Chapitre 24 : Il Était Une Fois…

Thranduil---By---Jinna

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Il était une fois…

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Cerise

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Cela faisait, je crois, plus d’un mois que nous voyagions entre les roches qui composaient une partie de ce qu’ils appelaient les Mont Brumeux. Le jour commençait à baisser et je n’attendais que le moment de nous arrêter pour dresser notre campement. Le temps s’était aussi pas mal rafraîchi et nous avions été bien souvent surpris par des pluies verglaçantes. Heureusement, les vêtements elfiques étaient bien mieux conçus que de simples parkas ou anoraks. Je n’avais pas vraiment souffert du froid durant le trajet… Du moins, si j’avais souffert, c’était d’autre chose.

Regardant droit devant moi, je vis Thranduil, toujours aussi beau et majestueux sur Rudolph… Enfin même avec sa cape et la capuche qui lui recouvrait la tête, il était beau. Je soupirai. Plus je le côtoyais, et plus je l’appréciais. Il se révélait être un compagnon assez drôle, vif et à l’écoute de mes conneries. Enfin, ce n’étaient pas vraiment des idioties que je lui racontais mais il me donnait l’impression d’être… spéciale et… unique.

Le nom d’Elenna s’imposa alors à mon cerveau. Il me voyait toujours comme la réincarnation de sa défunte épouse. Il pensait peut-être que je ne le remarquais pas mais de temps en temps, il glissait certaines allusions à leur passé commun et ça me tordait le cœur. Je ne m’en souvenais pas et ne le pouvais pas pour la bonne raison que je savais à cent pour cent que je n’étais pas celle qu’il prétendait que je sois.

Cela dit, j’étais bien décidée à ne pas me morfondre et à profiter de cet elfe autant que je le pouvais. Mon opération séduction avait commencé depuis quelques semaines déjà. Rien de bien affolant mais j’avais décidé de me montrer des plus agréables avec lui. Je n’étais pas juste une idiote encombrante, je pouvais être plus spirituelle si je le voulais.

Perdue dans mes pensées, je ne vis pas que ma capuche avait glissé alors que la pluie, elle, n’avait pas cessé pour autant.

— Cerise, êtes-vous encore parmi nous ? me demanda Legolas qui arrivait à ma hauteur, Gimli à sa suite.

Avisant le nain, je fronçais les sourcils… Pourquoi lui avait eu droit à un gentil poney tout mignon et à sa taille tandis que moi, on m’avait attribué d’office une jument. Bon, Douce Etoile était le cheval le plus sympa de toute la Terre du Milieu, mais il n’empêche qu’elle était très grande.

— Je trouve ça injuste, protestai-je en adressant une moue boudeuse à Legolas, pourquoi Gimli a-t-il un poney et moi un cheval ?

Les deux amis me regardèrent avec des yeux ronds, ce qui me fit soupirer. Je ne sais pas si je vous l’avais déjà dit mais si je devais être rémunérée au nombre de soupirs que j’avais poussés depuis que j’avais atterri ici, je serais à l’heure actuelle la femme la plus riche du monde… enfin du mien à moi.

— Vous n’aimez pas Douce Etoile ? s’étonna doucement Legolas, la mine songeuse.

— Quoi ? Comment ? Mais non, ce n’est pas ça. Simplement, je me ridiculise toujours à grimper sur elle alors que si j’avais eu un poney, j’aurais eu moins de mal, c’est tout.

— C’est parce que vous n’avez pas l’habitude de monter. La technique vient avec la pratique, Cerise.

Je le regardai en clignant des yeux.

— Si vous le dites, Legolas.

— Vous devriez remettre votre capuche, vous êtes trempée, mellon nín.

Cette fois, je piquai un fard monstrueux en remettant ma capuche sur ma tête effectivement mouillée mais… quand Legolas m’avait dit ça, j’avais repensé à une phrase que Thranduil m’avait dit, il y a quelques temps, dans l’intimité de notre tente — vous êtes trempée pour moi Melda heri… Ça n’avait rien à voir mais…

— Qu’est-ce que je peux être obsédée du cul, parfois, me réprimandai-je à voix haute.

Un rire tonitruant me sortit de mes réflexions plus ou moins salaces. Je me tournai vivement vers Gimli quand le visage rouge de Legolas me fit comprendre que j’avais une nouvelle fois parlé à voix haute.

— Un jour j’apprendrai à me taire, marmonnai-je pour moi-même.

Personne ne releva, et heureusement !

Nous avançâmes encore un peu avant de descendre et de déboucher dans une espèce de trouée qui contrastait terriblement avec le paysage de désolation qui lui faisait face. La pluie s’était enfin arrêtée et le soleil, qui avait été caché par de gros nuages gris, refaisait enfin surface pour nous souhaiter une belle nuit.

Le cor sonnant la fin de cette longue journée retentit enfin et je poussai un gémissement de pur plaisir. Voyager entre les dédales de pierre qui s’étendaient à des kilomètres et des kilomètres m’avait assommée complètement.

J’allais tenter de descendre de mon cheval toute seule quand Tamril arriva pour m’aider, comme à son habitude depuis, à peu près, toute cette dernière semaine. Je lui en fus reconnaissante. J’emmenai Douce Etoile vers un groupe d’arbres où les autres elfes étaient en train de d’attacher leurs montures quand il m’arrêta.

— Ma Dame, je sais que cela peut vous paraître impromptu mais j’aimerais pourvoir m’entretenir avec vous un court instant, me dit-il sans me lâcher du regard.

Je faillais lui demander pourquoi mais me ravisai. Il semblait certain que si Tamril avait quelque chose à me dire, c’était forcément important. Surtout qu’il venait de m’appeler par « Ma Dame » et non par mon prénom qu’il avait l’habitude d’employer depuis que nous nous connaissions. Il semblait si sérieux, tout d’un coup. Que lui arrivait-il ?

— Bien sûr, finis-je par lui dire en me détournant de lui pour emmener d’abord ma jument auprès des autres bêtes. Il me suivit sans faire de bruit.

