Chapitre 20 : Le Fabuleux Destin de Cerise Martin

Mirkwood by Yuan Komitet Obrony Thranduil

Prologue

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Cerise

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Je me réveillai avec une affreuse migraine. Cela faisait bien longtemps que je n’en n’avais pas eu d’aussi carabinée. Avisant mon réveil, je vis qu’il était à peine huit heures du matin. Je fronçai alors les sourcils. N’avais-je pas un boulot qui m’attendait quelque part ? Me souvenant de cela, je bondis de mon lit comme s’il y avait eu le feu dedans et m’empêtrai avec les draps. Sans plus un regard vers la tiédeur de ce dernier qui m’appelait encore de toutes ses forces, je fonçai — avec un certain regret — vers la salle de bain, puis m’habillai en vitesse avant d’aller dans la cuisine me faire une tasse de café bien serré… comme je les aime.

Malheureusement, l’heure avançait et plus je persistais à vouloir avaler ma boisson bouillante, plus je me mettais en retard. Prenant mon smartphone qui se trouvait sur la table à manger, je vis qu’il était maintenant huit heures et vingt minutes.

— Quoi ?! Déjà ?! m’exclamai-je avant de filer dans ma chambre pour me mettre un peu de parfum.

Puis je fis un retour à la case « salle de bains » pour un rapide brossage de dents en règle. M’observant dans le miroir, je fus étonnée de voir à quel point j’avais perdu du poids. Je fronçai de nouveau les sourcils. C’était étrange, je ne me souvenais pas d’avoir commencé un régime. Sans doute était-ce lié à la fatigue. J’avais l’impression d’avoir dormi très longtemps mais je me sentais encore très épuisée. Il faudrait sans doute que j’arrête de boire autant d’alcool. Les soirées de beuveries, c’était sympa mais tous les weekends, ça devenait vite fatigant.

Nouveau coup d’œil vers l’écran de mon téléphone. Huit heures trente. Merde ! Faut vraiment que j’y aille, maintenant. Prenant mon sac, j’y jetai le livre que j’étais en train de lire avant d’ouvrir la porte à la volée qui menait au couloir sombre de mon immeuble.

Mue par une envie qui frisait presque la nostalgie, je me retournai une dernière fois vers l’entrée de mon appartement et avisai ce qu’il y avait à l’intérieur. Je n’avais pas de couloir et une fois la porte ouverte, nous débouchions directement dans le salon. Il n’était pas très grand, mais c’était le mien. Un canapé confortable était installé contre l’un des murs face à une télé de taille moyenne. Tout autour, il y avait des étagères et des bibliothèques dans lesquelles s’entassaient un nombre incalculable de livres et d’albums de bande dessinées. Tout au bout, dans un coin, il y avait un énorme pouf avec une table basse ronde, sur laquelle était posé mon ordinateur portable, un MacBook Air que je chérissais comme la prunelle de mes yeux.

Tout ça, c’était mon univers à moi. Mon chez-moi, pensai-je avec une certaine tristesse que je ne m’expliquais pas.

De l’autre côté, se trouvait ma petite cuisine et ma chambre… Je fermai un instant les yeux. Inexplicablement, je sentis les larmes poindre derrières mes paupières. Que m’arrivait-il, bon sang ? J’avais l’impression que quelque chose n’allait pas mais je n’avais pas le temps de m’appesantir sur cette impression qui me broyait le cœur comme si j’avais appris la mort d’un de mes proches.

Tentant vainement de chasser ce trop plein de chagrin qui commençait à me submerger, je sortis rapidement de mon immeuble et me pris de plein fouet l’air pollué de Paris. Un plaisir pour les sens, une tuerie pour les poumons. Si je me dépêchais, je pourrais encore attraper le bus de huit heures quarante-cinq. Je serai probablement en retard de quelques minutes, mais tant pis. C’était tellement rare venant de moi de ne pas arriver à l’heure au bureau que mon chef, que j’aimais tant détester, ne m’en voudrait pas trop. Enfin, je l’espérais !

Tandis que je poireautais, attendant un bus qui arriverait certainement en retard, — comme d’habitude, en fait, on ne changerait jamais la ponctualité de la RATP (Rentre Avec Tes Pieds, sonnait si juste) — je vis que certains passants me dévisageaient étrangement. Mal à l’aise, j’en vins à me demander si je n’avais pas mon jean troué au niveau des fesses, ou si je n’avais pas une trace de dentifrice sur le visage.

Les observant à mon tour, je vis qu’ils s’avançaient vers moi, l’air plus déterminé que jamais. Je crus m’étouffer de stupeur quand je vis que ceux que j’avais pris, dans un premier temps, pour des femmes étaient en fait des hommes… avec des oreilles pointues. En plissant les yeux, je vis qu’ils parlaient tous et en même temps.

Tendant l’oreille, je perçus des bribes de phrases dont le sens m’échappait totalement. Puis un brouillard aussi épais que de la purée de pois se déversa sur la rue qui, bien que dépourvue de luminosité — le soleil à Paris c’était comme la neige dans un désert, aussi rare qu’inexistant — n’en paraissait que plus flippante.

