Chapitre 17 : La Revanche d’une Blonde

Revenge

17

La Revanche d’une Blonde

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Cerise

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Nous venions de franchir les portes sans que les gardes de Thranduil ne nous disent quoique ce soit. Seul un petit salut de leur part à notre encontre montrait qu’ils nous avaient bien vus arriver. J’avais tenté de descendre du dos de mon chevalier servant mais Laiqalassë avait insisté pour que j’y reste. Ça me gênait mais ma jambe me faisait encore un mal de chien.

Tandis qu’il avançait toujours d’une démarche plus ou moins assurée, je fus surprise qu’il connaisse si bien les lieux. Etait-il donc déjà venu ici auparavant ? En tout cas, il n’avait pas besoin d’une carte ni d’un GPS pour se diriger dans les incroyables couloirs suspendus de la cité souterraine de Vertbois. Nous arrivâmes bien trop vite à mon goût dans la salle du trône qui m’était devenue si familière au fil des semaines.

C’est avec une certaine nostalgie que je me souvins des quelques mois passés dans ces cavernes. Même si les elfes évoluaient de manière plus ou moins lente, prenant le temps de tout et de rien à la fois, je n’avais pas vu les journées défiler malgré l’ennui que j’avais pu éprouver selon les jours. Sauf quand j’étais avec…

Me redressant un peu, je vis que le souverain était assis sur son trône. Dès qu’il nous vit, il se redressa comme s’il avait été monté sur un ressort. Je pouvais voir sur son visage une palette de sentiments que je ne lui avais encore jamais vus auparavant. Cependant, ce n’était pas moi qu’il regardait comme ça mais bel et bien mon sauveur. Je trouvai ça très curieux, d’ailleurs. On aurait dit que Thranduil venait de retrouver quelqu’un de très cher à son cœur. En vérité, je ne l’avais jamais vu ainsi. C’était assez étrange.

— S’il vous plait, dis-je tout bas contre l’oreille de l’elfe qui frissonna légèrement contre mon souffle. Puis-je descendre maintenant ? Ça me gêne.

— Vous ne devriez pas, me répondit-il en tournant légèrement sa tête vers moi. A ce propos, comment allez-vous ?

— Mal, dis-je. La douleur est revenue, pire que tout à l’heure. Et je me sens très fatiguée.

Je l’entendis soupirer tandis que le roi s’avançait vers nous d’un pas décidé. Mu par un réflexe digne d’une gamine de trois ans, j’enfouis ma tête contre le dos de Laiqalassë, une fois que je fus descendue. Je ne voulais pas que l’autre me voie, je ne voulais pas que…

Je fus interrompue dans mes pensées par la voix grave de Thranduil. Il parlait avec l’elfe en Sindarin. Je ne comprenais absolument rien mais je fus soulagée de constater que le roi ne m’avait pas encore remarquée… jusqu’à ce que Laiqalassë tourne une nouvelle fois sa tête vers moi et ne me fasse avancer, presque de force, vers son interlocuteur.

Je gardai la tête baissée, ne voulant pas le regarder dans les yeux. J’étais une lâche mais j’étais trop fatiguée pour soutenir quoique ce soit avec lui et mon mollet me lançait des éclairs de douleurs de moins en moins évident à gérer.

— Vous ?! Entendis-je parfaitement et ce « vous » était loin d’être du genre : « Vous ? Mais quel plaisir et quelle surprise de vous revoir. Vous m’avez tant manqué ! » Non c’était plutôt ce « vous » là : Vous ? Encore ? Et moi qui pensais m’être débarrassé de vous définitivement par l’intermédiaire de mon ex-ou-pas-maîtresse !

— Et oui, c’est moi. Coucou ! dis-je de manière un peu moqueuse mais d’une toute petite voix en agitant le bout de mes doigts.

Je sentis mon elfe protecteur s’éloigner un peu de moi pour laisser passer Thranduil. Deux puissantes mains se refermèrent durement sur mes épaules. Je pouvais sentir à travers le tissu léger de ma robe les anneaux de ses bagues qui me blessaient durement

— Pouvons-nous savoir où vous étiez passée ? Pourquoi êtes-vous partie sans rien dire si c’était pour revenir ensuite ? me dit-il entre ses dents avant de me relâcher aussi brutalement qu’il m’avait agrippée.

Je clignai des yeux. Mais que me chantait-il là ? J’avais envie de lui dire que je n’avais pas eu l’intention de partir. Soudain, je me sentis flotter et je compris que j’allais m’évanouir.

Super ! ‘Y’avait pas à dire, je détenais la palme des évanouissements depuis que j’avais atterri en Terre du Milieu !

Thranduil tenta de me récupérer avant que je ne m’affale par terre mais Laiqalassë fût plus rapide que lui… Ah ! La fougue de la jeunesse ! Je sentis ses bras autour de moi avant même de sombrer dans l’inconscience. Tant mieux, pensai-je, je n’aurais pas à m’expliquer avec l’autre. Enfin pas tout de suite.

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Thranduil

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Je n’arrivais toujours pas à accepter le fait qu’elle soit partie de notre royaume sans même nous le dire. J’aurais même eu bien du mal à le supporter si mon devoir de souverain ne m’avait pas tant accaparé.