Il s’était passé tellement de choses depuis ce fameux jour où il m’avait avoué son béguin pour moi et où j’avais joué avec ses sentiments… Sans parler du moment où je lui avais dit que je ne pouvais pas accéder à sa demande car… j’en aimais un autre. Comme un bon elfe qui se respecte et qu’il était, il ne m’avait fait aucune scène et ne s’était pas non plus emporté. Enfin bref, cela avait été trop facile… Il fallait toujours se méfier de ce qui était trop facile. J’aurais du m’en souvenir.

Bien décidée à savoir ce qu’il me voulait, je l’emmenai un peu en retrait mais pas trop loin non plus pour que nous soyons plus à notre aise pour discuter. Je n’avais pas croisé Thranduil qui devait très certainement être occupé à cette heure-ci avec Finlenn et Annael.

Je m’arrêtai au bout de cinq minutes à la lisière de la petite clairière qui abritait notre campement.

— Bien, commençai-je en me retournant vers lui, mes longs cheveux blonds humides giflant durement mon visage. Ah, pour prendre quelqu’un de haut, je n’étais pas encore très douée… J’avais oublié qu’ils étaient… trempés… Non, ne pas penser à Thranduil maintenant, ne surtout pas y penser ! — Que me voulez-vous Tamril ? lui demandai-je en m’appuyant contre l’arbre qui était derrière-moi.

— Cerise, pensez-vous continuer très sincèrement à m’éviter comme vous le faites depuis le début de ce voyage ? me demanda-t-il un peu trop durement à mon goût.

Il semblait en colère et j’en fus étonnée. Et puis de quoi me parlait-il ? J’avoue que sur le coup, j’avais du mal à le comprendre.

— Mais je ne vous évite pas, Tamril, répondis-je en fronçant les sourcils d’incompréhension. Pourquoi vous éviterais-je ?

C’est vrai ça. Hormis le fait que je me sentais juste un peu mal à l’aise à cause de ce qui s’était passé à Mirkwood… Enfin c’était il y a longtemps, maintenant…

Il se détourna doucement de moi en se pinçant les lèvres. Je sentis mon cœur se serrer. S’il y avait bien une chose qu’on ne pouvait pas reprocher à cet elfe, c’était sa beauté. Il était magnifique et incroyablement sexy. Il avait beau avoir de longs cheveux et des traits fins, sa carrure très musclée ainsi que sa haute taille le rendaient terriblement viril. Il aurait fallu être cinglée pour éviter un mâle pareil… ou déjà amoureuse. J’appartenais définitivement à la seconde catégorie.

J’avais cru comprendre aussi qu’il avait son lot d’admiratrices, des elfes toutes plus superbes les unes que les autres, dont Lalaith elle-même, et qui semblaient fortement l’apprécier. Je m’étais alors dit qu’il n’avait vu en moi qu’un passe-temps, une nouveauté qu’il aurait tôt fait d’oublier une fois qu’il serait passé à autre chose. Pourtant, la façon dont il me toisait aurait dû me faire comprendre que chez un elfe, déclarer sa flamme était loin d’être quelque chose de pris à la légère.

— Je sais parfaitement que vos sentiments à mon égard sont loin d’égaler les miens, Cerise. Vous me l’avez bien fait comprendre même si notre baiser m’avait assuré du contraire.

Mon ventre se tordit devant ce rappel de ma stupidité et de mon inconscience à son encontre. Je n’aurai jamais dû jouer avec le feu, j’en avais bien conscience même si c’était un peu tard pour me l’avouer. Je fermai les yeux sous la honte qui m’envahissait de nouveau. Moi qui pensais qu’il aurait vite oublié cet « incident » entre nous pour passer à autre chose… Je m’étais largement fourvoyée.

— Je ne voulais pas vous blesser, Tamril, je vous ai dit que j’étais désolée l’autre fois, j’ai mal agi… Que voulez-vous de plus ?

Je maudissais ma voix suppliante mais j’avais l’impression de lui devoir quelque chose, comme si je devais réparer un tort… Mais qu’y avait-il à réparer, concrètement ?

— Vous avez tellement changé, vous le savez, Cerise ? répondit-il à la place d’une voix étrangement douce.

— Tout le monde change, Tamril, répliquai-je alors.

Ce qui était vrai, cela dit.

Il secoua la tête de dépit, un sourire empli d’une telle tristesse que je dus prendre sur moi pour ne pas le consoler et lui donner l’impression qu’il pouvait espérer plus. Si je l’évitais, c’était en partie aussi à cause de cela. Cet elfe, eh bien, je me sentais bien avec lui, un peu comme avec Gimli et Legolas. Toutefois, avec Tamril, je ne pouvais être moi-même sans équivoque : j’aurais toujours l’impression qu’il pourrait interpréter le moindre de mes gestes. Je n’y tenais pas.

— Je pensais vraiment pouvoir vous oublier, reprit-il, inconscient de mes propres tourments. Vous avez joué avec mes sentiments sans penser que cela pourrait m’atteindre. Vous m’avez fait mal mais j’ai gardé la tête haute parce que je suis avant tout un garde royal. — Il fit un pas vers moi, le regard un peu plus dur.— Je vous ai détestée de me faire ressentir autant de choses, Cerise, j’ai même essayé de vous mépriser, et quand vous avez disparu, je me suis même dit que c’était mieux ainsi, que vous ne valiez pas que l’on s’inquiète de vous. Cependant, et malgré tout, il a suffit que je repose les yeux sur vous pour sentir mon cœur voler d’allégresse. Vous avez beau être humaine, et vous avez beau être inaccessible, je vous désire et je vous aime toujours autant, si ce n’est plus, à mesure que les jours passent.

Je le vis lever la main pour caresser une mèche de mes cheveux humides. Terrassée par ses révélations, je ne pus que le laisser faire. J’avais peur, peur de savoir ce que j’allais bien pouvoir lui dire. Pourquoi s’acharnait-il autant ? Ce n’est pas comme si je l’y avais incité ? Si ?!

— Eh bien, ça c’est de la déclaration, commençai-je tout en essayant de n’être ni brutale ni odieuse, mais ma réponse ne divergera pas de la dernière fois, j’en ai bien peur.

