Chapitre 25 : Mémoires d’une Étoile

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Mémoires d’une Etoile

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Cerise

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Je courrai comme une dératée dans les longs couloirs d’un blanc immaculé. En fait, à bien y regarder, ils n’étaient pas réellement blancs mais plutôt lumineux, de cette même lumière qui nous éclaire la nuit… comme des rayons de lune.

Je ne savais pas comment me l’expliquer, mais j’étais en retard à un entretien d’une importance capitale. Mon cœur battait dans ma poitrine à un rythme effréné, je me pinçais furieusement les lèvres pour ne pas ahaner, mais j’étais à bout de souffle. Enfin, mes yeux se posèrent sur la lourde porte en chêne, seul contraste avec la blancheur des murs et du sol. Oubliant de frapper, je tournai la poignée avant d’entrer précipitamment dans un bureau qui n’avait rien à voir avec l’extérieur. Les murs étaient couverts de livres. Mes yeux éberlués virent des kilomètres et des kilomètres de bibliothèques qui s’étendaient de la porte à une immense fenêtre et jusqu’au plafond.

— Incroyable, dis-je en m’extasiant devant cette pièce hors-norme qui aurait fait rêver n’importe quel amoureux des livres.

— Vous êtes terriblement en retard pour notre premier rendez-vous, jeune fille, me répondit une voix au timbre de velours, avec un très bel accent que je n’aurais su définir.

Ecarquillant les yeux, j’avisai le bureau, tout au fond de la pièce, qui était face à l’imposante fenêtre, une sorte de baie vitrée pour être plus exacte. Un énorme fauteuil, derrière la table de travail, était tourné vers la grande vitre. Mon interlocuteur y était assis, de sorte qu’il m’était impossible de le voir. Etrangement, je sus toutefois qu’il ne m’en voulait pas tant que cela, enfin, il n’avait pas l’air en colère si je pouvais me fier aux intonations de sa voix, bien sûr.

— Je suis désolée, je ne savais pas que je devais venir ici, dis-je, encore un peu essoufflée par ma course.

Ce qui était vrai, je n’en avais vraiment pris conscience qu’au moment où je m’étais aperçue que j’étais en train de cavaler dans ces couloirs comme une folle.

— C’est un problème récurrent chez-vous, Mademoiselle, de ne pas savoir, répondit-il de manière presque sardonique.

Intriguée, je m’avançai vers le bureau et avisai une chaise qui se trouvait à côté.

— Puis-je m’asseoir ? demandai-je poliment.

— Mais je vous en prie, me répondit l’homme avant de se retourner enfin vers moi. Faites donc.

Une fois assise, j’eus tout le loisir de le contempler enfin. Il était d’un âge assez avancé avec ses cheveux et ses sourcils tous blancs… Ses habits n’étaient indéniablement pas de première jeunesse et dataient sûrement de bien avant ma naissance mais il se dégageait de sa personne une infinie source de bienveillance. Son visage, quant à lui, semblait sans âge, presque immortel.

Lui-même me scrutait de ces yeux pénétrants, tentant de déterminer l’étendue de mon importance. Loin d’être mal à l’aise, je m’appuyai un peu plus contre le dossier de ma chaise et soufflai de soulagement. Pourquoi étais-je soulagée ? Je n’aurais su le dire. Tout ce que je ressentais à ce moment là était une sorte d’apaisement, comme si ma venue ici avait été primordiale. Nous nous perdîmes dans une contemplation mutuelle, les paroles étant, dans un premier temps, sans importance.

Au bout d’un moment, il se renversa contre son fauteuil avant de se pencher à nouveau vers moi, les doigts de ses mains élégantes, croisés sur l’immense surface plane.

— Nous ne pensions pas vous voir de sitôt, Elenwë, me dit-il, l’air conspirateur. Vous avez emprunté tant de chemins de traverses que nous avons bien cru ne jamais vous connaître, vous perdant pour toujours dans un monde où nous n’avons, hélas, plus aucune emprise.

Je clignai des yeux plusieurs fois. Ma bouche s’entrouvrit comme pour tenter de dire quelque chose mais je ne savais absolument pas quoi répondre. C’était vraiment bizarre.

— Mais je suis là, arrivai-je finalement à dire.

Ma voix étant plus proche du couinement aigu qu’autre chose.

Il hocha la tête avant de se lever. Il était de taille standard pour un vieil homme mais son dos était bien droit et on sentait aussi qu’il avait su conserver, malgré tout, une très grande force physique.

— Oui, vous l’êtes, rétorqua-t-il avant de se détourner de moi pour admirer le paysage. Puis se tournant à demi : — Venez me rejoindre, mon enfant, j’aimerais vous faire admirer mon œuvre.

— Votre œuvre ? relevai-je, étonnée.

Il me lança un sourire en coin avant de se tourner une nouvelle fois vers la grande fenêtre. Intriguée, je me levai aussitôt pour le rejoindre. Au moment où je posai les yeux sur la vitre, je fus surprise de constater qu’elle était aussi lumineuse que les couloirs que j’avais parcourus quelques minutes seulement auparavant.

— Qu’en pensez-vous, Elenwë, n’est-ce pas magnifique ?

Je l’avisai d’un air dubitatif, ne comprenant pas ce qu’il voulait que je voie.

— Mais… mais, bredouillai-je, je ne vois rien, les vitres sont opaques. Je ne comprends pas.

Loin de s’offusquer, l’homme se mit à glousser. Son rire était doux, chaleureux.

— Ma douce enfant, fermez donc vos yeux, répondit-il en se plaçant derrière moi.

J’obéis à sa demande.

— Et ensuite ?

— Ouvrez, dans un premier temps, votre cœur.

— Mon cœur ?

Il me pressa gentiment les épaules.

— Oui, votre cœur. Ecoutez et voyez à travers lui. Une fois que vous aurez senti un certain apaisement au plus profond de votre être, ouvrez à nouveau les yeux.

Je fis ce qu’il me demandait mais au moment où je commençais à me sentir bien, un certain malaise s’empara de moi. Je rouvris les yeux instantanément devant la vitre désespérément blanche.

— Je ne vois rien, gémis-je, et ce constat m’effraya plus que tout.

— N’ayez pas peur, Elenwë, cela viendra, vous n’êtes tout simplement pas encore prête pour cela.

Il me retourna alors vers lui et prit ma main dans les siennes. Elles étaient si douces, si chaudes.

— Pourquoi ne suis-je pas prête, et à quoi ?

Il secoua la tête.

