Rencontre avec une Fangirl

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Rencontre avec une Fangirl


Thranduil


J’étais en train d’écrire une missive à la Dame de Lórien pour lui signifier que nous avions besoin de plus de renfort pour venir à bout de ces maudites araignées lorsque Finlenn vint me trouver, la mine préoccupée. Je fronçai les sourcils. Je n’aimais pas être dérangé dans l’élaboration de mes missives officielles. Il m’était déjà assez pénible d’admettre que la prolifération des araignées était telle que nos forces n’étaient plus guère suffisantes, nous obligeant à recourir à une aide extérieure. Cela dit, je n’aimais pas non plus être dérangé, tout simplement.

— Mon Roi, commença-t-il, nous avons des nouvelles peu réjouissantes en provenance des abords de la Forêt Noire.

— Que se passe-t-il ? m’enquis-je, presque sûr qu’il allait m’annoncer l’arrivée de nouvelles colonies d’arachnides.

C’était à croire que les descendants d’Ungoliant* passaient leur vie à se reproduire juste pour le plaisir de nous contraindre à les chasser de nos terres – ou de nous pourrir la vie, c’était selon.

— Votre Majesté, Tamril a trouvé à la frontière une femme qui se promenait seule.

— Une femme ? demandai-je en haussant les sourcils, l’air intrigué. Une femme ? Une elfine voulez-vous dire ?

— Non, Votre Majesté, une humaine. Elle allait se faire dévorer par une des araignées géantes quand Tamril l’a repérée et sauvée in extremis.

— Étrange, murmurai-je, que vient faire une femme dans nos contrées et qui plus est, seule ?

Lentement je passai un doigt sur mon menton, signe que j’avais besoin de réfléchir. Depuis des décennies, il ne se passait franchement rien de bien glorifiant par ici et seules les allées et les venues du Seigneur Celeborn, le digne mari de la Dame de Lórien, ainsi que leurs soldats, venaient égayer nos mornes journées. Une humaine, pensai-je ? Par quel étrange coup du destin cette femme s’était-elle retrouvée à nos frontières ? Je l’avoue, j’étais assez curieux de voir à quoi elle pouvait bien ressembler et surtout, je désirais savoir de quelle contrée éloignée elle venait. Quand ma décision fut prise, j’avisai le capitaine de ma garde.

— Finlenn, dis à Tamril d’amener cette humaine jusqu’à la salle du trône. J’irai l’interroger pour savoir qui elle est, d’où elle vient et quelles sont ses intentions. Nous ne sommes concrètement plus en guerre, mais avec les dangers qui rôdent encore aux frontières de notre royaume, il vaut mieux jouer la carte de la prudence. Peut-être est-elle une envoyée de Dol-Guldur, sait-on jamais !

— Très bien Votre Majesté, il en sera fait selon votre volonté.

Il s’inclina respectueusement et je le congédiai d’un geste de la main.

Préoccupé par cette nouvelle fort curieuse, j’allai me servir un verre de vin. J’avais toujours eu un faible pour cette boisson des hommes faite par les meilleures vignes du royaume de Dale. Je ne m’en serais passé pour rien au monde… Comme de mon fils Legolas. Ce garçon était si différent de ce à quoi j’aspirais au même âge. Cet amour de la découverte et de toutes ces choses si différentes de nous, je compris assez tard qu’il avait cela dans le sang. Plus qu’une question de devoir, c’était un besoin vital qu’il avait et qui le dévorait. J’avais compris, non sans amertume, que si je le forçais à rester auprès de moi, il finirait par s’étioler et ne plus être que l’ombre de lui-même. Bien que physiquement, nous nous ressemblions beaucoup, il avait hérité du doux et beau caractère de sa mère… ma défunte épouse. Repenser à elle m’attristait à chaque fois et je n’étais jamais parvenu pas à combler le vide qu’elle avait créé le jour où elle s’en était allée pour les Cavernes de Mandos. Soufflé par la douleur encore vivace, il me fallut m’asseoir quelques instants. Même si l’appel de la mer se faisait de plus en plus ressentir en mon âme et mon cœur, je n’étais pas aussi pressé que je l’aurais dû. Ce royaume, notre royaume était le dernier souvenir encore tangible qui nous liait l’un à l’autre. Notre fils, je l’avais amèrement admis, avait sa vie à vivre et je ne pouvais décemment pas le forcer à rester à mes côtés pour préserver l’image de celle qui avait gardé mon cœur même par-delà sa mort.