— Je ne vous demande aucune réponse, Cerise. Simplement, je tenais à ce que je vous sachiez que rien n’avait changé. Je suis au regret de vous dire que je vous aime, et si je vous ai prise à part ce soir, c’est aussi pour vous dire que je n’allais pas en rester là. J’ai beaucoup réfléchi. Je sais que vous êtes la « compagne » de notre roi. Je sais que cela ne durera pas, et quand vous vous retrouverez seule et qu’il vous aura laissée tomber pour son épouse et Valinor, alors je serai là… Je vous attendrai, moi.

J’étais en train d’halluciner. Il pensait vraiment ce qu’il disait ?

— Vous êtes complètement à côté de la plaque, Tamril ! Et puis, vous seriez prêt à récupérer les restes de votre roi ? Vous n’avez donc aucun amour-propre ?!

Cette fois-ci, je sentis la colère poindre. Soit il me prenait pour la reine des tartes aux pommes, soit c’était lui le plus bête des deux. Avec toute la flopée de femmes elfes qui lui couraient après, il s’acharnait sur une pauvre humaine qui avait eu la stupidité de tomber amoureuse de la mauvaise personne… Non, en fait, on se ressemblait bien, lui et moi… On faisait même une sacrée paire en définitive.

Je ne le vis pas venir, toute à mes digressions personnelles, mais il me plaqua contre l’arbre, ses deux mains appuyées de chaque côté de ma tête.

— Je vous interdis de nous insulter. Vous valez bien mieux que cela, Cerise, et non, je n’attendrai pas que le roi se soit lassé de vous pour vous séduire !

Avant que je ne puisse faire quoique ce soit, il appuya brièvement ses lèvres contre les miennes et il repartit sans demander son reste. Estomaquée, je le suivis des yeux un instant sans savoir quoi faire ou dire.

Il… je ne le savais pas si… viril ni aussi entreprenant. Une fois certaine qu’il était assez loin de moi, je pus enfin me remettre à respirer normalement. Je savais que c’était mal mais il m’avait vraiment troublée. J’aimais Thranduil, mais Tamril avait remué quelque chose en moi qui n’était franchement pas… déplaisant. Je mis une bonne seconde avant de me rendre compte que j’avais un sourire-banane sur le visage.

Bien décidée à me remettre de mes émotions, je partis à la recherche de Lalaith. Elle était en train de discuter avec deux autres elfes et riaient de leurs messe-basses. Elle me fit un signe de la main dès qu’elle me vit.

— Cerise, nous accompagnez-vous jusqu’au lac ? Nous allons nous laver, me demanda-t-elle joyeusement.

J’acquiesçai de la tête.

— Avec plaisir, mais il faut que j’aille chercher des vêtements propres et un peu moins chauds. La nuit venait de tomber mais l’air était relativement doux. Cette différence de température entre le haut col des Mont Brumeux et ici était quelque peu perturbante. C’était un coup à tomber malade, en plus !

Je me dépêchai de récupérer des linges propres sous la tente qui venait d’être montée et, tandis que je repartais en direction du lac, je croisai Tamril qui me lança un regard lourd de sens. Je faillis lui renvoyer un sourire débile et je dus me mordre l’intérieur de la bouche pour ne pas lui montrer que je n’étais qu’une idiote qui ne savait pas ce qu’elle voulait.

Stupide fille ! tentai-je de me morigéner. Un elfe ne te suffit pas ? Il t’en faut en plus un deuxième ? Oui mais au moins, Tamril, c’était de moi dont il avait envie, pas du fantôme d’une épouse qu’il pensait être réincarnée en moi… Oui mais moi, c’était Thranduil que je voulais, pas Tamril !

Je me répétai cette phrase comme un mantra jusqu’à ce que je rentre dans l’eau froide.

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Thranduil

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Nous venions enfin de voir le bout de ces tunnels infernaux. La plupart des sentiers qui menaient de l’autre côté des Monts Brumeux avaient été piégés par ces insupportables gobelins. Cela avait considérablement rallongé notre voyage. Je crois bien que je n’aurais pas supporté un jour de plus sous le vent, la pluie, la froidure du temps et ces kilomètres de roches grises sans vie. La seule chose qui avait su alléger cette traversée du désert était ma petite Cerise. Il n’y avait pas eu une journée où je n’avais pas compté les minutes qui nous séparaient de nos soirées intimes. J’aimais de plus en plus ces moments où nous nous retrouvions tous les deux. Elle ne me l’avait pas dit, mais elle avait été malade à nouveaux en début de semaine. Je n’avais pas grand souvenir des lunes de ma défunte épouse mais je savais que c’était toujours un moment pénible et douloureux à vivre pour elle. Je ne doutais pas que ce fût le cas pour Cerise. Cependant, elle ne s’était jamais plainte, endurant en silence son indisposition. Elle était plus forte qu’il n’y paraissait pour une humaine. Elle se plaignait à peine de notre allure, pourtant bien vive.

Quand nous eûmes monté notre campement pour la nuit, je rejoignis Finlenn et Annael pour un compte rendu détaillé de la journée et savoir quelle direction prendre pour la suite de notre voyage.

— Nous pourrions continuer tout droit, avança Annael.

Je le regardai en haussant un sourcil. Cela dit, il n’avait pas tort, nous pouvions tout aussi bien emprunter la Grande Route de l’Est, mais était-ce pour autant prudent ?

J’allais le lui dire quand Legolas se joignit à nous.

— Excusez-moi de vous importuner mais Gimli et moi-même avions prévu de séjourner quelques jours à Imladris. Comme vous le savez, père, nous ne sommes qu’à moins d’une journée de la Dernière Maison Simple. Nous avions promis aux jumeaux d’Elrond de les honorer de notre présence.

Legolas me regardait comme s’il tentait de me faire passer un message à travers ses yeux.

— As-tu besoin de ma permission pour le faire, ion nín ? lui demandai-je abruptement en croisant les bras sur mon torse.

— Non père, j’exposai juste l’idée que nous puissions tous y aller et …

— Il n’en n’est absolument pas question, le coupai-je.