Mais que se passait-il exactement ? Alors que je ne voyais plus rien, les voix qui n’arrêtaient pas de scander la même litanie se turent et un silence des plus pesant s’abattit sur moi.

— Mais c’est quoi ce bordel ? m’exclamai-je complètement paniquée.

… … … … … … … … …

* Elenwë, Elenwë, min hina, suis les étoiles vers la voie qui t’es tracée …Nous t’attendons * * I Edelhie enwe vanya min hina ! * *Que les étoiles te protègent mon enfant !* … … …

Elenwë, Elenwë !

… … … … … … … … …

Qui… Qui êtes-vous ? Que me voulez-vous et pourquoi me harcelez-vous comme ça ?! ne puis-je m’empêcher de demander à ces deux magnifiques voix, l’une féminine et l’autre masculine qui semblaient venir de partout et nulle part à la fois.

… … … … … … … … …

Tu as peur, Elenwë. Elenwë, tu ne dois pas avoir peur ! Min hina. Tye melane…

… … … … … … … … …

— Je veux juste aller à mon travail ! Fichez-moi la paix, bon sang ! C’est bon là ! hurlai-je à pleins poumons. Les blagues les plus courtes sont les meilleures alors ça suffit, maintenant ! Partez !

Au lieu de cela, le brouillard s’épaissit encore un peu plus, s’intensifiant au point que je crus m’étouffer dedans. Je ne pouvais plus respirer. Doucement, je sentis mes paupières papillonner avant de me sentir aspirée par un énorme vortex et…

… Je me réveillai en sursaut, le cœur battant la chamade. J’étais en sueur et je me sentais horriblement déphasée. Où étais-je exactement ?

Avisant la lumière provenant de la lune qui se reflétait à travers la petite fenêtre en bois qui me faisait face, je me souvins alors de tout. Cela me paraissait tellement irréel et impossible, mais pourtant… j’étais bien là. Rien de tout ceci n’était un rêve, bien au contraire.

Cela faisait un peu plus de neuf mois que j’avais quitté mon monde, ma vie, mes amis et ma famille.

Maintenant, j’appartenais à « Arda« , du moins tant que l’effet inverse n’arriverait pas — repartir dans l’autre sens, je veux dire. J’étais dans un autre monde, un monde que les fans de Tolkien connaissaient bien et où beaucoup auraient, sans nul doute, aimé être à ma place. Sans doute aussi serais-je jalousée, voire moquée de mon ignorance de ce qui composait la Terre du Milieu, même si j’avais fait d’énormes progrès depuis mon arrivée.

Sans faire de bruit pour ne pas réveiller mon compagnon, je sortis du lit et marchai pieds nus jusqu’à la porte en bois richement ornée de décorations elfiques. Me retournant à demi, je vis que Thranduil, puisqu’il s’agissait de lui, dormait de ce sommeil sans rêves et réparateur qu’il affectionnait tant. Mon cœur se serra sur le coup d’une émotion si forte que je crus bien me trouver mal sur le moment.

Je l’aimais. Je ne pensais pas que cela m’arriverait un jour, mais j’étais tombé éperdument amoureuse d’un être que j’aurais, il fut un temps, à tout prix évité. C’était trop tard maintenant. Ce qui était fait était fait et je n’avais aucune envie de revenir en arrière. Tant de choses s’étaient passées depuis que j’avais atterri ici. Thranduil était le roi des Elfes Sylvestres de la forêt d’Eryn Lasgalen, qui fut pendant très longtemps appelée « Forêt Noire », non parce qu’elle ressemblait à un énorme gâteau au chocolat (avec des cerises) mais bien parce qu’elle avait été infestée par le Mal.

Bien qu’à ce jour, la forêt soit redevenue saine, il n’en allait pas de même pour son souverain qui continuait à être rongé par quelque chose qui me dépassait complètement. Pourtant, j’avais réussi, je ne sais comment à me faire accepter de lui. Je n’avais rien d’extraordinaire aux yeux d’un elfe et même, pire que tout, je n’étais qu’une simple humaine mais…

La vie, parfois, pouvait vous réserver bien des surprises, et si j’étais tout à faite honnête avec moi-même, je devais avouer que la mienne avait vraiment fait très fort à ce niveau-là!


Une Quête Ratée

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Saison 2

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Vers un Monde Meilleur

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20

Le Fabuleux Destin de Cerise Martin

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Cerise

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Après m’être chaussée, je descendis les escaliers en bois qui menaient à notre Talan, une pièce qui oscillait entre la hutte et la cabane en bois, avec mille précautions. Je n’avais toujours pas l’habitude de ce genre de marches sans aucune rampe. Bien que cela fasse environ deux mois que nous y logions, je devais avouer que la cité souterraine me manquait un peu. J’avais fini par m’y habituer, l’air de rien.

Marchant à travers les allées de fleurs, je finis par me poser sur une sorte de siège qui trônait en plein milieu d’une gigantesque clairière qui avait abrité, la veille encore, un énorme banquet. Nous avions fêté la fin d’une époque sur les terres d’Eryn Lasgalen. La plupart des Elfes Sindar allaient partir avec nous vers les Havres Gris pour embarquer ensuite vers Valinor, les Terres Immortelles. Un endroit où je ne mettrais, certainement, jamais les pieds.

