Chapitre 22 : Danse Avec Les Trolls

Trolls

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Danse Avec Les Trolls

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Cerise

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Devant moi, se tenait la créature la plus dégueu — et je n’avais pas d’autre mot pour la désigner — que j’ai jamais vu de toute mon existence ! Même le Troll des montagnes dans Harry Potter faisait figure de beau gosse à côté de cette chose visqueuse et dégoulinante de bave mais, aussi de morve… Beurk ! J’eus un haut le cœur lorsqu’il s’accroupit légèrement à mon niveau, me soufflant des relents d’haleine pestilentielle et putride qui oscillait entre l’odeur d’un cadavre en décomposition et de … autre chose à laquelle je ne préférais pas vraiment penser maintenant.

— Mais qu’avons-nous là, grogna-t-il d’une voix terriblement caverneuse.

— Rien, dis-je, en essayant de me boucher le nez, d’un ton que je voulais enjoué… Je ne suis personne !

C’était infect. En dernier recours, je tentai l’apnée, mais je ne tins pas plus de dix secondes.

Tout en réfléchissant à un moyen de ne pas mourir asphyxiée ou mangée, je vis enfin une ouverture qui me permettrait sans nul doute de fuir si je m’y prenais bien. Lentement, j’esquissai quelques pas vers cette porte de sortie inopinée mais au moment où j’allais prendre mes jambes à mon cou, je sentis quelque chose de parfaitement immonde me tomber sur l’épaule. Relevant doucement la tête en arrière, je vis un deuxième troll, parce que je ne doutais pas un seul instant qu’il s’agissait de ce genre de bestiole, encore plus ignoble et crade que le premier.

Gloups… et non je n’étais toujours pas un poisson, juste un peu dans une belle merde… sans jeu de mot, en fait.

— Hey, Jerprie, regarde moi ça, tu crois que ça s’mange ? demanda celui qui était derrière moi et qui m’empêchait de fuir.

Il se dandinait d’un pied sur l’autre tout en m’avisant d’un œil torve.

En mon for intérieur, j’espérais que mes cris avaient réussi à alerter quelques elfes du campement qui se trouvaient un peu plus loin, aux abords des bois. En attendant, je m’en voulais. Qu’est-ce qui m’avait pris de sortir du lit de Thranduil pour une balade nocturne ? Dire que j’aurais pu profiter d’une belle et bonne nuit de sommeil avec un elfe canon, beau comme un dieu vivant, ET qui ne ronflait pas ?! Ah ! Comme je m’en voulais d’être sortie, et tout ça parce que je me morfondais et que je ne voulais pas rester trop près de lui de peur de… de quoi d’ailleurs ? Je ne savais pas mais, sérieux, faudrait que j’arrête de me prendre pour une Bella Swan à courir au devant du moindre danger qui se présentait devant moi. Vilaine Bella, sors de ce corps, et Anastasia aussi ! Allez jouer ailleurs, bande de sales pouffiasses !

— En tout cas, ça parle, reprit le second au bout d’un moment qui me parut une éternité. Et si ça sent bon, c’est que ça s’mange.

Sans plus attendre, je vis sa grosse main se baisser vers moi et je ne pus même pas faire un pas en arrière que je me retrouvais déjà coincée dans son poing à moitié serré.

— Mais lâchez-moi, espèce de malotru qui pue du bec ! hurlai-je à la tête de Troll qui me regardait d’un air débile.

En tout cas, il ne semblait pas comprendre ce que je lui assénais avec une conviction digne d’un marchand de tapis.

— Ça a l’air dodu, en tout cas, Marprie, commenta l’autre d’un air satisfait en me palpant avec son poing.

Sans plus attendre, et bien que j’eus tout tenté pour me dégager — sans succès — de la poigne de fer du monstre, ils me ramenèrent à leur campement qui se trouvait derrière le grand buisson dont j’aurais mieux fait de ne jamais m’approcher, encore moins d’y jeter un coup d’œil un peu plus tôt.

La curiosité était un vilain défaut, et ça n’avait jamais été aussi vrai que maintenant. Je me retrouvais bien embêtée et… ligotée à un arbre en moins de deux. C’était bien ma veine. La douce chaleur des bras de Thranduil, si factice soit-elle, me manquait beaucoup en cet instant. Ah, Thranduil ! Le reverrai-je jamais ?

Tandis que les deux imbéciles de Trolls s’affairaient à savoir comment ils allaient me préparer, j’essayai de trouver une solution pour faire retarder l’échéance de ma mort. Puis une idée débile me vint en tête et… après tout, je n’avais rien à perdre, je me mis alors à fredonner…

— Qu’est-ce que ça essaie de faire ? demanda l’un des deux Trolls, intrigué, et qui s’arrêta de gesticuler dans tous les sens.

—J’en sais rien, frangin, mais j’aime bien — puis se tournant vers moi — Plus fort, toi ! On veut entendre ta chanson si c’est d’ça qu’tu causes.

Incroyable! Ça marchait ! J’avais enfin leur attention. Je m’arrêtai alors de fredonner.

— Très bien, dis-je plutôt fière de ma trouvaille, même si tout à fait entre nous, c’était vraiment très con mais si ça leur plaisait… — Je veux bien chanter pour vous mais à condition de ne pas être mangée tout de suite. Je serais bien meilleure après, croyez moi. Encore plus tendre et juteuse.

Les deux compères se regardèrent bêtement avant de donner leur accord d’un signe de leurs grosses et hideuses têtes. Mandieu, que c’était débile, un Troll.

— On est d’accord, mais pas d’entourloupe ! Compris ?

— Oui, oui, dis-je.

De toute façon, ils pensaient que j’allais faire quoi, saucissonnée comme je l’étais ? Je ne m’appelais pas Gérard Majax ou David Copperfield… quoique-là, j’aurais bien aimé.