— Mais père, ce serait l’occasion de nous reposer et de profiter quelques jours d’un peu de tranquillité, argumenta-t-il.

Je l’observai un moment. Je n’avais jamais mis les pieds dans ce maudit refuge. Une partie de moi abhorrait même à cette idée mais une autre se rangeait de l’avis de mon fils. J’inclinai la tête tout en réfléchissant.

— Mon seigneur, j’attire votre attention, commença Annael, sur le fait que certaines elfines sont terriblement lasses. Voir la Dernière Maison Simple des elfes de la Terre du Milieu pourra sans doute leur être bénéfique.

Je fermai les yeux. Annael était un bon conseiller et ce qu’il disait n’était pas faux. Je devais le reconnaître mais…

— Vous savez tous que je déteste l’idée de mettre les pieds là bas… et vous en connaissez tous la raison.

— Justement, père, Elrond n’est plus là. Que craignez-vous ?

Finlenn ne disait rien mais je voyais bien qu’il était du même avis que les deux autres. Il leur fallut bien du temps pour me convaincre mais je finis, non sans déplaisir, par accepter. Certes, je n’aimais pas Elrond, tant pour ses liens du sang avec les Ñoldor et sa parenté avec la Dame de Lórien que parce que sa profonde sagesse m’avait toujours profondément tapé sur les nerfs.

Quand nous fûmes tous d’accord, je me décidai à demander à Finlenn de m’apporter un baquet ainsi que de l’eau chauffée. Je savais que le lac qui se trouvait non loin d’ici était sûr mais j’avais besoin d’un peu d’intimité et je ne doutais pas que, et aux vu des derniers jours, il serait pris d’assaut d’ici peu.

Une fois sous la tente, je me débarrassai de mon long manteau encore mouillé et le posai sur une des chaises tout en prenant soin de ne pas le faire tomber sur le tapis qui avait été déposé au sol pour notre confort. J’enlevai ensuite ma couronne et la jetai négligemment sur la table. Ensuite, je me débarrassai de ma tunique et sortis ma chemise de mon pantalon.

J’allais me servir un verre de vin quand je vis Finlenn, Tamril et quatre elfines me rapporter le bac ainsi que de l’eau encore fumante et des linges.

Les deux Ellir déposèrent le baquet tandis que Lalaith et Melian le remplissaient. Une fois que tout fut prêt, je les congédiai d’un geste impatient avec l’ordre de ne me déranger sous aucun prétexte.

Sans attendre, je me débarrassai de la chemise et de mon pantalon avant de me glisser nu dans l’eau bouillante. Je poussai un grognement de plaisir au contact de cette chaleur qui me réchauffa instantanément le corps. Je ne m’en étais pas aperçu mais j’étais glacé.

Apaisé, j’appuyai ma tête contre le rebord du bac. J’étais bien décidé à profiter de cet instant de parfaite intimité avec moi-même.

Je ne sais pas combien de temps je restai ainsi mais je sentis sa présence avant même que sa main ne me touche délicatement la joue.

— Cerise, soufflai-je en ouvrant les yeux.

Je voyais sa main qui me caressait doucement le visage avant de récupérer le linge destiné à mes ablutions. Son autre main récupéra le pain de savon et je la vis frotter avec une certaine énergie ce dernier jusqu’à le faire entièrement mousser. J’étais curieux de savoir ce qu’elle avait en tête, néanmoins son audace était loin de me déplaire.

Elle commença par me frotter le torse en faisant de larges cercles avec le linge. Je pouvais sentir son souffle chaud contre mon épaule. Je tournai alors la tête et ma bouche rencontra ses lèvres. Surprise, elle lâcha le linge dans l’eau.

— Il faut que je le récupère, souffla-t-elle contre moi tout en se penchant en avant pour le ramasser au fond du baquet. J’émis un grognement de contentement quand sa main frôla mon sexe érigé, preuve flagrante du grand plaisir que je prenais à la voir me nettoyer comme un enfant.

Elle poussa un petit soupir de plaisir mais ne referma pas la main sur moi. J’ouvris les yeux de mécontentement.

— Cerise, l’avertis-je un peu durement.

—Chut, mon bel elfe des bois, laissez-vous faire.

Elle recommença son manège tout en frottant les parties de mon corps qui n’étaient pas immergées sous l’eau, c’est à dire peu, et je crus défaillir pour de bon quand elle osa l’impensable. Elle lécha de sa langue douce et humide la pointe de l’une de mes oreilles.

Je ne le lui avais jamais dit mais mes oreilles étaient un point hautement sensible et très… érogène.

C’était tellement inattendu que je faillis venir là, comme ça, sans besoin de plus. Elle m’avait totalement surpris et continua cet exploit en m’ordonnant de me lever.

— Cerise, l’avertis-je une seconde fois. Mais ma voix était moins inflexible, plus rauque et quémandeuse.

— Taisez-vous, fut la seule chose qu’elle me répondit.

Exaspéré, je fis ce qu’elle me demandait et me laissai finalement, faire. C’était la première fois que quelqu’un me lavait de cette manière et je crus qu’elle allait me rendre complètement fou de désir inassouvi. Elle ne m’épargna absolument pas. Une fois qu’elle fut certaine d’être passée dans chaque recoin de ma personne, elle donna une claque sonore sur l’une de mes fesses. Sidéré, je me retournai, prêt à lui rendre la pareille.

Ce que je vis fini l’état dans lequel je me trouvais déjà. Elle était nue, les cheveux humides et les joues rouges d’excitation. Les tétons de ses seins étaient aussi roidis de désir que l’était une certaine partie de mon anatomie. Elle s’était baignée dans le lac, elle sentait le pain de savon elfique que nous utilisions. Me moquant éperdument de savoir que j’étais couvert de mousse, je l’attrapai brutalement par les bras pour la jeter contre moi. Elle poussa un cri de surprise et nous trébuchâmes dans le baquet, nous faisant tomber dedans et manquant de renverser toute l’eau du bain. Je m’en moquais pourtant éperdument, tout ce que je voulais, c’était sentir sa bouche et son corps contre moi. Je lui empoignai durement la nuque pour prendre ses lèvres en un baiser aussi vorace que la faim que j’avais d’elle.