Une brise légère me fit frissonner. Je n’avais pas pris de châle pour me couvrir les épaules et bien que la robe que je portais soit des plus décentes, elle n’en restait pas moins très légère. Parfois, j’aimais bien me retrouver seule avec moi-même.

Depuis ce fameux jour du procès et ce qui en avait découlé ensuite, ma vie, parmi les elfes, avait totalement changé.

Mais pas seulement elle. Thranduil s’était presque métamorphosé à mon égard. Quand il pensait que je ne le voyais pas, il me lançait parfois des regards très lourds, empreints de tant de choses que je n’aurais pas eu assez d’une vie pour les décrypter tous et les comprendre.

Il avait fait de moi, et ce de manière tacite, sa compagne. Ma place, dès lors, avait été à ses côtés. Je ne pouvais presque plus faire un pas sans que je ne doive lui dire où j’allais et sans qu’un garde ne m’accompagne, quand il ne s’agissait pas de son propre fils.

Cependant, Legolas avait dû partir pour des affaires en cours, et il s’était absenté pour quelques mois. Il était revenu la veille et m’avait prévenu que son ami Gimli nous rejoindrait bientôt sur le chemin. Je ne pus m’empêcher de sourire de toutes mes dents à l’évocation du nain. Que j’avais hâte de le rencontrer… Je me demandais s’il ressemblerait à l’acteur qui avait joué son rôle dans la trilogie, ou si j’allais être aussi surprise qu’avec Legolas.

Un pincement au cœur vint gâcher ma joie du moment. Le rêve que je venais de faire avait été d’un tel réalisme. J’avais encore le goût du café sur mes lèvres. Doucement, je passai mes doigts dessus. Même si j’arrivais à trouver un certain contentement dans ma nouvelle vie aux côtés des Elfes, plus les mois passaient et plus la mélancolie me gagnait. Comme je ne voulais inquiéter personne, je le cachais derrière mes pitreries et une bonne humeur factice qui frisait parfois le ridicule.

Le départ de Liamarë et de Dagnir ne m’avait pas aidée à aller mieux. Bien au contraire. Mon amie ne voulait pas encore quitter la Terre du Milieu. L’appel de la mer ne s’était pas fait sentir, m’avait-elle expliqué. Il en allait de même pour son fiancé, Dagnir. Ils étaient partis en Ithilien, il y avait de cela quelques semaines déjà, et je ne les reverrais sans doute jamais plus. Qu’est-ce qu’elle me manquait ! Je me sentais tellement abandonnée et… seule. Je ne l’étais pourtant pas, j’avais Thranduil, mais ce n’était pas la même chose. Il était un roi et bien qu’il soit des plus tendres à mon égard quand nous étions dans l’intimité de notre chambre, il n’en restait pas moins que la journée, je me retrouvais un peu livrée à moi-même.

Scrutant au loin le Talan qui abritait le sommeil du souverain, je sentis les larmes me monter aux yeux une nouvelle fois.

Je ne me sentais pas vraiment chez moi, et même si être dans ses bras me réconfortait plus que tout, je n’oubliais pas que je n’avais rien à y faire non plus. J’étais humaine, j’allais vieillir et puis un jour mourir, très certainement seule.

Un jour, le roi se réveillerait à mes côtés, constaterait les rides sur mon visage et se détournerait alors de moi pour trouver quelqu’un de plus jeune, s’il ne se lassait pas plus tôt. Bien sûr, si j’allais à Valinor, je ne vieillirai plus, ou peut-être que si, mais je savais que ce désir était aussi impossible à réaliser que celui de me voir un jour transformée en Elfe. J’étais née humaine. C’était un fait que personne ne remettait en doute, pas même le sacro-saint roi de cette forêt qu’il s’apprêtait à quitter pour toujours.

Perdue dans mes pensées, je n’entendis pas quelqu’un arriver vers moi. Quand je sentis sa présence, je n’eus pas besoin de me retourner pour savoir de qui il s’agissait.

— Vous êtes bien matinale Cerise, me dit Legolas en guise de préambule.

— Je n’arrivais plus à dormir, dis-je simplement, le visage tourné vers l’enclos dans lequel se trouvait une centaine de chevaux qui avaient été amenés par les forestiers quelques semaines plus tôt.

J’avais compris que certains Elfes feraient le voyage vers les Havres Gris à cheval, d’autres à pieds.

Evidemment, je ne mettais pas en doute leur grande force physique, mais j’avais été des plus sceptiques quant à leur allure de marche. On m’avait répondu que quoiqu’il arrive, nous avancerions au trot. Je soupirai, nous n’étions pas rendus si nous allions à cette vitesse.

— Vous voilà bien songeuse, répondit Legolas, me sortant de mes pensées.

— Oh, désolée, je n’avais pas fait attention. Je peux être stupide parfois.

Mon compagnon secoua doucement la tête en signe de désaccord, son sourire toujours en coin.

— Vous semblez ailleurs, ces derniers temps. Est-ce la perspective de faire un si long voyage qui vous effraie ? me demanda-t-il courtoisement.

