l’intéressée, furieuse que je la toise comme je le faisais depuis que nous avions été présentées.

Putain, Haldir méritait mieux, quand même. Avisant ce dernier, je vis qu’il faisait son possible pour garder son calme. Comme je le comprenais.

— En fait, ce qui me pose problème, car oui il y a un problème, c’est que je vous trouve très désagréable. C’est un bal, tout le monde est censé s’amuser et vous faites la gueule comme si on vous avait forcée à venir ici.

— Mais on m’a forcée ! Je n’avais aucune envie de venir dans un lieu aussi horrible pour rencontrer — elle m’avisa d’un regard dur — une toute aussi horrible humaine aussi mal élevée qu’irrespectueuse !

— Gabrielle ! tonna la voix d’Haldir.

Mais l’elfe venait de s’enfuir. J’avais juste eu le temps de voir des larmes couler sur son visage. Oh ben, finalement, je l’avais sans doute jugée un peu trop hâtivement. Elle semblait vraiment désespérée.

— Vous me voyez désolé, ma Dame, du comportement de mon épouse, mais elle vit mal la séparation d’avec notre fille.

Deuxième massue, en plus d’être pris, il était père. Ok, j’étais bonne pour rayer Haldir de mes fantasmes, définitivement, je ne touchais jamais aux hommes mariés. Pas même en fantasme. Heureusement, il me restait ce très cher Craig.

— Elle ne supporte pas la séparation, dis-je doucement.

— Earwen est née il y a quelques mois seulement mais au lieu de la rendre heureuse, elle s’est totalement refermée. Elle m’évite. Je ne la reconnais plus.

Je fixais Haldir, étonnée. Il ne semblait pas du genre à se confier, et surtout pas à moi. C’est qu’il devait être vraiment désespéré lui aussi. C’était marrant parce que j’avais connu ça avec un de mes potes. Après la naissance de leur bébé, sa femme avait fait une sorte de baby blues accru. Sauf qu’au lieu d’être très proche de son gamin, elle avait refoulé les deux, le bébé et le père. Ça s’était terminé dans une espèce de centre spécialisé pour mère en détresse.

— Votre femme fait un baby blues, répondis-je.

— Je vous demande pardon ?

Je soupirai. Ah, saletés d’elfes, en plus de vivre dans un autre temps, ils étaient aussi arriérés.

— Votre femme à ses hormones qui jouent au yoyo. Elle se sent mal et pense à l’heure qu’il est qu’elle a abandonnée son bébé. Elle rejette la faute sur son entourage et sur vous.

— Comment pouvez-vous savoir une chose pareille, ma Dame ?

Je le fixai, hautaine. Et oui mon pote, moi aussi je sais des choses que toi tu ne sais pas.

— J’ai vu un couple d’amis dans ce cas-là.

— Et cela s’est-il bien terminé pour eux ?

Haldir me regardait avec les yeux de l’espoir.

Je ne pouvais pas me moquer de lui, pas avec ce genre de détresse, mais cette discussion commençait à me gonfler grave.

— Oui, au bout de plusieurs mois et de communication acharnée.

Il se rembrunit.

— Gabrielle ne veut pas me parler, elle se renferme…

Oh bordel, il m’avait pris pour sa psy préférée ou quoi…

— Giflez la, bordel.

— Je vous demande pardon, ma Dame ? me demanda Haldir, outré que je puisse lui proposer une telle chose.

J’exhalai un long soupir.

— Vous savez quoi, Haldir, je ne suis pas psy, je vous dis ce que j’en ai connu, c’est tout. Vous seul savez ce que vous devez faire. Perso, vous êtes le deuxième couple qui me confirme pourquoi je ne veux jamais être mère. Déjà qu’un marmot, ça braille, ça bave et ça chlingue, si c’est pour me taper des sautes d’humeurs à me faire passer pour une vieille sorcière aigrie… dites-lui juste que vous êtes là pour elle et ne la lâchez pas dans un moment pareil, ok ?

Il se pencha vers moi, la main sur le cœur.

— Merci infiniment pour tous vos précieux conseils, ma Dame. — il se redressa — Si vous me le permettez, je vais rejoindre ma femme à présent.

— Faites, faites… dis-je d’un signe de main à la Thranduil. Je le regardai filer comme une flèche. Et merde, il était pris lui aussi, et à ce que j’en voyais, il avait même une sacrée corde au cou. Une corde nommée Gabrielle… Étrangement, ça ne me chagrinait pas plus que ça.

Me rappelant ce que je voulais faire avant d’être interrompue par le couple de jeunes parents/infernaux qui allait briser le cœur de milliards de fans en délire, cochez la case qui ne vous concerne pas, je repris mon ascension vers la piste de danse.

Avant de montrer à ces vieux croûtons d’un autre âge ce qu’était une vraie soirée pleine de peps, je pris une coupe de vin qu’un elfe, un serveur sans doute, apportait sur un plateau, en passant près de moi. Je la bus d’une traite. Le vin était pétillant et assez fort pour me monter un peu à la tête. Allez, Cerise, encore un petit, me dis-je en retenant le serveur pour prendre un second verre. J’avais la tête qui tournait un peu maintenant. Purée, c’est que c’était fort, leur truc ! Plus que du simple champagne. Tant pis, j’assumerais.