— Ce n’est pas à moi de vous le dire, ma chère enfant. Vous avez déjà trouvé le chemin jusqu’à moi et à ce que j’en constate, c’est déjà un très grand pas venant de votre part.

Quelque chose se réveilla alors dans ma tête, une chose qui tentait désespérément de s’imposer à mon esprit, mais je n’arrivais pas à l’extraire des méandres de ma mémoire. Cependant, une question me titillait :

— Mais ? Mais qui êtes-vous exactement ? demandai-je presque agressivement.

Le regard du vieil homme se fit soudain plus triste. C’était tout de même étrange car sa tête me disait quelque chose… mais qui était-il, bon sang ?

— Vous ne le savez vraiment pas ? Vous ne le devinez absolument pas ?

Je secouai ma tête avec une certaine violence.

— Non.

— Ici, je suis votre guide, votre ami et votre père spirituel, en quelque sorte, reprit-il en me voyant écarquiller les yeux. On m’appelle par bien des noms mais pour ceux de votre peuple, ceux que je considère comme mes enfants les plus précieux, je suis Eru.

— Eru ?

Ce nom me disait bien quelque chose mais… A ce même instant, un mot se dessina dans ma tête, s’affichant à ma conscience comme une sonnette d’alarme :

Cerise !

Cerise !?

Mais qui était Cerise ?… Puis le déclic se fit en moi. Comment avais-je pu l’oublier ?

— Pourquoi m’appelez-vous Elenwë ? Je ne suis pas Elenwë, mais Cerise ! Cerise Martin.

Le vieil homme, enfin Eru, ferma brièvement les yeux puis me repoussa gentiment.

— Il est temps pour vous de partir, je sens nos chemins se séparer mais je gage que nous nous reverrons bientôt, petite étoile perdue.

J’allais lui rétorquer quelque chose mais, estomaquée, je vis le décor de cette immense bibliothèque fondre puis… disparaître totalement, me laissant dans une pièce totalement blanche et tellement lumineuse que je dus fermer les yeux… Mais où avais-je déjà vu cet homme ? Puis au moment où je me sentis tomber, je sus avec exactitude où je l’avais déjà vu.

Ce n’était pas possible ! Cet homme ?! Eru ?! Il s’agissait du professeur Tolkien ?!

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Ma tête me lançait affreusement, j’avais si mal que j’eus l’impression d’avoir été piétinée par un troupeau d’éléphants. J’essayai, tant bien que mal, de me redresser mais la douleur au niveau de ma tempe était insupportable. Je touchai avec précaution l’endroit où se trouvait la douleur mais une main douce et ferme m’empêcha aussitôt d’y accéder.

— Qu’est-ce qui m’est arrivé au juste ? demandai-je en gémissant.

— Vous êtes tombée de votre jument, répondit Legolas.

C’est lui qui venait de m’empêcher de palper là où ça me faisait si mal.

— Co… Comment ?

— Vous vous êtes littéralement endormie dessus mais nous n’avions rien remarqué, renchérit Gimli.

Cette fois, j’ouvris les yeux et je vis mes deux amis penchés vers moi, leurs yeux emplis d’inquiétude.

— Comment vous sentez-vous ? s’inquiéta le fils de Thranduil.

— Je souffre le martyre, répliquai-je, me sentant un peu nauséeuse.

— C’est normal, c’est un miracle que vous n’ayez pas eu quelque chose de plus grave. Vous nous avez fait peur Cerise. Vous vous êtes endormie sur votre monture, les yeux ouverts, puis vous êtes tombée…

Endormie ? Je m’étais endormie ? Avisant les environs, je vis que nous étions un peu en recul par rapport au chemin de terre que nous empruntions. Le cheval de Legolas et le poney de Gimli attendaient tranquillement, non loin de nous, puis je vis l’élan de Thranduil qui semblait littéralement captivé par deux papillons qui dansaient dans les airs. Quelque chose n’allait pas, mes yeux me brûlaient, la lumière était bien trop vive et j’avais la sourde impression de ressentir les choses plus fortement qu’auparavant.

— Je me suis cognée la tête, compris-je.

— Et pas qu’un peu, me fit remarquer Gimli. Vous êtes tombée la tête en avant. Vous vous êtes pris un sacré rocher d’ailleurs.

Il s’approcha de moi et me passa un linge frais et humide sur le front.

— Vous avez perdu un peu de sang, reprit Legolas et vous êtes restée inerte pendant quelques heures. Nous avons cru que nous allions vous perdre.

A ces mots, mes yeux s’agrandirent de surprise. Ils avaient cru que j’aillais mourir ? Sérieusement ?!

— Oh bon sang ! Vraiment ?

— Oui Cerise, vraiment.

Je secouai la tête. Décidément, je n’étais vraiment bonne à rien dans ce foutu monde. Puis me souvenant que l’élan du roi était dans les environs, j’en déduisis que ce dernier ne devait pas être très loin… Pourquoi n’était-il pas à mes côtés ?

— Où est Thran… le Seigneur Thranduil ? demandai-je en me reprenant. Même si j’avais le droit de l’appeler par son prénom dans l’intimité, j’avais parfaitement compris que ce n’était pas forcément le cas devant ses gens, même son fils.

— Nous avons dû éloigner mon père un moment, dit Legolas dont le visage exprimait une grande lassitude.

Je vis Gimli, du coin de l’œil, se tourner vers son ami, le visage renfrogné. Ces deux là semblaient me cacher quelque chose mais quoi ?

— Que s’est-il passé exactement durant que j’étais inconsciente ?

Gimli souffla, rejoint par Legolas dont les épaules s’affaissèrent brièvement. Leur attitude respective n’était franchement pas encourageante.

— Vous me faites un peu peur là, vous savez ?

L’elfe secoua la tête une nouvelle fois.

— Vous n’avez pas à être effrayée, Cerise, mon père a juste eu du mal à garder une certaine contenance quand nous avons cru vous avoir perdue. Votre souffle était si faible que… il a cru que vous étiez en train de mourir.

— Et ? dis-je le cœur battant.

— Et rien, continua Gimli, il a juste un peu perdu la tête, c’est tout.

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Thranduil

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Je regardais d’un œil morne l’eau translucide de la Bruinen qui courait dans son lit pour aller se perdre plus loin dans des contrées situées plus au Sud. Nous étions à quelques kilomètres de la dernière maison simple des elfes… Imladris. Le refuge créé par Elrond au second âge de la Terre du Milieu. Un endroit sûr et serein pour n’importe qui voulait y passer du temps, tant pour se reposer que pour méditer. Levant mon visage vers le ciel, je vis que nous n’étions pas très loin non plus du Gué de la Bruinen il ne nous faudrait guère plus de quelques heures pour atteindre la demeure des elfes.