— Commence, on s’impatiente, puis j’ai faim moi.

— Moi aussi ! répondit l’autre.

— D’accord, pas la peine d’être aussi impatients, les cocos !

Je pris mon inspiration avant de commencer, d’abord d’une voix tremblante puis plus assurée avant de hurler la chanson presque à tue-tête — Pitié, faite qu’un elfe apparaisse !

J’ai rencontré un troll, il marchait dans la forêt

J’ai rencontré un troll, il marchait dans la forêt

Il traînait derrière lui un elfe tout empaqueté

Il traînait derrière lui un elfe tout empaqueté

Ha qu’il est fort, Ha qu’il est beau, Ha qu’il est grand, mon ami troll du Chaos

Ha qu’il est fort, Ha qu’il est beau, Ha qu’il est grand, mon ami troll du Chaos

Je lui dis mon ami, que vas-tu faire de ct’ homme ?

Je lui dis mon ami, que vas-tu faire de ct’ homme ?

Il répond, j’vais l’bouffer, farci avec des pommes

Il répond, j’vais l’bouffer, farci avec des pommes …

Je m’arrêtai un moment pour reprendre mon souffle, et c’est là que je vis une ombre passer furtivement derrière les deux Trolls qui me faisaient face, puis une seconde un peu plus trapue. Comprenant ce que cela impliquait et sentant mes espoirs renaître, je me mis à brailler encore plus fort, ce qui semblait subjuguer mes deux bourreaux. Pfff, c’est vraiment con un Troll, en fait.

— Ah, ce que ça chante bien, grogna l’un des deux neuneus.

— Ah oui pour sûr, c’est divin, renchérit l’autre. Continue !

Alors je repris au refrain, avec encore plus d’entrain que précédemment :

Ha, qu’il est fort, Ha qu’il est beau

(et qu’il est con surtout) Ha, qu’il est grand mon ami troll du Chaos

Une tête vola dans les airs et je dus me retenir pour ne pas trépigner de joie. Néanmoins, je continuai car le deuxième n’avait pas encore vu que son ami avait perdu quelque chose d’important… vraiment très con !

Il brandit sa massue et frappa vers ma tête

Il brandit sa massue et frappa vers ma tête

C’est une hache qui vint fendre le crane du second et quelques instants plus tard, la lourde tête tomba dans l’énorme chaudron qui m’éclaboussa au moment ou j’entamais :

Il voulait sans tarder m’ajouter dans l’assiette…

— Mais beurk, c’est immonde ! m’écriai-je, à deux doigts de vomir.

D’un coup de poignard, quelqu’un trancha mes liens et je pus enfin me dégager. Mais sans déconner, j’étais trempée et je sentais moi-même horriblement mauvais maintenant… Mais ils avaient mis quoi dans leur soupe ?!

— Vous allez bien ? me demanda la voix anxieuse de Legolas que je reconnus sans peine.

Je me secouai dans tous les sens pour tenter de faire partir cette odeur mais rien à faire, elle me collait à la peau et aux vêtements.

— Oui, merci, mais je pue, là, c’est immonde ! geignis-je dégoûtée.

— Vous vous répétez, Cerise, me répondit l’Elfe en s’approchant de moi. Allez, rentrons, me dit-il tout en me poussant sans ménagement.

J’allais le suivre quand je vis quelqu’un d’autre découper les Trolls à coup de hache, et envoyer, ce que je pensais être des injures, dans la langue la plus improbable que je n’eus jamais entendu de toute ma vie. On aurait dit du Russe mélangé à de l’Allemand. C’était… impressionnant.

— Cela suffit, mon ami, jeta Legolas à l’autre personne qui était toujours cachée derrière la carcasse de l’un des deux monstres.

— Je sais, mais je voulais m’assurer qu’il ne se relèvera pas, répondit l’autre et j’écarquillai totalement les yeux devant celui qui s’avançait maintenant vers nous.

Ce n’était pas un Elfe. Oh non ! Même pas du tout, en fait. Il était bien trop petit pour ça. Il m’arrivait à peine au menton. Mais quand même…

Physiquement, il était d’une carrure plutôt impressionnante. Ça se sentait qu’il était très musclé et j’aurais pu le trouver vraiment mignon si ses traits, découpés à la serpe, n’avaient pas été mangés par une immense barbe rousse striée de fils d’argent. Cette dernière comportait quelques tresses, tout comme sa belle et longue chevelure bouclée. Quant à ses yeux, ils étaient d’un beau brun-vert et ourlés de cils qui auraient rendu vertes de jalousie plus d’une de mes copines.

— Gimli ! m’écriai-je, telle une groupie devant sa rock star préférée. Bordel, m’exclamai-je encore sans pouvoir m’en empêcher, mais vous êtes trop beau !

Ce qui fit le fit hurler de rire. Même Legolas ne put s’empêcher d’émettre un bruit de gorge.

— Eh bien, mon cher Gimli, il semblerait que vous ayez trouvé une nouvelle admiratrice.

— Il semblerait bien, et for mignonne ma foi, elle aussi.

Ce compliment me fit rougir, mais même si je me savais totalement ridicule, je n’avais d’yeux que pour le nain… Non mais, putain de bordel de merde, si tous les nains de la Terre du Milieu étaient comme ça, je voulais bien partir tout de suite pour Erebor ou les autres montagnes où ils résident.

— Cerise, commença Legolas avec prudence, j’allais vous présenter mon ami Gimli, fils de Gloïn, mais il semblerait que vous le connaissiez déjà ?

— Oups. Oui, en fait non, je ne le connais pas personnellement, mais j’ai tellement entendu parler de lui que… oui enfin voilà quoi…

Gimli lui-même m’observa un moment, complètement décontenancé, et il y avait de quoi… Comment lui dire qu’il faisait parti d’une histoire que j’avais lue… ailleurs, dans un autre monde ? Je me mis à secouer la tête.