C’est d’un pas guilleret que je me rendis au centre de la piste de danse, me fichant d’interrompre leur chorégraphie, une espèce de polka elfique. J’allumai alors mon ipod et j’y choisi ma chanson fétiche qui me mettait toujours la patate. Mais avant…

— Heum, heum, toussai-je fortement pour attirer l’attention de mon entourage. Mais ce n’était pas gagné. Je vis deux ou trois elfes me regarder avant de m’ignorer cordialement. Ah oui, ils veulent la jouer comme ça ? OK.

— Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs votre attention s’il vous plait, hurlai-je presque.

J’eus l’entière satisfaction de les voir enfin s’arrêter pour me prêter enfin toute l’attention dont je méritais. Encouragée, je repris, le rouge me montant tout de même un peu aux joues. J’aurai donné n’importe quoi pour une troisième coupe de vin pétillant.

— Je ne sais pas vous mais moi, je m’ennuie ferme à cette fête du troisième âge. Non mais sérieusement quoi ? Vous avez quoi ? Dix siècles ? Plus ? Mais vous faites juste jeunes à l’extérieur car finalement votre façon d’être n’est pas mieux qu’un vieux pépé ou une vieille mémé toute ridée et pleine d’arthrite dans une maison de retraite.

J’en vis certains se crisper, d’autre hoqueter sous l’insulte qu’ils ne devaient pas comprendre, mais je m’en fichais bien.

— Alors oui, je ne suis qu’une pauvre petite humaine mais croyez moi, là d’où je viens, les gens savent mettre l’ambiance.

Avant de mettre ma musique, je m’accroupis pour déchirer ma robe sur toute la longueur — tant pis pour les poils, ils feraient avec et moi aussi du coup — pour que le bas ne soit plus une entrave à mes jambes. Alors oui, ça faisait sans doute un peu cliché mais croyez moi valait mieux le cliché à la honte de se ramasser devant toute une assistance, même elfique, quelle qu’elle soit.

Puis sans attendre, j’appuyais sur play et les premières notes de « Born This Way » de Lady Gaga emplirent la salle où chaque elfe retenait son souffle.

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Thranduil

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Laurelin, la sœur de ma défunte épouse, m’accaparait depuis plus d’une heure. Nous nous étions rendus à l’extérieur de la salle où se déroulaient les festivités pour plus de tranquillité. Je l’écoutais me parler du voyage qu’elle avait commencé et qui la conduirait jusqu’aux Havres Gris avant de faire voile vers l’Ouest en direction d’Aman, les Terres Immortelles. Elle était aussi enthousiaste qu’une enfant à l’idée de découvrir l’île qui abriterait les nôtres pour l’éternité. Un jour ou l’autre, chaque elfe de la Terre du Milieu sentait monter en lui l’appel de la mer pour voguer vers l’Ouest. Un appel aussi fort et brutal que le besoin de respirer. Cela faisait quelques petites décennies que je l’avais ressenti moi-même, cependant mon devoir de souverain ne me permettait pas de me plier à la moindre de mes envies. En tout cas pas pour le moment.

Nous regagnâmes la salle bondée quelques minutes plus tard après qu’elle se soit excusée de l’attitude inacceptable de son fils. Depuis la mort de son père, Barahir était devenu très agressif et elle ne savait plus comment le gérer. Elle espérait que Valinor lui serait bénéfique. Je le gardais pour moi mais à mon avis aucune île, même immortelle, ne pourrait venir à bout de la stupidité de son seul et unique rejeton.

J’allais prendre congé d’elle pour chercher Cerise quand un bruit aussi agressif que malvenu se répercuta dans mes oreilles très sensibles.

— Qu’est-ce que… ?

— Par les Valar ! s’écria Laurelin en posant une main sur sa bouche.

Avisant plusieurs elfes qui s’étaient amassés au centre de la piste de danse, je m’avançai vers eux, le cœur battant, suivi de près par ma belle-sœur.

Le bruit était insoutenable et terriblement barbare. Cependant, l’assistance semblait plutôt apprécier ce qu’elle voyait. Le doute s’insinua en moi. J’espérais juste que le responsable n’était pas ma petite humaine même si j’en avais de sérieux doutes.

Ce que nous découvrîmes nous laissa pantois, comme chaque elfe présent, qui bien que choqués n’en rataient pas une miette, surtout les mâles.

Je fus pris d’un mélange confus de confusion, de colère et de possessivité. Comment osait-elle se montrer ainsi devant mes invités ? Bien que je sache pertinemment que personne n’était au courant du lien charnel qui nous unissait, je n’oubliais pas moi qu’elle m’appartenait — à tout le moins son corps mais un jour je me jurais d’avoir aussi son âme.

Ce qu’elle faisait là était inacceptable ! Malgré tout, je ne pouvais qu’assister, impuissant, à ce spectacle empreint d’une terrible sensualité pour ne pas dire un autre mot plus fort. Ma petite humaine se déhanchait sur ce bruit désagréable qu’elle appelait « musique ». Elle avait déchiré sa robe et chaque mâle présent dans la salle pouvait admirer ses jambes bouger avec une certaine allégresse.

Cerise, quant à elle, rayonnait et je dus m’avouer que pour une fois, elle était loin d’être ridicule. Bien que cette danse soit tout à fait étrange et inconvenante, elle faisait remonter en moi un désir tout à fait malvenu dans un tel lieu et à un tel moment. Je dus prendre sur moi pour ne pas me ruer sur elle et la jeter sur mes épaules pour la ramener dans ma chambre et lui faire comprendre ce qu’il en coûtait de me défier de la sorte. Elle était en train de me rendre fou de désir et me contenir relevait presque du miracle.

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— Cette humaine est…

— Impossible, dis-je à la place de ma belle-sœur qui ne l’avait pas quittée des yeux.