Pour ma part, je n’étais pas des plus pressé de revoir les fils d’Elrond que j’avais à peine entraperçus au fil des siècles passés. S’il n’y avait pas eu cet accident aujourd’hui, j’aurais tout fait pour passer à côté, quitte à ce que Legolas et la créature qui l’accompagnait, son nain, aillent seuls présenter leurs hommages aux petits-fils de la dame de la Lórien.

Cependant, il avait fallu que Cerise, une nouvelle fois, nous fausse compagnie, et ce par la voie la plus improbable qui soit ; elle s’était endormie à la manière des elfes, sur sa jument. Nous n’avions rien remarqué et il avait fallu que sa monture dévie de quelques millimètres de la route pour qu’elle tombe sur le seul rocher des environs, la tête la première.

Ma première réaction avait été de la réprimander pour son manque d’attention mais quand je l’avais vue inerte sur la route et que Legolas et le nain s’étaient penchés sur elle pour évaluer les dégâts, j’avais compris que quelque chose n’allait pas.

Une peur sourde faisant écho à un vieux souvenir du passé que j’avais enfoui aussi loin que possible dans ma mémoire s’était emparé de moi. J’avais ordonné au reste du groupe d’avancer vers Imladris sans nous. Tamril et Finlenn avaient voulu rester mais je les avais également congédiés. Je n’avais pas besoin d’eux.

J’étais comme anesthésié quand j’étais descendu de Vif Argent pour m’avancer vers elle. Legolas et ce satané nain faisaient écran de leur corps et je n’avais pu voir ce qu’il en était.

J’avais voulu repousser mon fils quand il s’était retourné vers moi la mine inquiète.

— Elle respire à peine, Ada.

Comme hypnotisé, j’avais vu son visage aussi blanc qu’un linge, le sang s’écoulant le long de son cou pour venir tacher l’herbe verte…

En repensant à ma réaction, je sentis une bouffée de honte me submerger. Mais qu’est-ce qui m’avait pris de paniquer ainsi ?! Jamais je n’aurais dû réagir avec une telle violence. J’avais voulu la prendre dans mes bras et l’emmener loin d’eux, la garder pour moi jusqu’à ce qu’elle se fane. Mais elle ne se fanerait pas car elle n’était pas morte. Elle avait juste pris un mauvais coup à la tête.

Le nain s’était alors occupé d’elle tandis que mon fils m’avait emmené, presque de force, jusqu’ici pour que je puisse me calmer.

— Elle va s’en sortir, Ada, elle a juste perdu connaissance, m’avait-il dit.

Tout ce que je savais, à l’heure actuelle, c’est que cela faisait déjà bien des heures que j’attendais là, la peur au ventre qui me broyait comme si de minuscules petites dents acérées étaient en train de dévorer mes entrailles.

Debout devant la Bruinen que je contemplais d’un œil morne, j’attendis encore et encore et finis par me demander si je n’allais pas prendre racine à cet endroit sans jamais pouvoir en repartir.

— Vous semblez bien songeur, Thranduil, me lança la voix mal assurée de Cerise.

Elle était vivante. Mes yeux s’agrandirent de stupeur, la peur faisant place à un tel soulagement que je faillis perdre contenance.

— J’admire la rivière, dis-je, toujours sans me retourner.

Je ne pouvais pas encore la voir. Si je me retournais maintenant, j’exposerais à sa vue une partie de moi que je n’étais pas encore prêt à offrir. Cet aspect que je croyais à jamais mort et éteint.

— Je suis désolée de vous avoir inquiété et d’avoir été si maladroite, commença-t-elle.

Ma poitrine se serra à ces mots qui étaient on ne peut plus vrais. J’avais été inquiet mais… je n’aurais pas dû, pas comme cela en tout cas.

— Je n’accepte pas vos excuses, Cerise, dis-je froidement, en me retournant vers elle, cette fois-ci.

Je m’avançai lentement vers elle et elle fit de même, si bien que bientôt, nos deux corps se touchèrent presque. Elle m’observait comme je l’observais. Elle semblait si pâle, ses traits étaient tirés, le côté droit de sa tête présentait une blessure d’apparence bénigne.

Pris dans un élan qui me venait de très loin, je tendis la main et mes doigts attrapèrent son menton que je tournai dans ma direction, pour regarder si elle n’avait rien d’autre. A quoi pouvait-elle penser exactement tandis que je la touchais ? Qu’est-ce que son âme renfermait de si précieux et qui m’était encore interdit d’accès ? Mon Elenna était-elle dans cette tête ? Ce corps lui appartenait-il vraiment ? Tout se mélangeait tellement en moi. Une myriade de sensations me prit quand elle s’agrippa à moi, enfouissant son visage contre mon torse. Elle respirait fort et vite.

La colère que je ressentais encore retomba aussitôt. Je passai un bras autour d’elle et lui caressai doucement les cheveux. Ils étaient encore emmêlés de feuilles, d’épines et de poussière.

— Qu’allons-nous bien pourvoir faire de vous, Cerise ? dis-je doucement.

Au tremblement de ses épaules, je ne sus si elle riait ou bien pleurait.

— Vous me le dites si souvent que j’en viens à conclure que ce sujet vous préoccupe bien plus que vous ne le pensez, chuchota-t-elle tout contre ma poitrine.

Je sentais son souffle chaud à travers mes vêtements.

Je l’éloignai à regret de moi.

— Vous êtes exaspérante, Melda heri, mais venez, dis-je en attrapant son bras avec douceur, il nous faut retrouver mon fils et reprendre la route. Le soleil ne va pas tarder à se coucher et ces sentiers sont moins sûrs une fois la nuit tombée.

Je ne voulais plus songer à tout cela, du moins pas maintenant. Je me sentais las. Mes nuits, depuis notre départ, étaient loin de me reposer, mon sommeil ponctué de cauchemars qui me laissaient le goût d’une telle perte que je ne me souvenais que rarement de ce dont j’avais bien pu rêver. Mon subconscient préférait sans doute épargner de nouvelles tortures à mon âme déjà bien tourmentée.

Nous rejoignîmes en quelques minutes Legolas et le nain qui nous attendaient déjà sur leurs montures respectives. Adressant un ordre en Sindarin à mon élan, je vis Vif Argent venir au trot vers moi. A mes côtés, je sentis Cerise se tendre.

— Où se trouve Douce Etoile ? me demanda-t-elle alors.