— Bien, reprit l’Elfe, puis se tournant vers le Nain — Gimli, voici la protégée de mon père, Cerise.

— Cerise ? s’écria-t-il, surpris.

Il ne m’avait pas quittée des yeux.

— Oui, je sais, le coupai-je, j’ai un nom bizarre.

— Oh, non gente Dame, j’allais dire que je le trouvais très beau, au contraire.

Il se mit à rougir quand il comprit ce qu’il venait de dire.

Je l’aimais déjà, il avait l’air tout aussi bourrin que dans le film mais là, même s’il était de petite taille, il dégageait une sacrée force, et pas que physique.

— Bien, commença Legolas dont l’humeur semblait s’être assombrie tout à coup, si nous rentrions au campement maintenant ? Mon père est réveillé et totalement furieux contre vous, Cerise. — Il exhala un long soupir avant de reprendre : Qu’est-ce qui vous a pris de quitter votre tente et de vous promener seule comme cela sans en avertir quelqu’un auparavant ?!

Je m’arrêtai, totalement abasourdie, les yeux écarquillés de stupeurs.

— Mais… mais vous criez, Legolas !

Il s’arrêta à son tour et Gimli nous regarda sans rien dire.

— J’étais très inquiet pour vous Cerise. Mon père m’avait déjà signalé votre propension à tomber sur le moindre danger qui rôdait non loin de vous, et je viens d’en faire l’amère expérience. Ne nous refaites jamais cela, Cerise !

J’hésitais entre rire et pleurer. Legolas ne simulait pas, il avait vraiment eu peur pour moi et il était en colère.

— Merci de m’avoir sauvée, Legolas, et désolée pour mon inconscience. J’étais mal, et j’avais besoin de marcher. J’aurais du avertir l’un des gardes que j’étais sortie.

Je le sentis passer sa main derrière mon dos en un geste rassurant.

— Si vous avez compris votre erreur, alors je n’ai plus lieu de vous en vouloir, Cerise, me dit-il doucement. Essayez d’agir en adulte, et non comme une enfant à l’avenir. Vous n’êtes plus seule. Ne l’oubliez pas.

Satisfait, je le vis reprendre la route vers le campement, mais une chose me chiffonnait : pourquoi Thranduil n’était pas venu lui-même me sauver s’il était réveillé ? Comptais-je donc si peu à ses yeux ? J’allais poser la question qui me taraudait l’esprit quand Gimli m’en empêcha.

— Dites moi, gente Dame, vous chantiez une bien étrange chanson tout à l’heure…

— Ah ! dis-je en m’esclaffant, oui son titre est « Le Troll Farceur et l’Elfe Farci »

Je vis Gimli écarquiller les yeux.

— Est-ce bien ce que je pense ? commença-t-il en reprenant sa marche. L’Elfe farci ?

— Tout à fait, dis-je en me retenant de rire, il est question d’un troll qui s’apprête à manger un Elfe farci avec des pommes dans l’c…

Mais je ne pus jamais finir ma phrase car Gimli venait d’exploser de rire me clouant le bec. C’était assez particulier, un Nain qui rit, je dois dire.

J’allais ajouter quelque chose de bien stupide quand je vis se profiler, non loin de nous, la tente royale et devant elle, se tenait… Thranduil, ses longs cheveux blonds n’étaient retenus par aucune couronne sur sa tête, même pas par ce diadème qu’il portait de temps à autres. Quand nous arrivâmes à sa hauteur, je pus voir ses yeux qui semblaient me transpercer littéralement. Sa tenue était des plus simple, et pour cause, c’était celle qu’il mettait pour dormir : une tunique argentée sans fioriture complétée par un pantalon gris large et très fluide. C’était très doux au toucher et ça m’était déjà arrivé de me frotter les jambes contre lui pour apprécier la douceur du tissu. Je n’avais même pas honte de ça. Et dessous ? Il ne portait jamais de sous-vêtements la nuit. Mais l’heure n’était pas au badinage. Je le comprenais bien, rien qu’aux ondes négatives qui émanaient de lui en ce moment-même

J’osai à peine soutenir son regard quand il me lança d’une voix dure :

— Il faut que nous parlions, Cerise.

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Thranduil

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Je ne décolérais pas. J’avais beau essayer de me calmer, rien n’y faisait. J’avais été réveillé, un peu plus tôt, par Legolas qui avait entendu des hurlements provenant non loin de notre campement. Avisant le côté gauche de ma couche, j’avais compris qui était la cause de ce vacarme avant même qu’il ne me l’apprenne : Cerise.

— Elle ne s’arrêtera donc jamais, murmurai-je plus pour moi que pour mon fils qui semblait attendre quelque chose de ma part.

— Père, viendrez-vous avec Gimli et moi?

Je le regardai sans comprendre le deuxième nom qu’il venait de prononcer. Qui était ce… mais je n’eus jamais le temps de formuler ma question muette qu’un Nain, aussi hirsute que grossier, pénétra dans ma tente.

— C’est que c’est pas mal comme tente royale, s’écria-t-il en entrant dedans sans y avoir été invité. Que je détestais ce peuple sans aucune éducation !

— Depuis quand est-il là ? demandai-je, parfaitement choqué, à mon fils.

Ce dernier eut un sourire en coin.

— Depuis à peu près une heure, père.

— Dehors, tout de suite ! tonnai-je à l’attention du Nain qui avait commencé à fouiller dans mes affaires.

Mais de quel droit se permettait-il cela ? Ma colère, déjà bien grande, monta encore d’un cran.

Ecoute-moi bien, mon fils, dis-je en Sindarin pour que nous ne soyons pas compris du Nain, je ne tolère sa présence que parce que tu m’as promis que je ne l’aurais jamais dans les pieds.