— J’allais dire incroyable, Thranduil. Cette petite a une façon de danser tout à fait fascinante et cette musique encore plus entraînante…

— Plaît-il ? soufflai-je, déstabilisé par les propos que me tenait Laurelin.

C’est alors que la musique se tut et que Cerise fit une révérence aussi majestueuse que parfaite. Jamais elle n’avait fait cela avec moi.

C’est encore avec plus de surprise que je vis son assemblée applaudir à tout rompre. Je fus tout à fait choqué de comprendre que chaque spectateur avait apprécié non seulement la danse mais aussi cet atroce bruit qu’elle appelait musique, qui l’avait accompagné tout le long de son petit numéro.

— C’était parfaitement inconv… commençai-je mais je fus coupé par Laurelin qui s’avançait vers le groupe d’elfes.

— Incroyable ! dit-elle une nouvelle fois, vous avez été parfaitement incroyable !

Laurelin sautait presque de joie devant Cerise qui, sur le coup, fut aussi interloquée que moi.

— Ah bon ? dit-elle. Mais vous n’avez pas été choquée par ma musique ou bien par ma danse du 21eme siècle 100% Terre tout Court ?

— Bien sûr que non, répondit Sieren, un des conseillers du peuple des elfes de l’est qui se rendait lui aussi vers les Havres Gris.

— Pas le moins du monde ! s’exclama encore une autre elfine faisant partie du cortège de ma belle-sœur.

Cerise les regarda tour à tour, incrédule, puis un lent sourire se dessina sur son visage.

— Finalement, Seigneur Thranduil, il semblerait que votre royaume soit le plus poussiéreux et ennuyeux qui soit sur toute la Terre du Milieu. Vous devriez prendre exemple sur vos congénères, qui eux semblent bien plus ouverts à la nouveauté et au changement.

Elle accompagna sa phrase d’un léger mouvement de hanche qui fit soupirer de béatitude le petit groupe qui s’était amassé autour d’elle.

— Cerise ! marmonnai-je en l’attrapant par le bras. Il suffit, vous en avez assez fait !

— Très bien, dit-elle en soupirant et en faisant un signe d’au revoir à ses admirateurs qui ne l’avaient pas quittée des yeux.

Je la traînai presque de force jusqu’à la sortie.

— Restez ici, lui intimai-je. J’ai encore un discours à prononcer et ensuite nous aviserons de la sanction qu’il sera bon de vous infliger.

— Mais pourquoi ? gémit-elle, je n’ai rien f…

— Oh si, bien au contraire et j’ai bien compris à quoi devait servir ce petit spectacle des plus ridicules qui soit. Vous m’avez fait honte, Cerise !

— Honte ? Mais vous vous moquez de moi. Tout le monde a adoré ma prestation ! Il n’y a que vous et vos gens pour être choqués de si peu. Bande de vieux croulants à la ramasse !

— Ne me poussez pas à bout, grognai-je.

Pourquoi fallait-il toujours qu’elle se rebelle contre mes propos. Ne pouvait-elle pas juste dire oui ou se taire ? — Restez ici, dis-je en grinçant des dents, et ne dites rien !

Elle soupira puis ferma la bouche en évitant mon regard.

Retournant au centre de la salle, je vis bien que certains n’avaient rien manqué de notre petit échange. Cependant, je ne pouvais me permettre de prendre ce genre de peccadille en compte maintenant. Même si au final, elle n’avait pas tort sur un point, elle ne m’avait pas fait honte, simplement j’aurais aimé être le seul spectateur jouissant d’une telle privauté. Elle avait juste été exquise, excitante… Et tout le monde avait pu admirer ses atouts. Je n’appréciais pas cela.

Revenant au présent, je vis Celeborn et Galadriel avancer vers moi. Il était temps à présent d’annoncer la grande nouvelle.

Une fois que nous fûmes tous les trois le centre de l’attention de la salle toute entière, je pris la parole.

— Bien, si je vous ai réunis ici ce soir, c’est pour vous faire part d’une excellente nouvelle qui devrait vous ravir tous, j’en suis certain.

Après m’être assuré d’avoir l’entière attention de mon auditoire, je pus continuer. — Sachez que la forteresse de Dol Guldur ainsi que le mal qui rongeait Vertbois a été annihilé de manière définitive !

Un long brouhaha de « oh »et « ah » se fit entendre à ma plus grande satisfaction. — La Dame de Lórien ici présente, Dame Galadriel, a pu, grâce à son anneau Nenya, se débarrasser des deux spectres du mal qui y régnaient encore et y planter la fleur d’Elanor.

— Mais alors, souffla Laurelin, cela veut dire que…

— Oui, Vertbois est de nouveau libre, libre de vivre enfin en paix, libre de revoir ses arbres, ses fleurs et ses plantes pousser en toute sécurité. C’est pourquoi, nous avons convenu, le Seigneur Celeborn et moi-même, qu’il était sans doute temps de renommer ces lieux. Mirkwood n’a plus de raison d’être ni d’exister, je vous souhaite la bienvenue à Eryn Lasgalen, les bois de Vertes Feuilles.

De longs applaudissements suivis de congratulations nous furent donnés par tous. A chaque jour qui arrivait voyait la présence du mal s’amenuiser d’heure en heure, de minute en minute et de seconde en seconde. Bientôt la Terre du Milieu serait enfin débarrassée de tout danger maléfique.