— L’un des nôtres l’a pris avec lui, vous finirez la route jusqu’à Imladris avec moi, Cerise.

— Imladris ? questionna-t-elle en dévisageant Vif Argent, l’air inquiet. Ce dernier releva la tête en paradant devant elle, ce qui faillit me faire glousser mais je me repris. Un roi ne glousse pas, c’est inconvenant.

— Fondcombe, Cerise, intervint Legolas en s’approchant de nous. Je vous en avais déjà parlé. Nous allons y séjourner quelques jours, le temps de reprendre des forces et de profiter de l’accueil de la dernière maison simple des elfes et des deux fils d’Elrond. Ils sont toujours ravis d’avoir de la compagnie.

— J’ai hâte, dit-elle avec un large sourire.

Je vis néanmoins que sa chute et le choc qu’elle avait subi à la tête l’avaient fatiguée. Sans la prévenir, je la saisis par la taille pour la porter sur Vif Argent qui ne broncha pas, contrairement à Cerise qui poussa un cri de surprise.

— Vous pourriez prévenir ! s’insurgea-t-elle.

Je ne lui répondis pas et montai derrière elle. Une fois installés correctement, je la ramenai un peu plus contre moi et pris la bride pour avancer.

— Allons-y, Legolas, nous avons assez perdu de temps ici.

Et je partis au galop.

— Je m’appelle Gimli, fils de Gloïn, entendis-je marmonner au loin, vous pourriez avoir la décence de ne pas faire semblant de ne pas me voir et de faire comme si je n’existais pas !

— Laissez tomber, mon ami, je crois que mon père a d’autres priorités pour le moment.

Mon fils ne croyait pas si bien dire. Jetant un coup d’œil à ma petite humaine, je vis qu’elle somnolait tout contre moi, elle semblait plus détendue et une part infime de mon être, aimait la voir ainsi abandonnée… Elle était tellement adorable.

J’aimais l’avoir à mes côtés, j’aurais dû la prendre avec moi depuis le début de ce long voyage.

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Cerise

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Je sentis à peine Thranduil me porter à l’intérieur. Je n’eus aucune réaction quand il m’allongea sur un matelas moelleux et confortable, puis quand il me couvrit d’un drap aussi doux que de la soie. Ou peut-être n’était-ce pas lui, mais je me sentais si fatiguée que je ne pris même pas la peine de vérifier qui me bordait ainsi.

Je dormis d’un sommeil sans rêve. Pas d’elfes bizarres, ni de vieux monsieur du nom de Eru, et ça m’allait parfaitement. J’étais en train de m’étirer en poussant de lourds gémissements de contentement quand la porte s’ouvrit sur un Legolas aussi sidéré que dubitatif. Il regarda l’intérieur de la pièce comme s’il cherchait une seconde personne. Alors je compris et je ne pus m’empêcher de glousser.

— Vous faites de drôles de bruits quand vous vous réveillez, Cerise, me réprimanda-t-il gentiment.

Me levant du lit, je ne pus m’empêcher de l’admirer. Il avait troqué ses vêtements de voyage dont les couleurs kaki et verts feuillages rappelaient indéniablement la nature pour une tunique bleue argentée sertie d’une ceinture marron sur un pantalon gris argenté qui lui moulait les jambes — ce que nous appelons chez nous plus communément des slims. Ses cheveux bruns aux doux reflets cuivrés étaient attachés sur les côtés par des nattes savamment exécutées. Un diadème était posé sur son front, indiquant la nature de sa position, même si avec le départ de tous ces elfes, cela ne voulait très certainement plus dire grand chose.

— Suis-je à votre convenance, mellon nín ? s’amusa-t-il, me sortant de ma contemplation.

— Désolée, Legolas, je ne voulais pas être impolie.

— Il n’y a pas de mal, répondit-il avant de laisser le passage à Lalaith. Bien, Cerise, nous nous reverrons pour l’heure du repas.

Je le regardai partir tandis que Lalaith rapportait un bassin rempli d’eau d’une des pièces attenante à la chambre. Je la regardai faire puis je vis la robe qui attendait sur un valet.

J’écarquillai les yeux de surprise. Elle était juste… sublime. D’un bleu rappelant la couleur du ciel avec de longues manches translucides et bouffantes resserrées sur les poignets. Le décolleté arrondi possédait aussi plusieurs plis aériens d’un bleu un peu plus soutenu. Sur les côtés, de longues décorations elfiques argentées disparaissaient dans les replis de la robe.

— C’est le seigneur Thranduil qui l’a fait confectionner pour vous quand nous étions encore à Eryn Lasgalen, m’expliqua Lalaith avec un doux sourire de connivence.

— Il l’a fait faire pour moi ? m’exclamai-je, un peu surprise.

Elle acquiesça avant de me pousser vers le tabouret rembourré pour pouvoir m’aider à faire mes ablutions.

Je laissai faire Lalaith, me faisant pomponner comme une petite fille riche. Elle releva mes longs cheveux blonds en un chignon lâché sur lequel elle défit plusieurs longues mèches qui retombèrent en boucles souples dans le bas de mon dos. Mes cheveux n’étaient ni bouclés ni frisés, mais pas vraiment raides non plus. Ils étaient d’un beau blond. J’étais très fière de ma tignasse. Le bleu pâle de ma robe m’allait parfaitement au teint et bien que mes yeux ne soient ni bleus ni verts mais plutôt marron-noisette, je leur trouvai un éclat que je ne leur connaissais pas auparavant. Sans doute était-ce lié à la fatigue du voyage.

En guise de bijoux, Lalaith me ramena un pendentif que je n’avais jamais vu. Il représentait une figure au dessin compliqué. Je ne posai pas de questions dessus et laissai l’elfe me l’attacher au cou.

Quand je fus fin prête, je me levai et pris le chemin de la porte. Regardant Lalaith de côté, je vis qu’elle n’était pas en reste, elle non plus. Elle était vraiment magnifique. J’eus un pincement au cœur en me disant que jamais je ne pourrais rivaliser avec la beauté des elfes.

Décidant que ça ne servait à rien de ruminer sur l’inévitable, je me pris à admirer le lieu. Alors c’était ça, Fondcombe ? Le couloir dans lequel nous avancions était en fait découvert et je fis quelques pas sur le côté, pour admirer l’étendu du paysage. Il faisait nuit et la lune dans son quart nous éclairait doucement de ses rayons lumineux. Le bruit de plusieurs cascades accompagnait la musique que nous entendions au loin. Des flûtes et des harpes. En levant les yeux, je vis les Monts Brumeux qui s’étendaient à perte de vue, de la neige sur les hauts cols, de la verdure sur les roches les plus basses. Je compris alors que cet endroit avait été construit dans une espèce de cave creuse. Me penchant contre la rambarde, je distinguai en contrebas la rivière qui s’écoulait tranquillement.