— J’ai bien entendu, père, me rétorqua-t-il en langage commun. Puis, se tournant vers l’autre : attendez-moi dehors, mon ami, j’arrive dans une minute tout au plus. — Puis revenant à moi : un peu plus tôt dans la soirée, Finlenn et Tamril, ont vu des ossements d’animaux traînant un peu à l’écart de cette clairière. Je crains que nous n’ayons des Trolls pour voisins de nuits, Ada.

Je ne pus m’empêcher de plisser les yeux.

— Et ? dis-je agacé par tout ceci.

— Et, je crains, aux cris que j’ai entendu, que Cerise ne soit leur repas de ce soir, termina-t-il un peu plus sombrement.

A ces mots, je ne sus pas si je devais, une nouvelle fois, soupirer de lassitude ou bien m’emporter. Décidément, elle n’en ratait jamais une !

— Ramène-la-moi, Legolas, encore une fois. J’aimerais venir avec vous, mais je crains d’être bien trop en colère contre elle pour pouvoir agir calmement.

Sans compter que j’étais des plus inquiets pour elle malgré tout.

— Nous y allons et nous vous la ramènerons saine et sauve, père.

Il sortit de la tente sur un signe de tête.

En attendant, je dus ronger mon frein. J’avais été à deux doigts, ne les voyant par revenir sur la minute, d’y aller à mon tour. Il fallait que je prenne mon mal en patience mais je n’arrivais pas à me calmer.

N’y tenant plus, je quittai la pièce pour observer les environs.

Pourquoi s’était-elle levée cette nuit ? Pourquoi ne pouvait-elle pas rester tranquille ? Fallait-il qu’on la surveille continuellement, comme une enfant ? Le voyage ne faisait que commencer et si elle n’agissait pas avec un peu plus d’intelligence, nous ne pourrions pas passer notre temps à venir la sauver. J’avais du mal à le croire, mais j’étais fou d’inquiétude pour elle.

J’en étais à ces réflexions là quand je les vis enfin revenir. Cerise semblait dans un bien triste état mais elle n’avait pas l’air réellement traumatisée de sa mésaventure, ni blessée. Bien au contraire, elle discutait et riait tranquillement avec cet imbécile de Nain tandis que mon fils avançait devant eux, un sourire sur les lèvres.

— Lalaith, dis-je à l’Elfine que j’avais fait mander un peu plus tôt et qui avait remplacé Liamarë, peux-tu me rapporter un baquet d’eau fraîche et des linges immédiatement.

— Oui, Mon Seigneur.

Elle s’inclina avant de partir aviser l’un des gardes pour qu’il l’accompagne à sa tâche. Je reportai alors mon intention sur le petit groupe qui arrivait vers moi.

— Il faut que nous parlions, Cerise, dis-je à cette dernière quand elle fut enfin devant moi.

Elle me lança un regard peiné, et sur le moment j’eus vraiment l’impression d’avoir affaire à une enfant prise en faute. C’était assez déstabilisant mais si elle essayait de m’attendrir, c’était raté, bien au contraire. J’allais lui faire passer l’envie de nous faire de telles frayeurs.

— Nous allons vous laisser, père, me dit Legolas en posant sa main sur le cœur et en inclinant la tête pour prendre congé. Il fut suivi de son Nain qui me lança un regard goguenard avant de marmonner quelque chose d’incompréhensible dans sa barbe.

Quand nous fûmes à l’intérieur, j’avisai une carafe de vin que Galion avait remplie un peu plus tôt et m’en servis un verre.

Cerise était restée un peu en retrait et je voyais bien qu’elle essayait de déterminer ce qui allait lui arriver. Je finissais mon verre quand Lalaith revint avec des linges accompagnée de trois Ellir qui tenaient un baquet rempli d’eau.

— Posez-le là, dis-je en désignant le seule endroit qui n’était pas encombré.

Lalaith, quant à elle déposa les linges sur un des coffres fermés.

— Si vous n’avez plus besoin de moi, puis-je prendre congé, Mon Seigneur ?

— Tu peux Lalaith, dis-je doucement. Puis me tournant vers Cerise qui n’avait toujours pas bronché — Déshabillez-vous et lavez-vous immédiatement. Vous sentez tellement mauvais que nous avons l’impression que vous avez passé la soirée à vous rouler dans l’antre de ce Gollum !

— Mais ! objecta-t-elle.

— Tout de suite, Cerise ! Ma patience est déjà à bout.

Elle fit enfin ce que je lui demandais, non sans m’envoyer des regards lourds de reproches. Prenant un siège, je m’y assis, attendant patiemment qu’elle finisse ses ablutions et qu’elle soit plus présentable. L’odeur de Troll était une infection et elle dut s’y reprendre à trois fois avant d’en être débarrassée. Une fois qu’elle fut satisfaite, elle se drapa dans une des serviettes apportées par Lalaith et partie chercher une robe de nuit propre dans l’un des coffres.

Tout cela se passa dans le silence le plus total. Quand elle fut enfin propre et décente, je la vis aller vers la couche sans un regard vers moi. Il était temps que j’intervienne.

— Que comptez-vous faire exactement, Cerise ?

— Je comptais dormir. Il est tard et vous l’avez dit vous même, nous devons nous lever tôt.

— Certes, dis-je, cependant, vous conviendrez au vu de ce qu’il s’est passé ce soir, qu’il nous faut régler certains petits détails entre nous pour que ce voyage se passe dans les meilleures conditions possibles. — Je plantai mon regard dans le sien — Autant pour vous que pour nous.

— Je ne comprends pas… commença-t-elle en détournant les yeux.

— Bien sûr que si, Cerise, vous comprenez parfaitement. Ce soir, dis-je en me levant de mon siège pour aller vers elle, vous avez agi comme une enfant capricieuse, vous moquant de ce que nous pourrions ressentir à votre disparition.

