Chapitre 41 : Le Doux Bruit de la Pluie

Elf-child

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Le Doux Bruit de la Pluie

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Cerise

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Je crus que mon heure était venue. La souffrance que j’éprouvais était telle que j’avais l’impression que mon corps allait se couper en deux. Je n’avais jamais ressenti ça de toute ma vie et ne souhaitais ce genre de torture à personne !

— Pitié, donnez-moi la péridurale, faites quelque chose, j’ai trop mal ! haletai-je entre deux contractions qui semblaient ne vouloir jamais s’arrêter. Quand l’une se terminait, une autre arrivait sans transition et, de fait, ne me laissait aucun répit pour appréhender la suivante. C’était parfaitement atroce comme sensation. Vraiment atroce !

Oh mon Gieu !

Dans un état de demi-conscience, je vis des elfes s’affairer autour de moi tandis qu’Estë parlait à Varda et Manwë qui avaient accouru à mon chevet dès qu’ils avaient appris l’imminence de mon accouchement.

— Mais n’est-ce pas un peu trop tôt ? questionna Varda à voix basse. Sans doute ne voulait-elle pas que je l’entende mais je m’en fichais bien. Pour l’heure, je n’avais qu’une envie, c’est qu’on mette fin à cette affreuse douleur qui me tordait les entrailles de toute part.

— Effectivement, mais tout se passera bien, affirma l’autre Vala qui s’affairait avec des fioles et des chiffons tandis que des elfines apportaient des bacs d’eau brûlante.

Estë les quitta un instant pour venir vers moi. Elle me tendit un bol fumant contenant un breuvage qu’elle avait préparé un peu plus tôt.

— Bois, Elenwë !

— Je n’ai pas soif, protestai-je en détournant la tête.

Estë ne s’en formalisa pas et réitéra son ordre d’une voix douce, mais ferme.

— Cela atténuera la douleur.

Il n’en fallut pas plus pour me convaincre. C’est avec une précipitation non dissimulée que je lui arrachais presque le bol des mains. Il était chaud mais pas trop, ce qui me permis de le boire d’une traite. C’était très sucré et un peu amer aussi.

Au bout d’une dizaine de minutes, je sentis effectivement la douleur diminuer, malgré les contractions qui continuaient à me labourer le ventre telles des vagues aussi puissantes que destructrices. Estë m’ordonna alors de plier les jambes et de les écarter largement afin de vérifier où en était le travail.

— C’est pour bientôt ? demandai-je avec l’espoir que cela se termine vite

— Non, pas encore, répondit-elle dans un demi-sourire. Il va nous falloir encore patienter quelques heures, je le crains. J’en suis navrée mon enfant.

A ces mots, je reposai brutalement ma tête sur l’oreiller. J’étais en sueur, trempée de la tête aux pieds, bien qu’une elfine m’épongeait régulièrement le visage, mais je n’avais presque plus mal. C’était déjà ça. Une autre en profita pour me changer en enlevant mes vêtements mouillés, puis elle me fit passer à la place une chemise de coton assez longue qui s’ouvrait sur le devant pour plus de facilité.

J’allais fermer les yeux pour me reposer un peu quand la porte de ma chambre se rouvrit sur Thranduil. Mon cœur manqua un battement quand je vis le regard empreint d’autant d’amour que de fierté qu’il me lança en me voyant. Il semblait si serein et si heureux. On voyait bien que ce n’était pas lui qui était en train de souffrir. C’était injuste ! Lui n’aurait qu’à attendre que je fasse tout le travail. Je regrettais que l’histoire de la cigogne ne soit qu’un mythe. Qu’est-ce que ça m’aurait plu d’éviter la case « grossesse », puis agonie… pardon accouchement !

En quelques enjambées, il fut à mes côtés. Un fauteuil lui fut apporté et dès qu’il fut assis, il me prit la main et de l’autre il me caressa doucement les cheveux.

— Je suis ignoble, marmonnai-je, honteuse qu’il me voit dans cet état. Je devais avoir bien piètre allure.

— Vous êtes magnifique Cerise, et je suis très fier de vous.
A ces mots, je ne pus retenir un rire désolé.
— Ce n’est pas le moment de faire dans l’humour, Thranduil, dis-je dans un soupir. Et d’abord, que faites-vous ici ? Je pensais que les hommes, pardon, les elfes, préféraient attendre dans le couloir, s’enivrant jusqu’à ce que mort s’ensuive… tellement l’accouchement leur fait peur, mais ça ils ne voudront jamais l’admettre, je le crains. Se saouler jusqu’à l’inconscience, c’est plus classe comme réaction.

— Vous parlez trop, petite, me gourmanda-t-il gentiment. Gardez des forces pour la délivrance. Et non, ce sont les hommes qui sont lâches. Les Ellir assistent à la naissance de leur progéniture. C’est important pour nous comme pour nos épouses. Nous leur communiquons notre force pendant le travail.

Surprise par ses révélations, je le regardai, les yeux ronds. J’avais du mal à y croire.

— Vraiment ? finis-je par dire, un peu sceptique.

— Tout à fait. Je me souviens encore de la naissance de Legolas. Jamais Elenna ne m’avait paru aussi belle qu’en mettant au monde notre enfant et…

A ces mots, le bien être qui avait commencé à me gagner s’estompa pour laisser place à l’aiguillon mortel de la jalousie. Comment osait-il mettre son épouse en plein milieu de ce que nous vivions ?! J’avais été heureuse de le voir mais là, je n’avais qu’une envie, qu’il parte. Mon cœur tambourinait tellement fort dans ma poitrine que je sentais le sang battre à mes tempes. J’allais étouffer.

— Sortez, Thranduil, finis-je par lui dire au bout de ce qui me semblais être une éternité.

— Cerise…

— Sortez ! S’il vous plaît.

Il tenta de me caresser la joue mais je me détournai de ses doigts. Je l’entendis soupirer.

— Je suis navré, Melda heri, jamais je n’aurais du évoquer ici ce souvenir. J’ai agis avec maladresse.