Cela ne faisait que quelques jours mais elle avait laissé un certain vide derrière elle. Sans compter sa nouvelle amie qui avait eu l’outrecuidance de venir me reprocher mon manque de réactivité concernant les recherches pour la retrouver. Elle était partie, c’était son choix, j’avais d’autres préoccupations bien plus importantes que de partir à la recherche d’une humaine aussi ingrate qu’impolie à notre égard. Malheureusement, cette décision ne m’empêchait pas d’enrager intérieurement. Les conséquences de sa fuite me laissaient un goût amer en bouche et ailleurs qui aurait mérité une dernière confrontation entre nous, juste pour que je sache.

J’avais le droit de savoir.

De fait, j’étais encore en train de me demander s’il n’allait pas être utile d’aller à sa recherche finalement, ne serait-ce que pour entendre de sa bouche ce qu’elle aurait à me dire. Je n’avais pas pour habitude qu’on me laisse comme cela. En général c’était moi qui mettais fin à une relation et non l’inverse. Cerise n’aurait le droit de partir que quand moi je le lui dirais et non l’inverse.

Nous étions en fin d’après-midi et je m’apprêtais à regagner mes appartements quand je vis arriver un elfe qui portait un bien étrange fardeau sur son dos. A première vue, il s’agissait très certainement d’un être vivant.

Je me fichais de qui pouvait être cette seconde personne, je n’avais d’yeux que pour lui. Cela faisait presque un an que je ne l’avais pas vu. Nous l’attendions pour les jours à venir et je fus bien surpris qu’il se présente à nous si tôt. Cependant, dire à quel point son arrivée ne m’emplissait pas de joie serait faux.

C’était même tout l’inverse.

Legolas ! Mon fils ! Sois le bienvenu parmi les tiens, dis-je en Sindarin tout en m’approchant de lui avec un certain empressement.

Je voulais le serrer dans mes bras mais l’intrus accroché à son dos m’en empêchait. Etait-ce son horrible nain qui était agrippé à lui comme une sangsue sur sa proie ? Si c’était le cas, il était bien plus grand que je ne l’avais jamais envisagé.

Je suis heureux de vous revoir, père. C’est un très grand bonheur que de pouvoir vous voir une dernière fois avant votre long voyage.

Merci, mon enfant. Mais dis-moi, nous ne t’attendions pas avant plusieurs jours.

Legolas me fit un sourire en coin.

Ce serait le cas si je n’avais pas croisé une bien étrange petite personne, me dit-il en tournant son visage vers l’espèce de chose pendue à lui.

Cette blonde chevelure me rappelait quelqu’un mais… doucement, Legolas la fit passer devant lui et je sentis parfaitement mon cœur battre plus fort.

— Vous ?! dis-je, ne pouvant enlever la surprise de mon intonation.

Je ne pensais pas la revoir aussi vite et pourtant, elle se tenait bien là devant moi, refusant de croiser ostensiblement mon regard, ce qui me mit vaguement en colère. Je voyais bien que mon fils nous dévisageait tour à tour.

— Et oui, c’est moi. Coucou ! me répondit-elle d’une toute petit voix que je ne lui connaissais pas. Se moquait-elle de moi ?

Avisant Legolas, je vis qu’il avait froncé les sourcils. D’un geste, je l’écartai de Cerise et agrippai ses épaules.

— Pouvons-nous savoir où vous étiez passé ? Pourquoi êtes-vous partie si c’était pour revenir ensuite ? lui demandai-je sourdement tout en la lâchant.

Au regard qu’elle me lança, je sus qu’elle se sentait mal. Je n’eus pas le temps de la rattraper que Legolas l’avait dans ses bras.

— Elle a été blessée à la jambe par un Warg, père, m’apprit-il alors que l’incompréhension devait se lire sur mon visage.

Je secouai la tête. Cette soirée promettait d’être des plus laborieuses.

— Allons dans mes appartements, veux-tu.

Legolas, toujours avec Cerise dans les bras, me suivit sans rien dire. Pour ma part, beaucoup de questions se bousculaient dans ma tête. Qu’était-il donc arrivé à la jeune femme pour qu’elle se retrouve ainsi blessée ? Il n’y avait vraiment qu’elle pour attirer aussi facilement tous les dangers de cette forêt.

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Quand nous arrivâmes et que mon fils l’eut déposée précautionneusement sur une causeuse, je me rapprochai d’elle pour vérifier sa plaie.

— Son mollet gauche, m’informa Legolas, voyant que je cherchais sa blessure.

Il lui avait fait un cataplasme, malheureusement ce dernier devait être changé et la morsure nettoyée. Ce n’était pas très beau à voir, quelques lambeaux de chair manquaient, elle aurait très certainement une vilaine cicatrice mais elle était hors de danger. Elle n’avait pas de fièvre indiquant une probable infection. Legolas avait fait du bon travail.

Je fronçai les sourcils.

— Que s’est-il passé exactement ? demandai-je en recouvrant Cerise d’une fine couverture tandis que mon fils et moi même allions nous asseoir un peu plus loin à une table pour la laisser se reposer.

Je me servis un verre de vin. Legolas, comme à son habitude, ne prit rien. Il n’avait jamais été un très grand consommateur d’alcool.

— J’étais sur la route du royaume de Dale quand j’ai entendu des hurlements. Comprenant que quelque chose d’anormal se passait un peu plus loin dans les bois, j’ai accouru sur les lieux. Un Warg avait sa jambe dans la gueule. C’est un miracle qu’elle n’ait rien eu de plus grave encore.