Je m’arrêtais face à elle et caressait doucement une de ses mèches de cheveux humides. — Vous m’en voyez navré mais… vous méritez une punition en conséquence, Cerise.

— Vous n’y pensez pas ! s’insurgea-t-elle en se dégageant. Il est vrai que j’ai agi inconsidérément et croyez-moi, ma petite aventure de ce soir m’a bien servi de leçon. Je n’ai pas besoin qu’on en rajoute une autre. Merci bien !

— Et moi je pense que cela pourrait vous être très utile pour l’avenir, répliquai-je doucement.

— Qu’allez-vous faire au juste ? Me mettre au coin ? Me priver de dessert ? De sexe peut-être ?

Je secouai la tête. Parler avec elle était vain, il fallait qu’elle comprenne, je ne voyais aucune autre solution. Sans attendre, je la pris par la taille pour la mettre sur mon épaule avant de l’emmener vers le lit. Là, je m’y assis alors qu’elle tentait de se débattre par tous les moyens. Je me pris même son coude dans le visage.

— Arrêtez cela immédiatement ! tonnai-je d’une voix que je voulais dure et sans appel.

A mon grand soulagement, elle se calma tout de suite, ce qui me permis de la renverser sur mes genoux et de relever sa robe, exposant ainsi à ma vue un très jolie fessier féminin découvert qui appelait bien plus les caresses que ce que je ne m’apprêtais à faire. La dernière fois que j’avais administré une correction, c’était à mon propre fils et cela remontait à bien des siècles. Je me serais bien passé de cela mais je ne voyais rien d’autre pour lui faire passer l’envie de recommencer.

— Vous êtes complètement malade ! hurla-t-elle quand elle comprit mes intentions.

— Absolument pas, jeune fille. Vous vous êtes conduite en enfant, vous serez punie en conséquence.

— Espèce de… de… pervers ! s’écria-t-elle, en recommençant à se débattre de plus belle contre moi.

N’y tenant plus, je lui envoyai une claque légère sur sa chair rebondie qui se dandinait devant mes yeux pour qu’elle se calme.

— Dix, Cerise. Dix fessées, dis-je d’une voix dure, que vous compterez…

— Vous pouvez toujours rêver espèce de fêlé du ciboulot ! me coupa-t-elle.

Je ne fis pas attention à ses cris de protestations. Plus vite nous en finirions, plus vite nous pourrions passer à autre chose.

— En Sindarin, Cerise. Chaque erreur ou silence de votre part augmentera le nombre de coups. En êtes-vous consciente ?

— C’est une blague ? gémit-elle cette fois-ci. Vous vous prenez pour Christian Grey ou un de ses sadomasochistes qui prennent du plaisir dans les souffrances des autres, c’est ça ?

Je ne voyais pas de quoi elle me parlait et je dus prendre sur moi pour aller jusqu’au bout pour ne pas entrer dans son jeu, car je voyais bien qu’elle essayait de me faire sortir de mes gonds pour que j’en oublie ce que je me préparais à faire.

— Non, Cerise. Etes-vous prête ?

— Non, jamais !

Comprenant qu’il ne servait à rien d’argumenter là dessus, je n’attendis pas plus et j’abattis ma main sur son postérieur. La claque résonna dans le silence de la nuit comme une détonation. Elle fut suivie d’un lourd gémissement.

— Cerise ? menaçai-je doucement. N’oubliez pas, un silence ou une erreur, vous coûtera une fessée supplémentaire.

Je vis qu’elle faisait tout son possible pour ne pas m’envoyer promener. J’attendis donc patiemment.

— Mîn ! finit-elle pas murmurer, vaincue.

Enfin !

— Bien, vous voyez, Cerise, que vous pouvez le faire. J’abattis une deuxième fois ma main sur elle.

—Tâd !

— Je suis fier de vous, petite.

Et nous continuâmes ainsi de suite jusqu’à dix, et jamais elle ne fit aucune erreur. Ma jolie petite humaine savait compter dans ma langue, du moins, jusqu’à dix. La connaissant, c’était soit une révélation, soit un véritable exploit.

Quand j’eus finis, je l’allongeai délicatement sur le ventre, sa robe toujours relevée, contre le matelas. Ses fesses étaient aussi rouges que le vin se trouvant dans la carafe qui me narguait depuis tout à l’heure. La punir avait été tout autant une épreuve pour elle que pour moi, j’avais beau pouvoir me montrer cruel et intransigeant, je n’aimais pas frapper les femmes. Pour l’heure cependant, il fallait que je m’occupe d’elle. Ouvrant l’un des coffres, j’en sortis un onguent que j’appliquais sur son séant malmené.

— Qu’est-ce que c’est ? me demanda-t-elle d’une voix étouffée, sans se retourner.

— Une crème qui atténuera la douleur.

— Je vous déteste, Thranduil, renifla-t-elle.

Elle avait commencé à pleurer à la quatrième fessée. Je compris qu’elle n’avait jamais été punie ainsi. Elle m’avait alors expliqué — craché au visage si elle avait pu se retourner aurait sans nul doute été plus juste — que dans son monde, les parents n’employaient plus ce genre de sentence barbare, préférant la communication à ce genre de sévices. Je ne savais pas si ce qu’elle m’avait dit était vrai, mais je n’avais pris aucun plaisir à cela. Bien au contraire. J’avais ménagé ma force, ne donnant que ce que je jugeais nécessaire pour qu’elle comprenne bien le but de cette punition.

— Vous m’en voyez navré, Cerise, mais c’était un mal nécessaire. Je n’y ai pris aucun plaisir, croyez-moi bien.

— Je suis fatiguée, murmura-t-elle au lieu de me répondre.