Un long silence fut la seule réponse que je pus lui donner. La tristesse que je ressentais bloquait ma gorge.

— S’il vous plaît, Cerise, ne me demandez pas de partir alors que ma place est ici, à vos côtés.

Des larmes perlèrent aux coins de mes yeux. Oui, sa place était ici, mais à quel prix ? Toutefois, un profond chagrin s’empara de moi quand je réalisai que j’allais mettre au monde un enfant et que mes parents n’étaient même pas là pour me soutenir. Ils me manquaient tant, c’était injuste de ne pas les avoir à mes côtés. Ils ne sauraient jamais ce qu’il était advenu de moi. Comment ces Valar, si empreints de bonté, pouvaient-ils faire souffrir ces deux personnes qui avaient élevé leur enfant comme leur propre fille ?

— Je veux mes parents, murmurai-je, désemparée. Je veux ma maman avec moi.

Thranduil se redressa et appela Estë avec empressement.

— Elle réclame sa mère, dit-il simplement.
Estë me regarda et eut un regard de compassion.

— Je sais très bien que ce n’est pas Varda que tu réclames, ma petite princesse, me répondit-elle doucement. J’en suis tellement désolée. Si nous pouvions…

Je détournai la tête pour ne plus les voir, Thranduil et elle. Au lieu de cela, je décidai de me focaliser sur mes contractions qui n’en finissaient plus. Thranduil avait gardé ma main dans la sienne et il fut bientôt rejoint par Varda elle-même qui me tint l’autre sans rien dire. Je sentis, tandis que la douleur revenait peu à peu, leur force vitale passer dans mon corps, me redonnant un regain d’énergie que je n’aurais jamais cru possible. Ainsi, ce n’était pas au sens figuré mais bel et bien au sens propre. C’était doux et chaleureux. Mordant ma lèvre, je sentis quelque chose pousser entre mes cuisses. Prise de panique, je me mis à crier le nom d’Estë.

Elle fut là en quelques secondes.

— Je sens quelque chose, soufflai-je, la gorge sèche. J’avais peur.

Comme elle l’avait fait bien plus tôt, elle vérifia une nouvelle fois.

— C’est le moment Aranel, il va falloir pousser.

Thranduil et Varda me lâchèrent les mains tout en restant à mes côtés. On me repositionna pour que je puisse accomplir ce que l’on attendait de moi. Ce n’est non sans une certaine appréhension que je les regardais tour à tour comme si j’allais en mourir.

Ça y est, pensai-je non sans une certaine angoisse, j’allais mettre un enfant au monde. D’ici quelques minutes, je serai vraiment une mère pour de bon. Mandieu, comme je ne me sentais pas du tout prête pour ça. Tandis que la Vala m’ordonnait d’une voix ferme de pousser toujours plus fort et toujours plus longtemps, quelque chose de tout à fait inhabituel se produisit. Un orage se matérialisa au dessus du Taniquetil et, au moment où j’entendais enfin un bébé vagir, trois coups de tonnerre se firent entendre, suivis d’une longue rafale de vent puis d’un silence presque troublant. Chacun dans la pièce retint son souffle tandis qu’Estë posait sur mon ventre le fruit de notre amour à Thranduil et à moi.

— C’est un garçon, Cerise, s’extasia ce dernier, des étoiles semblaient danser dans son regard. Un superbe fils, reprit-il.

J’allais pouvoir enfin souffler moi-même quand je sentis encore cette maudite pression entre mes cuisses. Ce n’était pas possible, je…

— Aranel, il va falloir pousser de nouveau, allez encore un effort ! cria Estë, le visage préoccupé.

Je fis ce qu’elle me demandait sans broncher et je crus m’évanouir quand je compris que…

— Une petite fille ! s’enthousiasma-t-elle, une adorable petite fille.

Comprenant ce que cela impliquait, Thranduil m’aida à faire de la place pour le second bébé qui était bien plus petit que le premier.

Je les regardais tour à tour, troublée par le sentiment de plénitude qui me submergea alors.

— Ce n’est pas très galant de ta part d’avoir pris les réserves de ta sœur, dis-je au bébé qui m’observait de ses grands yeux aux couleurs encore indéfinies. La seule chose qu’il tenait de son père pour le moment était ses oreilles qui se finissaient indéniablement en pointe. Avisant l’autre bébé, quasiment identique au premier, si ce n’est sa corpulence, la petite fille s’agrippa à ma poitrine dans l’espoir, sans doute, d’être nourrie. Comprenant ce que cela impliquait, je regardais Estë, ne sachant que faire. Elle avisa Thranduil qui acquiesça.

— Veux-tu les nourrir par toi-même Elenwë ou souhaites-tu requérir à une nourrice ?

Tel était la grande question en ce lieu. Pas de « Biberon ou sein », mais nourrice ou … Moi. Il s’agissait de mes bébés et même si pour le moment, ils m’apparaissaient comme deux petits être mignons mais encombrants, je ne voulais laisser le soin de leur alimentation à personne d’autre. Etait-cela l’instinct maternel ?

— Je vais les nourrir moi-même, dis-je.

Etait-ce de la chance ou pas, mais l’allaitement fut moins pire que ce que j’en avais entendu parler. Mes deux petits monstres s’endormirent repus et deux elfines vinrent me les prendre pour les nettoyer et les habiller.

On fit sortir Thranduil le temps de changer les draps de mon lit et de m’habiller décemment, puis le ballet des félicitations commença tandis que Thranduil réintégrait la pièce avec nos deux bébés dans les bras. Chaque Vala vint nous congratuler quand il ne resta plus que mes prétendus parents avec nous.

Ce n’est que lorsque Thranduil coucha nos enfants dans un grand berceau que je réalisai que je n’avais pas mis un, mais deux bébés au monde ! Mandieu, quelle horreur ! Il y en avait deux. Les yeux exorbités, j’observais Thranduil qui semblait béat et c’est à ce moment que je compris qu’il avait toujours su qu’il n’y en aurait pas un, mais bel et bien deux. Tout le monde le savait, sauf moi. Et mes parents n’étaient même pas là. Je faillis fondre en larmes.