Je poussai à nouveau un soupir à fendre l’âme. Depuis le départ de Dagnir, Legolas s’était proposé pour être mon professeur de Sindarin. Même si je l’aimais beaucoup, mes « disputes » avec Dagnir me manquaient encore plus. Me rappelant qu’il venait de me poser une question, je décidai de lui répondre en toute franchise. Il était l’un des rares, voire le seul allié qui me restait ici.

— Oui et non, commençai-je en me triturant les ongles sans le regarder. Depuis quelques nuits, je fais d’étranges rêves qui me rendent très mélancolique.

Je ne comprenais pas pourquoi j’arrivais si facilement à m’épancher auprès de lui alors que j’arrivais à peine à dire le fond de ma pensée à son père. Legolas était différent, ouvert et incroyablement gentil, même s’il lui arrivait de s’emporter, mais pour sa défense, c’était toujours pour quelque chose qui le touchait.

— Ces rêves, reprit-il tout en me dévisageant, ont-ils un rapport avec votre passé ?

— Mon passé, murmurai-je, les yeux perdus vers l’horizon où le soleil venait de poindre, ses rayons lumineux éclairant doucement le feuillage épars des grands chênes qui nous entouraient. — Je ne sais pas, repris-je. Je rêve que je me réveille chez moi, en Terre tout Court, j’oublie presque que je suis venue ici et puis… et puis…

— Et puis ? m’encouragea-t-il.

Je me tournai vers lui et faillis rire devant sa mine des plus soucieuses. Il me fixait de ses grands yeux turquoise remplis de curiosité.

— Non, rien… après, je me réveille.

Je n’avais pas envie de lui raconter cette partie du rêve où ces maudits Elfes à la beauté ridicule venaient me harceler continuellement, sans doute aussi parce que ces moments là, à chaque fois, me laissaient dans un brouillard des plus perturbants. Je me souvenais rarement de ce qu’ils me disaient et de pourquoi ils me parlaient. Peut-être, après tout, ne voulais-je pas m’en souvenir, tout simplement.

Legolas se leva alors et épousseta des poussières imaginaires sur sa tunique argentée.

— Cerise, m’accompagnerez-vous pour prendre le petit déjeuner ?

Je mis quelques minutes à comprendre ce qu’il me disait. Je m’étais une nouvelle fois perdue ailleurs, dans un autre monde, mon monde.

— Heu, oui bien sûr ! Dommage que vous n’ayez pas de Ricoré à défaut de café, lançai-je joyeusement, plaquant un sourire de façade sur mon visage.

Je le vis partir d’un rire franc et, à mon plus grand soulagement, il ne me demanda pas de lui expliquer ce qu’était de la « Ricoré« .

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Thranduil

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Je me réveillai en sentant la chaleur des rayons lumineux venir réchauffer mon visage. Par réflexe, je tendis la main pour rencontrer le corps doux et tiède de Cerise, mais ne trouvai que du vide à sa place. Fronçant les sourcils, je me levai en inspectant la pièce. Personne. Elle n’était pas là. J’avais pris l’habitude de m’éveiller à ses côtés depuis plusieurs mois. J’aimais la regarder dormir à son insu. Elle était des plus intrigantes à marmonner dans son sommeil, et toujours en Quenya.

Je ne formais presque plus aucun doute sur ce qu’elle avait été dans une autre vie. Ce que je ressentais vis-à-vis d’elle, je ne pouvais l’expliquer autrement. Cela dit, même si j’acceptais cet état de fait, je ne me permettais pas non plus de me laisser aller. Je devais, pour le moment, garder tout cela pour moi. Elle resterait mon trésor, le cadeau que les Valar m’avaient enfin octroyé après des siècles de ferventes prières à leur égard qui étaient restées si longtemps sans réponse.

Cependant, j’étais assez désappointé : elle n’était pas du tout comme avant, et elle ne s’était toujours pas éveillée à ses souvenirs, nos souvenirs. J’avais tellement hâte de la retrouver. Tant de siècles nous avaient séparés. Mandos me faisait là un bien drôle de cadeau.

Je me préparai rapidement et descendis les marches à toute vitesse. J’avais donné l’ordre, des mois plus tôt, de faire reconstruire quelques demeures dans les chênes redevenus sains. J’avais longuement hésité entre des huttes ou des Talans mais, pour le temps qu’il nous restait à vivre ici, nous avions fait au plus pratique.

J’avais même reçu ce vieux sorcier de Radagast qui ne m’inspirait qu’un profond dégoût. On le voyait peu en Terre du Milieu et j’avais été des plus surpris de le trouver ici, à Vertbois. Il avait émis le souhait de bénir cette forêt de sa magie. Bien qu’il ne soit pas des mieux vu par les miens, ou même par les autres Istari, je ne lui avais pas refusé ce plaisir. Il était étrange mais nous savions bien qu’il ne pouvait pas être néfaste pour ces bois. Nous l’avions donc autorisé à mêler sa magie aux essences même des arbres pour leur redonner leur force et leur vitalité d’antan.

Revenant au présent, j’avisai les environs à la recherche de ma petite humaine. Elle ne pouvait pas être bien loin.