Ma tentatrice ne s’arrêta pas en si bon chemin et, bientôt, je sentis son joli petit corps moelleux se frotter sans aucune pudeur contre le mien.

— J’ai tellement envie de toi, susurra-t-elle contre moi, sa langue traçant des traînées de feu partout où elle passait.

Son aveu m’envoya autant d’ondes électriques que les caresses impudiques qu’elle me prodiguait depuis tout à l’heure et puis, pensai-je, surpris, elle venait de me tutoyer pour la première fois.

Incapable de dire quoi que ce soit qui puisse être intelligible, je préférai me concentrer sur ce que nous faisions. Très rapidement, je la sentis s’installer à califourchon contre moi, nos intimités se touchant et se frottant sans pour autant en faire plus mais c’était déjà bien trop… ou pas assez, c’était selon.

Mes mains vagabondaient partout sur son corps de femme, attrapant autant de douceur et de rondeur au passage qu’il était possible d’en garder en main. Ni tenant plus, elle se décolla un peu de moi et tenta de se rasseoir tout en se positionnant de façon à ce que je la pénètre. Enfin nous y étions et je faillis hurler de contentement quand mon sexe fut entièrement en elle, sa douce chaleur m’enveloppant et me gainant comme jamais. Ah, Varda que c’était bon.

C’est elle qui imposa le rythme jusqu’au moment où sa langue et ses dents vinrent titiller une nouvelle fois l’une de mes oreilles sensibles. Je la laissai faire jusqu’au point de non retour et, une fois que je fus sûr d’avoir complètement perdu l’esprit, je lui fis verrouiller les jambes autour de ma taille pour me redresser vivement et la porter, moi toujours en elle, jusqu’à notre couche.

Je me repositionnai alors sur elle et fus incapable de contrôler mes coups de reins toujours plus rapides et plus violents. Loin de lui déplaire, je la sentis bientôt partir pour atteindre le point culminant de son plaisir ultime, les parois internes de son intimité convulsant autour de mon sexe qui continuait ses implacables va-et-vient en elle. Je n’allais pas tarder à la rejoindre à mon tour.

— Embrasse-moi, dis-je en haletant tout contre sa bouche.

Ce qu’elle fit et je pus enfin m’abandonner à l’extase qui me laissa complètement pantelant.

Une douce fatigue me fit dériver vers les rivages de l’inconscience mais je fus vite rappelé à l’ordre par mon insatiable petite humaine.

Nous refîmes l’amour trois fois à la suite. J’aurais du me sentir épuisé mais au contraire, cela m’avait totalement revigoré. Depuis que nous nous connaissions, elle n’avait jamais été aussi entreprenante.

— Pourquoi ? demandai-je doucement.

— Parce que j’en avais envie, répondit-elle d’un air presque mystérieux qui sonna aussi la fin de l’incroyable intermède que nous venions de partager ensemble.

Sans plus un regard vers moi, je la vis se relever et récupérer une robe propre posée sur l’une des malles qui trônait près du lit. Avant qu’elle ne la mette, je pus l’observer nue à loisir. Son corps était parcouru des rougeurs post-orgasmiques, et je l’en trouvai encore plus appétissante et désirable. Elle m’appartenait. Je dus prendre sur moi pour ne pas la rappeler immédiatement. Une fois qu’elle fut habillée, elle coula un regard langoureux vers moi, un long sourire énigmatique se dessinant sur son visage, puis elle sortit de la tente, me laissant vidé mais… enchanté.

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Cerise

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Je n’arrivais pas à croire ce que je venais de faire. J’avais mis mon cerveau et ma conscience sur l’interrupteur off pour profiter pleinement de ce que mon cœur me chantait. Je n’avais rien prémédité ou presque. Ça m’était venu si naturellement. Après être revenue du lac, j’avais été retrouver Thranduil sous notre tente et je ne m’étais pas attendue à le voir nu dans son bain.

Je m’étais alors souvenue de ma promesse de faire du mieux que je le pouvais pour le séduire et lui montrer que je n’étais pas sa femme. Quoi de mieux que de le surprendre, et d’une manière sans équivoque ? L’avoir laissé en plan après notre troisième round avait été voulu, mais je m’en mordais un peu les doigts maintenant. Lui, son odeur et la chaleur de ses bras me manquaient déjà.

Avisant les environs, je vis quelques elfes discuter tranquillement, et d’autres en train de chanter ou de boire. Avoir quitté les chemins escarpés du haut col des Monts Brumeux semblait avoir rasséréné tout notre groupe qui semblait souffler enfin. De plus, le temps était bien plus clément et le ciel était illuminé de différents petits points dorés. Aucun nuage ne viendrait perturber la beauté de la voix lactée en cette soirée presque parfaite.

Sachant qu’il était encore tôt et parce que je ne voulais pas rejoindre Thranduil tout de suite, je partis à la recherche de Legolas et de Gimli pour passer un bout de soirée avec eux. Tournant ma tête à droite et à gauche, je ne vis pas l’elfe qui venait droit vers moi et je le percutai de pleins fouet.

— Excusez-moi ! m’exclamai-je au moment même où il me rattrapait par le bras pour ne pas que je m’étale sur les fesses.

— Vous devriez faire plus attention où vous posez vos yeux, Cerise, me souffla la voix rauque de Tamril.

Mon cœur fit une embardée. Je lui en voulais de ce qu’il m’avait dit en fin de journée. Je lui en voulais de ne pas être quelqu’un de plus mou du genou comme je l’avais cru au départ. Comment et pourquoi s’était-il imposé à moi comme ça restait un mystère. Cependant, je me devais d’être aussi forte et inflexible que possible.

— Merci, Tamril, je cherche Gimli et Legolas, ne les auriez-vous pas vus, par hasard ? demandai-je poliment.

— Ne voulez-vous pas nous tenir un peu compagnie, Cerise ? Vous savez, poursuivit-il, les autres elfes se posent des questions sur vous. Depuis le début de ce voyage, vous n’avez pas daigné vous joindre à nous une seule fois.