— Mes parents me manquent, commençai-je d’une voix atone. Je viens de mettre au monde de faux jumeaux, continuai-je. Vous le saviez mais vous ne m’avez rien dit, pourquoi ?

— Tu avais déjà du mal à t’imaginer mère, nous n’avons pas voulu ajouter à ton angoisse, mon enfant, répondit Manwë. Sache toutefois que le fils d’Oropher était contre. Il voulait te le dire mais nous le lui avons interdit.
— Quant à ceux qui t’ont élevée, nous aurions aimé, nous aussi, qu’ils soient là car après tout, ils te considèrent comme leur enfant. Toutefois, nous ne pouvions accéder à cette requête, ce n’est pas de notre ressort.

C’était Varda qui avait prononcé cette phrase. Je savais que malgré leurs incommensurables pouvoirs, ils avaient eux aussi leurs limites. Chacun se pencha pour m’embrasser le front puis ils allèrent voir une dernière fois les bébés, échangeant des mots en Quenya que je ne compris pas et quittèrent ma chambre silencieusement.

Nous étions enfin seuls, Thranduil et moi. Il s’assit à mes côtés une nouvelle fois sans un mot et m’embrassa doucement sur la bouche.

— Merci pour ces deux magnifiques enfants, Cerise. Vous avez été merveilleuse.

Dans ses yeux, je pus lire tout l’amour qu’il me portait sûrement. J’aurais du en être parfaitement heureuse, pourtant un trou de plus en plus béant se formait à la place de mon cœur. J’aurais du être heureuse mais je me sentais si mal. Pourquoi ? Que m’arrivait-il ?

— Je vous aime, Thranduil, malgré tout et je suis contente qu’aujourd’hui tout se soit bien passé.
C’est vrai, ça, je m’étais vraiment attendu à pire. Le souvenir de la douleur que j’avais ressentie commençait à s’estomper de ma mémoire.

— Moi aussi, convint-il. D’ici un mois ou deux, quand les jumeaux seront assez grands, nous partirons pour le palais que je nous ai fait construire. En attendant, vous me rejoindrez au pavillon.

Je hochai la tête. C’était quelque chose qui lui tenait à cœur, avoir son propre domaine. Chaque elfe venant de la Terre du Milieu, se voyait accorder un bout de terre, une maison, parfois plus, selon sa caste, sa lignée et ce qu’il avait apporté du temps de son existence dans cet autre pan d’Arda. Bien que nous ne soyons pas mariés comme la coutume elfique le voulait, tout le monde nous considérait comme un couple à part entière et la venue de ces deux enfants venaient cimenter cet état de fait.

Quand je me sentis lasse, mon elfe me laissa non sans me dire à quel point il était fier de moi, fier de nous. J’allais sombrer dans un sommeil réparateur quand la porte se rouvrit sur Ashräm qui venait m’apporter une collation. Il avait été le seul à ne pas m’avoir félicitée. Bien qu’à moitié endormie, je lui souris. Il s’inclina avant de nous laisser, les enfants et moi.

Une nouvelle vie encore plus terrifiante que la précédente commençait pour moi. Je n’étais pas vraiment sûre d’être prête pour cela mais on ne m’avait pas vraiment laissé le choix. Désemparée, je sentis les larmes mouiller mes joues tandis que je sombrais dans le sommeil.

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Thranduil

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J’étais à nouveau père. Je ne pensais pas ressentir une nouvelle fois cette sensation d’euphorie et de plénitude qui m’anima à la vue de ces deux petites merveilles qui dormaient côte à côte dans leur berceau. Un mélange de Cerise et de moi-même. Un élan d’amour intense m’enflamma à la vue de cette jeune femme qui venait de me faire le plus beau des cadeaux. Nous étions destinés l’un à l’autre de la façon la plus mystique et la plus ancestrale qui soit. Chaque jour, depuis que je l’avais compris, je remerciais Eru et les Valar qui avaient permis que cela soit possible. Dire que j’avais failli passer à côté du véritable bonheur !

J’avais hâte que mon fils aîné, Legolas, nous rejoigne en Valinor. Toutefois, quelque chose me disait qu’il ne serait pas si surpris du résultat final de ma relation avec Cerise… ou Elenwë car tel était son véritable nom. Elenwë de Valinor, réincarnation de l’enfant à naître de Turgon et de la Vanya Elenwë, réincarnation d’une des étoiles chéries de Varda… Quel étrange et néanmoins incroyable destin. Et elle était mienne. Bien qu’aucun mariage ne vienne sceller ce qui était de toute façon une évidence aux yeux de tous.

Les jours passèrent comme dans un rêve éveillé. Néanmoins plus le temps passait et plus je sentais une certaine distance s’installer entre Cerise et nous. Elle était souvent songeuse, semblait perdue ailleurs comme si elle se languissait de quelque chose qui nous échappait… Qui m’échappait à moi.

— Que vous arrive-t-il, Melda heri, vous me semblez bien morose ? lui demandai-je un jour que nous nous promenions tous les deux tandis que les petits, repus, étaient avec leur nouvelles nurse… Ashräm. Qui l’eut cru ? Pas moi cela dit, et ce malgré l’incroyable révélation dont nous il nous avait gratifiés quelques temps auparavant :

— Pourquoi ne puis-je pas m’occuper des enfants de l’Aranel alors que c’était moi qui étais

en charge d’elle quand elle n’était alors qu’un tout petit bébé ?

A ces mots, Cerise avait rougi, avant de sourire doucement. Revenant au présent, j’attendis qu’elle me réponde.

— Rien, Thranduil, tout va bien. Je suis juste un peu fatiguée.
Je secouai la tête. Je n’aimais pas quand elle me mentait. Je compris toutefois qu’elle ne savait rien pour le lien qui nous unissait dorénavant et qui ne partirait qu’à la mort de l’un de nous. Je ne l’avais jamais éprouvé avec Elenna, je n’en avais, cela dit, jamais eu conscience. J’aurais du, cela m’aurait mis la puce à l’oreille et sans doute évité bien des désillusions par la suite.