— Le Seigneur Thranduil, enchaina Celeborn, dans son infinie bonté, nous a octroyé une partie de sa forêt se trouvant au sud et non loin de la notre. Nous autres elfes de la Lórien feront tout ce qui est en notre pouvoir pour la faire fructifier du mieux que nous le pourrons.

Je fis un signe de tête montrant à quel point tout cela me tenait à cœur. Ce qui n’était pas faux, toutefois, et malgré l’importance de ce discours, je n’avais pas quitté des yeux ma petite humaine. Elle non plus. Elle m’observait, le visage légèrement rougi, et je me pris à me demander à quoi elle pouvait bien penser.

Il me fallut encore une heure pour pouvoir me libérer et c’est avec une certaine impatience que je rejoignis Cerise qui était en pleine conversation avec ma belle-sœur. Je fronçais les sourcils. De quoi pouvaient-elles bien parler toutes les deux ?

— Vous me le promettez mon enfant, dit Laurelin en prenant la main de Cerise dans les siennes.

— Si le Seigneur Thranduil me le permet ce sera avec grand plaisir, ma dame.

Je les regardai tour à tour, tentant de comprendre de quoi il s’agissait.

— Si vous me l’autorisez, reprit Cerise, je vais vous laisser, je suis exténuée et je n’ai qu’une envie, aller dormir.

Je lui en donnais la permission, pressé de la retrouver. Cependant, je devais donner le change.

— Que devrais-je permettre à cette petite humaine ? demandai-je à Laurelin, une fois que nous fûmes seuls.

— Apprendre à danser comme elle !

Je me reculai, la dévisageant parfaitement sidéré par sa requête.

— Vous n’y pensez pas, Laurelin ?!

— Oh que si, Thranduil ! Et vous, vous devriez songer à vous ouvrir un peu plus au modernisme auquel cas, vous finirez tout rouillé mon pauvre ami.

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Cerise

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J’eus le temps de prendre une douche avant de me mettre en chemise de nuit pour finir par m’asseoir sur mon lit. Je me mis à cogiter sur ce qu’il venait de se passer ce soir. Au-delà de mon petit coup d’éclat qui n’avait finalement outré que ceux qui me connaissaient déjà, j’avais été complètement estomaquée de découvrir la largeur d’esprit des autres elfes.

J’étirai mes orteils tout en guettant les bruits de derrière la porte. Thranduil n’était pas encore revenu et j’avoue que j’étais aussi anxieuse que surexcitée à l’idée de me retrouver seule une nouvelle fois avec lui. Avisant mes ongles de doigts de pieds, je poussai un petit gémissement. Que n’aurais-je pas donné pour avoir du vernis à ongle.

Les minutes s’égrenaient à la vitesse d’un escargot. J’envisageai un instant de m’allonger pour dormir mais je n’avais pas sommeil. Comment aurai-je pu alors que…

La porte s’ouvrit enfin sur le héros de mes pensées. Il s’avança lentement vers moi.

— Que faites-vous ? me demanda-t-il comme si ça ne se voyait pas.

Je soufflai sur une mèche de cheveux qui me tombait devant les yeux.

— A votre avis ? dis-je en marmonnant presque ce qui eut pour effet de le faire hausser un de ses sourcils blond à l’arc parfait.

— Vous m’attendiez, bien évidemment.

Je faillis m’étouffer devant tant de suffisance. En tant normal, je lui aurai rétorqué quelque chose mais ce soir, je n’avais pas envie de me battre avec lui. Je me sentais encore un peu faible et j’avais de toute façon d’autres projets plus plaisants en tête.

— Sans doute, dis-je me levant et en allant droit sur la carafe de vin et les quelques verres qui se trouvaient sur une étagère.

Thranduil me regarda faire, intrigué. Une fois que je me fus servie, j’avalais le verre cul sec. J’allais me resservir quand il fut plus rapide que moi. Il m’attrapa le bras et récupéra la carafe.

— Puis-je savoir à quel jeu vous jouez exactement ? tonna-t-il, le visage déformé par la colère.

— Je me détends, dis-je en relevant le menton vers lui avec une fausse assurance.

— Vous ne vous détendez pas, assura-t-il, vous essayez de vous rendre ivre. Pourquoi ?

Il serra fortement mon poignet.

Pourquoi voulais-je être bourrée, déjà ? Ah oui, je voulais être détendue quand sa Seigneurie viendrait prendre possession de mon corps.

Plissant les yeux et parce que le vin commençait déjà à faire son petit effet, je haussai mon visage vers le sien et posai mes lèvres contre les siennes. Il me relâcha alors et j’en profitai pour passer mes bras autour de lui. Je sentis qu’il essayait de se dégager mais je resserrai mon étreinte sur lui.

— Cerise…, murmura-t-il entre deux baisers.

— Heum…

Je n’avais pas envie qu’il s’arrête. Je ne voulais pas qu’il reprenne le contrôle. C’était mon moment. Le mien à moi.

Alors quand je le sentis qui s’abandonnait à son tour, ce fut moi qui relâchai notre étreinte et qui m’éloignai de lui. Il m’observait, les yeux plissés, se demandant très certainement à quoi je jouais.

Je lui envoyai un sourire aguicheur avant de m’éloigner vers sa propre chambre. J’avais le cœur qui battait la chamade. Je pense que je devais être complètement timbrée mais je n’avais plus le temps d’analyser la logique de ce que je m’apprêtais à faire. J’avais juste eu l’impression que ma première fois de ce matin avait été bâclée parce que je n’avais pas mesuré l’importance de mon anxiété et je m’en voulais. Pas pour lui mais pour moi. C’était important que je le désire vraiment, au delà de tout ce qu’il pouvait m’inspirer au dehors du lit. Parce que je le désirais, c’était indéniable.

