Chapitre 40 : De l’Ombre à la Lumière

Cerise

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De l’Ombre à la Lumière
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Cerise

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Jamais confrontation n’avait été aussi dure et éprouvante ! Lorsqu’il m’avait emmenée dans la chambre qu’il louait à l’auberge près du port de la Capitale de Valimar, j’avais senti tout mon courage vaciller. Pour tout dire, j’étais morte de peur.

J’avais une trouille bleue de cet échange et j’étais d’autant plus effrayée par l’inévitable finalité. Je savais mes aspirations trop élevées et sans doute impossibles à combler. Je voulais cet elfe du plus profond de mon cœur et même au-delà du raisonnable.
Je devais aussi reconnaître que, lorsque je pensais à ce que nous ne pourrions jamais être l’un pour l’autre, une rage folle traversait mon corps et mon cœur comme une lance enflammée. Je n’aurais pas dû et pourtant, c’était plus fort que moi.
Cependant, je me devais de garder la tête froide et surtout rester rationnelle. Nous devions trouver un terrain d’entente, une solution. Je refusais de ne plus le revoir, je voulais qu’il fasse partie de ma vie, de notre vie, à notre futur enfant et à moi. Bon sang, je l’aimais, c’était bien là le problème ! Rien n’aurait pu être plus compliqué.

— Vous n’êtes pas très bavarde pour quelqu’un qui voulait que nous résolvions certains de nos problèmes.
La voix de Thranduil, posée et méfiante, me sortit de mon silence et de mes atermoiements intérieurs.

Relevant la tête, je vis qu’il s’était assis dans un fauteuil confortable, me scrutant de son regard fier et un peu hautain. Dans ses iris cependant, je vis autre chose, comme une attente inespérée. Qu’attendait-il de nous exactement ?
Prenant mon courage à deux mains, je décidai de faire le premier pas, peu importe qui commençait après tout, il était temps de faire ce qui se devait de l’être… Pour notre bien à tous les deux.
— Je sais, commençais-je, la voix tremblante d’appréhension, que je vous ai maintes fois posée cette question, Thranduil, mais… Que comptez-vous faire de moi ?… De nous ?

J’avais à peine formulé cette interrogation à voix haute qu’il ferma brièvement les paupières avant de les relever, ses yeux me perçant jusqu’à l’âme.

— S’il y a une chose dont je suis sûr, Cerise, une chose dont je vous prie de ne jamais douter, c’est bien de toute l’affection que je vous porte.
A ces mots, je sentis mon cœur arrêter de battre. Il n’avait pas dit « l’amour » mais l’affection. Sans doute devrais-je m’en contenter mais…
— Ne vous fermez pas à moi, petite humaine…
— Je ne suis pas humaine, soufflai-je, atterrée… Je ne sais même pas ce que je suis, finis-je par ajouter dans un ricanement affligé.

Thranduil se leva pour se servir un verre d’eau et m’en proposa un que je déclinai poliment.
— Certes, les dernières révélations concernant votre vie, ce que vous êtes, vous ont suffisamment chamboulée pour tout remettre en question, mais vous êtes ce que vous voulez bien être, petite… Et c’est ainsi que nous vous en aimons davantage.
Il but d’un trait avant de reposer son verre et approcha sa main de mon visage qu’il caressa brièvement.

— Mais vous n’êtes pas la seule à avoir vu toutes les fondations de votre vie complètement retournées. J’ai du faire face moi-même à des vérités difficiles à accepter. J’ai aimé du plus profond de mon âme une elfine qui ne m’était pas réellement destinée. Je me suis senti trahi, mais une part de moi ne peut rejeter ce passé qui fut une erreur plus qu’un mensonge. Pourtant, petite, vous avez su, vous aussi, par la force de ce que vous êtes, vous faire une très grande place dans mon cœur. Êtes-vous, dans ce cas, celle qui m’est destinée ? Au fond de moi, je veux le croire, mais comprenez que ma blessure est encore trop fraîche, trop récente, pour ne pas éprouver d’hésitation. S’il vous plait, Cerise, ne m’en tenez pas rigueur. Soyez patiente.

Tout en disant cela, il n’avait pas lâché mon visage, ses doigts frais caressant imperceptiblement ma joue sans relâche.

M’efforçant de calmer encore cette déception qui m’abîmait de l’intérieur, je soupirai bruyamment. Après tout, dans mon monde, l’amour ne naissait pas d’un coup de baguette magique, il mettait du temps à se développer, à se mettre en place. Il s’agissait surtout d’une question de confiance et de communication. On se mariait rarement pour un coup de foudre, à moins d’être totalement torché lors d’une soirée à Las Vegas, et comme les probabilités d’être à Las Vegas et totalement bourré étaient des plus faibles…

— Je comprends, Thranduil, dis-je doucement. Vous avez même raison et je ne devrais pas agir comme je l’ai fait mais…
— Je sais, Cerise, et j’en suis plus que flatté, m’interrompit-il. Ma seule promesse à ce jour est de prendre soin de vous et vous rendre heureuse car j’en ai terriblement envie. N’est-ce pas déjà suffisant ?

Comprenant que je n’obtiendrais rien de plus aujourd’hui, je finis par abdiquer et me reposai entièrement contre lui, posant ma tête sur sa poitrine sans un mot de plus. Etait-ce mon imagination ? Mais je sentis ses lèvres se poser sur mon crâne avant qu’il ne finisse par m’enlacer tendrement.

Je l’aimais et c’est tout ce qui comptait pour l’heure.

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Thranduil

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Plusieurs semaines passèrent après cette entrevue entre Cerise et moi. Ces semaines devinrent bientôt des mois sans que je ne m’en sois rendu compte.

Mon adorable humaine, — qui n’était pas si humaine que cela, mais m’y habituerais-je jamais ? — n’avait plus tenté d’obtenir de moi ce que je ne pouvais encore lui offrir. Pourtant, force était de constater que je m’attachais davantage à elle chaque jour et j’avais grande hâte de rencontrer les deux fruits de notre amour. Cela avait été un autre choc : découvrir qu’il n’y aurait pas un mais bel et bien deux enfants à naître.