De fait, l’aube se lèverait d’ici trois heures. J’avais envie de la confronter, de comprendre ce qui lui pesait sur le cœur pour qu’elle quitte notre lit comme cela, mais je voyais bien qu’elle avait besoin de sommeil. Pour ma part, je ne pensais pas me rendormir. Je devais m’assurer de la bonne marche de ce voyage jusqu’aux Havres Gris. Rangeant l’onguent, je me nettoyais ensuite les mains avant de revenir vers elle. Son souffle régulier m’appris qu’elle dormait. C’était très bien. Doucement, je rabattis sa robe resté relevée, sur ses jambes et la couvris d’un drap pour qu’elle n’attrape pas froid.

Voilà une soirée qui s’était avérée des plus mouvementées. Entre Cerise et l’arrivée de cet imbécile de Nain…

J’espérais que la suite de ce voyage se ferait sans heurt.

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Cerise

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Je n’arrivais plus à dormir, mes fesses et mes cuisses me faisaient un mal de chien. Je m’aperçus en me réveillant tout à fait que j’avais dormi sur le ventre, ce qui était une chose plutôt rare chez moi. Et pour cause, ma poitrine n’appréciait généralement pas cette position des plus inconfortables. Malgré tout, je me sentais vraiment très fatiguée.

Tandis que je me retournais, je vis que la tente avait été totalement vidée hormis mes affaires et…

— Ça va faire longtemps que vous me regardez dormir comme ça, Thranduil ? demandai-je en fronçant les sourcils.

— Non, je m’apprêtais à vous réveiller, le soleil est déjà levé depuis une bonne demi-heure, il est temps de nous remettre en route, Cerise.

Il se leva de son tabouret et alla jusqu’à l’ouverture de la tente. — J’espère que vous vous sentez mieux.

Sur ce, il sortit sans attendre ma réponse.

Mais de quoi me parlait-il au juste ?

Je sortis du lit et fis quelques pas pour me détendre un peu les jambes mais une chose était certaine aujourd’hui, je refusais de monter à cheval ! Je ne tiendrai jamais sur une selle, et avec mes fesses endolories et… Putain de merde !

Je venais de me souvenir de ce qui s’était passé la nuit dernière. Nom de Gieu ! Les Trolls, Gimli… LA punition ! Le sale type ! Comment avait-il osé me rabaisser au rang de gamine de cinq ans ?! Et je l’avais supplié, en plus ! Mandieu ! Ah, il ne perdait rien pour attendre, l’enflure ! J’allais lui faire la grève du sexe, me dis-je tout en mettant ma culotte blanche et… je sentis quelque chose couler dessus.

J’étais la fille la moins chanceuse de cette planète ! C’était bien ma veine… Bordel, les anglaises venaient de débarquer joyeusement et en force… avisant mon sous vêtement taché, je faillis pleurer de dépit. Comment j’allais faire, moi, maintenant ? En attendant, je la remis comme ça et enfilais une robe pour le voyage. Cette dernière était plus épaisse et arborait des manches longues et bouffantes. Je vis en la fermant qu’elle était doublée. A côté, se trouvait une veste longue faite pour le voyage accompagnée d’une cape avec une capuche. Je ne comprenais pas, nous étions pourtant au printemps et il faisait plutôt chaud…

— Damoiselle, êtes-vous prête à partir ? me demanda Lalaith qui venait d’arriver, interrompant le cours de mes pensées.

Je fis alors la chose la plus conne de l’univers. La stupidité intersidérale n’avait plus de secret pour moi en cet instant de pure honte féminine. Je me mis à chialer, pleurant de grosses larmes de crocodile.

— Non, je ne suis pas prêêête ! gémis-je en reniflant bruyamment.

Je vis Lalaith froncer les sourcils d’incompréhension. A cet instant, je regrettai encore plus Liamarë qui aurait compris au premier coup d’œil. Depuis que j’étais en Terre du Milieu, mes cycles s’étaient totalement déréglés et j’avais mes menstruations un peu quand ça leur chantaient d’arriver. Le seul truc de bien, c’est que ça ne durait jamais plus de trois jours. En attendant, l’Elfe me scrutait, tentant de déterminer ce qu’il m’arrivait. Voyant qu’elle ne comprendrait jamais, je dus me résoudre à le lui dire.

— J’ai mes règles !

— Vos quoi ? s’exclama-t-elle.

Je soupirai.

— Mes lunes, repris-je, et je n’ai rien pour protéger mes vêtements.

Depuis le temps, mon fameux stock de tampons avait bien sûr disparu. Si j’avais su, j’en aurais acheté au moins une vingtaine de boites pour être tranquille.

Je ne vis pas Lalaith sortir en trombe, ni quand elle revint quelques minutes plus tard, avec des épaisseurs de linge prévus à cet effet. Savoir que j’allais devoir voyager avec ça… comment dire… je me remis à pleurer de plus belle.

— Ne vous inquiétez pas, damoiselle, je vais prévenir le Seigneur Thranduil que vous ne vous sentez pas bien, peut-être pourra-t-il faire quelque chose pour…

— Surtout pas ! m’écriai-je.

Thranduil l’apprendrait bien assez tôt et je n’avais aucune envie qu’il le sache maintenant. Il serait capable de dire que je le faisais encore exprès. Saleté d’Elfe !

Je terminai de me préparer et quand je fus prête, je sortis dehors comme si j’avais le diable aux fesses. Mon estomac se tordit quand je vis qu’il ne restait plus que Gimli, Legolas, Finlenn et Thranduil.

Ce dernier se tenait sur son immense élan que j’avais rebaptisé Rudolph et ça ne semblait pas lui faire plaisir du tout, à Rudolph, pas Thranduil, quoique…

Lalaith venait de me rejoindre quand Finlenn — qui venait de ranger la tente de son roi dans un grand sac— l’appela pour qu’elle monte sur une des deux juments qui attendaient non loin. Le capitaine de la garde dit deux-trois mots à Thranduil avant de poser le sac sur son cheval et de l’enjamber avec dextérité.