Tout à mes pensées, je n’entendis pas Finlenn revenir.

— Votre Majesté, Tamril est là avec la fille.

Lentement, je me tournai vers lui et le regardai d’un œil vague. Finissant mon verre de vin, je lui rétorquai d’une voix monocorde :

— Très bien. Allons voir ce que nous veut cette intruse et surtout ce qu’elle vaut.

Prestement, je me levai de mon siège et sortis de mes appartements. J’avais revêtu ce masque impénétrable où nulle autre émotion que l’ennui et le dédain ne pouvaient transparaître. Bien qu’affaibli depuis quelques siècles déjà, je tenais beaucoup à cette image de souverain à la force inébranlable. Il en allait de la survie des miens après tout.

Arrivé jusqu’à mon trône, j’observai à la dérobée l’humaine que Tamril, le bras droit du capitaine de ma garde, avait ramenée avec lui. J’étais déçu. Elle n’était pas vraiment jolie selon les critères de beauté de notre peuple. De taille moyenne, elle était habillée de manière bien étrange. Ses oripeaux ne la mettaient guère en valeur, la faisant paraître plus corpulente qu’elle n’était et ses cheveux, ramassés en une espèce de coiffure barbare, semblaient vouloir fuir de sa malheureuse petite tête. Il fallait bien admettre que la pauvre ère semblait plutôt dépenaillée. Toutefois, je dus reconnaître que son regard franc et plutôt ennuyé me plut. Après l’avoir observée un moment de loin, je me décidai enfin à avancer jusqu’à elle. Je la jaugeai, tentant de la déstabiliser. Elle me fixa droit dans les yeux. Je faillis pousser un hoquet de stupeur. Jamais personne n’avait osé me défier de la sorte ! Mais qui était-elle pour se permettre cette privauté ? Sachant que ce duel aurait pu durer des heures et parce que ma patience commençait à être à bout, je décidai enfin de rompre le silence :

— Qui êtes-vous, étrangère, et que faites-vous dans mon royaume ?

Elle m’observa alors avec toute la surprise et le dédain dont elle semblait capable. J’oscillai alors entre l’envie de lui faire très peur et celle de la jeter immédiatement dans l’une des cellules situées sous mon royaume. Il n’était pas né celui qui pouvait rire de moi ainsi, et moins encore s’il s’était agi d’une misérable petite humaine sans référence. Tandis que je m’apprêtais à sommer l’un de mes gardes de la jeter en prison, elle se décida enfin à parler. Que les Valar en soient témoins, elle avait été à cela près de goûter à ma légendaire colère.

— Je suis un Petit Poney, dit-elle le plus ironiquement qu’il soit possible de l’être en de pareilles circonstances. Je viens du royaume enchanté de Ponyland et j’ai perdu mon chemin sur la route arc-en-ciel.

Dire qu’elle me surprit relevait de l’euphémisme. Je mis un certain temps à comprendre que ces divagations étaient une plaisanterie destinée à mon égard. Inadmissible ! Lentement, j’arquai un sourcil, signe que ma colère frôlait à présent le point de non-retour.

— Je n’aime pas votre esprit, lui jetai-je, parfaitement outré.

— Oh, c’est vrai ?! osa-t-elle s’exclamer en se tenant la poitrine comme si son amour-propre était blessé par mes propos.

Mais pour qui se prenait-elle ? Je faillis suffoquer sous l’insulte.

— Dommage, ajouta-t-elle effrontément. En général, mon esprit a plutôt du succès… à moins que ce ne soit mes fesses. J’avoue que je n’ai jamais fait attention.