Je l’avais compris assez vite — les elfes pouvaient sentir la vie et si Cerise avait été plus ouverte à ce qu’elle était vraiment, elle l’aurait elle-même su — et j’avais fait part de mon incroyable découverte à la Vala Estë qui s’occupait de la santé de Cerise. Elle me l’avait confirmé mais m’avait également donné l’interdiction formelle d’en parler à la principale concernée.
— Comprenez-moi bien, Thranduil fils d’Oropher, commença Estë d’une voix douce mais ferme. Il serait des plus mal avisé de lui faire part de cela maintenant alors qu’elle commence à peine à accepter le fait d’être prochainement mère.
Mon visage se tordit de dédain à ces mots.
— C’est une erreur, affirmais-je. Cela lui sera d’autant plus difficile à accepter si elle le découvre le jour même de leur naissance. Encore plus quand elle comprendra que nous étions au courant mais que nous le lui avons caché sciemment. Je ne souhaite pas lui faire plus de peine qu’elle n’en a déjà subie.
— Jeune elfe gris, vous vous efforcez de répondre à ses moindres attentes, ce qui est parfaitement normal, mais…
— Non, la coupai-je durement. Je ne suis pas d’accord avec ces propos. Vous la couvez comme une enfant à protéger et non comme une adulte. De plus, Cerise mérite plus que quiconque d’être heureuse parmi nous.
— Mais Elenwë n’est…
— Cerise, grognais-je par dépit, elle s’appelle Cerise !
La Vala secoua la tête.
— Faites comme bon vous semble, fils d’Oropher, après tout, il s’avère que vous connaissez bien mieux cette enfant que nous. Cependant, si je vous dis de garder cela secret pour le moment, ce n’est pas par méchanceté mais pour son bien. Elle est encore fragile émotionnellement, quoique vous pensiez. Réfléchissez bien avant de lui révéler quoique ce soit.

Il était rare d’énerver Estë et pourtant, je pus sentir toute la colère qui émanait d’elle. Comme tous, elle avait attendu la venue de la petite princesse de Valinor avec beaucoup d’espoir. Je ne pouvais donc pas lui en tenir rigueur.

Je me contentai donc de la regarder quitter la pièce sans ajouter un mot. Sans doute m’en voulait-elle d’être un elfe aussi têtu mais j’avais par le passé agi avec trop de désinvolture envers Cerise pour continuer de même ici. Elle méritait ce qu’il y avait de mieux et je ferai tout mon possible pour qu’il en soit ainsi.

Finalement, je pris le parti de ne rien dire à Cerise.

Pas qu’Estë m’eut convaincu ou que j’eus changé d’avis, mais je sentais ma douce et belle promise s’éloigner de nous au fur et à mesure que le temps passait. C’était comme si quelque chose la rongeait de l’intérieur sans que ni elle ni nous ne sachions pourquoi.

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Depuis notre fameuse conversation à l’auberge où nous avions redéfini ce que nous étions l’un pour l’autre, ce que nous éprouvions, j’avais eu l’honneur de me voir octroyer le pavillon qui se trouvait à proximité du palais des Valar.

N’ayant aucun lien de parenté avec Cerise ni n’étant son promis de façon officielle, Varda et Manwë avaient refusé, dans un premier temps, que nous partagions la même chambre et donc que je vienne loger dans leur demeure. Cerise avait été furieuse et avait osé l’impensable : les défier. La voir agir ainsi m’avait donné des aigreurs d’estomac telles que je crus défaillir devant tant de témérité ou de stupidité venant de sa part, je n’aurais su le dire.
Finalement, elle avait obtenu le compromis de venir vivre trois jours sur sept avec moi. Toutefois, après la naissance des enfants, il n’était pas question qu’elle soit loin de moi ne serait-ce qu’un seul jour. Je ne doutais pas que le refus de ceux que je considérais comme des dieux soit une sorte de mise à l’épreuve pour tester mes sentiments à l’égard de leur fille chérie, ce que je comprenais très bien. Si j’avais eu une fille, j’aurais agi de même, promis ou non.

J’avais donc emménagé dans cette petite maison faute de mieux et j’y gérais les affaires de mon peuple en dépêchant des directives à mes deux plus fidèles gardes, Finlenn et Tamril.
Cela dit, autre chose me préoccupait. Il s’agissait de mes parents bien aimés. J’avais appris par l’un des anciens soldats de mon père qui était resté vivre à Valimar qu’Oropher s’était établi à l’Est du royaume d’Aman, près de la forêt d’Oromë. J’avais espéré qu’il aurait eu l’idée de reconstruire notre royaume ou, à tout le moins, une maisonnée assez grande, comme je m’apprêtais à le faire, pour y accueillir autant des nôtres qui décideraient de rester à nos côtés. Dès que ma vie aurait repris un cours un peu plus normal et qu’elle se serait stabilisée, je partirai à sa recherche. J’espérais toutefois qu’il était avec ma mère. C’était tout ce que je pouvais lui souhaiter.

Revenant au présent, je ne pus m’empêcher de songer à cet elfe aussi encombrant qu’il était gênant et qui ne quittait jamais Cerise.

J’avais du apprendre à composer avec cet Ashräm et, en l’étudiant, une chose m’avait sauté aux yeux : il était amoureux de Cerise. Oui, il l’aimait, c’était indéniable et le découvrir m’avait mis dans une rage froide. Jamais je n’aurais pensé qu’un autre elfe puisse s’attacher à elle de manière aussi sincère que moi. Il y avait bien eu Tamril mais le lien qui l’unissait à ma douce bien aimée n’était pas aussi indéfectible que celui qui la liait au Teleri, je l’avais bien compris.