Effectivement, je finis par la trouver assise à une table avec d’autres elfes. Ils prenaient leur petit déjeuner. Depuis que Legolas était revenu de son voyage dans le royaume d’Arnor, il passait énormément de temps avec elle. Une infime partie de moi n’aimait pas vraiment cela. Je voyais bien qu’il l’appréciait, et ce depuis leur première rencontre. Il ne me l’avait jamais caché. Quant à Cerise, elle semblait beaucoup l’aimer aussi. J’aurais dû en être heureux car si elle était Elenna, il était normal qu’une mère et son fils aient envie de passer du temps ensemble.

J’allais les laisser à leur discussion quand quelqu’un me héla.

— Mon Seigneur ! Vous prendrez bien quelque chose à manger avant de partir ? me lança mon cuisinier en chef.

Ce dernier avait décidé de partir avec nous et j’en étais plus que ravi. Je secouai la tête en guise de refus.

— Nous n’avons pas le temps, il nous faut préparer notre monture. — Puis, avisant Legolas qui s’était retourné vers nous : — Quand vous aurez terminé, finissez les préparatifs pour que nous puissions partir au plus vite.

— Bien, Ada.

Je lançai à peine un regard à Cerise pour m’en retourner aux préparatifs de ce long et dernier voyage en Terre du Milieu. Quelque chose avait changé en elle. Elle était de plus en plus mélancolique et triste. Il y a encore quelques mois de cela, cela ne m’aurait pas dérangé. Pour tout dire, cela aurait été le cadet de mes soucis. J’aurais juste été parfaitement heureux de la voir si calme et docile à mon encontre.

Malgré tout, et à ce jour, je savais que ce n’était pas bon signe. Elle était mal et je m’en rendais compte. Je n’aurais pas dû, bien sûr. Je me doutais que ces rêves dans lesquels elle marmonnait en Quenya y étaient pour quelque chose. Le problème était qu’elle ne me parlait absolument pas. Je m’en voulus de ressentir une pointe de colère en pensant que mon fils aurait très certainement plus de chance que moi pour lui délier la langue. A moi, elle ne me disait jamais rien.

Retournant à l’enclos qui abritait Vif-Argent, je croisai en chemin l’un de mes conseillers. Il s’agissait d’Annael. Son visage exprimait une certaine réprobation, ses yeux bleus me fixaient sans ciller. Il semblait attendre de pouvoir s’exprimer.

— Qu’y a-t-il ? lui demandai-je tout en préparant moi-même ma monture.

— C’est au sujet de l’humaine, commença-t-il prudemment. Je ne pense pas que ce soit une très bonne idée de l’emmener avec nous jusqu’aux Havres Gris.

Je haussai un sourcil à ces mots.

— Encore cela ?! Pourquoi revenir sur ce qui a été décidé il y a quelques lunes déjà ? dis-je lentement.

— Je le sais bien, mon Seigneur, mais quelques Elfes et moi-même, nous continuions à penser qu’elle aurait dû partir en Ithilien…

D’un geste sec, je rabattis la sacoche qui était accrochée à la selle de Vif-Argent.

— Pourquoi nous ennuyer avec ce qui a déjà été dit ? grognai-je à son intention.

— Mais c’est une humaine ! s’exclama-t-il.

— Et s’il me plait à moi, Annael, de l’avoir à mes côtés ?

— Mais, mon Seigneur ?!

— Il suffit ! tonnai-je. Allez préparer vos affaires et dites à tout le monde d’être prêt à partir d’ici une heure.

Personne ne comprendrait, sauf peut-être Legolas, les intentions qui m’animaient mais je n’en n’avais que faire. J’avais vécu tant de temps en ces lieux, vu tellement de guerres et connu tant de joies et de peines. Levant la tête vers le ciel éclairé, je regrettais déjà les étoiles de Varda qui brillaient dans le firmament de la nuit éternelle. J’étais de plus en plus pressé de partir. Si j’avais retardé tant de lunes, ce départ inévitable, c’était dans l’espoir qu’enfin elle me soit rendue. Maintenant que cela était fait — et j’espérais que ce soit bien le cas —, plus rien ne nous retenait ici.

Une nouvelle vie commençait et j’étais bien décidé à la vivre avec elle… pour l’éternité.

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Cerise

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Après avoir fini mon petit déjeuner, je partis en direction de notre Talan pour m’habiller et mettre les affaires de voyage que m’avait rapportées Lalaith, une elfine qui avait remplacé Liamarë, quelques jours avant son départ. Cette dernière était très différente de mon amie. Lalaith était très grande, dans les un mètre quatre vingt, svelte avec les cheveux longs, raides, et blond. Elle était gentille mais n’avait rien fait non plus pour lier une quelconque amitié avec moi.

Avisant la robe, je vis qu’une sorte de pantalon qui ressemblait à s’y méprendre à des leggings vert foncés était accordé à la tenue. Observant mes jambes revenues à l’état sauvage, je plissai les yeux de réprobation. Finalement, ce n’était pas plus mal de les cacher même si personne ne m’avait fait la moindre réflexion dessus.