— Je sais que vous me mentez, Cerise. Vous n’êtes pas bien. Je le sais à cause du lien qui nous unit tous les deux.

Elle m’avisa, abasourdie parce que je venais de lui révéler.

— Un lien ?! s’exclama-t-elle, surprise. Mais de quoi parlez-vous, Thranduil ?

Avisant un banc confortable, je nous y emmenai avant de lui révéler ce que je savais.

— Je vous ai dit il y a longtemps qu’Elenna m’avait avoué ne pas être celle que j’attendais, celle qui m’était destinée. Mon âme sœur.

— Oui, et alors ? me coupa-t-elle sèchement.
Elle détestait quand je parlais de ma défunte épouse. Je n’aimais pas la faire souffrir mais je ne pouvais faire autrement. J’espérais que la suite la calmerait pour de bon nous concernant.

— Je l’ai trouvé, Cerise, et il s’agit de vous. Vous êtes celle qui est faite pour moi.

— Mais nous ne sommes même pas mariés ! protesta-t-elle.
— Il n’y a pas besoin d’être unis officiellement pour que ce lien apparaisse. Il s’est révélé à moi il y a peu et plus les jours passent et plus je le sens se renforcer autour de nous. Ne sentez-vous donc rien ?
— Non, rien du tout, murmura-t-elle en expirant bruyamment. Cela veut-il dire que nous allons pouvoir nous marier Thranduil ? me questionna-t-elle pleine d’espoir.

J’appréhendais qu’elle me pose un jour cette épineuse question mais je lui devais d’être honnête.

— Je suis navré, petite, mais selon la tradition des elfes, je suis toujours marié à Elenna.

— Mais elle est morte !
— Certes, cela n’empêche pas le lien du mariage de perdurer, même au-delà. Les elfes ne se marient qu’une seule et unique fois. C’est ainsi et nous ne pouvons faire autrement.

Nous avions déjà maintes fois discuté de ce que je pouvais ressentir ou pas, de ce qui était de l’amour ou pas, mais jamais de mariage parce que alors, ce n’était pas le sujet.
— Je vois, finit-elle par dire. Mais alors moi dans cette histoire, je suis quoi ? Juste votre amante ?

Je soupirai, si elle se rabaissait une nouvelle fois, je n’étais pas sûr de pouvoir le supporter. Bien entendu, elle ne réagirait pas ainsi si elle avait senti, elle aussi, le lien, plus fort qu’aucun mariage ne le serait jamais, qui nous unissait.
— Vous êtes mienne, Cerise, celle que j’aime, la mère de mes enfants, vous êtes au centre de toutes mes attentions.

Elle se figea à ma déclaration.
— Vous… Vous m’aimez ?

Elle avait l’air surprise et je faillis en être vexé. N’avait-elle pas encore compris tout ce que je ressentais pour elle ? N’était-ce pas évident ?

— Si vous ressentiez ce lien, vous le sauriez, petite idiote. Mon adorable petite idiote, repris-je quand je la sentis se tendre. Ce n’était pas le moment de la braquer contre moi même si je me sentais légèrement agacé.
— Comment est-ce possible ? marmotta-t-elle, je pensais que ce que vous ressentiez pour… Elenna, était très fort.

Ah ! La suspicion. Les femmes, humaines ou elfines, en étaient friandes.

Doucement, je me penchai vers elle pour déposer un baiser sur son front puis sur sa bouche. Je voulais être le plus honnête possible avec elle, mais parfois, je savais aussi que la vérité pouvait être blessante. Je décidai donc de choisir mes mots avec soin.

— A ce jour, vous êtes celle qui m’importe le plus et sachez que quoiqu’il arrive, il n’y aura jamais que vous et vous seule. Vous détenez mon âme entre vos mains, Melda heri. Toutefois, il faut que vous compreniez que, bien qu’elle n’ait jamais été mon âme sœur, la mère de Legolas gardera éternellement une part de mon cœur avec elle. Ce serait vous mentir que de vous dire que je n’ai pas été heureux avec elle, que je n’ai rien ressenti à son égard, quoiqu’il nous en ait coûté. Oui, j’ai aimé Elenna, et oui je l’aimerais toujours, mais aujourd’hui, c’est vous que je souhaite rendre heureuse plus que tout au monde. Le comprenez-vous ?

Je la scrutai, la peur au ventre. J’espérais sincèrement n’avoir rien dit de travers. Je la vis fermer les yeux un bref instant avant de les rouvrir et de me fixer avec intensité.

— Vous avez été honnête avec moi et je le serais aussi, Thranduil. Je vous aime de tout mon cœur et j’aimerais croire à ce lien qui nous unit, mais je ne le ressens pas. Savoir qu’il y en a eu une autre avant moi me laisse un goût terriblement amer en bouche, pour ne pas dire autre chose. Savoir que vous ne m’appartenez pas comme moi je vous appartiens me fait mal. Très mal.

Elle poussa à nouveau un long soupir avant de poursuivre.

— Mais je ne peux rien y changer, pas vrai ? C’est comme ça et je dois l’accepter. Me contenter aujourd’hui d’une chose que je n’aurais jamais crue possible il y a encore quelque temps. Vous n’y êtes pour rien, je le sais. Je vous aime, alors… Oublions, voulez-vous, et passons à autre chose. Je ne me sens pas très bien.

Elle se leva et j’en fis de même avant de la prendre par la taille. Elle avait perdu du poids bien que son ventre soit encore bombé de son ancienne maternité. Elle se crispa un bref moment à mon contact avant de se détendre. Cela me fit mal, mais je lui devais du temps. Cela finirait par passer, je l’espérais de tout mon cœur. Et puis, nous avions toute l’éternité pour nous aimer.

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Cerise

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Plus les mois passaient et… Plus je sombrais dans une espèce de profonde mélancolie que je ne m’expliquais pas tout à fait.