J’inclinai doucement la tête.

— Sais-tu où elle allait ? Elle te l’a dit ?

Je sentis sur moi son regard pénétrant. Je voyais bien qu’il essayait de déterminer le degré de mon intérêt pour elle.

— Elle voulait se rendre à Fondcombe pour demander l’aide d’Elrond.

— Comment ? Mais pourquoi donc ?

Legolas soupira doucement avant de secouer la tête comme si quelque chose l’avait affreusement déçu. J’en fus assez intrigué.

Ada, vous savez que je n’aime pas m’immiscer dans vos affaires quelles qu’elles soient mais là…

— Là quoi, mon fils ? demandai-je d’une voix doucereuse.

— Cette pauvre petite était éreintée mais surtout apeurée et… furieuse. — Ses yeux se fixèrent aux miens. Elle m’a avoué qu’elle avait été votre maîtresse. Est-ce seulement vrai ? L’est-elle encore ?

Je mis un moment avant de me décider à répondre mais je crois bien que mon silence des plus éloquents parlait de lui même.

J’exhalai un très long soupir. Qu’est-ce qui avait pris à Cerise de divulguer ce genre d’informations à mon fils ?

— C’est exact, dis-je.

Legolas eut un grognement de fureur.

— C’est une enfant, Ada ! Une pauvre petite fille perdue et…

— C’est une femme ! tonnai-je et ma vie personnelle, à tout le moins sur ce plan là, ion nín, ne te concerne absolument pas.

Je le vis pincer les lèvres.

— Savez-vous, Ada, comment votre précieuse compagne a atterri en dehors de votre royaume ? me demanda Legolas de manière cinglante.

Il savait quelque chose compris-je. Qu’est-ce que Cerise avait bien pu lui dire exactement ? N’était-elle pas partie de son plein gré nous quittant sans commune mesure ?

— Elle est partie délibérément, affirmai-je d’une voix tendue.

Legolas eut une moue dégoûtée qui le fit plisser les yeux.

— Je ne le crois pas, affirma-t-il.

— Que sais-tu, mon enfant, à ce sujet ? repris-je plus durement.

— Ce qu’elle m’en a dit… et avant que vous ne remettiez sa parole en doute à travers les propos que je vous tiendrai, sachez que j’ai la certitude qu’elle ne m’a pas menti.

Je m’enfonçai un peu plus contre le dossier de ma chaise. J’étais presque certain que son histoire serait des plus intéressantes et me ferait assurément grincer des dents.

— Je t’écoute.

— Il semblerait que votre ex-maîtresse, selon ses propres mots, et je pense qu’il s’agit de Maeiell, lui aurait tendu un piège.

Legolas s’arrêta un instant il avait croisé ses doigts qui reposaient à présent sur la table. Il me scrutait fixement, attendant très certainement de lire quelques émotions sur mon visage. Je n’en fis pas cas.

— Continue, ordonnai-je avec un air que je voulais ennuyé même si, au fond de moi, je bouillais de connaître le fin mot de cette histoire.

— La pauvre s’est retrouvée assommée et jetée dans un tonneau. Elle m’a dit qu’on l’avait repêchée en bien mauvais état du côté de Laketown.

Je ne pouvais croire à ses accusations. C’était très grave, voire impensable. Jamais Maeiell ne se serait permis ce genre de folie. Elle était ambitieuse mais savait où se trouvait sa place quand nous le lui ordonnions.

— C’est impossible, dis-je les dents serrées. Elle t’a menti, jamais Maeiell ne se serait abaissée à une telle vilenie. De plus, Cerise est partie avec toutes ses affaires. Ce qui prouve bien que sa fuite était préméditée depuis un moment.

Legolas se passa la main dans ses cheveux bruns — les même que ceux d’Elenna — puis il se leva et récupéra quelque chose qu’il lança sans ménagement sur la table. Je reconnus tout de suite cette besace.

— Celles-ci, je présume, répondit-il d’une voix neutre.

Je pris le sac de Cerise et fronçai les sourcils en le sentant légèrement humide. Je l’ouvris sans attendre et l’état des affaires qui s’y trouvaient me confirma ce que j’avais compris.

— Tout est trempé. Que s’est-il passé ?

Je savais, à quel point ce sac était important pour elle, jamais elle ne l’aurait jeté à l’eau, jamais… à moins que…tout ceci ne soit vrai. Je croisai les mains sur la table.

— Je pense que vous commencez à comprendre, répondit Legolas. Et si je puis aussi me permettre, elle a une énorme bosse à l’arrière du crâne qui corrobore ses propos.

Je me tournais vivement vers le corps endormi de Cerise. Avais-je été si aveugle que cela ?

— Merci de me l’avoir ramenée, Legolas.

— Oh ne me remerciez pas. Par contre, pourquoi ne pas avoir entamé des recherches pour la retrouver ? Vos maîtresses comptent-elles donc si peu à vos yeux ?

J’eus un rire de dérision. Depuis quand mon propre enfant me parlait-il sur ce ton ?

— Vos mauvaises fréquentations déteignent sur vous, mon fils, vous devenez irrespectueux.

J’employais toujours le vouvoiement avec lui quand il allait trop loin ou qu’il me mettait en colère. Je le vis tiquer. Fort bien.