Même si ça paraissait moins féérique que dans le film de Peter Jackson, l’endroit n’en restait pas moins spectaculaire.

— Que faites-vous Ma Dame ? demanda Lalaith perplexe, me rappelant aussi à l’ordre. Nous sommes attendues pour le repas du soir.

Soupirant, je détachai mes yeux de ce tableau pour le moins bucolique et la suivis. Nous débouchâmes bientôt sur une terrasse immense où plusieurs tables avaient été dressées. Quelques elfes jouaient effectivement d’instruments tels que de la Harpe ou bien même de la flûte traversière. C’était mignon mais bof… Pas trop ma tasse de thé. Lalaith, me laissa en plan pour aller saluer une table où se trouvaient plusieurs elfes, dont Tamril et Finlenn.

— Vous êtes resplendissante, Lalaith, répondit le capitaine de la garde en s’inclinant devant elle.

Je la vis minauder tandis que deux autres elfes se joignaient à Finlenn dans une salve de compliments qui me firent hausser les yeux au ciel. J’eus toutefois le temps de voir le regard pénétrant de Tamril m’observer avec grand intérêt mais je fis semblant de ne pas l’avoir remarqué. Je ne voulais pas lui parler. Je ne saurais quoi lui dire.

Abandonnée par Lalaith, qui ne semblait pas décidée à revenir, je me résolus à trouver une place moi-même. Je vis une table en retrait sur laquelle étaient entreposés plusieurs mets qui semblaient des plus appétissants. Laissant les elfes à leur discussion, je décidais de m’assoira là-bas en attendant.

Au bout d’une demi-heure, je soupirai de lassitude. Je me sentais isolée et seule. Je n’avais touché à rien. Je n’avais pas faim. Je me demandai où pouvait bien se trouver Thranduil. M’avait-il oubliée, lui aussi ?

Perdue dans mes pensées, picorant à peine ce que j’avais mis dans mon assiette, je me laissai aller à la mélancolie et ne vis pas un elfe d’une très grande stature se planter devant moi.

— Que fait une si jolie créature seule à cette table ?

Tirée de mes pensés, je relevai la tête pour voir à qui appartenait cette belle voix grave et je faillis avaler de travers le morceau de laitue que j’avais porté à ma bouche.

L’espèce de dieu vivant qui me faisait face s’empressa de me donner un verre d’eau et me tapota fortement le dos.

— Excusez-moi, dis-je d’une voix étranglée, toussant à m’en faire vomir. Mais je crois que je ne m’y habituerai jamais !

— Vous habituer à quoi ? me demanda l’éphèbe qui se pencha vers moi.

Je pris mon temps pour l’admirer en mâchant ma laitue bruyamment — il n’y avait pas à dire, j’avais un sex appeal à faire pleurer une reine de la drague — c’est vrai que cet elfe là était vraiment très beau. Très grand, dans les un mètre-quatre-vingt-dix voire deux mètres, les cheveux mi-longs, bruns, attachés en arrière par une demi queue de cheval, une peau moins diaphane que celle des elfes en général mais plus « bronzée » dirai-je. Ses yeux, quant à eux, pétillaient de malice et étaient d’un beau gris pale. Il avait un nez assez long sans être proéminent et sa bouche semblait quémander les baisers. Je n’aimais pas les hommes aux lèvres pulpeuses mais j’aurais bien fait une exception pour celui là… Ben qu’il ne soit pas vraiment un homme. Pour le reste, il était habillé d’une longue tunique verte aux motifs argentés, sur un pantalon marron et comme Legolas, il avait une espèce de diadème sur la tête. Je me demandai vraiment qui il pouvait bien être ?!

—Votre beauté, répondis-je finalement.

— De ma quoi ?

Il ne semblait pas comprendre. Certes, j’avais pris mon temps pour lui répondre mais qu’y pouvais-je si les elfes me subjuguaient systématiquement ? Bien que je me sente, depuis le temps, moins impressionnée et sans doute un peu plus blasée, ça n’en restait pas moins assez troublant à chaque fois.

— De rien. Puis-je manger en paix, s’il vous plait ? lui demandai-je un peu froidement.

Je repartis dans la contemplation de mon assiette à peine entamée.

— Excusez-moi, gente dame, reprit cependant mon interlocuteur, loin de moi l’idée de vous importuner, mais je recherche une certaine Cerise. Elle est attendue à la table des Seigneurs depuis un bon moment. Il me semblait qu’il n’y avait qu’une humaine qui se trouvait ici mais on m’a assuré que celle-ci était d’une exubérance à faire pâlir ma propre grand-mère, hors pour le moment…

— C’est moi, le coupai-je avant qu’il n’en rajoute d’avantage. Il avait tout de même réussi à me faire sourire un peu. Je suis Cerise, et à qui ai-je l’honneur, si je ne suis pas indiscrète ?

— Je manque à tous mes devoirs, répondit-il en posant une main sur son cœur, je suis Elladan, fils d’Elrond et petit-fils de la Dame Galadriel.

Cette fois-ci, il avait toute mon attention. Je l’admirai une nouvelle fois, tentant de retrouver quelques traits de sa grand-mère mais… Je ne connaissais pas assez la Dame Galadriel pour pouvoir comparer.

Lui-même faisant pareil avec moi, je me sentis rougir quand je vis son regard errer sur mes courbes pour le moins voluptueuses et très différentes de ses congénères féminins. Puis, il me tendit la main.

Comprenant qu’il ne me lâcherait pas tant que je ne le rejoindrais pas, je finis pas obtempérer. Rester seule dans mon coin n’était pas une si bonne idée que ça. J’avais besoin de m’aérer la tête. Je posai ma main dans la sienne et il me tira, d’un coup sec, pour me relever. Me prenant les pieds dans l’ourlet de ma robe, je trébuchai sur lui.

— Désolée, beau gosse, dis-je, prenant le parti d’en rire.

Mais bordel, quoi, Cerise, reprends toi, qu’est-ce qui t’arrive au juste ?

Elladan éclata de rire, ce qui surprit les autres tablées qui nous dévisagèrent comme si nous avions perdu la tête, puis je me souvins de propos que Thranduil m’avait tenu au début de notre voyage.