Finalement, nous n’étions pas encore partis pour notre nouvelle maison. Thranduil avait eu la délicatesse d’attendre que je me sente mieux. Il était tellement prévenant envers moi, me couvant comme si j’avais été la chose la plus merveilleuse qui lui soit arrivée. Dans un sens, j’en étais contente et quelque peu soulagée. Cela me rassurait de voir qu’il tenait vraiment à moi de cette manière. Malgré tout, une part de moi semblait se désagréger au fur et à mesure du temps qui passait.

Concernant nos enfants — j’avais encore du mal à réaliser que j’étais mère — il s’avérait que Thranduil était un père formidable. Cela dit, je n’en n’avais jamais douté un seul instant.

Les jumeaux s’épanouissaient avec une joie toute communicative. Les Valar, les Eldar, Ashräm, tout le monde était complètement gaga d’eux et il y avait de quoi. Moi même, j’adorais mes enfants malgré mes difficultés à réaliser, encore une fois, qu’ils étaient de moi.

Depuis leur naissance, j’avais emménagé avec Thranduil dans la petite maison qui se trouvait non loin de la résidence de mes soi-disant parents. Nous n’y habitions pas vraiment seuls puisque nous avions été rejoins par Finlenn et Tamril qui s’étaient vus attribuer le rôle de gardes du corps quand Thranduil était affairé ailleurs, me laissant seule avec les enfants. Ashräm n’avait pas vraiment été ravi de voir ces deux elfes me tourner autour mais, comme à son habitude, il n’en avait rien dit.

Repensant à celui qui était aussi dorénavant le père de mes enfants, mon cœur se réchauffa d’une douce chaleur bienfaisante.

Il m’aimait.

Ce constat, malheureusement, n’était pas assez fort pour chasser les ténèbres qui me consumaient depuis la naissance des petits. Que m’arrivait-il, bon sang ?! J’avais tout pour être heureuse ! Qu’est-ce qui n’allait pas avec moi ? J’avais un compagnon génial et deux bébés trop mignons et pas trop casse-pieds.

Le choix de leurs prénoms n’avait pas été une mince affaire. Dans un premier temps, j’avais voulu faire plaisir mais Ilmarë, la servante de Varda, m’avait expliqué qu’aucun elfe ne donnait un prénom déjà usité. Cela portait malheur et, comme la plupart ressuscitait d’une manière ou d’une autre, cela n’avait aucun sens, si ce n’était d’embrouiller tout le monde.

— Si tel est le cas, Ilmarë, répondis-je un peu énervée. Pourquoi est-ce que je porte celui de ma défunte première mère ?

J’étais sans doute la seule personne sur cette terre à avoir eu trois mères différentes ainsi que trois vies bien distinctes — enfin deux vies et demi vu que la première, j’étais encore dans le ventre de ma mère. Peut-être étais-je un peu comme les chats avec plusieurs vies à leur actif ?! Ah ! La bonne blague !

— C’était un hommage à une elfine qui ne reviendra, quoiqu’il arrive, jamais à la vie ! s’exaspéra la Maïa.
Soit, mais quand même…

Finalement Thranduil et moi finîmes par nous mettre d’accord sur deux prénoms qui s’étaient imposés à moi lors d’une nuit où je n’avais jamais pu trouver le sommeil. Plus qu’un choix mûrement réfléchi, c’était l’instinct et mon imagination qui avaient fait tout le boulot.

Notre petit garçon avait pour prénom Vanyel, quant à sa sœur, je l’avais appelé Valorya. Ils n’avaient aucune signification connue vu que je les avais inventés. Il s’agissait là de deux prénoms cent pour cent Cerise et zéro pour cent elfique en quelque sorte. C’était tout moi, ça, de ne rien faire comme les autres. Cela en avait étonné plus d’un et fait sourire Manwë et Varda. Pour ma part, je les aimais beaucoup et au moins ils seraient uniques en cette terre comme le voulait leur sacro-sainte tradition ! Enfin, je l’espérais !

Revenant au présent, j’entendis des pleurs provenant de la nurserie qui se trouvait en face de notre chambre. Fronçant les sourcils, je pénétrai à l’intérieur et me dirigeai vers le berceau de Vanyel. Sa sœur n’était plus là, sans doute Ashräm s’était-il occupé d’elle pendant que son frère dormait. Ce petit bonhomme passait sa vie à manger, remplir ses couches, et faire des câlins à tout le monde. Il adorait son père et, loin d’en être jalouse, j’en ressentais même une énorme bouffée d’amour envers ces deux hommes qui étaient devenus les piliers inébranlable de ma vie.

Le prenant dans mes bras, je me dirigeai dans le couloir dans le but de faire une petite promenade, le temps de le calmer. Je lui donnerais le sein plus tard. A mi-chemin, je croisai la grande Varda. C’était rare de la voir chez nous à cette heure-ci.
Intriguée, je me demandai ce qui avait bien pu la pousser à venir nous voir maintenant ? Il était rare qu’elle descende du palais sans une bonne raison.
Dire que cette femme que tout le monde vénérait comme une déesse m’avait mise eu monde. J’avais encore beaucoup de mal à le croire.

— Elenwë, mon enfant, pouvons-nous parler un instant ?

Surprise, je hochai la tête avant de l’emmener dans un petit salon à la décoration douillette. Je m’installai sur un fauteuil confortable et calai Vanyel tout contre moi tandis qu’il recommençait à chouiner doucement. Il avait faim.

— Ne te préoccupe pas pour moi, mon enfant, je t’en prie, nous n’allons pas priver cet adorable petit être de ce qu’il réclame avec tant de vigueur.

— Merci, Varda, dis-je doucement avant de déboutonner le haut de ma robe.
Vanyel s’agrippa à mon sein comme un forcené avant d’aspirer goulûment le mamelon. Cela aurait du me gêner mais il s’agissait de mon fils et il avait besoin d’être nourri. Et puis j’étais chez moi…

— Chère Elenwë, commença Varda d’une voix douce mais ferme. Nous aimerions savoir ce qui ne va pas ? Tu as tout pour être heureuse, un ellon aimant, des enfants magnifiques et en parfaite santé… Toutefois plus les jours passent et plus ta détresse nous ronge le cœur comme un terrible poison.