Nous nous défiâmes un moment du regard. Je devais agir en conséquence de ce que j’avais appris. Cependant, une petite voix en moi n’arrêtait pas de me chanter une drôle de ritournelle.

Elle n’était pas partie, Cerise n’avait jamais eu l’intention de me quitter.

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Cerise

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Je mis un certain moment à sortir de la torpeur dans laquelle je baignais. Tout près de moi, je pouvais entendre des voix deviser dans une langue que je ne comprenais pas. Ah ! Oui ! Le Sindarin. Peut-être que finalement, ça ne serait pas un mal que je suive de façon plus assidue les cours rébarbatifs de Dagnir, ne serait-ce que pour épier ce qui se disait autour de moi.

Me relevant à moitié, j’émis un bruit de gorge pour leur signaler que j’étais réveillée. Leurs deux têtes, celle blonde de Thranduil et la brune de Laiqalassë se retournèrent vers moi dans un seul et même mouvement synchronisé ce qui me causa un léger choc.

— Waouh ! m’exclamai-je avant de me lever et de m’étirer et… de me rappeler que mon mollet me faisait mal mais moins que tout à l’heure.

Laiqalassë se leva de sa chaise précipitamment et vint vers moi pour me prendre par le coude pour me conduire à leur table.

Je pris une chaise non sans avoir jeté un regard en coin au seigneur des lieux. Lui aussi me fixait d’un regard aussi intense que pénétrant et qui réussit presque à me mettre mal à l’aise. Cependant, cette petite sieste m’avait vraiment fait du bien et j’étais plutôt d’attaque pour quelqu’un qui avait failli se faire dévorer vivante par un horrible monstre.

— Un peu de vin ? me proposa mon beau sauveur, toujours aussi attentif à mes désirs.

— Heu, non merci, boire du vin là tout de suite, ça sera sans moi. Par contre si vous avez du thé glacé ou du Coca Zero ou bien encore une bonne limonade…

Je m’esclaffai en voyant sa tête parfaitement ahurie. Parfois, j’arrivais encore à oublier que je n’étais pas sur ma bonne vieille Terre tout Court. Quand je m’en souvenais, mes entrailles se tordaient dans tous les sens.

Loin de le prendre mal, il me retourna un sourire en coin. Je devais avouer qu’il était vraiment craquant. Il était tout aussi beau que ceux de son espèce mais il avait ce petit côté sympathique, très… humain.

— Vous m’aviez jusqu’au thé Cerise, me répondit-il amusé, après cependant… les boissons que vous avez énumérées viennent-elle de votre monde ?

Je le fixai un instant, stupéfaite à mon tour. Mes propos ne semblaient pas l’avoir agacé, bien au contraire, il était tout simplement curieux.

— Oui, le Coca Zero est une boisson gazeuse à base de feuille de cola et… d’autre chose, quant à la limonade, c’est une sorte de boisson sucrée avec du citron et pétillante aussi.

— Je vois, dit-il. Sur Arda, il n’y a pas ce genre de rafraîchissements malheureusement mais j’aurai été parfaitement curieux de pouvoir y goûter pour voir quel goût cela avait.

— Arda ? répétai-je étonnée. C’est quoi Arda ? Un nouveau lieu branché de la Terre du Milieu ?

Je vis l’incrédulité se peindre sur les traits de mon chevalier servant. Allons donc, allais-je le décevoir lui aussi parce que je ne savais pas ce que « Arda » était ?

Au lieu de cela, il se tourna vers Thranduil, les yeux plissés, les sourcils froncés.

— Mais enfin père ?! Vous ne lui avez donc rien appris de notre monde ?

C’est vrai qu’en y repensant, hormis vouloir me faire apprendre à tout prix le Sindarin et coucher avec moi, Thranduil avait été assez avare concernant la culture et la géographie de son monde. Mais son fils lui…

Attention, attention, un déraillage de neurone vient de se produire dans la tête déjà complètement fêlée de Cerise Martin. Je répète : attention, attention, un déraillage de neurones…

Je me mis à rire de façon débile. C’était pas possible, je nageais dans une dimension alternative, ou alors j’étais toujours endormie et je rêvais.

— Excusez-moi, mais j’ai cru à un moment, que vous aviez dit « père » au lieu de Seigneur Thranduil ou…

— Vous avez bien entendu, Cerise, dit Thranduil d’un air agacé.

— Heu… là je ne comprends plus rien, répondis-je les regardant tour à tour pour tenter de trouver une ressemblance quelconque. L’un était blond, l’autre brun… Mais… oui, leurs yeux étaient identiques et…

— Puisque mon fils ne semble pas avoir cru bon de se présenter lui-même, Cerise, permettez-moi de le faire pour lui. — Il désigna alors l’autre elfe d’une main — Voici mon unique enfant, mon bien le plus précieux, Legolas. — Puis se tournant vers son fils : — Je t’aurais cru plus prompt à décliner ton identité, ion nín.

Je vis l’elfe brun émettre un rire de gorge.

— Mais je l’ai fait père mais je ne sais pas… quand nous nous sommes présentés, j’ai eu la sourde envie de lui donner la version Quenya de mon prénom. Vous savez que je ne me sers que de celle-ci quand je veux voyager sans être reconnu.