Une fois que je fus décente et que j’eus terminé de natter mes cheveux, je pris mes affaires avant de redescendre. Dehors, c’était l’effervescence. Les Elfes discutaient entre eux et je fus surprise d’arriver à distinguer quelques mots en Sindarin. Comme quoi, ça commençait enfin à rentrer dans ma petite tête aussi dure que le bois d’un chêne.

Tandis que je cherchais Lalaith, je croisai Legolas qui s’occupait d’un immense cheval à la robe blanche. Arrivant à sa hauteur, j’avisais l’espèce de bestiole qui me lançait un regard torve.

— Je n’aime pas votre cheval, dis-je à Legolas qui finissait de le bouchonner.

Ce dernier se retourna vers moi. Il semblait se retenir de rire.

— Ce n’est pas mon cheval mais le vôtre, Cerise. — Puis, avisant le canasson — Douce Etoile, voici Cerise. — Puis revenant à moi — Cerise, voici la jument qui vous accompagnera durant tout votre voyage, Douce Etoile.

Content de lui, il se mit sur le côté tout en me présentant la selle. Ma tête fit un aller-retour entre cette horrible chose et Legolas. J’étais une Parisienne dans l’âme et la seule chose que j’avais appris à monter était un scooter.

— Finalement, je crois que je vais marcher, ça ne me fera pas plus de mal.

— Allons, Cerise, ne soyez pas bête. Montez sur Douce Etoile, vous verrez, elle ne démérite pas son nom. N’est-ce pas ma belle, termina-t-il en lui caressant doucement l’encolure, ce qui fit hennir la jument de contentement.

Mouais, j’étais sceptique… Ça ne me tentait pas des masses, et en plus, je savais qu’adroite comme je l’étais, j’allais me ramasser par terre assez vite.

Voyant que l’elfe attendait que je m’installe, je lui tendis alors mon sac et m’avançai avec précaution vers la maudite bête qui me dévisageait, les yeux plissés. Douce ? Mouais, elle avait intérêt.

Pour tout dire, je n’étais jamais, mais alors jamais de toute ma vie, montée sur un canasson. Pour tout dire aussi, en général, le cheval, je l’aimais plutôt saignant et dans mon assiette avec une bonne part de frites.

Avec mille précautions, je tentai tant bien que mal de me hisser sur sa croupe à l’aide des étriers avec la grâce d’un hippopotame sur une piste de danse mais…

— Que faites-vous exactement, Cerise ? me demanda Legolas, les bras croisés sur son torse, le regard pétillant de malice.

— Ça ne se voit pas ? dis-je en soufflant comme un bœuf, je tente de monter sur ce maudit cheval.

Il partit d’un franc éclat de rire et j’eus l’envie soudaine de lui envoyer des gifles en pleine figure. Saleté d’Elfe !

— Ce n’est pas comme cela que l’on s’y prend, déclara-t-il en me soulevant doucement par la taille. Je l’entendis ahaner un moment avant qu’il n’arrive à me faire enjamber la jument qui attendait, docile.

— Merci, dis-je avant de m’agripper au pommeau de la selle.

— De rien, Cerise, dit le fils de Thranduil, mais… vous n’auriez pas pris un peu de poids par hasard ?

Au lieu de m’énerver, sa remarque me fit des plus plaisir. Oui, j’avais repris du poids, il faut dire que je faisais toujours honneur aux plats du grand Master Chef de toute la Terre du Milieu. J’avais vu mes bourrelets se remplumer avec joie.

— Effectivement, Legolas mais sérieusement, ce ne sont pas des choses qui se disent à une femme. C’est désobligeant.

Je le vis piquer un fard. Bien fait, ça lui apprendrait à se moquer de ma non-expérience en matière d’équitation.

Finalement, je lui expliquai que je n’avais jamais fait de cheval de ma vie. Il me montra ce qui était bon à savoir et me fit avancer au trot jusqu’au groupe d’Elfes qui attendaient leur souverain pour enfin prendre le départ. L’ambiance était encore festive et beaucoup riaient et papotaient entre eux comme si le fait de quitter leur demeure pour toujours ne leur faisait rien.

— Mon père ne devrait plus tarder, dit Legolas tout en se dirigeant vers sa propre monture qu’il enjamba avec une certaine dextérité.

C’était assez impressionnant et je me retins de siffler d’admiration devant ses prouesses de cavalier émérite.

Puis, tout d’un coup, un bruit de cor se fit entendre tandis que le roi d’Eryn Lasgalen approchait de nous. Je mis un moment à percuter ce qui lui servait de monture et, ce fut plus fort que moi mais…

Je crus mourir… de rire… Je riais tellement fort que j’en avais les larmes aux yeux et, oubliant que j’étais en équilibre précaire sur un cheval, ce dernier se cabra et je me retrouvai par terre. D’abord sonnée, je tâtai ensuite mon postérieur pour le moins endolori, mais j’avais toujours les larmes aux yeux. Mon fou-rire était incontrôlable.