Je me sentis défaillir en comprenant que ce que j’avais tenté de garder pour moi ne l’était pas. Tout le monde était-il au courant ? Je ne voulais ni les inquiéter ni me montrer égoïste et pourtant…

— Oui je vais mal, dis-je tout haut. Je sais que je ne devrais pas mais… Non, ça ne va pas du tout.

Le dire à voix haute ne me procura aucun bien, au contraire, cela renforça mon mal être sans que je ne puisse y remédier. Pendant ce temps, Vanyel tétait goulument, inconscient de la tristesse de sa mère, son petit poing agrippé à l’étoffe de ma robe qui cachait en partie ma poitrine dénudée.

— Sais-tu pourquoi ?

Oui, je savais pourquoi. Je l’avais compris il y a peu même si je tentais vainement de me cacher les choses. Toutefois, je savais que, je pouvais lui dire la vérité.

— Mon chez moi me manque, ma famille me manque… dis-je dans un murmure, les yeux baissés sur mon fils, mon havre de paix.

— Mais tu es chez toi et nous sommes ta famille, répondit doucement Varda.

— Non, vous ne comprenez pas. J’ai vécu toute ma vie sur la Terre tout Court, j’avais une vie banale certes, mais j’aimais cette vie, parfois mes parents me prenaient la tête mais je les aime, et puis tous les parents prennent un jour la tête de leurs enfants. C’est comme ça et ça fait partie de l’ordre des choses. Mais vous, vous m’avez arrachée à ça sans état d’âme, mais surtout sans me demander mon avis, ni encore moins me prévenir !

J’avais longuement repensé à tout cela et j’avais trouvé l’attitude des Valar profondément injuste et surtout très égoïste. Quoiqu’ils me disent, ils avaient eu tort sur ce coup là.

En relevant les yeux vers elle, je vis que Varda ne souriait plus. Je voyais des constellations tourbillonner inlassablement dans ses iris et sur ses cheveux.

— Je peux lire dans tes pensées, jusque dans ton âme, mon enfant. Ce que j’y vois me peine énormément mais je le comprends aussi. Tu n’as jamais su ce que tu étais, ta famille humaine ne te l’a jamais dit. Pourtant, il faut que tu saches qu’ils le savaient, ils étaient au courant qu’un jour ta véritable famille viendrait te chercher.

Entendre que mon père et ma mère savaient et qu’ils me l’avaient caché… Je ne pouvais décemment pas y croire, pourtant, je me doutais que jamais Varda ne s’abaisserait à un mensonge. Cela me fit comme un coup de poignard en plein cœur.

— Pourquoi ne m’ont-ils jamais rien dit ?

— Je ne saurais te le dire, murmura Varda. Mais ce silence t’a causé moult tracas inutiles. Tu n’as rien su de ton univers avant que nous ne te le révélions. Ta venue fut pour le moins chaotique, ou sans doute pas car tu es arrivée là où ton cœur voulait que tu sois.

— Auprès de Thranduil, compris-je alors. C’était d’une telle évidence. Comment ne l’avais-je pas deviné avant ? Je me souvins de cette chanson que Legolas avait chantée lors de notre long voyage. L’étoile qui se réincarnait c’était moi et son amour… Thranduil, cela ne faisait plus aucun doute.

— Quoique tu en dises, ta place est ici auprès des tiens mais je connais ton cœur et ton âme, ma petite étoile. Je sais aussi à quel point tu peux être têtue. Tu commences une nouvelle fois à décliner, non par amour mais parce que la boucle de ta vie passée ne s’est pas refermée correctement.

La grande Varda se leva et vint s’agenouiller devant moi, posant ses mains délicates sur mes genoux et frôlant l’une des cuisses de Vanyel qui s’était endormi d’un sommeil paisible après la tétée.

— Elenwë, ma douce enfant, je veux que tu me dises avec franchise ce que tu souhaites au plus profond de ton cœur. N’essaie pas de réfléchir, ni de penser à nous. Toi, que veux-tu ? Qu’attends-tu au point de sombrer dans cette mélancolie qui t’abîme corps et âme ?

J’avais beau essayer de me raisonner, repensant à Thranduil, à notre amour, notre vie ensemble, ma poitrine se serrait d’angoisse car au fond de moi, je n’aspirais qu’à une seule chose…

— Chez moi, balbutiai-je, sentant les larmes inonder mon visage. Je veux rentrer chez moi en Terre tout Court.

A Suivre


Annotations

– Je ne tenais pas à ce que Cerise ait un accouchement trop difficile. Elle a déjà assez souffert comme cela.

– Ce chapitre fut corrigé par Lilou Black et Gwendoline. Un immense merci à elles.

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10 commentaires

  • Coucou ma belle,
    Je te laisse un commentaire ici pour ce superbe chapitre que j’ai trouvé très fort…
    Émotion de la naissance mais aussi profond malaise de Cerise qui nous fait un baby blues…
    Il est normal qu elle veuille voir ces parents et les siens son monde itou… De toute cette histoire c est elle qui a le plus sacrifié et accepter ce qu elle est après toutes ces années…
    J aime voir Thranduil ainsi c est tellement beau tellement loin de l image qu on avait de lui au départ. L évolution, l acceptation et ce bonheur avec les petits…
    Lui aussi à souffert et ce que lui offre Cerise est le plus beau des cadeaux qu un Homme puisse avoir… L amour, des enfants et ce malgré les aléas de leurs vies.
    C’est un superbe chapitre et la fin m’a amené les larmes aux yeux. L échange entre la mère et ma fille et la compréhension d une mère parfaitement consciente des épreuves que sa petite Étoile vie…
    Bravo ma belle tu peux être très très fière de toi c est purement des pépites ces chapitres. La fin d un voyage d une aventure, l aboutissement d un voyage vers une quête qui n est pas si raté… Celle de l amour envers et contre tout.