Vous dire que j’étais choquée… oui je l’étais, au delà des mots en fait. Ce n’était absolument pas possible, ça ne pouvait pas l’être, c’était…

— Je crois que je vais prendre un verre de vin, finalement, marmonnai-je, complètement sonnée.

Thranduil prit la carafe et me servit un verre plein que j’avalai d’un trait après l’avoir récupéré.

Je le reposai brutalement sur la table avant d’aviser Laiqalassë, enfin pardon, Legolas, LEGOLAS quoi ?!

Je ne pus m’empêcher d’éclater d’un rire quasi hystérique. J’avais rêvé de cette rencontre un nombre incalculable de fois. Bien avant même de tomber ici. J’avoue, j’avais toujours vu l’elfe sous les traits d’Orlando Bloom, mais en blond. Dans ma tête, il avait toujours été blond ! Blond, pas brun, et accessoirement, il tombait raide dingue de moi. Mais ça, c’était une autre histoire, un autre délire « Made in Cerise ».

— Mais vous êtes brun, dis-je d’une voix accusatrice.

C’est vrai ça, il aurait du être blond. Blond comme son père !

Je le vis approcher sa chaise de la mienne.

— Je le suis effectivement, Cerise, et je l’ai toujours été.

— Non mais vous devriez être blond ! couinai-je avant de renifler bruyamment.

Il secoua doucement la tête, son sourire en coin toujours présent. Rien ne semblait l’atteindre. Il avait l’air si… sage.

— Est-ce donc si grave que je ne sois pas blond ?

Je le fixai un moment. Etait-ce grave ? Bien sûr que non. Etait-il moins beau ? Heu, en fait non, il était même cinquante mille fois plus beau que ce que j’aurais pu imaginer, mais je ne sais pas… me dire que j’avais côtoyé Legolas depuis ce matin, que je lui avais raconté ma vie et…

OH MON GIEU ! criai-je sans pouvoir m’en empêcher avant de mettre mes deux mains sur la bouche.

Mais quelle conne, comment as-tu pu dire à Legolas que tu couchais avec son père ? C’était, c’était… Cerise, va te pendre s’il te plait, tu rendras un très grand service à l’humanité.

— Vous devez avoir une très mauvaise image de moi, maintenant, soufflai-je dépitée.

— Pas du tout ! Pourquoi me dites-vous cela, Cerise ?

Je pus voir qu’il avait l’air parfaitement sincère.

— Je vous ai dit de but en blanc que je couchais avec votre père, voilà ce qu’il y a, marmonnai-je presque dans ma barbe.

— Cela suffit, Cerise ! tonna Thranduil en se levant de son siège.

Il semblait furieux, tout à coup, et pour cause. Exposer sa vie sexuelle aux chastes oreilles de son fils ne devait pas forcément lui plaire. — Vous n’aviez aucun droit de dire à qui que ce soit l’étendue de notre relation et…

— Père !

Legolas se leva et vint se planter devant le roi des elfes. Ils faisaient tous les deux approximativement la même taille et je pus les admirer à loisir de mon siège.

— Vous n’aviez aucun droit de faire de cette enfant votre amante ! Vous le savez ! Si elle me l’a dit, c’est parce qu’elle est encore trop jeune pour faire la différence entre ce qui est un secret d’alcôve ou pas. De plus, je vous rappelle qu’elle était perdue !

Enfant ? Trop jeune ? Perdue ?

— Hey oh ! Sans déconner, m’écriai-je outrée, je veux bien dire que j’étais perdue mais « trop jeune » ? Sans déconner, dans mon monde ça va faire un bail que j’ai atteint la majorité sexuelle alors hein, je ne vous permets pas !

Legolas grogna de mécontentement.

— Êtes-vous veuve, Cerise ?

— Heu, plait-il ? Non, non… Pourquoi cette question ?

Je le vis se pincer l’arrête du nez avec ses doigts. Cela m’amusa, il avait le même réflexe que son père.

— Il aurait été préférable que vous le soyez. — Puis jetant un coup d’œil noir à son père — Comment avez-vous pu prendre l’innocence de cette jeune fille sans une once de remords ?

L’atmosphère s’était dégradée à tel point que je fus surprise que les appartements de Thranduil ne se soient pas transformés en glacière. Mais où était donc Scrat pour briser la glace avec son gland ? Heum, et si c’était moi qui la brisais, cette glace, justement ? J’allais dire quelque chose de léger quand la porte s’ouvrit doucement sur…

— Mon Seigneur, je viens vous apporter votre repas, dit la voix joyeuse de…

— Maeiell ! grognai-je en m’avançant vers elle, lentement mais sûrement.

En fait, j’étais tout à fait furieuse et je n’avais qu’une envie : lui refaire le portrait, genre, à la façon Picasso.

Elle fut surprise quand ses yeux croisèrent les miens. Tu m’étonnes, connasse ! Tremble, car ma colère sera terrible et implacable.

— Oh vous ici ? me dit-elle, toute mielleuse, genre je ne suis au courant de rien, je vous pensais partie très loin et…

— CRÈVE, SALOPE ! éructai-je avant de me jeter sur elle.

Je réussis à l’attraper au cou et je la fis tomber par terre sous l’effet de surprise. Le plateau qu’elle portait alla se fracasser un peu plus loin mais je m’en fichais bien. Maeiell était plus grande et plus forte que moi mais je n’en n’avais cure. Ma haine décuplait mes forces. J’allais la tuer, lui faire ravaler tout ce qu’elle m’avait fait subir ! A cause d’elle, mon ipod, toutes mes affaires étaient foutues ! — Sale connasse de merde, je vais te faire bouffer ta langue !