J’entendis Finlenn s’étouffer en entendant ces scandaleux propos. Il faut dire que moi-même, je n’en menais pas large devant cette impudente péronnelle. Fou de rage et me contenant très difficilement, je m’avançai vers elle et me baissai pour être à son niveau. Malgré ma fureur, je fus surpris par la délicatesse des traits de son visage. Finalement, elle n’était pas si laide que cela et… elle sentait divinement bon. Stupéfié par le tour que prenaient mes pensées, je contractai violemment ma mâchoire.

— Comment osez-vous me parler de la sorte, misérable petite femelle humaine ? Savez-vous à qui vous vous adressez au moins ? lui susurrai-je d’une voix dure.

Je relevai légèrement la tête pour la toiser, la mettant au défi de continuer sur cette voie. Si elle n’était pas trop sotte, sans doute comprendrait-elle enfin sa terrible erreur. Une part de moi le souhaitait ardemment pour elle, car sinon je ne donnais pas cher de ses jours en ces lieux. J’eus toutefois l’infime satisfaction de la voir changer du tout au tout. Ses expressions faciales étaient vraiment fascinantes. Du mépris, elle passa à l’étonnement puis à la compréhension et enfin à la stupéfaction. Bien. Elle avait mis du temps à comprendre. C’est à cet instant que je sentis sa peur imprégner mes narines. Je reniflai avec mépris. Elle n’avait que ce qu’elle méritait, après tout. Néanmoins, je décidai d’enfoncer le clou. Laissant apparaître un large sourire victorieux sur mon visage impassible, j’armai ma dernière flèche, celle qui, je le savais, allait faire mouche

:

— Je suis Thranduil, fils d’Oropher et roi de la Forêt Noire, lui jetai-je froidement au visage. Vous êtes sur mon territoire et vous osez vous y promener sans m’en avoir demandé la permission préalablement. C’est un parjure !

Voilà qui allait définitivement la remettre à sa place. Bien qu’humaine, elle avait très certainement dû entendre parler des différents Seigneurs Elfiques qui préservaient les forêts et bois de la Terre du Milieu. Satisfait, je la vis se tortiller dans tous les sens. Son visage avait pris une jolie teinte rosée, signe qu’elle avait dû comprendre qu’elle était allée trop loin. Bien. Cependant, pris d’un élan de compassion et de générosité, car oui, cela pouvait aussi m’arriver, je m’écartai pour lui laisser un peu d’espace afin qu’elle puisse mieux respirer.

— Heu…. Roi Thranduil, débuta-t-elle en dansant d’un pied sur l’autre de plus en plus frénétiquement.

Je la fixais, très intrigué. Avait-elle si peur de ma personne qu’elle n’arrive pas à contenir sa terreur face à moi ?

— Vous vous rendez enfin compte de votre impertinence à notre égard, jeune fille, lui dis-je froidement.

Après tout, elle n’avait que ce qu’elle méritait.

— Heu…. Non en fait… Enfin si, mais là, tout de suite… faut que j’aille faire pipi sinon je crois que je vais faire dans ma culotte !

Cette fois-ci, son visage avait pris une teinte aussi pourpre que la doublure de ma cape. Quant à moi, je ne devais pas en mener large non plus, car je me retrouvai bouche bée avant même de m’en rendre compte. Avais-je bien entendu ce que cette petite insolente avait osé me dire ? Ce n’est qu’en croisant le regard parfaitement incrédule de Tamril que je compris que je n’avais pas rêvé. Me passant une main sur les yeux, j’exhalai un long soupir et jetai froidement au garde :

— Emmenez-la vite se soulager. Je n’ai pas envie qu’elle fasse cela à mes pieds comme un vulgaire animal non dressé.

Une fois que l’animal, pardon, l’humaine et Tamril eurent disparu de mon champ de vision, je me retournai vers Finlenn.

— Es-tu sûr que ce n’est pas un nouveau coup des forces des Ténèbres ? lui demandai-je, la mine sombre et préoccupée.