— Oh mon Gieu ! Thranduil… Pardon, dis-je en riant toujours et en me tenant les côtes, Seigneur Thranduil… vous êtes… Oh Mon Gieu mais c’est…

Je n’arrivais plus à parler, et je dus appliquer la méthode de la respiration par à-coup, dite du « petit chien », pour pourvoir respirer normalement et, par la même occasion, me calmer un peu.

— Pouvons-nous savoir ce qui vous fait rire comme cela, Cerise ? me demanda la voix, ô combien voluptueuse, du seigneur des Elfes.

— Sans déconner, dis-je en me retenant de rire à nouveau, c’est ça, votre monture ? demandai-je, moqueuse, en la pointa du doigt.

Il me dévisagea froidement, hésitant visiblement entre me crier dessus ou me laisser à mes délires de pauvre fille complètement folle.

— Que lui reprochez-vous, Hiril nín* ?

— Mais c’est un renne, votre truc ! m’exclamai-je. Un putain de renne qui ressemble à Rudolph ! Remarquez, dis-je en l’avisant, moqueuse, avec votre manteau rouge, vous pourriez presque passer pour un Père Noël un peu trop jeune pour la fonction qui lui est dû, mais…

— Cela suffit, Cerise ! me coupa Thranduil, visiblement agacé. Vif-Argent n’est pas un renne, c’est un élan magnifique, le roi de sa race, le…

— Pour moi c’est pareil, le coupai-je à mon tour. C’est ridicule.

— Assez ! tonna-t-il. Il semblait furieux pour de bon, cette fois. Retournez sur votre monture que nous puissions enfin partir!

— Ok, ok, capitulai-je. Cela dit, pour moi, votre monture, qu’il soit renne, élan ou caribou des plaines Canadiennes, c’est du pareil au même, hein, heureusement que le ridicule ne tue pas en Terre du Milieu.

Me retournant vers la chose sur laquelle je devais remonter, je cherchai Legolas des yeux, mais je ne le vis nulle part. Et merde, j’allais devoir me débrouiller toute seule.

Soupirant, j’agrippai cette fois la selle pour essayer de me hisser sur Douce Etoile qui ne trouva rien de mieux que de se mettre à avancer quand je tentai de l’enjamber.

— Putain de Saleté, lui murmurai-je à l’oreille, tu vas arrêter de m’enquiquiner et me laisser te monter en paix, oui ?

En réponse, elle se cabra de nouveau, doucement, mais je sentis une main ferme me rattraper avant que je ne me ridiculise une fois de plus. — Merci, dis-je à la personne qui m’était venu en aide.

En me retournant, je vis qu’il s’agissait de Thranduil qui me toisait d’un air profondément ennuyé.

— A vous voir faire l’imbécile sur votre monture, Hiril nín, nous pourrions presque croire que vous n’avez jamais monté de cheval de votre vie.

Je le dévisageai un moment en clignant des yeux plusieurs fois.

— En fait, vous ne vous trompez pas, je n’ai jamais monté de cheval de ma vie.

Tandis que je disais ça, je sentis quelqu’un m’agripper une nouvelle fois par la taille pour me mettre correctement sur la selle. Il s’agissait de Legolas.

— Père, si vous le permettez, je vais monter avec elle, je pourrais lui montrer ainsi les rudiments de l’équitation.

Béni soit cet elfe ! pensai-je, éperdue de reconnaissance envers mon sauveur.

En fait, il n’attendit pas que son père lui donne son accord et je sentis bientôt sa chaleur contre mon dos. Heum, et il sentait bon, lui aussi. Fermant un instant les yeux, j’appréciai ce moment de plénitude avant de les rouvrir pour constater que Thranduil nous dévisageait étrangement.

— Fait comme bon te semble, ion nín, cela nous évitera sans doute de perdre plus de temps. Quand à vous, Cerise, évitez de vous faire remarquer à l’avenir.

Sur ces mots, il mit sa monture, enfin son élan, son renne, son truc quoi, au galop pour rejoindre le haut du cortège qui avait commencé à avancer sans nous attendre.

— Vous n’en ratez jamais une, n’est-ce pas, Cerise ? souffla Legolas contre mon oreille, ce qui me provoqua d’agréables frissons. N’imaginez rien de salace, c’est juste que je suis super sensible à cet endroit.

Je tentai de me retourner mais je manquais de place.

— Et je ne le fais même pas exprès, répondis-je en affichant un grand sourire de gamine polissonne.

— C’est ce que j’avais cru comprendre, répondit-il. Bien, jeune fille, interdiction formelle de vous endormir. Je me suis mis derrière vous pour que vous puissiez voir comment je guide Douce Etoile.

Moi qui espérais faire un petit roupillon, c’était mal parti !

oO0Oo

Thranduil

oO0Oo

Nous venions de quitter de façon définitive cette forêt et ces cavernes qui avaient été nôtres depuis tant de millénaires. Nous partions en paix. Eryn Lasgalen avait encore de nombreux siècles devant elle, elle perdurerait longtemps encore mais ne serait plus la compagne des elfes. Nous partions pour l’Ouest, et ce pour toujours.