Elle tenta de se dégager mais j’étais assise sur elle et bien plus lourde. J’allais avoir raison d’elle quand je sentis des bras m’agripper fermement avant de me tirer vers l’arrière.

Me tournant vers l’impudent qui avait osé m’arrêter dans ma juste vengeance, je grognai en reconnaissant Legolas.

— Cerise, non, s’il vous plait.

Revenant à l’autre grognasse, je crus m’étouffer quand je vis Thranduil la prendre par la main pour la remettre débout. Elle me lança un sourire victorieux qui semblait dire : tu vois, maintenant qu’il t’a baisée et que moi je t’ai baisée bien profondément, il m’est enfin revenu.

— Je suis dégoûtée, dis-je en soupirant.

— Venez, Cerise, me dit Legolas, sortons d’ici.

Nous passâmes devant le roi et sa… maîtresse sans même lui dire un mot et sortîmes dans le couloir, les laissant seuls tous les deux.

— Où se trouve votre chambre, Cerise ? me demanda-t-il doucement.

J’allais lui dire que ça faisait un moment que je n’avais plus de chambre quand je me souvins qu’il y avait celle non loin des appartements royaux qui m’avait été attribuée quand j’étais arrivée ici.

— Sur votre gauche, murmurai-je en reconnaissant la porte au loin. Sans demander son reste, il l’ouvrit et nous nous engouffrâmes dedans. La pièce était sombre mais il trouva une bougie qu’il alluma. Le lit était toujours là et fait. Une chaise était posée à côté. Legolas s’y assis et me présenta le lit pour que je m’asseye en face de lui.

Il semblait vouloir que nous discutions. Je ne voyais pas de quoi mais si ça pouvait lui faire plaisir…

Il attendit que je sois bien installée pour commencer.

— Savez-vous pourquoi je vous ai empêché de frapper Dame Maeiell, Cerise ?

Je crus bien que j’allais m’étrangler. Maeiell n’avait rien d’une dame, c’était une pute, rien de plus ni de moins, et il l’appelait « dame » ?!

— Non, dis-je de façon laconique.

J’étais en colère et blessée.

— Dans notre monde, Cerise, les représailles quelles qu’elles soient sont gérées par le souverain de chaque royaume. — Il s’arrêta un instant, vérifiant que je le suivais toujours — Dans votre cas, il est clair que Dame Maeiell a mal agi. Cependant, ce n’est pas à vous de convenir de la punition qui lui sera donnée ni de vous en charger vous-même, mais à votre roi.

— Mais Thranduil… pardon le Seigneur Thranduil n’est pas mon roi, m’offusquai-je.

Il inclina la tête sur le côté, me fixant toujours.

— Vous vivez ici, vous êtes donc sous l’autorité du seigneur des lieux.

Je n’avais pas vu les choses sous cet angle mais bon…

— Que va-t-il se passer alors ?

— Le roi viendra vous voir pour vous demander si vous souhaitez qu’un procès soit donné. Si effectivement Dame Maeiell est coupable, alors le roi décidera de la sanction.

— Je vois, dis-je. Même chez les elfes il y a un tribunal et tout… mais dites-moi, Legolas, avez-vous des avocats ?

— Je vous demande pardon ?

Il avait l’air surpris.

— J’imagine que votre réponse est non.

— Qu’est-ce qu’un « avocat ? » me demanda-t-il intrigué.

Je me mis à souffler fortement. Décidément, cet elfe était très curieux de la moindre chose.

— Une personne qui nous défend si on en a besoin mais qui vous coûte plus cher que ce qu’il vous apporte en général.

— Je vois. Sachez qu’ici, chacun se défend devant le roi qui jugera et sanctionnera s’il le faut.

Je m’affalai un peu contre le lit et épiai Legolas d’un œil. Je n’arrivais toujours pas à croire qu’il s’agissait bien du fils de Thranduil. Même si j’avais remarqué quelques points de ressemblance entre eux, il n’en demeurait pas moins qu’il était… brun. Je compris alors que la défunte femme du roi avait dû être brune. Perdue dans mes réflexions, je n’entendis pas la porte s’ouvrir.

Thranduil avança. Vu comme ça, il paraissait incroyablement imposant. Je n’avais pas fait attention avant mais il était en tenue protocolaire. Sa couronne sur sa tête lui donnait un air des plus terrifiants en cet instant.

— Lui as-tu parlé, Legolas ?

— Oui, père.

Thranduil hocha la tête comme si l’affaire était entendue.

— Cerise, Maeiell et vous-même, vous-vous présenterez demain matin dans la salle des audiences. Nous mettrons au clair toute cette histoire et sanctionnerons si sanction il doit y avoir.

Je levais la tête au ciel. Bordel, c’était encore plus chiant que sur la Terre tout Court. Cela dit, j’avais réussi à lui faire un peu mal. Pas autant que ce qu’elle m’avait fait mais assez pour mettre un peu de baume sur mon petit cœur meurtri.

— Très bien. Merci, répondis-je simplement.