À dire vrai, j’étais choqué et… fatigué. Je crois bien que je n’avais pas ressenti autant d’émotions contradictoires et aussi intenses depuis le jour où j’avais appris que Legolas voulait parcourir la Terre du Milieu tout seul, puis avec un nain. Finlenn me fixa, dubitatif. Je crois bien que lui-même ne savait pas trop à quoi s’en tenir avec cette (chose) Humaine. Le pire, dans toute cette histoire, c’est que je n’en savais pas davantage à son propos.

Reprenant une contenance digne du roi que j’étais, je me dirigeai vers mon trône pour y prendre place. J’aviserais de ce que j’allais faire d’elle un peu plus tard. Pour le moment j’avais très envie de…

— Finlenn, demande à une de mes servantes de m’apporter une nouvelle carafe. Immédiatement.

Indéniablement, j’avais besoin d’un bon verre de vin. Finalement, la monotonie de notre royaume allait s’en trouver un peu bouleversé, mais du moins je l’espérais, pas trop tout de même.


Cerise


Le garde m’amena dans une pièce ouverte sur un jardin intérieur qui devait faire office de petit coin avant de refermer la porte assez violemment derrière moi. Dépitée, je cherchais en urgence leurs toilettes avant d’aviser une chaise percée. Ah non, pensai-je, tout, mais pas cette chose ! C’était bien ma veine. Ne manquant pas d’idées et préférant le confort du jardin, je sortis dehors faire ma petite affaire parmi les fleurs. C’était incroyable que de la verdure puisse pousser dans un milieu souterrain. Cela dit, je constatai en relevant la tête que les cavernes étaient ouvertes vers l’extérieur, laissant passer ce qu’il fallait de soleil pour faire pousser des plantes par ici. Mais tout de même, cet endroit était assez insolite.

Enfin soulagée, je pus assimiler tout ce qui m’était arrivé depuis la veille où cette espèce de vieux débris complètement torché m’avait pourchassée dans le bois de Vincennes avant de se jeter sur moi et de me pousser dans ce gouffre. Depuis, je vivais le délire le plus créatif que ma conscience m’avait donné de faire. Franchement, j’avais vraiment du mal à croire que j’étais tombée en Terre du Milieu. C’était juste risible. Je pense que l’abus de fanfictions devait être finalement bien dangereux pour la santé mentale des fangirls en manque de sensations fortes. Je me pris à penser que je devais être en fait dans le coma et que mon imagination délirante m’avait emmenée sur un fantasme assez plaisant… Enfin si on oubliait l’attaque des araignées géantes. Cependant, j’étais assez étonnée que le Thranduil de mon délire soit aussi différent de celui que j’avais vu dans les films du Hobbit. Bien que je sois très fan de l’acteur, le roi sylvestre de mon délire était encore plus grand, ses traits plus fins et sa bouche plus pulpeuse, presque rouge. Tandis que je me remémorais les traits de ce souverain Elfique, une autre chose me frappa de plein fouet :

Si je suis en Terre du Milieu, c’est sans doute pour accomplir quelque chose de bien précis n’est-ce pas ? Tant qu’à faire, après tout, soyons fous et allons jusqu’au bout de nos idées. Il fallait que je retourne voir le grand blond sur son trône et que je lui demande de m’emmener – pas lui à proprement parler, je me doute bien qu’il ne se coltine pas le sale boulot – jusqu’à Fondcombe pour voir Elrond. Si ça se trouve, j’allais faire partie de la Communauté de l’anneau, je serais le dixième membre et si je me débrouillais bien, peut-être que je finirais par me faire le beau Legolas. J’aurais bien choisi Aragorn, mais il était déjà pris par Arwen et je savais que je ne ferais jamais le poids contre l’incroyable beauté de Liv Tyler. Forte de ces nouvelles convictions, je ramassai mon sac et ouvris la porte à la volée. Le garde qui m’avait amenée ici sursauta violemment en me voyant arriver vers lui telle une furie sur Robert Pattinson.

— Pouvez-vous me ramener voir le grand blondinet sur son trône s’il-vous plaît ? demandais-je pleine d’entrain, d’enthousiasme et d’impatience. C’est qu’une quête m’attend, voyons !

Il me regarda de haut en bas comme si j’avais perdu la tête. Certes, c’était probablement le cas, mais qu’y pouvait-il ? Il était dans mes délires après tout.