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Tandis que je me rendais dans la cour intérieure du grand palais des Valar, je le surpris en train de s’entraîner à l’épée. Il était torse nu et couvert de sueur. Il était loin d’être beau aux yeux d’un elfe avec toutes ces cicatrices qui le couvraient de la tête aux pieds. Je le trouvais passable et quelque peu effrayant. Pour tout dire, le pouvoir de guérison des elfes était légendaire et je ne comprenais pas comment de telles horreurs avaient pu resté gravées de cette manière sur lui. Aucune personne saine d’esprit n’aurait voulu garder un tel souvenir. Moi-même je m’étais retrouvé cruellement blessé au visage après une bataille des plus sanguinaires qui nous avaient opposés aux terribles serviteurs de Morgoth du temps où mon père était encore en vie. Si je n’avais pas été soigné, Ashräm, en comparaison, aurait fait figure de beauté elfique comparé à moi. C’est pourquoi je ne comprenais pas qu’il puisse exhiber ces choses sans que cela ne lui fasse rien.
— C’est son choix, me répondit doucement la voix de la grande Varda Elentári que je n’avais pas entendue arriver.
Délaissant ce grand guerrier qui me rappelait un peu trop la férocité de certains Orques lors de combats épiques, je me retournai vers celle que je priais si souvent et me courbai avec précipitation.
— Relevez-vous, jeune elfe gris, me gourmanda-t-elle en émettant un doux rire chaleureux.
— Ashräm, reprit-elle tandis que je me redressais, n’était pas prédestiné à devenir un guerrier. Comme vous le savez, les Teleri sont avant tout des marins pacifistes, les derniers arrivés dans l’ordre de naissance des peuples elfiques sur la Terre du Milieu.

Je la regardai, sans trop comprendre où elle voulait en venir.
— J’y viens, affirma-t-elle dans un demi-sourire.
Elle lisait en moi et, contrairement à une certaine elfine de haute lignée, cela ne me dérangeait pas. Il s’agissait de Varda après tout.
Je hochai la tête.
— Les parents d’Ashräm furent cruellement tués par les Ñoldor lors du Massacre d’Alqualondë. Il a vu toute sa famille mourir, torturée dans d’atroces souffrances. Lui-même n’a pas été épargné et s’il est encore en vie c’est grâce à une incroyable force de volonté. Quand nous nous sommes rendus sur l’Île pour constater l’horreur de la situation, Manwë, mon époux, a découvert dans les décombres un enfant en piteux état mais dont la hardiesse était si forte que cela l’ébranla au plus haut point. Quand il s’est approché de lui, tout ce que cet petit Ellon a su dire c’est : « Pourquoi nous ? ». Dans cette question, il n’y avait ni haine, ni instinct de vengeance, mais juste un profond désespoir.
Pris de pitié pour lui, nous l’avons ramené avec nous et lorsque Estë a voulu soigner ses blessures, il a refusé que ces marques lui soient effacées à jamais.
«— Comment pourrais-je, a-t-il commencé à nous dire, me souvenir de ce que je suis si l’on efface une partie de ce que j’ai vécu ? Comment pourrais-je me regarder dans un miroir alors que tous les miens ne sont plus ? Ces marques ne sont ni une honte, ni un fardeau mais l’héritage de ce que j’ai été, de ce que je suis et serai pour toujours.»

A ces mots, je ne pus m’empêcher de ricaner. C’était assez orgueilleux de sa part.

— Non, fils d’Oropher, pas orgueilleux, plutôt très courageux. Cela ne nous a pas laissé indifférent. C’est ainsi que l’enfant a été pris au service de mon mari et, quand je mis au monde ma petite Elenwë, une connexion s’est immédiatement tissée entre eux, qui ne pouvait signifier qu’une seule chose… Et pourtant, à ce jour nous pouvons clairement dire qu’une nouvelle fois nous nous étions trompés.

En entendant ces mots de la bouche de la grande Varda, je ne pus m’empêcher d’arquer un sourcil interrogatif.
— Nous pensions qu’Ashräm et Elenwë étaient prédestinés l’un à l’autre mais finalement, l’amour est une affaire bien plus complexe qu’une simple histoire de connexion ou de destinée tracée.

Sur ce, la grande Elbereth, me laissa là, digérant ce qu’elle venait de m’apprendre. Fixant une nouvelle fois le Teleri, je sentis la pointe acide de la jalousie m’étreindre tel un poison sombre et obscur. Cerise était à moi, elle m’aimait et j’étais certain de l’aimer en retour.

Je ne pouvais croire qu’ils soient destinés l’un à l’autre. Même si elle passait beaucoup de temps avec lui, c’était vers moi que son cœur et ses aspirations étaient tournés. Uniquement moi.

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Cerise

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Je n’aimais pas être enceinte. Plus le temps avançait et plus je me sentais fatiguée et impotente. Je n’étais plus bonne à rien hormis végéter telle une âme en peine dans mon lit. Cela me rendait malheureuse. Avisant mon ventre énorme qui me déformait totalement, je posais doucement la main dessus. Bien vite je sentis une réponse venant de l’intérieur. C’était étrange comme un si petit être pouvait être déjà aussi fort. Les coups ne me faisaient pas mal, mais c’était une sensation bizarre.

J’exhalai un long soupir. J’aurais dû éprouver de la joie, du bonheur à la venue de cet enfant, conséquence d’un amour fort et puissant entre deux être qui s’aimaient – car je ne doutais plus de ce que Thranduil éprouvait à mon égard.

Fermant les yeux, je me souvins de ces derniers mois passés où il avait été bien plus à mon égard que n’importe qui ne le serait jamais. Oui, même s’il ne me l’avait jamais dit avec des mots, il le compensait par ses gestes et ses intentions.
Cependant, j’avais compris également qu’une part de lui aimerait toujours Elenna. Elle faisait partie de lui comme lui avait fait partie d’elle. Ils n’avaient pas été prédestinés l’un à l’autre et il avait fallu une erreur de jugement de la part de cette dernière pour qu’il finisse enchaîné par un lien sacré qui perdurerait même après la mort de l’un deux. C’est cette pensée qui me faisait encore mal mais que j’apprenais à apprivoiser au fur et à mesure du temps.
Je ne serais jamais l’épouse unique de Thranduil. Cet honneur en revenait à la mère de Legolas. C’était dur à digérer.

J’allais m’endormir tout à fait quand j’entendis quelqu’un entrer dans la pièce. Relevant les paupières, je vis Ilmarë, la Maia, servante et fille adoptive de Varda qui m’apportait une collation.
— Comment se porte notre Aranel en ce bel après-midi ? me demanda-t-elle doucement.
— Bof, répondis-je, maussade. Cependant, voir sa mine déconfite devant ma réponse me fit sourire.
— Vous êtes resplendissante, Elenwë, m’affirma-t-elle en me servant un peu de thé dans une tasse tout en m’encourageant à croquer dans un des beignets qui sentaient délicieusement bon.
— Aussi resplendissante qu’un paillasson un jour de pluie sur lequel on se serait essuyé les pieds, dis-je en croquant dans la pâtisserie du bout des dents.