Il ne me disait pas cela méchamment, mais je ne pus m’empêcher d’être irritée par le reproche sous-jacent qu’il me faisait.

— Tamril, loin de moi l’idée de vous snober mais jusqu’à preuve du contraire, ce sont bien vous qui m’avez évitée et regardée de haut. Ne retournez pas la situation à votre avantage quand ça vous arrange.

J’étais énervée. De quel droit me disait-il tout ça, d’abord ? Je l’entendis pousser un profond soupir.

— Ah, vous m’en voyez navré, je ne voulais pas vous vexer. Je m’inquiète juste pour vous, Cerise. Sachez-le. Ses yeux se firent tristes l’espace de quelques secondes avant de retrouver leur éclat habituel. — Legolas et Gimli sont partis du côté du lac, finit-il par me dire.

Je lui fis un signe de tête avant de courir vers le lac, ne me retournant pas une seule fois vers lui. Je n’aimais décidément pas ce revirement de situation mais que pouvais-je faire hormis l’éconduire encore et encore ? Il méritait mieux que de s’accrocher à quelque chose qui n’arriverait jamais.

En arrivant vers le lac, je fus sidérée d’entendre la plus belle voix que j’aie jamais entendue de toute ma vie. Une voix ni grave ni aiguë mais qui paraissait presque irréelle. Je me demandais bien qui pouvait chanter ainsi. C’était un paradis pour les oreilles, un baume pour le cœur.

Ralentissant mes pas, j’avançai doucement vers la provenance de ce chant incroyable.

… … … … … … … … … … … … … …

Au loin de douces lumières régnaient

Sur d’incroyables contrées

Il fut une des filles de Varda

Qui un jour s’envola

En d’innombrables luminescences

Rejoindre celui qui vola d’un éclat

A jamais son cœur d’étoile

Et dans l’immensité de l’amour de Varda

Elle disparut à jamais

Du firmament renaissant

Et du cœur et corps de Varda

Naquit l’espoir d’un amour

D’une immensité et

D’une pureté infinie.

Bénie et chantée au loin

Par les étoiles qui l’éclairaient

De leur lumière aussi douce qu’immortelle

… … … … … … … … … … … … … …

Quand je fus arrivée, je regardais, surprise, l’interprète de cette étrange chanson qui avait remué en moi des choses que je n’arrivais pas à comprendre ni même à imaginer.

— Pourquoi pleurez-vous, Cerise ? me demanda Legolas.

— Je ne sais pas, bafouillai-je bien malgré-moi… C’est votre chanson, elle… elle m’a complètement retourné l’esprit et je ne sais même pas pourquoi.

Gimli m’observait d’un regard doux et bienveillant tout en fumant sa pipe. Il tapota le rocher à coté de lui pour que je vienne les rejoindre. Ce que je fis tout en évitant de relever la tête. Je m’étais laissée aller comme une idiote devant eux pour une chanson stupide, qui ne voulait rien dire, en plus.

— Cette chanson semble vous avoir touchée, Cerise, me dit-il en recrachant la fumée par la bouche en même temps.

— Ce n’est pas ça, protestai-je, cette chanson est débile. Mais vous avez une voix en or, Legolas, repris-je, de peur de l’avoir vexé.

Il me scrutait, un sourire rêveur sur le visage, ses yeux d’un bleu magnifique tournés vers le ciel.

— Vous ne devriez pas dire cela, Cerise, murmura-t-il, cette chanson relate l’histoire d’une des filles de Varda.

— Une des filles de Varda ? Varda, c’est qui d’abord ?

J’avais dit ça d’un ton un peu rude mais j’aimais bien l’embêter, aussi, ce qui eut pour effet de faire rire Gimli. Purée ! Que j’aimais ce nain !

— Ah, Cerise, je vois bien que vous avez décidé de me taquiner, répondit Legolas, un sourire tordu sur les lèvres. Mais vous arrivez trop tard pour que je vous fasse un éloge passionné de nos si belles légendes. Je crains que notre ami Gimli vous ait largement devancée pour cela.

— Ah. Tant pis, alors, mais je veux bien connaitre cette histoire tout de même, dis-je pour me faire pardonner d’avoir attenté à la sage intégrité du fils de Thranduil.

L’elfe se détacha de l’arbre sur lequel il était appuyé et s’assit en tailleur devant moi avant de commencer à me conter son histoire.

— Il y a de cela des millénaires, une des étoiles de Varda s’était passionnée pour ce qui demeurait en Terre du Milieu. Elle vivait en parfaite osmose avec les joies et les peines de ceux et celles qu’elle observait du haut de son berceau. Un jour, cependant, un des habitants de la Terre du Milieu, un des premiers nés, réussit à capter plus particulièrement son attention. Il l’avait remarquée parmi toutes ses sœurs, c’était vers elle que les yeux de cet elfe, puisqu’il s’agissait d’un elfe, se tournaient. Chaque soir, il lui contait ses désirs, ses espoirs, ses peurs et ses rêves. La petite étoile l’écoutait d’une oreille attentive sans jamais se lasser de lui, elle finit par en oublier le reste d’Arda, et ses propres espérances se tournèrent exclusivement vers lui. Sans s’en rendre compte, son cœur se mit à brûler d’un fol amour pour cet être que jamais elle ne pourrait toucher autrement que par la grâce de son incroyable luminosité. Alors elle brûla, brûla et chanta à travers ses rayons lumineux tout l’amour que l’elfe lui inspirait jusqu’à ce qu’elle ne s’épuise à jamais et que la joie et l’espoir ne se transforment en chagrin. Puis un jour, elle disparut du firmament de la nuit et l’on dit que Varda aurait exaucé sa requête de renaître parmi le peuple de celui qui avait, jadis, à jamais volé son cœur car il était son âme sœur.

Legolas termina son histoire en observant le ciel étoilé et j’en fis de même.

— J’ai beau la connaitre par cœur, commenta Gimli, je suis toujours très touché quand vous la racontez à nouveau, mon ami. C’est vraiment une très belle histoire.

— Merci Gimli, c’est aussi une de mes favorites, répondit Legolas.