— Je vous préviens Elladan, certains elfes ici ont une propension à s’imaginer des choses juste pour le plaisir de pouvoir vomir sur le dos des autres.

— Plaît-il ?

Il n’avait évidemment rien compris.

Tandis qu’il m’emmenait vers une autre terrasse qui surplombait celle-ci, je lui expliquai alors les ragots qui circulaient à mon encontre. Il eut l’air d’abord surpris, puis étonné. Je ne savais pas si je devais m’en vexer.

— Vraiment Cerise, vous êtes une sacrée séductrice ! s’exclama-t-il en riant.

Il avait un joli rire et une fossette se creusait sur sa joue quand il souriait.

— Mais pas du tout, dis-je, c’est à l’insu de mon plein gré.

Je lui fis un léger clin d’œil de connivence.

Je vis Thranduil lever ses yeux vers moi. Il s’était aussi changé et il était tellement beau que j’en oubliai un moment que je n’étais pas seule. Je ne vis pas Elladan nous regarder tour à tour, ni quand il m’attrapa par la taille pour me plaquer contre lui.

Je poussai un petit cri de surprise avant de me retourner vers lui.

— Mais qu’est-ce qui vous prend, voyons ?!

— Rien, me murmura-t-il à l’oreille mais je voulais juste m’assurer d’une chose. Coulez doucement un regard sur le côté et regardez comme le fier roi des elfes sylvestres semble furieux.

Je fis ce qu’il me demandait et mon cœur fit plusieurs embardées. Thranduil avaient les yeux qui brillaient de rage contenue. Etait-il jaloux ? Est-ce que cela pouvait être possible ? A côté de lui, Legolas affichait un air sombre. Je sus que j’étais bonne pour un sermon de sa part alors que je n’avais strictement rien fait.

— Vous êtes culotté, Elladan, soufflai-je.

— Vous devriez vous détendre, Cerise. Personne ne vous fera de mal ici, je m’en porte garant, répondit-il avant que nous arrivions devant la grande table.

— Vous êtes resplendissante Cerise, me dit Legolas en se levant pour m’emmener entre lui et son père. — Je suis désolé, reprit-il plus bas, j’aurais du venir vous chercher moi-même mais j’ai cru que Lalaith vous aurait amenée jusqu’à nous…

— Eh bien non, dis-je un peu remontée contre elle. Dès que nous sommes arrivées sur l’autre terrasse, elle s’est empressée de faire du plat à ces pauvres Finlenn et Tamril.

— Vous parlez bien étrangement, Ma Dame, me dit une voix qui ressemblait, à s’y méprendre, à celle de Elladan.

Cherchant des yeux la personne qui venait de s’exprimer, je compris pourquoi Elladan un peu plus loin, souriait de toutes ses dents. Il avait un frère jumeau !

— Cerise, dit-il, je vous présente mon jumeau, Elrohir. Elrohir, voici la piquante et exubérante Cerise.

— Enchanté de faire votre connaissance, Ma Dame, répondit-il en levant son verre. Puis, se tournant vers son frère : — Je ne vous savais pas si intimes, elle et toi, pour que tu permettes de l’appeler ainsi par son prénom, et ce, sans demander sa permission.

Au lieu de répondre, Elladan se mit à rire sous les regards acides de Legolas et de Thranduil. Je ne sais pas ce qu’il me prit alors mais j’attrapai le poing fermé de Thranduil qui était resté sous la table et détendis ses doigts pour pouvoir glisser ma main dans la sienne. Il s’apaisa un peu et reprit la conversation qu’il avait avec Annael avant que nous ne les interrompions.

Le reste du repas se déroula sans accroc. Bien que je n’aie pas spécialement faim, je tentai de faire honneur à tous les plats que l’on nous présentait. Une fois le repas terminé, les jumeaux nous proposèrent de prendre quelques rafraîchissements et de profiter de la tiédeur de la nuit. Le ciel étoilé semblait m’appeler de toutes ses forces et, tandis que Gimli et Legolas nous régalaient d’anecdotes sur leurs différents voyages, je me pris à rêver de ces petites boules lumineuses qui se trouvaient au-dessus de moi. Je repensai à la chanson de Legolas et commençai à la fredonner doucement. Je ne me rappelais pas les paroles exactes mais, même si j’avais été dure avec Legolas, cette chanson m’avait beaucoup touchée.

Je mis un moment à me rendre compte que les elfes s’étaient arrêtés de parler. Comprenant que j’avais du chanter plus fort que je ne le pensais, je m’arrêtai tout d’un coup, trop honteuse d’avoir été surprise comme ça. Qui plus est, je m’aperçus que j’étais carrément affalée dans les bras de Thranduil qui me regardait comme si une seconde tête venait de me pousser dans le cou.

Puis, Elladan se mit à applaudir, rompant ce silence assez gênant.

— Formidable dit-il, vraiment formidable, Cerise.

Je me mis à rougir, c’était la première fois que quelqu’un appréciait ce que je chantais.

— C’est vrai ? dis-je, rougissant de plus belle.

— Pas du tout, en fait, je n’ai jamais entendu quelqu’un chanter aussi mal et faux de toute mon existence, Cerise mais…

— Oh, c’est bon, dis-je vexée, pas la peine d’en rajouter une couche.

— Cerise, où avez-vous appris cette chanson ? me demanda Thranduil, méfiant.

Je me tournai alors vers Legolas qui ne m’avait pas quitté des yeux. Il semblait surpris. Quant à Gimli, il en avait arrêté de fumer sa pipe.

— C’est votre fils qui la chantait l’autre jour, dis-je vaguement.

Thranduil reporta son regard surpris vers son fils.

— Tu m’avais caché, ion nín, que tu connaissais cette version.

— Pas du tout, Ada, je l’ai chanté en langage commun, je ne connais pas la version en Quenya. Très peu ici la connaissent d’ailleurs.

Tout le monde se tourna vers moi, me scrutant comme si on venait d’apprendre que j’étais un extraterrestre. Pour l’heure, je n’avais qu’une envie, enfouir mon nez contre l’épaule de Thranduil et me repaître de son odeur qui, elle seule, savait me rassurer.

Jeune fille, me dit Elrohir qui semblait plus sérieux que son frère, où avez vous appris à parler aussi bien la langue de nos ancêtres ? me demanda-t-il d’une voix douce et chantante.

— Tout à fait entre nous, je ne vois absolument pas de quoi vous parlez, répondis-je en reniflant.

Ce qui était on ne peu plus vrai.

Mais vous comprenez ce que nous vous disons pourtant, vous avez bien du l’apprendre quelque part ? surenchérit Elladan.