Je vis Legolas se lever de sa chaise et prendre la direction de la porte. Cependant, alors qu’il avait la main sur la poignée, il se retourna vers moi :

— Cerise, tentez de vous reposer jusqu’à demain, me dit-il doucement.

— Je vais essayer mais ce n’est pas gagné, lui dis-je.

J’étais amère. Très amère.

Il inclina la tête et sortit en me souhaitant bonne nuit.

Je me retrouvai seule avec Thranduil. Je n’avais pas besoin de lever la tête vers lui pour savoir qu’il m’observait, le visage imperméable à la moindre émotion. Ce petit manège dura quelques minutes avant que je ne me décide à parler.

— Que me voulez-vous, Seigneur Thranduil ? demandai-je de manière abrupte et en insistant bien sur le mot « Seigneur ».

Je le vis tiquer légèrement.

— Je pensais que vous aimeriez vous délasser dans un bain avant de vous reposer pour la nuit, me dit-il d’un ton neutre.

Je le scrutai un instant et bientôt, nos yeux s’accrochèrent. Je ne baissai pas la tête, puis je compris qu’il attendait une réponse.

— Je veux bien me laver, Seigneur Thranduil. Je verrai moi-même pour trouver une servante qui veuille bien m’apporter un baquet et de l’eau chaude.

Il soupira. Il semblait tout d’un coup très las.

— Vous pouvez le faire dans ma salle d’eau, Cerise.

Je secouais la tête. Non, rien ne serait plus comme avant. A l’heure actuelle des choses, ça m’était tout bonnement impossible.

— Je ne pense pas, votre Majesté. Ce serait parfaitement indécent et me décrirait d’une manière que je refuse d’être… comme je vous l’ai déjà dit.

— Pourtant il n’y a pas si longtemps, cela ne vous dérangeait pas, argumenta-t-il.

Je me redressai un peu.

— Mais ça, c’était avant tout ça, dis-je en faisant un grand geste de la main. Avant que je comprenne que finalement, je n’étais qu’un simple trou pour vous que…

Je le sentis s’approcher de moi. Il était furieux. Je me passai la langue sur les lèvres.

— Je vous interdis de me prêter des pensées que je n’ai pas Cerise.

Je me levai à mon tour, le cœur serré, au bord de la nausée à cause de ce que je m’apprêtai à lui dire.

— Je ne vous prête rien du tout, je constate, c’est tout. S’il vous plait, votre Majesté, laissez-moi tranquille. Je suis fatiguée et j’aimerais vraiment me reposer.

J’avais dit tout ça d’une traite, sans le quitter des yeux. Je le vis reculer d’un pas avant de se retourner vers la porte.

— Vous avez gagné pour ce soir, Cerise, mais croyez-moi, cette discussion est loin d’être terminée. Je vais vous faire envoyer Liamarë pour qu’elle s’occupe de vous.

Il se retourna à demi vers moi.

— Nous nous reverrons demain lors de l’audience. En attendant, Cerise, je vous souhaite une bonne nuit.

Puis il sortit doucement, me laissant seule avec ma colère, mon amertume mais aussi autre chose que je ne voulais pas définir mais qui me faisait mal… très mal, même.

Si j’avais eu le courage de m’opposer à lui ce soir, c’est parce que je lui en voulais de se méfier autant de moi, d’avoir cru une conne plutôt que ma parole. D’accord, il la connaissait depuis bien plus longtemps mais il aurait du savoir, ou se douter à tout le moins, qu’elle était mauvaise.

Et puis… comment avait-il pu croire une seule seconde que je serais partie comme ça alors que je lui avais dit mon envie de rester à ses côtés ? Mes sentiments à son égard étaient en train de se transformer, je m’en rendais compte et ça me faisait peur. Je ne le voulais pas mais… je sentais au fond de moi que c’était déjà trop tard… et j’allais très certainement le payer très cher.

oO0Oo

Thranduil

oO0Oo

Cerise était de retour, cependant nous sentions que plus rien ne serait comme avant. Dans un sens, ce constat était pour le moins perturbant. Beaucoup de choses étaient en train de changer dans nos vies mais aussi dans la mienne en particulier. Avant qu’elle ne disparaisse, nous nous étions installés dans une routine qui me convenait. La journée, j’avais mes charges et elle ses occupations, le soir nous nous retrouvions pour de tendres moments. J’avais cru qu’elle s’en était accommodée, qu’elle avait enterré sa lubie de vouloir être autre chose que ma maîtresse. Une amie ? J’émis un ricanement de dédain. Le roi n’entretenait pas de relation licencieuse avec une amie et de toute façon, cela ne voulait rien dire. Qui plus est, jamais le roi des elfes n’entretiendrait une quelconque amitié avec une simple humaine de basse extraction. C’était parfaitement risible.

Avisant un verre, je me servis du vin que je bus d’une traite avant de me resservir à nouveau. J’avais exigé de la part de Galion que chaque pièce de ces appartements soient pourvue en alcool de raisin. Boire me faisait oublier, boire était la seule chose qui arrivait un peu à apaiser la noirceur sans fond qui me consumait depuis des siècles.

J’en étais à un nombre non négligeable de carafes vides quand la porte s’ouvrit doucement.

— Il est tard, dis-je d’une voix atone, me doutant bien de qui il s’agissait.