— Que voulez-vous dire par grand… répondit mon interlocuteur sans pouvoir finir sa phrase.

— Le grand blondinet, celui qui se fait passer pour le roi Thranduil… ou ce qu’il est après tout, soyons fous !

Je ponctuai ma tirade par une grande claque dans le dos du pauvre elfe. Dépité, il me prit par le bras et me ramena là où je le lui avais demandé.

Arrivée à destination, je cherchai des yeux le beau blond, enfin le souverain de Mirkwood, mais je ne le vis pas. Je me mis à mordre ma lèvre inférieure avec fureur. M’apercevant de ce que je faisais, je soupirai. À chaque fois que je faisais cela, je pensais au beau Christian Grey. Que n’aurais-je pas rêvé de l’avoir en face de moi. Il m’aurait dit : « Mademoiselle Martin – c’est mon nom – vous savez bien que vous m’excitez quand vous faites cela. » Et là, il aurait capturé mes lèvres en un baiser si passionné que j’en aurais mouillé ma petite culotte d’excitation. L’image était si vivace dans mon esprit que je ne m’aperçus que trop tard que j’avais émis un grognement d’anticipation. Revenant à ma drôle de réalité, je rougis violemment et, prise d’un doute, mes yeux se levèrent vers le trône qui était suspendu en hauteur… où se trouvait le roi qui me regardait comme si j’étais devenue folle. Aheum, c’est que je n’en n’étais pas loin à dire vrai.

— Allez-vous mieux ? me demanda ce dernier en me fixant avec intensité, ce qui me mit encore plus mal à l’aise.

Il fallait dire qu’il était si beau, si parfait qu’il en paraissait presque irréel.

Je le toisai à mon tour sans mot dire. Ce n’est que lorsqu’il fronça les sourcils d’impatience que je sus qu’il attendait que je m’exprime. Quelle crétine je faisais, franchement !

— Heu… oui merci, j’ai bien cru que j’allais me faire dessus, ne pus-je m’empêcher de débiter sans réfléchir.

Sur ce, je me mis à ricaner nerveusement. Quant à lui, sa bouche se transforma en un long pli qui donna à son visage une expression des plus glaciales.

— Je devrais vous jeter dans un de mes cachots pour vous punir d’une telle insolence et d’un tel manquement de l’étiquette à notre égard, me dit-il d’une voix doucereuse et pleine de promesses de vengeances tordues.

Oups… qu’allais-je bien pouvoir faire pour lui faire oublier nos débuts assez chaotiques ?

— S’il vous plaît, je ne savais pas qui vous étiez et…

— Vous ne saviez pas ?! reprit-il plus surpris que courroucé.

Cela m’encouragea à continuer dans cette voie.

— Oui, dis-je en me tordant les mains. De plus, je crois que je peux être utile pour les gens de la Terre du Milieu. Vous devriez me laisser partir rejoindre Fondcombe. Je pense qu’Elrond saura quoi faire de moi…

Je m’arrêtai un instant pour vérifier l’expression sur le visage du roi Thranduil. Il ne m’avait pas quittée des yeux. Sa mine semblait soucieuse. Je continuai néanmoins, de toute façon, je n’avais rien à perdre dans cette histoire de fous :

— Je sais que l’anneau de Sauron a été retrouvé, qu’un conseil doit avoir lieu d’ici peu pour décider quoi faire de cet anneau et…

— Il suffit ! tonna durement le seigneur Thranduil.

Sa main pianotait nerveusement l’accoudoir de racine qui agrémentait si joliment son siège. Sa voix me fit sursauter de terreur. Il semblait carrément furieux maintenant et je pouvais voir ses yeux lancer des éclairs.

— Je ne sais pas qui vous êtes, mais sachez que nous ne tolérons pas que vous nous parliez de la sorte ! dit-il d’une voix puissante.

Il se leva de son trône et me toisa.

— De quel droit osez-vous vous moquer de nous ! Soit vous êtes folle à lier, soit vous êtes morte, car dans un cas comme dans l’autre, je ne tolérerai plus votre indigence à notre égard.