    Je suis assez maladroite avec mes mots excuse moi mais c’est le plus sincère que je puisse écrire aujourd’hui et je voulais te laisser un message…

    Tendresse

    Aimé par 1 personne

    • Je ne crois pas que ce soit seulement un baby blues. Je crois vraiment que c’est beaucoup plus profond ce qu’elle ressent. Sur un plan « sentimental » Cerise et Thranduil commencent enfin à s’accorder. Enfin surtout Thranduil. Cerise doit encore faire le deuil de certaines choses avant d’être totalement heureuse avec l’elfe qu’elle aime.
      Je voulais écrire une histoire réaliste avec tout ce qu’implique le changement de toute une vie. Il y a ce bon vieil adage qui dit que « la maison est là où se trouve le cœur de l’être aimé ». Je n’ai jamais véritablement cru à ça. Il y a beaucoup de travail. Cerise doit apprendre à quitter son univers et ceux qu’elle aime. Elle le dit bien à Varda, on l’a arrachée ni plus ni moins à sa vie qu’elle aimait. Bien sûr qui ne rêverait pas de vivre de fabuleuses aventures avec un bel elfe etc… Mais sérieusement, qui ne pleurerait pas sa vie d’avant à un moment ou à un autre ?
      De plus, Cerise découvre que ses véritables parents ne sont pas ceux qu’elle croit. Bonjour la frustration…
      Désolée, je te ponds un pavé…

      Merci pour ton retour mon Isa et pleins de câlins ❤ ❤

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  • Directrice générale des reviews Pâtés géants au rapport !

    L’accouchement de Cerise a beau ne pas être trop difficile en soi, c’est quand même drôlement éprouvant. C’est là qu’on se dit que les femmes font preuve d’une force monstrueuse et ça donne envie de botter le train à tous les sexistes qui les considèrent comme des sous-gens. Cerise émet d’ailleurs un avis très juste sur le sujet en signalant que la « part du travail » de Thranduil n’a pas été la plus compliquée ni la plus désagréable… d’ailleurs, puisqu’on en parle, du royal blondinet… il mérite une bonne paire de claques ! Evoquer son épouse devant Cerise alors que d’une part le sujet est délicat (et il le sait parfaitement) et d’autre part pendant son accouchement, c’est le degré zéro de la diplomatie ! Néanmoins, on peut quand même lui accorder quelques circonstances atténuantes : il ne faut pas nier que devenir (à nouveau) père est une expérience qui secoue sur le plan de l’émotion. Ainsi il aurait presque été anormal que Thranduil ne repense pas à la naissance de Legolas. Par ailleurs, même si c’est trop tard, il se rend compte qu’il a manqué une occasion de se taire et il fait amende honorable. Quand bien même…

    Le plus marquant dans ce chapitre reste que, malgré son importance sur le plan de l’évolution des personnages et de l’intrigue, la naissance des enfants est en quelque sorte un détail. Cet événement est loin de régler les problèmes divers de Cerise qui est toujours prisonnière de sa condition un peu particulière. Il est bien normal, dans ces circonstances, qu’elle réclame celle qu’elle considère comme sa vraie mère, cette humaine avec laquelle elle n’a aucun lien de sang mais qui l’a élevée et aux côtés de laquelle elle a grandi. La naissance de ses jumeaux fait qu’à présent, elle forme une véritable famille avec Thranduil et que, même si aucun mariage officiel n’est possible, c’est aux côtés de cet elfe et de ses enfants qu’est sa place. Néanmoins, elle n’y est pas prête, elle a encore beaucoup trop de liens avec ce qu’elle appelle la « terre tout court » pour envisager l’avenir avec sérénité. C’est à cause de ce simple état de fait, notamment, qu’elle ne ressent pas cet attachement particulier avec Thranduil. Ce dernier, d’ailleurs, le ressent d’autant plus qu’il ne l’a pas connu avec son épouse. Rétrospectivement, il voit sa relation avec Elenna avec un œil neuf. Ils éprouvaient un profond attachement mutuel, ils se sont mariés, ils ont eu un fils mais malgré tout, il manquait cette étincelle qui fait des couples d’elfes une véritable entité, et il regrette de ne pas l’avoir compris plus tôt. Cette étincelle, justement, est tellement présente qu’il considère un remariage comme inutile. Rien ne sert d’officialiser quelque chose qu’on ressent au fond de soi. Cerise, qui n’a ni l’expérience ni la culture pour le comprendre, a un peu de mal à l’admettre et si elle finit par accepter les sentiments de Thranduil à son endroit, ce n’est pas suffisant pour la sortir du marasme sur lequel elle n’a aucune emprise.

    Le plus surprenant, c’est que les Valar mettent du temps à comprendre que l’adaptation de leur enfant chérie à son environnement d’origine n’a rien de simple. Sur le plan narratif, c’est vraiment excellent parce qu’on constate — et c’est tout à fait canon quand on se réfère à l’œuvre de Tolkien — qu’ils ne sont pas infaillibles et que malgré leurs pouvoirs, il existe des choses qu’ils ne maîtrisent pas. Ce doit être d’ailleurs assez frustrant pour Varda, d’ailleurs. Elle ne devait pas s’attendre à ça et souffrir, en un sens, que Cerise réclame son « autre mère » plutôt qu’elle-même. Dans tous les cas, c’est particulièrement bien montré, touchant et réussi.

    Plus réussie encore, la fin du chapitre. Je ne ferai pas de spoils aux gens. Cela dit, quand elle affirme vouloir rentrer « chez elle », Cerise sent en un sens qu’elle espère ce « retour » provisoire. Elle pense, malgré tout, à son compagnon et à ses enfants. Par ailleurs, elle veut surtout obtenir des réponses, les informations de Varda lui ayant bien montré que ses parents adoptifs ne lui ont pas tout dit. Ensuite… l’avenir nous le dira !