Ils me fatiguaient, je ne savais pas de quoi ils me parlaient. Je n’y tins plus et fis ce que j’avais envie de faire depuis tout à l’heure, je me blottis contre le roi des elfes qui n’objecta rien.

— Bien, dit ce dernier, je crois que Cerise est très fatiguée, nous avons eu une journée assez difficile. Cerise a eu un accident qui mérite que nous la laissions tranquille, du moins pour ce soir.

— Mon père a raison, reprit Legolas. Laissons la se reposer. Nous aurons bien le temps d’éclaircir tout cela un autre jour.

Les jumeaux acquiescèrent avant de se tourner vers moi :

— Veuillez nous pardonner notre insistance, Vanimalda hiril, déclarèrent en chœur les jumeaux, tandis que Thranduil et moi-même quittions déjà la terrasse.

— Bonne nuit, dis-je avant de suivre mon compagnon dans les couloirs découverts.

Nous marchions tranquillement, quand je vis un petit bosquet un peu plus bas. Prise dans l’élan du moment, je commençai à descendre les marches qui y menaient sans prévenir Thranduil. Ce dernier se retourna subitement quand il m’entendit prendre une autre direction.

— Où allez-vous comme cela, Cerise ?

— Je n’ai pas envie de dormir maintenant, Thranduil. J’aimerai allez voir ce bosquet en contre bas… Voulez-vous vous joindre à moi ? dis-je en me mordillant la lèvre inférieure.

Il pencha la tête, faisant mine de réfléchir puis un sourire tordu naquit sur son visage.

— Très bien, Cerise, je vous suis.

Nous descendîmes les marches et, après avoir emprunté un petit sentier, nous arrivâmes enfin devant le bosquet entouré d’arbustes. J’eus un coup au cœur en me rendant compte qu’il ressemblait à s’y méprendre, à celui du film dans lequel Arwen et Aragorn s’étaient embrassés une fois. Avisant le petit kiosque, je vis qu’à l’intérieur, se trouvait une large banquette, je gravis les quelques marches pour pouvoir m’y asseoir et profiter à mon aise, de la nuit étoilée.

— A quoi pensez-vous, Melda heri ? me demanda Thranduil en venant me rejoindre sous le kiosque.

Incapable de m’en empêcher, je me pris une nouvelle fois à admirer cet elfe qui me faisait vibrer comme jamais. Il arborait la même tunique que son fils à la différence près que celle du roi était plus longue. Son pantalon oscillait entre le gris et le vert, et ses bottes— si tant que l’on pouvait appeler ça des bottes — lui montaient jusqu’aux genoux. Deux longues mèches de sa longue chevelure blonde étaient retenues en arrière. C’était rare de le voir ainsi. Il semblait presque différent du souverain que j’avais connu il y a presque deux ans… D’ici deux mois et demi, ça ferait deux ans que j’avais atterri ici.

— Je n’arrive pas à croire que… commençai-je étonnée parce que j’allais dire, je n’arrive pas à croire que je crois enfin à ce que je vis.

— Ce que vous vivez ? reprit Thranduil qui ne comprenait pas ce que je voulais lui dire.

Moi non plus, je ne me comprenais pas, il y avait quelque chose de plus sourd qui palpitait en moi, comme s’il s’apprêtait à exploser… Comme une évidence qui voulait se révéler à moi. Thranduil avait le visage tourné vers la nuit étoilée. Ses yeux semblaient chercher quelque chose et je sus alors que ma place était là, auprès de lui et nulle part ailleurs.

— C’est comme si j’avais attendu ce moment pendant des siècles, soufflai-je, me levant pour aller vers lui.

— Cerise, qu’avez-vous dit ? s’exclama Thranduil surpris.

— Je crois bien que je suis…

Au moment où j’allais lui avouer ce que je venais de découvrir au fond mon cœur, quelque chose de tout à fait étrange se produisit.

— Oh, bon sang ! Thranduil regardez, les étoiles !

Mais qu’est-ce que cela signifiait ? Toutes les étoiles présentent dans le ciel s’étaient mises à clignoter, tour à tour, comme si elles essayaient de dire quelque chose de…

Mais c’était tout simplement impossible, n’est-ce pas ?!

A Suivre


Annotations

– Eru : ou Tolkien, oui j’ai osé. C’est une idée comme une autre n’est-ce pas ? Après tout, n’est-ce pas Tolkien le père de toute chose sur Arda et la Terre du Milieu ? N’est-il pas le « père » des Valar, des Eldar, des Elfes et j’en passe ?

– Vanimalda hiril : gente Dame en Quenya.

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8 commentaires

  • Je sais que tu vas l’avoir déjà lu, mais… Que dire de ce que j’ai déjà pas dis?
    Alors, ben écoute, je te remet ici, avec plaisir, ce que j’avais pensé et ce que je pense toujours de ce chapitre, j’aime ta façon d’écrire et là, elle est de plus en plus profonde…
    Et au-delà de ça, j’aime la personne qui ce cache derrière ce pseudo, parce qu’elle est adorable, que je suis heureuse d’avoir fait sa connaissance et que j’ai bien hâte de rencontrer…

    Tes chapitres sont de plus en plus riche, que ce soit de détails où bien d’émotions qui signifient tellement…
    La première partie, avec son rêve, sa chute et les conséquences sur Thranduil, donne des frissons, surtout quand on voit comment il réagit. Et oui, il tient à notre chère humaine mais bien plus qu’il ne pensait. Il est bien le seul à pas s’en rendre compte, têtu de Roi Sylvestre !
    On sent une évolution chez Cerise, une mélancolie, mêlée à des questions et des rêves qu’elle fait… La fin me laisse pantoise, s’arrêter alors qu’elle allait lui dire ces trois petits mots… Mais la relation avec les étoiles que tu fais est si belle… Le lecteur ne se doutera de rien, moi je le sais, alors je trouve ça bien mener mais le lecteur là…
    La rencontre avec Elladan et Elrohir est plaisante, cette façon qu’elle a de les intriguer par le fait qu’elle parle Quenya sans s’en rendre compte mais qu’elle le comprend aussi, montre qu’elle n’est pas qu’une simple humaine et eux semble l’avoir compris…
    J’ai bien aimé le passage où elle prend la main de Thranduil et il ne s’échappe pas à ce geste, ça aussi ça veut dire bcp…
    C’est clair que là, on peut clairement voir, que comparé à ta première partie, les sentiments et leurs conséquences, ont bien leur place dans ce second volet, ce qui rend les choses plus touchantes encore…

    Tendresse ma chérie.