Une fois que Lalaith fut montée à son tour, ils partirent tous deux au galop pour rejoindre la procession d’elfes qui ne nous avait pas attendu.

— Où sont-ils tous passés ? soufflai-je, un peu dépitée.

— Nous ne voulions pas perdre de temps, alors je leur ai ordonné de partir sans nous. Nous les rejoindrons à la prochaine escale, me répondit Thranduil qui venait d’avancer vers moi, toujours sur Rudolph qui me toisait avec un air supérieur que j’avais envie de lui faire ravaler… pas Thranduil mais Rudolph. Ce renne, pardon, cet élan semblait tout aussi orgueilleux que son maître.

Je vis que Legolas était juché sur un bel étalon et que Gimli se trouvait sur un très beau poney. Le fils de Thranduil siffla doucement et je vis Douce Etoile aller vers lui au pas. Il lui murmura quelque chose à l’oreille et il se retourna vers moi.

— Venez, Cerise, Douce Etoile vous attends.

Je secouai vivement la tête.

— Je ne peux pas monter, dis-je.

— Cerise, s’interposa Thranduil, cessez de faire l’enfant.

— Mais je ne fais pas l’enfant ! Je ne peux plus monter dans l’immédiat. J’ai très très mal aux fesses !

A ces mots, Gimli explosa d’un rire aussi tonitruant qu’incongru. Quand il vit que Thranduil, Legolas et moi-même le regardions bizarrement, il s’arrêta aussi vite qu’il avait commencé. Pauvre Nain.

— Bien quoi ?! C’était drôle pourtant, se justifia-t-il, tout penaud.

— Cerise, me dit Legolas, je comprends votre réticence. Vous devez être percluse et pleine de courbatures. C’était votre première chevauchée et nous n’avons pris que peu de pauses. Cela, dit, je pense qu’il faut parfois savoir vaincre le mal par le mal…

— Que voulez-vous dire ? demandai-je anxieuse.

— Il vous faut remonter sans tarder. Vos muscles finiront par s’y habituer et bientôt la douleur disparaitra, croyez-moi.

A ces mots, Thranduil acquiesça. Je compris que je n’avais pas le choix. Dépitée, je rejoignis Douce Etoile qui m’attendait, sans objecter quoique ce soit. Avant que je ne puisse saisir la selle, Legolas envoya un ordre en Sindarin et la jument se baissa pour me permettre de la monter plus facilement.

— Merci, soufflai-je, autant pour lui que pour elle.

Une fois que je fus bien installée, elle se redressa et je dus tout de même me retenir au pommeau pour ne pas glisser.

Un nouvel ordre, cette fois de Thranduil, toujours en Sindarin et nos montures commencèrent à avancer doucement. Décidément, c’était bien pratique en fait, le Sindarin.

La matinée passa lentement, nous chevauchions à travers les bois et notre route s’achèverait pour ce premier périple de la journée, non loin de l’Anduin que nous devions ensuite traverser pour atteindre les Monts Brumeux. Rien qu’à l’idée de traverser des montagnes, j’en avais la chair de poule mais je comprenais maintenant pourquoi nous étions bien mieux couverts que la veille. Il allait très certainement y faire bien plus froid que dans les plaines.

— Franchement, marmonnai-je et mettant fin au long silence qui nous suivait depuis que nous avions quitté la clairière où nous avions passé la nuit, ça aurait été bien plus simple de prendre l’avion. Vu ce que vous m’en avez dit, de Vertbois aux Havres Gris, ce n’est pas plus loin qu’un trajet Paris-Marseille. En avion, nous serions arrivés en moins de deux heures ! Alors que là…

— Pardon, gentes Dame mais… qu’est-ce qu’un avion ? me demanda Gimli intrigué.

— La solution à tous vos soucis en Terre du Milieu ! dis-je d’un air sarcastique. Cela dit, il faut avouer que si vous aviez pris un avion lors de toutes vos aventures passées, vous n’auriez pas fait grand chose non plus.

Curieux, Legolas et Gimli se rapprochèrent de moi, tandis que devant nous se trouvait Thranduil sur son imposante monture. Il semblait ne pas nous entendre. En tout cas, il ne prit pas part à cette conversation.

— Que voulez-vous dire, Cerise ? m’interpella Legolas.

— Eh bien, un avion, c’est un moyen de transport hyper-révolutionnaire, bien que j’en aie aussi une peur bleue…

— Une peur bleue ? me coupa Gimli de sa voix rocailleuse.

— Est-il si indomptable que cela ? me questionna Legolas, les yeux écarquillés de stupeur.

Je les regardai tour à tour et je dus m’avouer qu’ils faisaient une sacrée paire tous les deux. Un peu comme Laurel et Hardy. Mon Gieu, quand je pense que j’avais deux des personnages principaux du Seigneur des Anneaux et qu’ils étaient suspendus à mes lèvres… Wouaaaaaah ! Si seulement je pouvais raconter ça un jour aux copines !

— Cerise ?! m’appela Legolas, me ramenant au présent.

— Oui pardon, non l’avion n’est pas un animal c’est… un objet qui vole en fait !

— Un objet qui vole ?! répétèrent en chœur l’Elfe et le Nain.

Je ne pus m’empêcher de rire devant leur mine ébahie.

— Oui, un objet qui transporte tous pleins de gens d’un point A à un point B. Ca ne fonctionne ni par magie ni par quoique ce soit d’autre que vous connaissiez ici, mais par du kérosène — et je vous interdis de me demander ce que c’est, hormis que c’est de l’essence qui permet de faire fonctionner les moteurs … et non, je ne vous expliquerai pas tout ça non plus — Bref, de toute façon mon monde et le votre n’ont quasiment rien à voir et chez nous, la magie n’existe pas, sauf dans les livres, les films et les séries télévisées.