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    • Je sais qu’on en discute toujours en amont mais, tu arrives toujours à cerner totalement les sous entendus de cette histoire. Bien sûr que Cerise a envie de vivre avec son amour. Mais elle sait aussi que si elle ne fait pas ce qui doit être fait, elle finira par sombrer dans une sacrée dépression. Bien sûr, j’aurais pu jouer la carte de la facilité pour plaire aux lecteurs et terminer cette histoire là avec le bon vieux  » Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants ».
      Mais sérieusement, ce n’est pas ce que je voulais écrire, enfin si, ils l’auront mais d’abord il faut résoudre les problèmes. J’ai toujours vu la fin de cette histoire comme ça. Parce que je la voulais juste et que je voulais que cette quête de soi, au final, aille jusqu’au bout d’une acceptation de l’un et une rédemption de l’autre. Thranduil est, on peut le dire, guéri. Il a ouvert les yeux et son cœur n’est plus entaché. Ce n’est pas le cas de Cerise qui doit régler ses soucis avant de pouvoir elle aussi « souffler » enfin.

      Cette histoire a commencé de manière légère et amusante, je voulais une fin en apothéose et surtout adulte. J’espère réussir à tenir mes engagements !

      Merci ma chérie d’être là depuis le début et de m’avoir soutenue quoiqu’il se passe sur cette histoire. ❤ ❤ ❤

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  • Coucouuuuuu !!!
    Mama mia, que dire de tout cela ?
    Déjà, premièrement, excellent chapitre, comme d’habitude 😉
    Certes tu n’as pas voulu donner un accouchement trop difficile à Cerise, mais franchement, accoucher de jumeaux c’est déjà pas mal dans la difficulté, nan mah oh !
    Je suis très étonnée qu’elle n’est pas plus réagit que ça lorsqu’elle a apprit que tout le monde savait pour les deux petits bouts qui vivaient dans son ventre sauf elle. Elle s’assagit notre Cerise ou bien ?
    Le passage ou Thranduil et elle s’expliquent sur le lien qui les unit, quand l’elfe avoue qu’il l’aime ** Mon petit menton en a tremblé d’émotion tellement j’étais heureuse pour mon couple préféré :3
    Je vois tellement Ashram, le grand barqué type videur, s’occuper de deux bébés. Ca doit être tellement attendrissant à voir :3
    Les parents de Cerise, c’est pas bien d’avoir rien dit du tout ! Vilains :tirelalangue: :puissorttrèsloin:
    La pauvre, elle me fait trop de la peine.
    Petit point médical : la chute d’hormone peut entraîner le cafard du post partum aussi communément appelé le baby-blues. Si ça ne passe pas, il y aura la dépression du post partum, ce que Cerise semble vivre un peu beaucoup en ce moment. (voilà, maintenant que j’ai étalé ma science, je peux m’enfuir sur mon grand cheval blanc pour aller sauver mon dangereux prince. Ou mon prince en danger. bref……….)
    ELLE VA VRAIMENT REVENIR SUR LA TERRE TOUT COURT ? J’imagine déjà de loin les Valars acceptant sa requête, puis la conversation pour convaincre Thranduil et finalement voir le Roi de la Forêt Noire débarquer dans notre monde. (Je suis entrain d’imaginer Thranduil derrière un ordinateur. C’est un peu trop drôle pour mon petit coeur ^^)
    Enfin bref, tout ça pour dire que c’est encore un excellent chapitre, il me tarde d’avoir la suite !
    Enfin non pas tellement parce que ça voudrait dire que c’est bientôt la fin 😥 Mais je l’attendant quand même avec impatience !
    Des gros bisous et excellente continuation !
    Mathy

    Aimé par 1 personne

    • Oui je n’ose imaginer accoucher de jumeau… Ah ben mince, je l’ai fait 😉 Plus sérieusement, j’aurais pu lui faire vivre les choses bien pire mais je pense qu’elle en bave assez comme ça.
      Après ses réactions moins prévisible, je dirais que… c’est Cerise 😉 Et puis, tu le dis plus ba,s les hormones 😉 Oui la chute hormonale est parfois douloureuse. Toutefois, je crois que ça va au delà d’un baby blues et que son mal être est bien plus profond qu’il n’y parait. Mais c’est sûr que ça ne l’aide pas la pauvre !
      Ashräm en nounou, quand on sait qu’il a fait pareil avec Cerise bébé 😛 Hi hi ! Il est doué avec les enfants 🙂 ❤
      Je suis contente que ce nouveau chapitre t’ai plus et oui il n’en reste plus que deux à venir… Mais quoiqu’il arrive, sache que notre couple à le droit à une fin heureuse ^^.

      Gros bisous et merci pour tes compliments et ton retour ❤ ❤ ❤

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  • Ouh-la-la ! Elle ne va quand même pas plaquer son chéri et les marmots, la Miss Catastrophe ?!
    Faut reconnaître qu’elle a des circonstances atténuantes à son côté chieuse, mais quoi … elle a Thranduil ! M… zut, quoi !!! C’est pas Jean-Claude Dus ! C’est THRANDUIL !!!
    Il y a des wagons de minettes qui voudraient bien être à sa place !
    Thranduil par contre, il semblerait qu’il n’ait vraiment pas de chance avec ses femmes. Le pauvre ! Snif !

    Et bien voilà encore un chapître fort bien écrit et qui nous tient magistralement en haleine …
    Vivement la suuuiiiiiite !!!

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    • Certes ^^ Cerise aime Thranduil, elle ne le lâchera pas comme ça mais elle va mal et doit résoudre ses soucis et trouver des réponses que seuls les gens qui l’ont élevés ont…

      Après oui, le fanclub de Thranduil n’attend que ça que de pouvoir prendre la place vacante de Cerise… Mais Thranduil a enfin trouvé son âme sœur 😉

      Merci pour ton retour et tes compliments ! ❤ ❤ ❤

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  • Chapitre intense! J’ai tellement hâte de lire la suite, je comprends bien le malaise de Cerise, combien cela doit être dur pour elle. Maintenant, j’ai une petite boule à l’estomac du fait de l’absence de Valorya, tu ne vas pas encore tourmenter notre Cerise quand même?

    Aimé par 1 personne

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