C’est dans cette optique-là que je me débarrassai du seul vêtement qui recouvrait encore ma nudité et que je m’allongeai de façon langoureuse — enfin je l’espérais — sur son lit et j’attendis qu’il arrive. Je me délectais déjà de la tête qu’il ferait en me voyant aussi abandonnée, les jambes légèrement écartées. Mais purée, qu’est-ce que ça me foutait les jetons aussi.

L’attente ne fut pas longue et j’eus juste le temps de me passer la langue sur les lèvres qu’il franchissait déjà le seuil de la porte. Quand son regard tomba sur moi totalement nue et offerte dans son lit, je le vis écarquiller légèrement les yeux.

— Cerise ? souffla-t-il, confus.

— Thranduil, soufflais-je doucement d’une voix que je voulais … séductrice… oui bon, j’essayais hein. Et j’avais aussi grave les boules. Mes entrailles se tordaient dans tous les sens et mes intestins avaient décrété qu’il était l’heure de se manifester. Oui bon, niveau glamour personnel, on pouvait repasser, je vous l’accorde.

En attendant, je vis mon elfe faire le tour du lit tout en me dévisageant comme si j’étais une proie potentielle et qu’il ne savait pas encore à quelle sauce il allait me déguster.

Au deuxième tour, il commença à retirer ses vêtements avec une certaine lenteur et je crus avoir un arrêt cardiaque quand il fut totalement nu.

Malgré tout, il continuait à tourner autour de moi.

— Vous me donnez le tournis, Thranduil, commençai-je.

Je fus horrifiée de constater que ma voix tremblait.

— Vraiment ? dit-il comme s’il n’avait rien remarqué.

Puis il s’arrêta devant moi et je pus le reluquer tout à loisir. Cette fois ci, je ne me masquai pas la vue avec mes mains ; au contraire, j’admirais avec gourmandise ce qui se présentait à moi.

Putain, que ce mec, pardon cet elfe était bien foutu. Pas un gramme de graisse en trop, des pectoraux parfaitement bien dessinés et musclés, un ventre plat, présentant de jolis abdominaux. Pas au point d’en avoir des tablettes, mais ça se sentait que malgré ce qu’il montrait, il s’entretenait bien. Mince sans l’être trop, il respirait, malgré l’absence de pilosité, la virilité à plein nez. J’avoue qu’en cet instant, je n’avais aucun mal à vouloir de lui entre mes cuisses, là, maintenant, tout de suite.

Tandis que je déglutissais sous la tension sexuelle qui commençait à s’accumuler dangereusement dans le creux de mon ventre, je le vis esquisser un sourire de défi. Je compris quand son regard descendit vers son propre corps. Il voulait que je l’admire entièrement. Il se demandait très certainement si je n’allais pas me mettre à rougir en LE regardant là.

Je me relevai lentement en baissant mes yeux vers le centre névralgique de sa personne. Ma bouche s’assécha en contemplant ce sexe fièrement dressé où une goutte de désir perlait déjà. Je n’avais jamais vu de véritable pénis en érection avant lui et je dus m’avouer que cet aspect-là des hommes me laissait pour les moins perplexe et curieuse.

Oubliant un instant mon personnage de séductrice chevronnée, ce que je n’étais pas, j’avançai à quatre pattes sur le lit jusqu’à me retrouver nez à nez avec LUI.

Nous nous fixâmes un instant — si tant est qu’un sexe d’homme puisse me fixer car après tout, il était dépourvu d’œil.

Bonjour monsieur le beau pénis de Thranduil, enchantée de faire enfin votre connaissance en bonne et due forme et oui, croyez moi, vous l’êtes. En forme, je veux dire. Oui bon, on s’est déjà vus brièvement ce matin mais vous étiez si pressé que vous ne m’avez même pas dit bonjour de façon plus polie. Pour la peine, je ne sais pas si je dois vous serrer la main ou pas. Cependant vous m’intriguez beaucoup, vous savez.

Toute à mon monologue intérieur, je n’entendis pas Thranduil grogner quand je me risquai enfin à le caresser sur toute sa longueur. Que c’était doux, putain ! Je n’avais jamais touché quelque chose d’aussi doux de toute ma vie. Arrivée au niveau du gland, je fus sans pitié et ramassait de mon doigt la petite goutte qui attendait le bon vouloir de l’un ou l’autre.

C’était marrant car le gland était rouge, presque violacé, comme si le fait d’être aussi tendu et gonflé lui faisait mal. J’eus alors envie de prendre cette hampe à pleine main et c’est avec un mélange de désir et de curiosité que je me mis à faire coulisser la peau de haut en bas, imprimant ainsi un mouvement de va et vient.

Au bout de quelques instants, je sentis quelque chose me toucher l’épaule.

— Cerise, entendis-je.

Fronçant les sourcils, je me rappelai alors qu’il y avait un homme, pardon un elfe, au bout de ma nouvelle amie… car oui, assurément elle et moi étions devenues amies. Elle semblait prendre grand plaisir à mes attentions tout comme je prenais plaisir à la câliner. Je n’appréciais pas d’être dérangée comme cela lors de nos échanges, cependant son maître ne semblait pas d’accord avec nos envies. Prise d’un réflexe totalement irréfléchi, je lui donnai un petit coup de langue sur le dessus. C’était très salé. Curieuse, je recommençai avant d’entendre un gémissement, puis une main m’agrippa férocement les cheveux.