    Aimé par 1 personne

    • Coucou ma Isa-chérie !
      Déjà mille mercis d’avoir posté aussi sur ff.net, c’est très gentil de ta part. Oui, tu connais les avancés, même les tenants et les aboutissants. J’essaie de ne rien laisser au hasard dans cette histoire. L’allusion aux étoiles et très importantes ! Quant à la relation entre Thranduil et Cerise, elle prend, un nouveau tournant… Mais je ne t’apprends rien 😉
      Bisous ❤

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  • Bonsoir Darkkline. Je viens tout juste de terminer la lecture de ton dernier chapitre et je suis toujours sous le charme de ce récit. L’intervention de ce vieux monsieur se prétendant être Eru autant que Tolkien a créer une drôle de surprise. J’aime la réaction de Thranduil se défendant de montrer ses sentiments devant tous mais laissant éclater son inquiétude lorsque la chute de Cerise le met dans tous ses états…On se dit ENFIN, il laisse paraître un peu de ce que contient ce coeur si tourmenté.
    La rencontre avec les jumeaux d’Elrond apporte un souffle nouveau. Cela change de la trop belle et trop parfaite Arwen. Quant à la dernière partie du chapitre, on a juste envie de lui souffler dans l’oreille…non, rectification, lui crier dans ses oreilles : MAIS DIT LUI BON SANG !! 😀 Et puis, il y a les étoiles…Beaucoup de poésie, de tendresse dans ce chapitre, c’est très doux ! Que va donner la suite ! !

    Aimé par 1 personne

    • Je suis contente que ce chapitre t’ai plu. Oui le début est assez surprenant mais aussi déterminant, dans un sens, mais cela, vous le saurez plus tard. Les mystères entourant Cerise s’épaississent ( à quand un mystère à la Cerise d’ailleurs ? 😆 ) et son amour pour Thranduil, de plus en plus fort. Quant à lui, il faudra bien un jour qu’il se regarde en face… Ça promet !

      La suite sera très explosive et à fleur de peau 😉

      Merci pour ton commentaire ! Bisous ❤

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  • j’ai déjà donné mon avis sur ff.net mais je réitère ici, méchante couper comme ça pile au moment, tyran , tortionnaire sniffff. Maintenant , je vais m’imaginer des trucs.

    Aimé par 1 personne

    • Merci pour ta review Karine ❤ Oui je sais, je coupe au mauvais moment mais je ne l'ai pas fait exprès… Rien de grave rassure toi 😉 Mais oui, on découvre pleins de choses sur Cerise… Mais pour le moment, elle a du mal, encore, a vraiment réaliser 😉
      Bisous ❤

      Aimé par 1 personne

  • Les premiers paragraphes reprennent la comparaison toujours aussi intéressante entre un auteur et le Créateur, considérant que, surtout dans le cas présent, c’est tout un univers qui a été créé, pas uniquement des personnages… cela étant, le passage reste assez particulier parce qu’entre le rêve, le délire et la vision, il est difficile de démêler le vrai du faux…

    Une nouvelle fois, comme ç’a été déjà le cas à quelques reprises, Thranduil est un peu injuste avec Cerise. Elle n’est aucunement responsable de s’être endormie sur son cheval et elle n’a pas fait exprès de se cogner la tête pile poil sur ce rocher. Le roi des Elfes prend ce coup de malchance pour une énième illustration des capacités de Cerise a emmerder le monde/à attirer l’attention sur elle. Par ailleurs, elle fait l’effort de s’excuser alors qu’elle n’a rien fait de mal et Môssieur trouve le moyen de lui faire des reproches. Ce n’est pas très gentil. Cela étant, j’imagine qu’on peut mettre cette attitude sur le compte du choc et de la peur, même si cela n’excuse rien.

    Question concernant son comportement vis à vis de Gimli : est-ce à cause de son mépris pour les Nains ou de la jalousie inspirée par les bons rapports que ledit Nain entretient avec Cerise ? Quoiqu’il en soit, on ne le refait pas, il est comme ça dans l’œuvre originale (un peu) et dans les films (beaucoup), donc changer cet aspect de sa personnalité n’aurait pas été très inspiré ^^.

    Toutefois, quitte à tirer les oreilles de quelqu’un, Thranduil devrait se préoccuper de Lalaith qui, très franchement, n’a pas été à la hauteur. Planter ainsi la maîtresse du roi dont elle est sensée s’occuper pour s’encanailler avec ses copinous sans plus y accorder la moindre attention est très malpoli. A mon sens, des mesures mériteraient d’être prises, surtout que Thranduil, qui outre le fait de ne pas aimer les Nains, n’aime pas non plus les autres Elfes, n’ira certainement pas remercier la progéniture d’Elrond pour avoir pris soin de Cerise alors qu’elle avait été laissée de côté, isolée des autres.

    Ça fait plaisir de les rencontrer, d’ailleurs, les frangins. C’est d’autant plus intéressant que chacun d’eux semble avoir une personnalité propre. Dans les fanfics que j’aie lues sur eux, on retombait systématiquement dans le même cliché, à savoir des jumeaux Weasley sauce Tolkien. Ici, c’est un peu différent. Autant Elladan est un peu une peste (on dirait que ça l’amuse de faire enrager Thranduil XD), Elrohir a l’air plus réservé et raisonnable… cela dit, ce sont des personnages agréables et c’est un plaisir de les découvrir sous ta plume.

    Sinon, j’ai constaté un changement certain chez Cerise… au début de son aventure, se faire remarquer ne la dérangeait pas plus que cela, on aurait même cru qu’elle le cherchait dans certaines circonstances (par exemple sa fameuse chorégraphie de Lady Gaga). Ici, lorsqu’elle chante en Quenya sans en avoir conscience, elle est au centre de l’attention générale et elle semble trouver cela assez déplaisant… quitte à se cacher derrière Thranduil au sens propre pour ne plus qu’on lui pose de questions. Dans tous les cas, on sent qu’elle est en train de s’échapper à elle-même et qu’elle n’est plus responsable de ses propres pensées à intervalles réguliers… et ce parallèlement à l’évolution de sa relation avec Thranduil.

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  • Hellooo * oh une revenante!*
    Comme j’ai fini mon stage, je rattrape mon retard sur une quête ratée….et quel retard, bazar de bazar!!!
    J’ai vraiment apprécié le retournement de ce chapitre! 🙂
    Pour moi, Tolkien est Eru de toute façon hihi.
    Bisous ❤

    J'aime

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