Paniquée, je voulus reculer d’un pas, mais je me pris le pied dans une écorce d’arbre et me vautrai sur les fesses. Cela n’altéra aucunement son humeur. Il me fixait durement, semblant se demander ce qu’il allait bien pouvoir me faire subir comme représailles.

— Mais… mais, commençais-je – balbutiant légèrement –, je ne voulais pas vous manquer de respect, Grand Roi Thranduil, arguais-je nerveusement.

— Vous allez me dire qui vous êtes et d’où vous venez ! Encore un mot de travers et nous vous jetons dans les cachots de Mirkwood sans autre forme de procès et sans plus nous soucier de vous ! Est-ce clair ?

Je déglutis. Je faillis lui rétorquer qu’il n’avait pas besoin de faire son Alain Delon de loin pour se faire respecter, mais je sus que cela aurait été la réflexion de trop qui aurait sonné ma sentence de mort. Au lieu de cela, je soufflai avant de commencer par le début tout en soupesant les mots que j’allais prononcer :

— Pour tout vous dire, je ne sais pas comment j’ai atterri ici – autant croire à la réalité de la chose, cela me faciliterait sans doute un peu la vie. Je m’appelle Cerise Martin, continuai-je, et je vis le garde qui m’avait accompagnée agrandir les yeux d’incompréhension… Allons bon. Je suis secrétaire pour une société d’import-export en cartons et je rentrais chez moi hier soir quand j’ai été attaquée dans les bois par un fou-furieux.

Après ma tirade ce fut le calme plat. Thranduil ne m’avait pas quittée des yeux, digérant sous doute les informations que je venais de lui donner.

— Ainsi, vous n’êtes pas d’ici, résuma-t-il.

— Non, soupirai-je. Je viens même carrément d’un autre monde, la Terre tout court, qui n’a rien à voir avec le vôtre. Voilà pourquoi je ne savais pas à qui je m’adressais quand je vous ai vu.

Le roi descendit alors les marches qui menaient à son royal fauteuil et s’avança vers moi. De là, il attrapa mon menton et plongea son regard dans le mien.

— Pourquoi avez-vous dit que nous devions vous emmener auprès du Seigneur Elrond ? me questionna-t-il.

Sa voix était si légère que j’avais l’impression qu’elle flottait dans l’air.

— Je n’en sais rien en fait, répondis-je et je pus entendre ma voix trembler.

Mais quelle idiote je fais, sérieux !

— Si vous n’en savez rien alors pourquoi cette ridicule requête ? Vous dîtes que vous ne nous connaissez pas, mais vous exigez que nous vous conduisions à un autre Seigneur de notre Terre.

Je compris qu’il ne me lâcherait pas la grappe de sitôt. À ce moment là, je priai fort pour qu’un super héros, genre Iron Man, Superman et tous les « Man » de mon imagination – Sauf Spiderman, j’en avais assez soupé de ces araignées de malheur – viennent me tirer de là. J’étais carrément dans le pétrin.

— En fait, je ne connais pas vraiment Elrond, repris-je. De là d’où je viens, votre histoire, la Terre du Milieu, tout ça, n’est que de la fantaisie, de la fiction créée par un homme du nom de Tolkien.

Je l’entendis soupirer. Sans doute ne me croyait-il pas, cela dit, c’était pourtant l’entière et unique vérité.

— Je sens que vous êtes sincère, petite humaine, mais pourquoi avoir pensé dans ce cas que vous pourriez être utile dans cette quête contre le faiseur d’ombre ?

— Parce que c’est comme ça que ça se passe chez McDonald’s, marmonnai-je sarcastique.

Il me saoulait avec toutes ces interrogations et je me sentais terriblement fatiguée à vrai dire.

— Pardon ?

— Non, ce que je voulais dire, me repris-je avant que cela ne finisse mal pour moi, c’est que j’ai cru ça parce que dans mon monde, les personnes, généralement des filles, qui ont aimé votre histoire, s’inventent des récits où elles se retrouvent en Terre du Milieu et deviennent l’élue pour sauver votre monde. En général, elles se débrouillent tellement bien que trois chapitres plus tard, elles sont déjà en train de faire des cochonneries dignes d’un film X avec le beau et doux Legolas.