— Cerise !

Je grognai de frustration quand mon elfe nous arracha l’une à l’autre.

— Cerise, vous allez trop loin, marmonna-t-il en tentant de reprendre le contrôle de la situation.

— Vraiment, Thranduil, vous nous dérangez, là, grognai-je à mon tour, voyant ma copine s’éloigner de moi.

— Je vous dérange ? demanda-t-il, consterné.

— Carrément, oui. Votre sexe et moi-même étions en pleine conversation privée et vous ramenez vos grands sabots…

Je vis Thranduil se redresser doucement pour me regarder ; il se demandait très certainement si je n’étais pas folle. Toutefois, il secoua doucement la tête en riant.

— Vous êtes l’humaine la plus imprévisible et la plus étonnante qui m’ait été donné de rencontrer, Cerise.

Ses lèvres fondirent sur moi avant que je puisse faire le moindre geste. Il m’embrassa à perdre haleine, nos langues se caressant furieusement. C’était bon et je pouvais sentir ma copine se frotter contre l’une de mes cuisses ; un éclair fulgurant de désir traversa mon propre sexe qui s’humidifia d’un coup. Lui aussi voulait mieux la connaître. Ce matin, ils étaient partis du mauvais pied, tous les deux.

Je me mis à gémir contre les lèvres de Thranduil et, au moment ou j’allais dire quelque chose, il quitta ma bouche. Je le sentis égrainer une série de baisers humides contre mon cou. Puis il effleura de sa langue un de mes mamelons et une chaleur sourde traversa mon ventre. Cependant, il ne s’arrêta pas là et descendit plus bas… puis encore plus bas. Quand je compris ce qu’il allait faire, je fus prise entre l’envie de resserrer fortement mes cuisses et celle de prendre mes jambes à mon cou.

— Laissez-moi faire, Cerise, vous allez aimer ça, je vous le promets.

Oh, je n’avais aucun doute là-dessus et je remerciais surtout le fait d’avoir pris une douche avant parce que vu tout ce que j’avais transpiré, bonjour les odeurs de poissons et moules marinières pas fraîches.

J’allais penser à autre chose quand je sentis parfaitement quelque chose d’humide et de chaud contre mon clitoris. Putain de bordel de merde, il était en train de me lécher « là ». Le plaisir était tellement fort, tellement incontrôlable que je me mis à me tortiller dans tous les sens. J’entendais à peine mes gémissements de pure extase. Il allait, allait…

J’ouvris les yeux d’un coup et penchai la tête pour voir et… ce fut encore pire que tout. La vision de cet elfe entre mes cuisses qui me buvait et me mangeait comme si j’étais le repas le plus délicieux qu’il n’ait jamais eu en bouche eut raison de moi. Quand son regard accrocha le mien, je sus que j’allais perdre pied. Totalement. L’orgasme fut dévastateur, aussi puissant qu’un-raz-de-marée qui m’aurait emportée au delà des confins de la réalité.

Je réalisai à peine que sa bouche avait quitté mon sexe et qu’il s’allongeait sur moi. J’eus vaguement conscience qu’il se positionnait et quand il poussa sa virilité en moi, je fus prise d’un nouvel élan de désir comme si mon corps n’en n’avait pas déjà eu assez.

Les premiers coups de reins furent un peu douloureux, mais bien vite la gêne et la brûlure s’estompèrent et je pus enfin apprécier l’acte en lui même. Je me rendais à peine compte que ma tête roulait de droite à gauche sur l’oreiller. Mes yeux étaient fermés et j’entendis de très loin, à travers la tempête de sensations qui me dévastait ; l’ordre de Thranduil :

— Cerise, ouvrez les yeux, regardez-moi, je veux vous voir.

Je fis ce qu’il me demandait et je me perdis dans ce regard aussi intense qu’il semblait exprimer du désir et de la douleur à son tour… tout comme moi, pensai-je, déroutée.

— Thranduil, gémis-je, tandis que je sentais une boule de feu monter en moi, de plus en plus impérieuse, de plus en plus douloureuse.

Ses coups de reins se firent de plus en plus durs et rapides. Il ne me quittait pas des yeux. Inconsciemment, j’agrippai ses biceps bandés sous l’effort. J’allais jouir à nouveau et c’est sous une dernière poussée que je connus un deuxième orgasme, presque aussi bon que le premier mais sans doute un peu moins intense.

Je pouvais sentir les parois internes de mon vagin se contracter autour du sexe de Thranduil qui continuait à aller et venir en moi de manière de plus en plus saccadée et violente. Puis je le vis se crisper à son tour, sa bouche se referma, ravalant le grognement guttural qu’il était, très certainement, en train de pousser.

Nous restâmes ainsi quelques instant, chacun tentant de reprendre son souffle. Je savais que j’avais les yeux écarquillés. Et pour cause, cette deuxième fois n’avait rien eu à voir avec ce matin. J’avais eu du plaisir, beaucoup de plaisir. Je poussai un hoquet de surprise quand il se dégagea de moi, laissant un grand vide dans mon propre sexe. Ce dernier devait être maso car plus les derniers vestiges du plaisir refluaient, plus je sentais la gêne et la brûlure revenir. Ah, les joies d’être une fille et d’avoir été vierge il y a encore peu.

Toujours sans un mot, Thranduil se rallongea à mes côtés mais sans me prendre dans ses bras. J’eus un moment de déception puis je me convainquis que ce n’était pas très grave.