Quant à moi, je n’avais rien dit. Autant sa chanson m’avait remuée, autant je trouvais son histoire un peu bateau.

— C’est digne d’un roman à l’eau de rose de Barbara Cartland, Legolas, répliquai-je. De plus, votre récit ne nous dit pas ce qu’il est advenu d’elle après qu’elle soit devenue une elfe… Style, ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants, ou un truc du genre.

En fait j’y croyais moyennement… Les elfes avaient une propension à enjoliver les choses qui frisait parfois le ridicule. Leur amour pour les étoiles était grotesque… Enfin je trouvais.

— Je vous trouve particulièrement cynique, Cerise. Bien sûr que depuis, la belle petite étoile de Varda doit couler des jours heureux avec son âme sœur.

— Bah voyons, et la marmotte elle met le chocolat dans le papier d’alu, pendant que vous y êtes, et puis d’abord vous tenez ces inepties d’où ?

Avant que Legolas ne puisse répondre, Gimli éclata à nouveau de rire.

— Je crois que cette petite humaine doit avoir quelque part un peu de sang de nain dans les veines ! Je l’adore.

Trop heureuse d’avoir un allié, je me penchais vers Gimli et embrassai sa joue incroyablement barbue et je fus choquée de découvrir à quel point ses poils étaient doux.

— Wouaaaah ! m’exclamai-je, vos poils sont si doux, c’est fou ça.

Cette fois ci, au lieu de me répondre je le vis se mettre à rougir très fortement, tandis qu’il expirait comme s’il était en train de manquer d’air. J’allais pour le taper dans le dos quand Legolas me coupa dans mon élan.

— Cela suffit, Cerise ! lança-t-il d’une voix forte qui n’admettait aucune contradiction.

J’allais lui lancer une vanne quand je vis qu’il semblait un peu en colère.

— Mais qu’est-ce que j’ai encore fait ?

— Vous mettez Gimli mal à l’aise avec vos manières trop familières. Cela ne se fait pas.

— Oh !

— Oui, « Oh », Cerise. Vous êtes parfois très impulsive, vous savez cela ?

Gimli se remettait à peine de mon élan d’affection débordant que je cherchais un moyen de lui demander un peu de bière sans que cela ne lui porte préjudice… Sait-on jamais qu’il soit encore plus choqué. Legolas dû le voir car c’est lui qui prit les devant.

— Voulez-vous un peu de bière Cerise ?

— Ce n’est pas de refus, soupirai-je, un peu en colère contre lui.

— Pour ce qui est de cette histoire, continua-t-il tout en me servant, je l’ai entendu la première fois chez les elfes gris de la Lothlórien.

— J’avoue que là d’où je viens, votre récit en aurait fait rire plus d’un, dis-je en faisant tourner le gobelet que Legolas m’avait tendu.

— Pourquoi donc ? voulut savoir Gimli.

— Dans mon monde, les étoiles ne sont que des boules de plasma qui gravitent dans une galaxie… Elles ne sont en rien la création d’être divin ou autre… Après de comment vient leur formation, je ne suis pas experte en sciences donc je ne pourrais pas vous éclairer… Enfin bref, tout ça pour vous dire que vos us et coutumes sont complètement archaïques par rapport aux nôtres.

En relevant la tête, je vis que Legolas et Gimli me regardaient fixement comme si je venais de dire la chose la plus folle qui soit. Je me mis à rire, gênée.

— Votre monde, Cerise, me parait bien morne et gris s’il ne sait plus croire en la magie de chaque chose qui existe, murmura Legolas. Il semblait si triste, tout à coup.

Troublée, je me détournai de lui.

— Nous n’avons pas les mêmes valeurs, c’est vrai, dis-je. Il est vrai que notre monde est en train de détruire ce qui fait la beauté du votre. Les arbres, la verdure, les croyances mais… C’est mon monde et j’ai appris à l’aimer comme ça parce que… Parce que je n’ai jamais connu rien d’autre, finalement.

— Je comprends, Cerise, répondit-il, cependant, je ne peux m’empêcher de me dire que je serais bien malheureux et perdu si j’avais été à votre place et que je m’étais retrouvé chez vous. Sans vouloir vous vexer, s’excusa-t-il en posant la main sur son cœur.

— Il n’y a pas de mal, dis-je en baillant à m’en décrocher la mâchoire.

J’étais épuisée. — Il semblerait que le marchand de sable soit passé, dis-je entre deux bâillements.

— Nous allons vous raccompagner, Cerise, me répondit Legolas en se levant.

— Non laissez tomber, je peux rentrer toute seule jusqu’au campement et promis, je ne ferai pas de bêtises, leur assurai-je quand je vis leur mine perplexe.

— Très bien, dit Legolas. Passez une bonne nuit, Cerise.

— Bonne nuit, Cerise, et pas de sottises ce soir ! grogna Gimli dont le sourire malicieux monta jusqu’à ses yeux.

Je secouai la tête amusée et repartis vers le campement… et Thranduil. Je me demandai s’il dormait déjà.

Arrivée devant la tente, j’entrai, un sourire aux lèvres, et ce que je vis me tétanisa complètement.

— Mais qu’est-ce qu’il s’est passé ici ? chuchotai-je, effrayée.

La tente était sans dessus-dessous, les malles étaient ouvertes et toutes les affaires de Thranduil étaient sorties. Plusieurs cadavres de carafes de vin jonchaient le tapis dont l’une semblait avoir été vidée dessus.

Je marchai avec précautions jusqu’à la couche et des éclats de verres craquèrent sous les semelles de mes chaussures.

Me retournant, je cherchai Thranduil quand deux bras forts me ceinturèrent par la taille.

Pourquoi es-tu partie comme ça ? Pourquoi m’as-tu laissé vivre sans toi ? murmura-t-il doucement à mon oreille en Sindarin.

J’avais compris un mot sur deux.

— Thranduil, s’il vous plait, je ne comprends rien.

Je suis si las de cette vie, mon amour pour toi ne vaut-il rien de plus ?

J’eus toutes les peines du monde à me soustraire à lui. Je profitai qu’il relâchait l’étreinte de ses bras pour m’échapper.