Oups, j’aurais mieux fait de garder la fin de ma phrase pour moi. Au prénom de son fils, ses doigts serrèrent plus fortement mon menton, ce qui me fit un peu mal.

— Que vient faire mon fils dans vos histoires ? susurra-t-il sombrement.

— Non, rien, mais je vous expliquais pourquoi j’ai cru bêtement que j’étais destinée à accomplir de grandes choses en ce monde. Voilà tout. Je vous jure que c’est vrai, dis-je en voyant ses sourcils former un accent circonflexe qui allait de pair avec sa bouche.

De là où j’étais, je pouvais voir qu’il avait de magnifiques lèvres bien charnues, pulpeuses à souhait qui appelaient au baiser. Elles étaient délicatement ourlées et infiniment roses, presque rouges. Une nouvelle fois, je poussai un grognement de désir et d’anticipation qui eut pour effet de lui faire lâcher mon visage. Parce que je devais être maso, son toucher me manqua aussitôt. Merde, j’ai tout de la fille mal baisée – pas baisée du tout serait sans doute plus juste à dire. Mais qu’est-ce que je racontais moi ? Ah là, là ! Ma Cerise, cela ne va vraiment pas bien dans ta tête, des fois !

Thranduil s’éloigna un peu de moi et passa les mains derrière son dos. Il semblait réfléchir de façon intense.

— Jeune fille, dit-il en m’observant à moitié. Il n’y a pas de quête qui vous attende par ici, je le crains.

— Hein ?! m’exclamai-je, mais si voyons, l’anneau de Sauron le…

— L’anneau a été détruit il y a plus d’un an déjà par la communauté. Je crains que vous ne soyez arrivée un peu trop tardivement pour ces événements-là.

Il eut un petit ricanement de dédain.

Et vlan ! Prends ça dans les dents, ma cocotte. Terrassée par la nouvelle, je mis un petit moment à m’en remettre. Mais alors, s’il n’y avait pas de quête à quoi allais-je bien pouvoir servir, et pourquoi je me retrouvais dans ce merdier ? Je ne comprenais pas. Finalement, les trucs sympas ne se passaient que dans les fics et autres délires de fangirls – dont je faisais partie. J’adorais lire ce genre d’histoire. Merde, petit cerveau de moi, tu aurais pu faire un effort pour ne pas me donner l’impression que ce que j’étais en train de vivre présentement semble si réel. Pour tout dire, j’étais dégoûtée à mort.

— Mais alors, dis-je, murmurant presque pour moi-même, je sers à quoi moi dans cette histoire ?

— Eh bien ma chère, j’ai peut-être une idée de votre utilité. J’hésitais entre deux possibilités, mais une troisième est venue s’offrir à moi et nous sommes certains que cela devrait vous plaire. Vous nous amuserez beaucoup, nous n’en doutons pas.

Il claqua dans ses doigts et je vis deux magnifiques femmes Elfiques s’approcher de moi. Elles semblaient déjà savoir quoi faire de mon cas. Avisant le roi Thranduil une dernière fois, je le vis donner un ordre dans cette langue – de l’elfique sans doute – que je ne comprenais pas à une troisième femme qui venait d’arriver et qui s’inclina prestement devant lui avant de me rejoindre et finir par me traîner en dehors de la salle du trône.

Dire à quel point je me sentais perdue était… peu dire, en fait et pour le moment, la seule chose dont j’avais envie c’était d’un bon Kinder Bueno avec un coca light bien frais !

Je voulais me réveiller.

À Suivre


Annotations

* Ungoliant : immense araignée que l’on retrouve dans les récits du Silmarillion de Tolkien

* Cerise parle beaucoup de Fifty Shades Of Grey, roman qu’elle a lu à sa sortie en français. L’histoire de cette fanfiction se déroulant après la sortie du second volet du Hobbit, notre héroïne a zappé pas mal de choses qui se passent en Terre tout court, depuis !

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