Au lieu de m’allonger moi-même, je préférai la position assise. L’intérieur de mes cuisses commençait aussi à me tirer. Vive le sport… ou manque de sport, plutôt !

Je l’entendis soupirer doucement avant qu’il ne se redresse à son tour.

— Cerise, nous devons parler de ce qui s’est passé ce soir, commença-t-il en passant une main dans ses cheveux légèrement en bataille pour les ramener en arrière.

Il voulait parler de ce que nous venions de vivre ? Je ne comprenais pas pourquoi…

— Heu, dis-je de façon désinvolte, nous avons baisé, et alors ?

Il me lança un regard en coin peu amène.

— Quel est cet affreux langage ? me tança-t-il durement. Je ne parlais pas de cela mais du bal et de ce qu’il en a découlé.

— Oh ! répondis-je mal à l’aise. Vous voulez parler de ça.

Thranduil coula vers moi un regard appuyé qui me donna envie de me cacher sous la couverture.

— Quelle était donc cette danse que vous avez osé montrer à nos invités ?

Loin d’être en colère comme je l’avais cru, Thranduil affichait surtout un air curieux ce qui me fit sourire. C’est qu’on pouvait presque avoir une conversation normale avec lui, finalement.

— C’est comme ça que l’on danse dans le monde d’où je viens, dis-je, mutine.

— Je vois, rétorqua-t-il.

Je n’étais pas certaine s’il voyait vraiment mais je m’en fichais présentement. Je l’admirai du coin de l’œil et fus pris d’une grosse bouffée de chaleur. Je me secouai doucement.

— Cerise, reprit-il, inconscient du trouble qu’il me causait, comme je vous l’avais déjà dit avant que vous ne tombiez malade, le temps des elfes commence à toucher à sa fin.

Ses yeux croisèrent les miens. Je le vis sortir du lit, entièrement nu, et je pus admirer la courbe parfaite de ses fesses aussi rondes et musclées que je me les imaginais. Une envie totalement saugrenue de croquer dedans me prit et je dus me retenir pour ne pas me jeter sur elles. Inconscient des idées licencieuses qui me parcouraient le cerveau, il attrapa sur un valet une robe de chambre rouge carmin faite du plus beau tissu et s’en couvrit. Après l’avoir lacée sur le devant, il partit récupérer une carafe remplie d’un beau liquide ambré. Ce n’était pas de l’alcool mais une espèce de décoction qui faisait office de thé glacé local. Il s’en servit un verre qu’il me tendit et en remplit un autre à son intention mais qu’il reposa sans y avoir touché.

Buvant une gorgée, j’attendis qu’il reprenne mais je le vis faire les cent pas avant de s’arrêter devant moi.

— D’ici quelques mois, si tout se passe comme je l’ai ordonné, les miens et moi-même prendrons la route vers les Havres Gris, dit-il d’une voix dure.

J’écarquillai les yeux. Est-ce que cela voulait dire que…

Je le vis revenir vers moi et s’asseoir sur le rebord du lit. Il ne m’avait pas quitté des yeux, sa bouche ne faisait plus qu’un pli. Je déglutis péniblement. Allait-il se débarrasser de moi maintenant qu’il avait eu son gâteau ?

— Cerise, vous serez libre d’aller où bon vous semble en Terre du Milieu. Si jamais vous décidiez de partir pour Dale ou même en Ithilien, ce que je ne saurais que trop vous recommander, si tel était votre choix bien sûr, je pourrais vous proposer un de mes gardes pour vous escorter.

Je le regardai sans savoir quoi dire. Alors ca y est ? Il me fichait dehors ? Il ne voulait déjà plus de moi ! J’étais si naze que ça au pieu pour qu’il veuille se débarrasser de moi comme ça ?

— Je ne vous plais plus, c’est ça ? dis-je, ma voix tremblant légèrement.

— Je vous demande pardon ?

— Vous avez eu ce que vous vouliez alors vous me fichez à la porte de votre royaume ?

Il se releva tout en se pinçant l’arrête du nez avant de soupirer.

— Pas du tout, Cerise. Je ne vous chasse pas d’Eryn Lasgalen, simplement, nous allons bientôt la quitter et ce, pour toujours.

Il me toisa un instant. Je ne savais que dire, j’avais peur de comprendre.

— Nous nous en allons Cerise, nous ne reviendrons jamais ici, répéta-t-il cependant.

— J’avais compris.

Comme dans un brouillard, je déposai mon verre sur la table de nuit. J’avais besoin de me lever mais d’abord, il fallait que je récupère ma chemise de nuit. Je me mis à la chercher par terre frénétiquement, un drap appuyé contre mon torse.

— Mais où-est-elle, bon sang de bois ? grommelai-je. J’étais nerveuse, j’avais peur et je me sentais aussi très triste. C’était idiot. Je ne devrais pas. Etre triste bien entendu, seulement cet empaffé de roi ne me laissait même pas le temps d’analyser ce que je ressentais pour lui. Il allait partir, je ne le reverrais sans doute jamais et je sentais que je m’étais — et ça ne me faisait presque plus mal de l’avouer — attachée à lui.

— Que faites-vous ? me demanda-t-il.

Je relevais une seconde mes yeux.

— Ça ne se voit pas ? Je cherche mon vêtement, pardi !

A force de tâtonner, je finis par le retrouver et je passai la chemise sur ma tête avec urgence. Une fois décente, je me levai pour prendre congé de lui mais il me retint par le bras.

— Vous êtes l’humaine la plus exaspérante qu’il m’ait été donné de rencontrer Cerise, susurra-t-il à mon oreille avant de m’enlacer.