J’étais heureux que la plus grande partie des miens aient décidé de nous suivre bien que j’en regrette aussi quelques uns. Liamarë me manquerait assurément. Elle avait été une alliée pour Cerise depuis le jour où je lui avais confié la petite humaine. Au-delà de cela, cette Elfine connaissait mon épouse pour avoir été l’une de ses suivantes durant un certain temps. Nous avions hâte de la revoir à Valinor.

A mes côtés se tenait Finlenn, le capitaine de ma garde. Un peu plus loin, Annael avançait à pied aux côtés de Maeiell. Il était un des rares à lui parler encore depuis le grand déshonneur que je lui avais fait subir. Ses cheveux avaient commencé à repousser sur son crâne et nous avions décidé d’alléger sa peine en lui octroyant le droit de les avoir longs à nouveau. J’espérais très sincèrement que cette punition lui servirait de leçon et que plus jamais elle ne serait tentée d’aller à l’encontre de nos ordres.

Cerise ne m’avait pas questionné au sujet de la sanction que j’avais ordonné concernant mon ex-maîtresse et j’en avais été assez étonné dans un premier temps. Mon fils m’avait alors appris qu’il lui avait déjà expliqué la signification d’un tel geste.

En pensant à eux, je me retournai pour les observer un instant. Ils remontaient doucement la file composée d’Ellir à pied ou à cheval. Ils semblaient bien s’entendre, tous les deux, une nouvelle fois, je sentis l’aiguillon de la jalousie m’étreindre le cœur. Cependant, j’aurai dû en être heureux. Legolas se doutait-il de ce que représentait Cerise pour moi ? Ah ! Mandos m’avait fait une surprise des plus cruelles, mais quand bien même me serait-elle revenue encore plus différente, je l’aurai acceptée. Après tout, elle était mienne pour toujours.

Revenant à mon fils, je me souvins qu’il avait émis le souhait de faire le voyage avec nous jusqu’à la lisière des Montagnes Bleues. Une manière pour lui d’être à mes côtés tout en en continuant de visiter la Terre du Milieu. J’avais accepté sa demande avec joie. De plus, sur un plan bien plus stratégique, ses connaissances acquises au fil de ses voyages nous seraient des plus précieuses. J’étais doublement satisfait.

Un cri strident suivi d’un éclat de rire me fit m’arrêter pour me retourner.

Cerise était en train de se tortiller dans tous les sens tandis que Legolas lui chatouillait les côtes. Je plissai les yeux de suspicion. Jusqu’à quel point s’entendaient-ils? Sur le bas côté, je croisai Lalaith et une de ses amies qui gloussaient doucement.

— Qui y a t-il de si drôle pour que vous riiez sous cape ainsi ? leur demandai-je en les toisant du haut de ma monture.

Les deux Elfines sursautèrent avant de me regarder, les yeux écarquillés d’effroi. Je faillis soupirer de lassitude devant leur mine effarouchée.

— Non rien, mon Seigneur, commença Lalaith, c’est juste que Cerise s’était endormie pendant que le prince lui expliquait le maniement des rênes.

— C’est pourquoi, ajouta Melian, il lui a pincé les côtes pour qu’elle se réveille.

Secouant la tête, je repartis au galop vers Finlenn. Cerise n’en ratait décidément pas une. Tandis que nous avancions vers la rivière qui traversait la forêt que nous ne tarderions pas à rejoindre, j’entendis une chanson, aussi désagréable que malvenue, provenir de derrière moi. Cette voix, je l’aurais reconnue entre mille, et je plaignis mon fils de tout mon cœur de devoir supporter ce chant barbare aussi près de ses oreilles sensibles :

« Allez hop on y va,

En route pour l’aventure

On ne résiste pas tantatatan !

A l’appel de Bangaaaaaaaa !

En route pour l’aventure, tantatatan!

Le danger on aime ça

Ouais! À l’assaut, prêts pour le grand frisson

Pour devenir des héros, tantatatan!

C’est une expédition, tantatatan!

Youhou, attention nous voilà

Allez hop, on y va, en route pour l’aventure

On n’y résiste pas, tantatatan!

Aventure nous voilà **

Voyant que la plupart des Elfes non loin d’elle se bouchaient les oreilles et faisaient la grimace, je compris qu’il était grand temps d’intervenir avant que la majorité d’entre nous ne finissent totalement sourds.

— Cerise, dis-je d’une voix puissante. Cessez cela immédiatement, cela incommode mes gens.

— Très bien, répondit-elle mais vous ne savez pas ce que vous perdez !

— On sait ce que l’on gagne par contre, grogna Finlenn qui venait de me rejoindre.

Certes, me dis-je en mon for intérieur. Ce voyage s’annonçait tout sauf « tranquille ». Avec Cerise parmi nous, il était clair que nous pouvions nous attendre à tout… y compris au pire.

Et pour une raison des plus incongrues, cela me plut bien davantage que je ne voulais l’admettre.

A Suivre


Annotations

– Ellir : Elfes au pluriel (Ellon ou Elfe au singulier)

– Hiril nín : ma Dame en Sindarin.

– (…)Allez hop on y va,En route pour l’aventure (…) : Générique de publicité pour la boisson Banga qui fit fureur dans les années 90′. Cerise le connait car elle est très fan de la culture pop des années 80′ et 90′.

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