— Mais qu’est-ce qui vous prend, bon sang ?! hurlai-je avant de me retourner vers lui. Ce que je vis alors me figea, tordant mon cœur de la plus douloureuse façon.

Il avait l’air si désemparé, perdu. Sa peau était diaphane, trop pâle, et son regard tourmenté. Je compris qu’il n’était pas dans son état normal.

Il s’avança vers moi et quand il me reprit dans ses bras, je me laissai faire, cette fois-ci, sans me débattre. Il me serra à m’étouffer avant de me relâcher et de tomber à genoux devant moi. Le voir ainsi réveilla en moi des choses que je n’aurais jamais cru ressentir un jour, me renvoyant à un écho que je ne comprenais pas mais qui était pourtant bel et bien palpable comme ancré au plus profond de mon inconscient et de mon âme.

Ne me laisse pas, je t’en conjure, je ne sais pas ce que je deviendrais sans toi, hoqueta-t-il en appuyant sa tête contre mon ventre.

Je ne comprenais pas tout ce qu’il me disait, il parlait vite et en Sindarin, mais je sus que jamais je ne l’abandonnerais comme cela. Malgré tout ce qui pourrait nous arriver, j’avais cet elfe dans la peau. Je ne comprenais pas pourquoi, mais c’était comme ça.

Nous restâmes ainsi, accrochés l’un à l’autre pendant quelques minutes encore, et je réussis enfin à le ramener jusqu’à notre lit. Je lui retirai sa tunique qui était pleine de sueur et tachée de vin et, une fois que j’eus fini et qu’il se fut enfin endormi, je décidai de ranger un peu le bordel qu’il avait laissé avant de m’occuper de moi.

Cette scène incroyable me laissait un affreux goût d’amertume et d’autre chose dans la bouche et ailleurs. Je le rejoignis dans le lit et, tandis qu’il dormait presque paisiblement comme si ce qu’il s’était passé quelques instant auparavant n’avait jamais eu lieu, je fondis en larmes à mon tour sans pouvoir m’arrêter.

A Suivre


Annotations

– Si vous pensiez que Tamril en resterait là… Il peut se montrer tout à fait surprenant. En tout cas, moi, il m’a surprise. C’est un personnage que j’ai appris à aimer au fil de cette histoire.

– Thranduil cache de profondes blessures qui n’ont jamais vraiment cicatrisées. Ce qu’il vit avec Cerise, il ne l’avait pas anticipé et à du mal à mettre des mots dessus à cause de son passé et bien sûr, de son épouse bien-aimée.

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One comment

  • Tamril, espèce de coquinou. Qu’il est loin l’Elfe un peu potiche qui parle comme un personnage des Feux de l’amour. Dans le cas présent, cette nouvelle facette de sa personnalité est bien plus conforme au caractère de Cerise. Il ose davantage et n’hésite plus cette fois à avoir la main haute. De fait, notre humaine préférée qui semble du genre à aimer qu’on la surprenne hésite, et c’est normal… Elle le dit elle-même, cette nouvelle attitude de Tamril n’est pas déplaisante, c’est un très bel Elfe et il est amoureux d’elle tandis que Thranduil, quelle que soit son attitude à son endroit, finira par l’abandonner en partant pour Valinor. Seuls les sentiments qu’elle éprouve à l’égard de ce dernier font qu’elle ne cède pas. Elle cèdera d’autant moins par la suite après son intermède pour le moins passionné avec le roi des Elfes. Ici, son attitude sera un peu froide et par ailleurs très honnête. Elle n’a pas tort. Tamril l’a snobée le temps de lécher ses plaies dans un coin sombre et, à présent qu’il a repris du poil de la bête et qu’il est prêt à se mettre en chasse, il n’hésite pas à lui courir après quitte à déranger. Une petite mise au point est donc de mise, même si visiblement il semble prêt à tout faire pour que la situation évolue en sa faveur.

    La relation entre Cerise et Thranduil continue à évoluer. Elle met en pratique sa résolution du chapitre précédent — l’opération séduction — jusqu’à se faire prendre à son propre jeu puisqu’elle regrette très vite d’avoir laissé son Elfe tout seul. Il lui en coûtera d’ailleurs. Le lemon est encore une fois une réussite, sensualité, émotions et oreilles pointues. J’avoue qu’en tant que lectrice de quantités de fanfics plus ou moins réussies avec des Elfes dedans, je l’attendais, cette histoire d’oreilles pointues particulièrement érogènes. Je serais curieuse de savoir d’où vient cette idée, d’ailleurs, mais elle semble être un fait établi à présent. Dans tous les cas, c’est toujours aussi beau et bien écrit, et j’ai toujours autant envie d’aller me cacher quand je lis ce genre de choses en les comparant avec mes tentatives navrantes.

    La fin du chapitre est un peu perturbante… en fait, on aurait tendance à croire que Thranduil ne supporte plus d’être seul le soir, comme si Cerise, qu’elle soit ou non la réincarnation de sa femme, à ce stade ça n’a guère d’importance, était une sorte de garde-fou qui le protègerait contre les cicatrices du passé qui le démangent au point de devenir les plaies du présent. Quand elle n’est pas là, c’est dans l’alcool qu’il se réfugie, avec des conséquences assez pénibles. Cerise, elle, est obligée d’encaisser tout ça et elle n’a personne à qui confier ses tracas tournant autour de son royal amant puisqu’elle garde systématiquement ses sentiments pour elle. Du coup, c’est encore plus dur à supporter et ça rend d’une part la scène encore plus triste et d’autre part ses larmes tellement réalistes…

    Les Elfes ont-ils la gueule de bois ? (question out of the blue, pardon).

    Pour finir, connaissant certains tenants et aboutissants de l’histoire (et je ne dirai rien des fois que quelqu’un ait l’idée saugrenue de venir lire ces commentaires super chiants), je me demande à qui parlait Thranduil quand Cerise le ramasse ivre-mort. A elle, a priori mais… à sa femme ou à quelqu’un d’autre ?

    Je reviewerai le dernier chapitre après ma pâtée.

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