— Mais que ? m’exclamai-je.

— Vous n’écoutez vraiment rien de ce que je vous dis, n’est-ce pas ?

— Ce n’est pas vrai, Sei… Thranduil, me repris-je avec hargne. Vous venez de me sauter comme une vulgaire putain et maintenant que vous avez obtenu de moi ce que vous vouliez, vous me jetez comme…

Je n’eus pas le temps de terminer ma phrase que je sentis ma tête partir sur le côté. Mais que … ?

— Vous m’avez giflé ?! soufflais-je, totalement ahurie.

Heureusement pour moi, il n’avait pas ses bagues aux doigts. Je gardais un mauvais souvenir de ma première gifle Thranduillesque.

— Je vous interdis de vous rabaisser comme cela. Vous n’êtes pas une prostituée. Je ne couche pas avec ce genre de femmes.

Je le scrutai, le visage moqueur. Ma joue me lançait un peu mais il ne m’avait pas frappé fort. C’était surtout mon orgueil qui venait d’en prendre un coup.

— Ah ? Il n’empêche vous allez quand même me jeter après utilisation.

— Cerise ! tonna-t-il, arrêtez immédiatement. Qui a dit que je ne voulais plus de vous ?

— Mais vous !

Il me serra un peu plus fort.

— Petite idiote. Je n’avais pas fini. Si Dale, ou le Gondor ou tout autre endroit de la Terre du Milieu ne vous convient pas, j’allais vous proposer de venir avec nous jusqu’aux Havres Gris !

— Oh ! fut tout ce que je pus lui répondre.

Parfois, je pouvais vraiment être très conne.

— Alors ? me demanda-t-il. Que souhaitez-vous faire ? Partirez-vous avec nous ?

A suivre


Annotations

– Ici, pas de coupure. Le chapitre se lit assez bien et ne nécessite pas d’être découpé. Cerise a voulu choquer et bien elle n’aura pas réussi. J’aime beaucoup ce chapitre surtout la dernière partie assez rigolote. C’était voulu et assumé.

– Gabrielle : héroïne d’une autre fanfiction, une romance avec Haldir écrit par Essaidel. J’ai voulu mettre à l’honneur son histoire et y aie incorporé la relation amoureuse qui unit Haldir et son OC.

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One comment

  • D’après mon historique sur ff.net, je n’avais pas reviewé ce chapitre-là. Les deux suivants non plus, d’ailleurs, mais chaque chose en son temps.

    C’est très curieux de relire ce chapitre a posteriori, non seulement à cause de ce qui a été mis en ligne depuis mais en plus du fait des informations reçues en exclusivité. Être relectrice et amie de l’auteur, c’est quand même drôlement pratique. L’attitude de Galadriel, qui semble dérangeante à la première lecture parce qu’on est loin du cliché véhiculé dans les fanfics (souvent la Madame Soleil des Elfes qui voit dans son Miroir que Legolas va épouser Mary-Sue), est à mon sens… drôle. Elle sait sans savoir. Du moins, elle connaît a priori les secrets de Cerise, ces secrets dont notre humaine préférée ignore jusqu’à l’existence, mais la partie visible de l’iceberg, si je puis dire, ne semble pas correspondre à l’idée qu’elle s’était faite. Du coup, elle est perturbée et, c’est peut-être une impression mais quand bien même, déçue et vexée. Perturbée parce qu’elle ne s’attendait pas à ça. Déçue parce qu’à première vue, Cerise n’a vraiment rien de spécial. Vexée, enfin, parce que les pensées de ladite Cerise lui sont inaccessibles. Elle ne peut donc rien faire, à commencer par briller par ses talents de divination qui ont fait sa réputation. Dommage pour elle.

    On constate également en relisant que Cerise aura énormément évolué dans les chapitres suivants. Le changement est en marche mais c’est encore très subtil. De fait, elle s’accroche encore au monde dont elle est originaire — la Terre tout court, comme elle dit — et agit en conséquence en bousculant l’ordre établi des fêtes elfes. Les réactions diverses montrent la propension des uns et des autres à évoluer : la confrontation sur la question entre Thranduil et sa belle-sœur est assez intéressante en ce sens et n’a de cesse de montrer une fois encore que le roi des Elfes s’accroche désespérément à un passé qui n’est plus.

    Je n’aurai pas grand chose à dire sur la « seconde partie » du chapitre si je puis dire, en gros tout ce qui tourne autour du lemon. Bien entendu, c’est toujours aussi bien écrit et j’avoue être un peu jalouse à cause de ma propension à transformer mes tentatives de scènes de ce genre en montagnes de sucre avec la sensualité d’une mare aux canards dans le Limousin. Cela étant, sur le fond, une certaine fraîcheur se dégage de ce passage. Cerise, laissée insatisfaite et perplexe par sa première expérience, est presque surprise d’éprouver du plaisir et de découvrir que finalement, la réalité peut rejoindre la fiction. Sa curiosité, par ailleurs, la rend entreprenante et on sent Thranduil perplexe, étonné, mais se reprenant très vite, mâle alpha, tout ça. On sent tout de même après tout que Cerise bascule un peu sentimentalement, même si elle met ses réactions sur le compte de la fierté, du refus d’être un simple objet de consommation disponible au bon vouloir du roi des Elfes. Quant à ce dernier… si la curiosité et un début d’affection le pousse à lui proposer le voyage aux Havres-Gris, inconsciemment, les choses commencent à changer aussi pour lui…

    Une relecture très agréable, en résumé.

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