Ça aussi ça me minait. Plus les mois passaient et plus mon appétit s’amenuisait. Entre les brûlures d’estomac et ma digestion en vacances, je n’avais presque plus goût à rien. Sans parler de mon manque de parties de jambes en l’air qui aurait du me rendre folle. Je n’avais plus d’envie de ce côté là non plus. Cela ne dérangeait pas Thranduil, moi ça me déprimait. Ne plus faire l’amour… Depuis notre réconciliation, je pouvais compter sur les doigts d’une seule main le nombre de fois où nous l’avions fait.
Estë, à qui j’avais osé demander si c’était normal, m’avait expliqué que mon corps était fatigué car le bébé puisait dans mes réserves. Il me fallait encore tenir deux longs mois avant la délivrance.
En apprenant que la gestation des elfes étaient plus longue que celle des humains, je faillis mourir de désespoir.

Revenant au présent, je me rendis compte qu’Ilmarë m’avait abandonnée à mon triste sort. Les journées ici me paraissaient longues. Thranduil vaquait à ses occupations la plupart du temps et je devais m’estimer heureuse de pouvoir passer quelques nuits en sa compagnie. On avait eu bien du mal à convaincre mes « parents » du bien fondé de sa place à mes côtés.
Ils lui reconnaissaient son statut de futur père de mon enfant mais notre position restait encore floue et mal définie. A leurs yeux, nous étions amants et non deux âmes destinées l’une à l’autre. Ce que j’en disais moi, c’est que je l’aimais encore plus à chaque heure qui passait.

Délaissant ce pauvre beignet que j’étais plus en train de torturer que de déguster, j’entendis qu’on frappait à la porte. Une seule personne agissait ainsi depuis que Thranduil était à mes côtés.

— Entre, Ashräm, lançai-je vivement.

Le regardant avancer vers moi, je me rendis compte qu’il avait une idée derrière la tête.
— Et si nous sortions faire un tour, Aranel ? me questionna-t-il ses yeux se plantant dans les miens.
Je secouai la tête.
— Je ne crois pas que ce soit une très bonne idée, Ashräm.
— Pourtant, prendre l’air vous ferait le plus grand bien. Vous ne sortez quasiment plus de cette pièce. Je suis étonné que l’Oropherion ne vous dise rien à ce sujet.

Je levai les yeux au ciel. Ashräm n’aimait pas beaucoup Thranduil, non à cause de ce qu’il était, mais parce qu’il était avec moi. Il désapprouvait cette relation.
— Je ne comprends pas cette haine pour Thranduil, Ashräm. Encore, s’il s‘était agi de Galadriel qui est une Ñoldo, soit, mais Thranduil, quoi ? Que t’a-t-il fait au juste ?

Depuis quelque mois, j’avais pris le parti de le tutoyer. Au-delà de Thranduil ou bien même de Legolas et de Gimli, c’était la seule personne avec qui je me sentais aussi bien. Je lui donnais ma confiance les yeux fermés.

Revenant au présent, je vis que les yeux d’Ashräm, bien que toujours fixés sur moi, avaient une nuance différente de d’habitude.

— Je sais qu’en vous disant cela, je vais dépasser mes droits, Aranel, et si tel est le cas, vous pourrez me punir comme il vous plaira mais… L’aimez-vous réellement ou est-ce juste une lubie de jeune fille qui découvre les rouages de l’amour ?

Je savais que j’aurais dû reposer ce maudit beignet. Je faillis m’étouffer avec mais Ashräm fut plus rapide et me donna une claque vigoureuse dans le dos qui me fit recracher ce que j’avais dans la bouche.
— Bon dieu ! m’exclamai-je, faute d’autres mots.
Je le fusillai des yeux tandis qu’il prenait une chaise à côté de moi, sa main massant son cou, signe que cette conversation le mettait mal à l’aise. Merde, il en était l’unique responsable ! Moi-même je n’étais pas très à l’aise car une idée aussi folle que farfelue venait de percuter ma conscience aussi facilement qu’un camion citerne serait entré en collision avec un vélomoteur.
— Cela ne me regarde pas certes mais…
— Stop ! dis-je avec force. Je ne sais pas ce qui se passe dans ta tête mais je t’arrête tout de suite. J’aime Thranduil, je ne le pense pas, je ne me l’imagine même pas, c’est juste comme ça, c’est tout. Quant à lui ? Oui, il a déjà vécu l’amour unique avec une autre elfine, oui, on ne sera jamais reconnus comme destinés l’un à l’autre mais tu sais quoi ? Je m’en fiche ! Seul l’instant présent compte. C’est tout et c’est comme ça. Je ne sais pas ce qui te permet de nous juger mais quoique tu dises, cela ne changera rien.

J’avais mis mes tripes dans cette réplique. Je voulais qu’il comprenne que non, je ne changerais rien à ce que nous vivions ni à ce que nous ressentions. Je le vis pencher la tête d’un côté, la mine grave. Il passa sa langue brièvement sur ses lèvres avant d’ouvrir la bouche et ce qu’il m’avoua me fit l’effet d’une bombe atomique en pleine face.