J’avais énormément bu mais dramatiquement, plus les siècles passaient et plus mon corps supportait l’alcool. Pour avoir une chance d’être assez étourdi pour nager dans un océan de tranquillité, il m’en fallait des quantités astronomiques… et de plus en plus forts.

— Vous ne devriez pas boire autant, père.

J’étais affalé sur le sofa qui avait accueilli le corps si tendre et si doux de Cerise quelques heures plus tôt. La couverture roulée en boule non loin de moi portait encore sa fragrance de femme. Je la pris pour la porter à mon visage et me repaître de cette odeur que j’avais bien cru ne plus pouvoir sentir un jour.

Legolas prit place sur la table basse qui se trouvait en face de moi, ignorant les vestiges et cadavres de bouteilles vides qui y trainaient. Il me regarda un moment, analysant ce qu’il voyait, et finit par secouer la tête de dépit. Mon cœur se serra.

— Quand repars-tu, ion nín ? demandais-je, histoire de meubler un peu ce silence qui devenait bien trop pesant à mon goût.

— Pas tout de suite, père, répondit-il.

Il se passa alors la main dans les cheveux.

— Bien, au moins profiterai-je un peu plus longtemps de mon unique enfant.

— J’ai croisé Liamarë avant qu’elle ne parte se reposer, reprit Legolas. Cerise lui a dit deux-trois choses, dont le nom de celle qui s’est occupée d’elle à Laketown.

Cerise… cette humaine que j’avais accueillie par curiosité dans mon royaume et qui de rien paraissait, au fur et à mesure des jours qui passaient, devenir tout. Trop. Bien trop à mon goût. Legolas continuait de me parler mais j’étais déjà parti loin dans mes divagations.

Ada ! s’exclama-t-il alors, vous m’écoutez, au moins ?

— Heum, qu’as-tu dit ?

Il se pinça l’arrête du nez. Un geste qui me ressemblait tant que je faillis m’en attendrir. Si Elenna le voyait, elle serait si fière de lui. Notre enfant.

— Je pars tout de suite chercher cette femme pour qu’elle puisse témoigner demain. Ainsi, vous serez sûr que Cerise ne vous ment pas.

— Tu veux faire venir une humaine dans notre royaume ? m’exclamai-je quand je compris ce qu’il avait l’intention de faire.

— Oui, dit-il fermement. Je sais que vous tenez encore à croire que Maeiell n’est en rien l’instigatrice de la disparition de Cerise, mais moi je crois qu’il est grand temps que vous ouvriez un peu les yeux, Ada.

— Les yeux sur quoi Legolas ? demandai-je en soupirant.

Je sentais poindre une affreuse migraine.

— Sur le fait que cette petite humaine semble vous avoir ébranlé bien plus que vous ne voulez l’admettre.

— Je te demande pardon, Legolas ? Où as-tu été pêcher une idée aussi grotesque ? C’est parfaitement ridicule.

Mon fils se leva, droit comme un i. Il n’était pas en colère. Bien au contraire, il affichait ce petit sourire en coin qui avait su désarmer tant de gens, moi y compris.

— Il faudrait être aveugle pour ne pas voir que cette petite Cerise a réussi l’exploit de toucher des endroits de votre conscience que vous pensiez à jamais scellés.

Je tournais la tête en signe de déni. — Allons, père. Qu’est-ce qui vous chagrine le plus, qu’elle ne soit pas des nôtres ou que vous vous rendiez compte que votre cœur n’est pas si mort que vous le pensiez ?

— Dehors, Legolas. Tu as dit assez de fadaises pour ce soir.

— De fait, père, j’ai une humaine à ramener avant la fin de matinée.

Il s’inclina poliment avant de me laisser seul avec mes bouteilles vides et mes démons. Je n’avais pas envie de rester seul mais il n’y avait qu’une seule personne avec laquelle j’avais envie de passer cette soirée… elle se trouvait au bout de ce même couloir et… ne voulait pas me voir.

Je poussai alors un juron et balayai d’un revers de main, les carafes vides ainsi que mon verre qui allèrent s’écraser contre le sol dans un bruit rageur. Je ne pouvais que m’en prendre à moi-même si tout allait de travers, si tout allait trop loin.

Cette humaine que nous avions gardée à nos côtés pour apaiser une simple curiosité avait par inadvertance rouvert de vieilles blessures non cicatrisées et fissuré des murs érigés depuis si longtemps que nous en avions presque oublié l’existence.

Ah, chère Varda, qu’allions-nous faire ?!

A Suivre


Annotations

– Laiqalassë : vous le savez maintenant mais il s’agit bel et bien de Legolas. Laiqalassë est la forme Quenya de son prénom. On la retrouve notamment dans les livres des Contes Perdus. Que savons-nous de Legolas au delà des récits connus ? Pas grand chose finalement. Pour ce qui est de la couleur de ses cheveux, il n’a jamais été dit nulle part qu’ils devaient être blond. Nous l’avons supposé du fait que son père le soit. Pour le reste, c’est l’interprétation de Peter Jackson et de Orlando Bloom qui ont fait le reste. Ce choix de la couleur brun est voulu. Ma vision de Legolas n’a vraiment rien à voir avec Orlando Bloom.
– Voilà une interprétation de Legolas par l’illustratrice Magali Villeneuve que j’aime tout particulièrement : / / cerisemartin . files . wordpress 2014 /05 / legolas – magalivilleneuve .jpg (supprimer tous les espaces).

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