— Vous venez d’un étrange monde, gente de Dame, souffla Gimli, les yeux écarquillés.

Je secouai la tête doucement faisant voler quelques mèches de mes cheveux. J’avais oublié de mes les attacher ce matin. Il faut dire que nous étions un peu partis dans la précipitation et je n’avais pas déjeuné non plus.

— Ma vie pour un café ! m’exclamai-je haut et fort à la forêt qui nous entourait.

— Du café ?! tonna Gimli, mais j’en ai plein…

J’eus comme une espèce de flottement au moment où je compris ce que le Nain venait de me dire.

— Vous avez du café ? Vous savez ce qu’est le café ? bafouillai-je incrédule.

— Bien sûr ! C’est vrai qu’on en trouve peu en Terre du Milieu, mais c’est une boisson que j’affectionne.

— Je n’ai jamais compris, pour ma part, renchérit Legolas, comment vous pouviez boire quelque chose d’aussi amer !

Je nageais en pleins rêve, ce n’était pas possible, ce nain m’apparaissait tel un ange au son des alléluias divins.

— Ca veut dire, repris-je, que si je vous demande de me faire un café à notre prochain arrêt, vous pourrez m’en faire un ?

— Mais bien sûr ! Avec grand plaisir, gente Dame.

— Oh Mon Gieu ! Gimli vous êtes l’homme de ma vie ! … heu pardon le Nain, dis-je en ne contenant plus ma joie. Vous êtes parfait, magnifique, je vous aime, épousez-moi et faites moi un enfant là, maintenant, tout de suite sur une montagne de graines de café non moulu !

— Cerise ! hurlèrent en chœur cette fois-ci, Legolas et Thranduil qui s’était retourné d’un coup sec. Il semblait vraiment agacé par mon manque de retenue.

Gimli, quant à lui, mit trois secondes avant de comprendre ce que je venais de dire. Il se mit à rougir furieusement, la bouche grande ouverte, les yeux exorbités avant de… tomber à la renverse.

— Oh, je suis désolée ! dis-je… Je ne voulais pas vous mettre mal à l’aise…

— Ma… ma Dame, ce que vous me demandez là est… enfin…

Il eut du mal à se relever mais dès qu’il fut sur ses pieds, il épousseta énergiquement sa tenue pleine de poussière.

— Cerise, grogna Legolas, que vous avais-je dit à ce propos ?

Je mis un temps avant de me rappeler que les gens de cette Terre prenaient ce genre de demande très au sérieux, en fait, il m’avait parlé juste des Elfes… pas des Nains…

— Oh mon Gieu ! Pardon Gimli, je blaguais, je n’étais pas sérieuse et mon intention n’était pas de vous mettre mal à l’aise. Simplement, je rêve de boire une tasse de café noir depuis si longtemps. — Je me tournais alors vers Legolas qui était descendu à son tour, pour remettre Gimli sur son poney. — Vous savez que votre père a eu le culot de me dire qu’il ne savait pas ce qu’était du café ?

Legolas regarda derrière moi et secoua la tête puis revint vers moi.

— Mon père, effectivement, n’a jamais été très au fait de ce qui se passait en dehors de ses terres.

— Mouais, dis-je pas convaincu, c’est ce qu’on dit, ça.

Il remonta sur son cheval et nous pûmes repartir. Thranduil nous attendait un peu plus haut.

— Si j’avais su à quel point vous étiez pénible, Cerise, je vous aurais installée avec moi, me répondit le seigneur souverain d’un ton froid et belliqueux.

Il me fusilla du regard quand je lui tirai la langue avec force bruits et postillons. Après tout, vu qu’il me considérait déjà comme une gamine, ça ne serait pas pire.

Finalement, ce voyage s’annonçait sous de meilleurs auspices. J’avais rencontré le deuxième membre de feue la Communauté de l’Anneau, et Gimli était une excellente surprise. Il était pas mal pour un Nain, gentil et surtout, il avait réussi à me faire oublier la conversation que j’avais eue avec Legolas concernant sa mère.

Mince, j’aurais mieux fait de penser à autre chose. Mon humeur, de joyeuse, repassa à maussade. En plus de me sentir mal de nouveau, le bas de mon dos commença à me tirer… Les anglaises avaient elles aussi décidé de se rappeler à mon bon souvenir, juste au cas où je les aurais oubliées.

Il n’empêche, rien, ne pourrait perturber mon bonheur de savoir que d’ici quelques heures j’allais boire un merveilleux café… Oui, même pas la vue du dos bien droit et majestueux de Thranduil.

L’amour était bien farceur et moi, j’étais un peu la reine des idiotes. Etre tombée amoureuse d’un Elfe était déjà bien débile comme idée, mais en plus amoureuse du roi des elfes qui était aussi imbu de lui-même qu’il était déjà pris.

Cela dit, ce n’était pas comme si j’avais eu une moindre chance avec lui, n’est-ce pas ?

A Suivre


Annotations

– Gérard Majax : est un artiste et homme de spectacles dont le savoir-faire est fondé sur la prestidigitation.

– David Copperfield : est un prestidigitateur américain né le 16 septembre 1956 à Metuchen, au New Jersey. Selon Forbes, il est le magicien qui a connu le plus grand succès commercial de tous les temps. (Merci copain Wiki).

J’ai rencontré un troll, il marchait dans la forêt (…) : la chanson que Cerise chante existe vraiment il s’agit de : « Le Troll farceur et l’Elfe farcie » de Pen of Chaos (Naheulbeuk) Si vous tapez le titre dans Youtube vous pourrez trouver la chanson.

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