— Aranel, il faut que vous sachiez que je vous aime depuis toujours. Il s’arrêta là, un bref sourire tordant subtilement son visage ravagé. — Je sais ce que vous vous imaginez, reprit-il, mais écoutez moi jusqu’au bout. Mon but n’est pas de vous mettre mal à l’aise, simplement il est temps pour moi de vous avouer cela avant que ce poids ne me ronge totalement.
Cet amour que j’éprouve à votre égard ne date pas d’aujourd’hui. Vous n’étiez encore qu’un bébé quand j’ai compris que mon cœur ne m’appartiendrait plus jamais. Vous l’aviez capturé par un sourire aussi pur que la lumière des étoiles d’Elbereth. J’ai su à cet instant que ma vie vous serait dévouée pour l’éternité.
— Tu m’as connu bébé, ici ? le questionnai-je les yeux ronds. Comment est-ce possible ? Je suis née en Terre tout Court.
Ashräm secoua la tête.
— Vous avez vécu ici quelques mois avant que les Valar ne prennent une décision aussi cruelle que nécessaire.
Ebahie, je le vis plonger dans ses souvenirs, son visage démontrant une très grande tristesse.
— Que se passe-t-il ? demandai-je, interloquée par ce qui lui arrivait.
— Rien, répondit-il d’une voix douce. Repenser à tout cela m’afflige toujours quelque peu. On vous a envoyée ailleurs et cela nous a tous accablés. Seul l’espoir de votre retour m’a permis d’avancer et de continuer à servir comme il se doit ceux qui m’ont sauvé la vie. C’est à ce moment-là, je pense, qu’ils ont du comprendre tout l’amour que j’avais à votre égard et … Ils ont pensé que nous étions sans doute destinés l’un à l’autre.
— Mais… Mais ?! m’étranglai-je, je n’étais qu’un bébé, c’est dégueulasse de penser que nous pourrions être plus à cette époque !
— Aranel ! Je vous interdis de dire cela. Je n’ai jamais eu aucune pensée déplacée à votre égard. Bébé, je m’occupais de vous comme un frère l’aurait fait pour sa sœur mais l’affection que je vous portais d’ores et déjà était bien plus grande et féroce que celle d’un simple frère pour une simple sœur. Quand vous nous êtes enfin revenue, cette affection s’est muée naturellement en amour pur, dur et sauvage, mais quand j’ai compris que votre cœur était déjà pris, bien que cela me fit le plus grand mal, je vous l’avoue, je me suis tu et ai muselé ce que j’éprouvais pour vous.

Entendre ces mots, loin de me faire plaisir, me fit affreusement mal. Allais-je encore une fois faire souffrir quelqu’un ? Je me souvins de ce que j’avais dit, et même éprouvé quand Tamril m’avait fait sa déclaration. En y repensant, j’avais agi avec autant de stupidité qu’une gamine trop heureuse d’être le centre d’autant d’attention. Pourtant, c’était loin d’être un honneur… plutôt une malédiction, oui. Faire souffrir Ashräm était la dernière des choses à laquelle je voulais songer.
— Jamais je n’ai pensé à te séduire, murmurai-je, prête à fondre en larmes. L’ancienne Cerise serait atterrée devant tant de mélodrame venant de ma part mais je suis enceinte alors il y a prescription.
— Vous ne m’avez pas séduite, ou si, cela ne fait aucun doute, mais ce n’est pas de votre ressort si mon cœur a décidé de qui il voulait être le gardien.
— Je ne puis être le gardien du tien Ashräm… Je…
— Si, c’est possible, me coupa-t-il, une étrange lueur s’animant dans les yeux.
Il me prit la main et la posa sur sa poitrine.
— Mais comment ? Jamais je ne trahirais Thranduil !
— Je le sais bien et ne vous en aime que davantage. Simplement, rien ne me ferait plus plaisir que de vous voir heureuse… Cerise.
Je lâchai un hoquet de stupeur en l’entendant m’appeler par mon prénom humain. De sa part, c’était inhabituel.
Hochant la tête gravement, je remontai ma main vers son visage balafré.
— Tu es si beau Ashräm. J’aurai aimé être celle qui t’est destinée mais, je ne pense pas que ce soit moi. Toutefois, je ne peux que m’incliner devant tant d’abnégation. Si Thranduil en aimait une autre et ce malgré tout l’amour que je lui porte, je pense que j’aurais été des plus malheureuses et que j’aurai préféré l’oublier corps et âme.
— Vous pensez encore comme une simple humaine, Aranel, souffla-t-il doucement avant de se dégager de moi pour se lever.
Je fis de même, le cœur battant la chamade. Je me sentais étrange et j’avais le souffle court. Il fallait que je sorte.

— Et si nous allions nous promener ? dis-je pour détendre l’atmosphère.

Comprenant que la conversation était close, il fit un signe de tête et me suivit en marchant derrière moi, ce qui ne devait pas être évident. Ma démarche lourde et empotée ne me permettait pas d’avancer très vite.
A peine étions-nous arrivés en bas des escaliers que j’avais déjà le souffle court comme si j’avais déjà trop marché. Avançant de quelques pas, je sentis mon ventre se durcir comme de la pierre puis j’entendis un « plop » sourd, avant que je ne me mette à inonder les tapis recouvrant le sol de pierre.

Merde ! M’étais-je oubliée ? Me retournant, honteuse, vers Ashräm, je vis ses yeux aller et venir entre mon ventre et la flaque que je tentai de dissimuler en revenant dessus.
Je le vis blêmir d’un coup.

Lâchant un juron en Quenya, il se mit à hurler le prénom d’Estë qui devait se trouver en compagnie de Varda.
Une goutte de sueur perla sur mon front quand d’horribles crampes me saisirent au ventre comme quand j’avais mes règles. Prise par ces douleurs insupportables, je me pliai presque en deux.

— Que se passe-t-il ? demanda Estë, les sourcils froncés par l’inquiétude, qui venait vers nous. Quand elle me vit à demi courbée et certainement le visage blafard, elle n’attendit pas la réponse d’Ashräm.
— Allez prévenir Thranduil. Je crains que le travail n’ait déjà commencé !
— Mais, bégaya-t-il, et c’était la première fois que je l’entendais parler ainsi, c’est encore trop tôt, la naissance ne devait avoir lieu que d’ici deux mois.
— Je sais, confirma Estë qui se pencha vers moi pour me soutenir. — Ecoute-moi bien Elenwë, l’accouchement a commencé, nous allons t’emmener dans ta chambre pour que nous puissions te mettre à l’aise. Tu m’as comprise ?
Impossible de parler, la douleur était trop insupportable. Je ne pus qu’acquiescer en priant pour que ça fasse moins mal ou que cela se termine.

C’est dans un semi brouillard que je sentis quelqu’un me soulever tandis qu’on m’emmenait quelque part pour accoucher. La peur de ce qui allait suivre me tordit les boyaux.

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Thranduil

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J’étais en train de finaliser un traité en compagnie de Tamril et de Finlenn concernant notre futur royaume en Valinor quand un malaise me saisit aussi furieusement que si je m’étais blessé. La vague d’angoisse loin de s’amenuiser se mit à enfler en moi.
— Que vous arrive-t-il ? me demanda Finlenn qui avait bien vu que quelque chose n’allait pas.
— Je ne sais pas, répondis-je, essayant de mettre de côté ce sentiment de trouble intense pour terminer le plus rapidement possible ce que j’avais entrepris, quelques heures plus tôt, avec mes gens.
Malgré tout, cette sensation de malaise perdurait. Puisant dans mes souvenirs, je me rappelai alors les seules fois ou j’avais éprouvé ce genre de peur irrationnelle mais en bien moins intense. A la mort de mon père mais aussi à la venue au monde de mon fils Legolas. Ce lien aussi subtil que sacré ne signifiait qu’une seule et unique chose :

Cerise et moi étions bel et bien liés par ce fil sacré tissé par la Destinée.

Me relevant brutalement, je m’apprêtais à sortir quand la porte s’ouvrit avec grand fracas sur Ashräm. Il avait le regard sombre, la mine légèrement effrayée.
— Il s’agit de l’Aranel, commença-t-il d’une voix puissante.
Je vis Tamril et Finlenn échanger un regard d’incompréhension.
— Que lui arrive-t-il ? demandai-je doucement, espérant que cela ne soit pas trop grave.
— Le travail a commencé !
Comprenant ce que cela impliquait, je fus pris de sueurs froides et compris ce qui perturbait tant le guerrier Teleri.

— C’est trop tôt, répliquai-je, Cerise n’est censé accoucher que dans deux mois !

Sans plus attendre nous nous ruâmes tous dehors pour la retrouver. Depuis bien longtemps, je sentis de nouveau la lame perfide et acérée de la peur me perforer les entrailles. Je venais juste de trouver celle qui m’était destinée, je n’allais pas déjà la perdre, ni elle ni les deux fruits de notre amour !

C’est non sans une certaine ironie que je me mis à prier les Valar de leur très grande mansuétude à notre égard.

A Suivre


Annotations

– Après plusieurs mois sans poster, voici le nouveau chapitre tant attendu. Les choses commencent à s’arranger doucement entre Thranduil et Cerise. Il était grand temps.

– Je tenais à vous remercier de continuer à suivre cette histoire et remercier aussi mes deux fidèles relectrices : Lilou Black et Gwendoline. Merci pour votre réactivité, votre patience et le travail que vous fournissez, vous êtes les meilleures !

– Prochain chapitre, promis il arrivera avant le mois prochain ❤ 😉 !

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23 commentaires

  • Coucou! Ahah, comme d’habitude, tu as l’art et la manière pour couper au meilleure moment! XD je vais devoir prendre mon mal en patience! Bises! MissPoppy

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  • génial, je n’attend que ça,la suite .Et avidement comme d’habitude c est du très bon travail

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  • compliments ! toujours aussi magique…. j’attends la suite avec impatience ! bravo et mille merci de nous faire vivre une aussi belle histoire 🙂

    Aimé par 1 personne

  • Alors ça c’est du « cliffhanger » !
    T’as pô honte de jouer avec les nerfs de tes lecteurs(trices) ?
    L’impatience de lire la suite étant proportionnelle à la qualité de l’histoire … aaarrrrggghhh !!! Je hais l’expression « à suivre » !
    J’ai dévoré les 39 premiers chapîtres d’une seule traite et je suis pas habituée à une telle torture morale ! ;-p

    BRAVO pour ce nouveau chapître, tu cartonnes !

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  • ou la la cet accouchement ne va pas être simple a mon avis !!! et la tête de cerise quand elle va decouvir qu ‘elle des jumeaux et justement les jumeaux alors humains , elfes il me tarde de lire la suite , BRAVO toujours un plaisir de te lire . MERCI

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  • UN CHAPIIIIIIITRE !
    Bon sang, ça fait du bien d’avoir une bonne nouvelle dans cette journée de merde internationale pour moi.
    Mais ma petite personne n’est pas le sujet du jour, je m’égards.
    Si c’est pas trognon de voir les sentiments de Cerise et Thranduil chacun de leur côté ? Si ThranThran pouvait juste se bouger le cul et lui balancer un gros « JE VOUS AIMES » à la gueule, se serait pas trop mal non plus, nirakniark ^^
    Ashräm est mignon dans un certain sens, mais c’est un pédophiiiiiiile ! (pedobear, retourne te cacher, je ne veux pas te voir !)
    Un accouchement prématuré de deux mois ! C’est énorme ! C’est parce que Cerise est humaine où c’est qu’il y a un véritable problème ? (la future sage-femme qui est en moi se réveille ^^)
    Ca va encore être folklorique entre Cerise qui va découvrir qu’elle attendait des jumeaux et que personne ne lui a rien dit, l’accouchement prématuré, Thranduil qui découvre qu’elle lui est destinée… Ca va faire des étincelles tout ça, c’est moi qui vous le dit ! On la connaît notre petite Cerise à force ^^
    Excellent travail sur ce chapitre, comme toujours. Et comme toujours, c’est un réel plaisir de lire tout ça 😀
    Hâte d’avoir le prochain chapitre.
    Bisous et bon courage !
    Mathy

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    • Je suis ravie d’avoir pu mettre un peu de bonne humeur dans cette journée. Si, si ! Ça compte pour moi.

      Alors pour te dire, oui c’est beaucoup mais même si les elfes mettent 1 an de gestation, Cerise est encore un peu… humaine pour le moment ! Donc… en juste milieu, elle a accouché quand son corps le voulait à 10 mois. Oui la pauvre ne sait pas qu’elle va avoir des jumeaux. Son accouchement sera moins hardcore que le miens. Je luis dois bien ça 😉

      Contente que ce nouveau chapitre t’ai plus ! Merci pour ton retour ❤

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  • Et voilà la cavalerie, autrement dit la correctrice neuneu avec ses yeux en tête d’épingle qui vient de se cogner huit cents pages de meurtres brutaux, de magie africaine et d’histoires de famille à la Game of Thrones. Pfiou.

    Le temps passe, les choses changent, les personnages aussi. En profondeur. En voyant Cerise et Thranduil, on ne peut que constater que les épreuves forgent le caractère. Il est bien normal que la confrontation, quoique tant attendue, terrorise Cerise à ce point. En soi, c’est assez effrayant d’évoquer l’avenir, surtout quand on connaît le caractère de Thranduil et que le futur d’un enfant est en jeu. Par ailleurs, elle est enceinte, ce qui signifie beaucoup de choses dans la gestion des émotions. Cela étant, ils arrivent à communiquer dans le calme tout en étant intérieurement dans le flou. Thranduil aussi est anxieux. Il fait preuve d’honnêteté en évoquant sans fard ce par quoi il vient de passer tout en ne faisant que sous-entendre ce que ça implique. Il n’a pas encore réalisé consciemment — même si ça crève les yeux pour les lecteurs que nous sommes — à quel point il est épris de Cerise et, chat échaudé craignant l’eau froide, il ne veut pas commettre la même erreur. Cerise le comprend et se montre très adulte en ravalant sa déception, en l’analysant de manière rationnelle (si tant est qu’évoquer une histoire de mariage à Las-Vegas puisse être rationnel, y a pas eu un roman qui parlait de ça, d’ailleurs ?) et en se contentant de ce qu’il lui offre… faute de mieux. Quoique. Il se montre tendre et affectueux et c’est déjà beaucoup. C’est là, d’ailleurs, qu’on constate à quel point ils ont changé tous les deux, et à quel point par là même leur relation a évolué. Si on compare cette discussion-là à leur voyage cauchemardesque entre Eryn-Lasgalen et les Havres-Gris durant lequel, pendant longtemps, ils n’ont pu échanger un mot sans se sauter à la gorge… Cela dit, les circonstances n’étaient pas les mêmes et loin de là.

    Cela étant, ils n’en restent pas moins eux-mêmes. Cerise a toujours ses références qui n’appartiennent qu’à elle. Elle est toujours aussi têtue et a toujours une façon très humain-centrée, si je puis dire, de considérer les choses. Ainsi est-elle choquée par les révélations d’Ashräm quand il évoque ses sentiments à son endroit ; d’un point de vue humain-du-monde-normal, c’est effectivement perturbant. D’un point de vue elfique, ça peut aisément se comprendre. Réaliser qu’un bébé sera un jour son âme sœur est un tout : entre ça et le désir, il y a un monde… quoique, je me suis toujours demandé si les lectrices de Stephanie Meyer ont été aussi choquées que ça dans le passage où Jasper se rend compte que Renesmée est la femme de sa vie… alors qu’elle est un nourrisson XD J’avoue y avoir surtout vu un transfert amoureux tordu, mais bon. Et ce n’est pas le sujet. Thranduil, lui… se base toujours beaucoup sur les apparences. Le cas d’Ashräm, une fois encore, est révélateur de cet état de fait. Le survivant du génocide teleri (on va appeler un chat un chat, n’est-ce pas) porte ses cicatrices comme un souvenir, comme un signe de son identité. En ce sens, et Varda l’explique très bien, c’est une volonté de s’assumer et de montrer qu’il accepte son passé avec tout ce qu’il comprend d’horreurs. Thranduil, lui, n’y voit que prétention et se montre dégoûté devant ces marques disgracieuses. D’ailleurs, si on fait le parallèle avec lui et si on intègre les éléments de son passé issus du second film du Hobbit (et qui ne sont pas attestés par le canon), lui masque ses propres cicatrices… comme un symbole de tout ce qu’il a occulté au cours de son existence. En gros, il cache avec autant de soin les blessures physiques que morales. Ce qui est troublant, en un sens… cela renforce le côté « beauté froide » qu’il avait élevé au rang de forme d’art au début de l’histoire.

    Quant à Ashräm, puisqu’il faut bien en parler, c’est vraiment un personnage fascinant, un cas à part. Quitte à reparler de ses cicatrices, s’il les porte comme un étendard, il n’en reste pas moins énigmatique. Il se révèle peu à peu à nos yeux, à travers le récit de Varda d’une part et ses propres confessions d’autre part. Il n’en est que plus attachant et nous oublions, à l’instar de Cerise, le « Conan le Barbare » du début. Derrière le colosse scarifié se trouve un être tendre, attachant, à qui on ne peut souhaiter que du bien mais contre lequel le sort s’acharne encore puisque celle qui l’aime appartient potentiellement à un autre. Je ne sais plus où j’ai lu ça mais il paraît que quand deux Elfes s’éprennent de la même personne, c’est une autre manifestation de la malédiction pesant sur ce peuple qui a voulu prendre son indépendance des Valar et se croire souverain. Pour cet être-là, c’est dur à encaisser. On comprend la détresse de Cerise qui ne lui a jamais voulu le moindre mal, au contraire, et qui se retrouve à ne pouvoir lui offrir que de l’affection et de l’amitié. Quand bien même il ne se contenterait que de ça — ce qui d’ailleurs semble lui convenir — c’est difficile à accepter. On sent néanmoins une sorte de moment de grâce entre ces deux-là, juste à cet instant-là. Elle lui dit qu’il est beau, ce qui est très certainement le cas, mais elle parvient contrairement à Thranduil à voir au delà des apparences. Lui, il l’appelle Cerise pour la première fois, oubliant le nom de naissance et le titre honorifique, montrant par ce biais à quel point il accepte tout d’elle. « Elenwë », « Aranel », c’est ce qu’elle aurait dû être, c’est celle dont il pensait qu’elle lui était promise. « Cerise », c’est la personne qui a vécu dans un autre monde, c’est la part d’humanité… et c’est la compagne de Thranduil. C’est très, très lourd de sens.

    Et j’ai encore pondu un pâté. Quelqu’un a une corde ?

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    • Une nouvelle fois tu as su analyser avec précision la situation et les personnages. C’est très juste ce que tu dis.Je sais qu’incorporer un nouvel amoureux dans la vie de Cerise était un pari risqué mais en voyant la chose, je trouve que l’histoire, les sentiments d’Ashräm sonnent juste. De plus, ils montrent à quel point Cerise à changé. elle s’en rend compte elle-même puisqu’elle ose se l’avouer. Du temps de Mirkwood elle aurait été flattée et heureuse mais là, elle ne voit que ,le mal que son refus peut entraîner. Mais Ashräm ne l’entend pas comme ça. C’est un point que je développerai quand je reviendrai sur ce personnage.

      quant à la relation entre Cerise et Thranduil, je la voulais vraiment crédible et réaliste, c’est pourquoi elle ne sera pas rose bonbon et qu’il y aura quelques points d’ombres. Aux personnages eux-même d’apprendre à gérer tout ça, à s’accepter sur ce qu’ils sont…

      Un énorme merci pour ce beau retours qui m’émerveille toujours. Ton analyse est très vraie et très juste ! ❤

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  • Enfin un nouveau chapitre merveilleux d’une de mes fics préférées !
    Tu ne peux pas savoir à quel point ce chapitre m’a fait plaisir, car il m’a fait « remonter le temps » d’une certaine manière. Je m’explique : les précédents chapitres de ton histoire, je les ai lus quand j’étais encore au lycée, quand j’avais encore du temps pour moi et beaucoup moins de pression sur les épaules. Aujourd’hui je suis à la fac et tout a changé…hormis la qualité de ton écriture et le plaisir que j’éprouve à te lire. Donc merci pour ce petit moment si particulier, j’ai hâte d’en faire à nouveau l’expérience ! 🙂
    Sinon, pour en revenir au contenu même, j’ai adoré la révélation d’Ashram, je l’aime de plus en plus lui, il mériterait quelques bonus ou un développement de son histoire plus développé, son point de vue dans une partie d’un chapitre peut-être ?
    Et évidemment, ton cliffhanger est parfait ! Je veux la suite moi ! (Je me tempère aussi en me disant que je n’aurai pas à attendre autant qu’avant pour le prochain chapitre :D)
    Je te fais des gros bisous et je te remercie pour ce chapitre !
    LK

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    • J’imagine à quel point la fac est prenante ! Je suis ravie de savoir que ma fic et ce chapitre te permettent de souffler un peu et de repenser à ce temps béni ou tu étais plus libre ^^. Tu sais quoi ? Dans un sens moi aussi j’avais un peu plus de temps,pour moi 😛

      Concernant Ashräm, il est évident qu’il aura des annexes qui lui seront consacrées. J’ai beaucoup de choses à dire sur lui et lui aussi à beaucoup de choses à vous révéler 🙂

      La suite arrivera vendredi prochain… Eh ! eh ! Je reprends mes bonnes vieilles habitudes 😉

      Merci pour ton retour ❤

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  • Mara aurë Darkklinne.

    Revoici enfin Cerise et Sa Glorieuse Majesté Thranduil. Leurs aventures me manquait !
    Cerise se trouve dans un état d’esprit tout à fait compréhensible. Sa future maternité la rend extrêmement sensible et son besoin de se sentir rassurée prend le dessus sur tout autre sentiment.
    C’est une période difficile pour cette jeune femme…pourtant…elle ne devrait pas douter de l’amour que lui porte le roi.
    L’attitude de Thranduil est tout fait normale et j’oserai même dire, qu’une autre réaction de sa part m’aurais surprise. Il s’agit d’un monarque d’importance, qu’il soit sur Valinor ou non, par conséquent, ce genre de réaction était prévisible. Se greffe par-dessus le choc reçut en pleine poire royale par ce roi, concernant son ancienne épouse, donc, il faut faire preuve de bonne volonté en accordant un temps de digestion pour ce surplus de nouvelles s’enchaînant comme une fournée de petits pains.

    Une chose après l’autre. Bien qu’étant un elfe, il ne s’en prend pas moins plein la figure…puis de toute façon, rien ne saurait ôter à ce monarque la splendeur mirifique l’auréolant à la perfection.
    A part la fin des temps, aucun événement ne pourrait déstabiliser ce roi !
    Cependant, il possède un cœur, une belle âme et le vocabulaire adéquat. Seulement, parfois, les mots se doivent d’être retenus quelque peu prisonniers avant de leur accorder la liberté qui leur est promise. Par conséquent, notre petite Cerise devra apprendre à faire preuve de patience, enceinte ou pas, pour les mériter. Chez un elfe, avouer son amour, ne se fait pas à la légère. Absolument rien avoir avec les humains bien trop peu soucieux du véritable sens accordé à ces promesses enchanteresses !

    Un petit grain de sable dans le rouage amoureux entre ces deux personnes…Ashräm vient jouer les troubles fêtes. en amour, les sentiments ne se commandent pas. Qu’en sera-t-il pour cet être ? Devra-t-il persister, ou abandonner son rêve ?

    Voilà, comme toujours, nous demeurons sur notre faim, histoire d’apprécier le prochain contenu dans nos assiettes. D’ici là, notre appétit s’en trouvera aiguisé !
    Comme toujours, ton écriture est soignée, bien construite et comme toujours, également, tes relectrices, Lilou Black et Gwendoline font un travail remarquable, rendons-leurs grâces.
    A bientôt pour un nouveau chapitre.
    Une très belle continuation à l’auteur de cette très belle histoire.
    Mara mesta.

    Aimé par 1 personne

    • Merci beaucoup ! Arf, je ne sais plus comment t’appeler, tu as trop de pseudo ^^. Bien quand même les nuages commencent à se disperser entre nos deux tourtereaux bien qu’il reste encore quelques tumultes. Merci pour ton avis et tes critiques sur mon style. J’essai de faire au mieux même si je ne cherche pas non plus à frôler la perfection. J’en suis très loin 😛

      Ashräm est heureux et si on venait à penser le contraire, il nous dirait que nous pensons comme des humains, ce que nous sommes.

      Mára mesta à toi aussi 😉

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  • Ok, alors là je suis carrément dégoûtée. Je pensais que ta fiction était terminée et bim, je vais devoir attendre que ta plume sorte les derniers chapitres! Mon Gieu (^^), mais c’est pas possible, je vais mourir d’impatience. Je viens d’engloutir les 40 premiers chapitres en une semaine, je veux la suiiiiitttteeee!!!!!!! Rhhhhaaaa, j’ai tellement envie de savoir la fin, puisque je pensais lire une histoire terminée, que je suis dans un état! C’est que je m’y suis attachée à la Cerise, et je t’en veux presque de nous laisser comme ça sur notre faim. Bon, ben j’ai plus qu’à prendre mon mal en patience, comme tout le monde…… 😥

    Aimé par 1 personne

  • Salut c’ est encore moi. Je voulais savoir si tu compte faire un bonus sur la rencontre entre thranduil, legolas, cerise et les jumeaux et Oropher le pere de thranduil puisque tout rentre dans l’ordre… Ok di sait qu’ il ira lorsque tout irais mieux.

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