Le Manuel de la Mauvaise Fan

Middle Earth  by SaigaTokihito

3

Le Manuel de la Mauvaise Fan


Cerise


Les trois femmes elfes m’avaient amenée dans une chambre modestement décorée comprenant un grand lit simple, un coffret à vêtements et une table de chevet. La réalité de la chose me fit frissonner et je pensai avec regret à Robert, mon Mac – oui, je donnais des noms à mes affaires, et alors ? Il me manquait beaucoup, là, tout de suite maintenant. En fait, les objets qui constituaient mon point de repère et ma réalité me manquaient tous horriblement. Je frissonnai légèrement quand une des trois elfes, celle à qui le roi Thranduil avait parlé un peu plus tôt, me prit gentiment la main.

— Mademoiselle, me dit-elle avec un léger accent. Je m’appelle Liamarë, Sa Majesté Thranduil m’a demandé de m’occuper de vous.

Je la regardai sans trop comprendre. Qu’est-ce qu’elle voulait faire, au juste ? Je n’eus pas l’occasion d’approfondir mes réflexions, car quelqu’un frappa à la porte. Deux nouvelles personnes entrèrent, portant un énorme baquet en bois, suivies par d’autres elfes qui portaient quant à eux des seaux d’eau fumante. Je compris alors que l’on s’apprêtait à me donner un bain. En incorrigible romantique que je suis, je me souvins de certaines romances historiques que j’avais lues il y a longtemps et dans lesquelles l’héroïne prenait de longs et délicieux bains dans ce genre de baignoire en bois. Sauf que dans mes livres, l’héroïne était rejointe dans l’eau par le héros, un beau mâle alpha qui lui montrait à quel point elle était l’élément fondamental de sa vie et de ses envies, tant lubriques qu’amoureuses. Cela dit, j’en étais loin et cela ne m’arriverait certainement pas ici. Revenant à la réalité, le rouge me monta aux joues quand je vis la mine perplexe qu’affichait Liamarë. Une fois que tout fut prêt, tout le monde ressortit, excepté cette dernière ainsi que les deux autres elfes qui m’avaient escortée ici un peu plus tôt.

— Déshabillez-vous, Mademoiselle et…

— Appelez-moi Cerise, la coupai-je, trouvant que « Mademoiselle » faisait trop conventionnel et trop, tout simplement.

Je n’étais absolument pas habituée à ce genre de traitement.

— Très bien Cerise, me répondit-elle en m’adressant le plus beau sourire que j’ai jamais vu de toute ma vie.

C’était ce genre de sourire qui sonnait toujours juste et vrai. Ce n’était pas un simple sourire de façade pour la galerie. La jeune femme me plut immédiatement. J’espérais secrètement que nous deviendrions amies si je devais m’éterniser par ici.

Ma toilette se passa dans un babillage oscillant entre ce que je comprenais et le Sindarin, le langage elfique du coin. J ‘appris aussi que la langue que je parlais était le commun, utilisé sur toute la Terre du Milieu. J’avoue que sur le coup, j’étais un peu sceptique parce que jusqu’à preuve du contraire, je ne parlais que le français et un peu d’anglais, au cas où. J’avais entendu dire en plus que le Westron, ou langage commun, était plus proche de l’anglais que du français, mais bon… Encore une chose qui me faisait croire que tout ce que j’étais en train de vivre était une hallucination délirante de mon cerveau; un peu malade et désespéré de vivre des trucs plus intenses que la comptabilité du semestre d’une entreprise en pleine expansion. Une fois séchée, une autre femme elfe, dont j’aurais été incapable de me rappeler le prénom, m’apporta de nouveaux vêtements. Curieuse, je décidai de les enfiler avec une certaine appréhension. Je n’étais pas ce qu’on peut appeler un poids plume, avec mes fesses, mes hanches et ma poitrine bien trop… charnues, dirons-nous. J’espérais donc pouvoir vraiment rentrer dans la robe argentée qu’on me présentait. Elle était très belle, et même si ce n’était pas mon style, je ne pense pas que j’aurais trouvé mon bonheur dans ce bled paumé de derrière les fagots où je ne risquais pas de trouver un centre commercial. Finalement, je n’eus aucun mal à enfiler le vêtement qui était un véritable enchantement à porter. Il était léger, fluide, et incroyablement doux et chaud. Liamarë, qui m’avait quittée quelques instants le temps que je sois présentable, revint dans la chambre avec un peigne, des lanières pour les cheveux et quelques bijoux. Je fronçai les sourcils, étonnée d’être ainsi traitée. À un moment, je m’étais même crue dans un épisode en caméra cachée de « Nouveau look pour une nouvelle vie » avec Cristina Cordula. C’était plus fort que moi, mais je me mis à rire toute seule devant Liamarë qui me fixait d’un air déconcerté. Je me serais presque attendue à l’entendre dire : « Tou es magnifaïque ma chériiiie» avec l’accent elfique en prime. Non, mais sérieusement, c’était exactement ça en plus. J’avais un nouveau look, un peu elfique certes, pour une nouvelle vie au pays enchanté de mes amis les Elfes ! Ouah ! Trop cool ! Tentant tant bien que mal de reprendre contenance, je me recomposai un visage un peu plus sérieux, mais… Sans déconner, c’était vachement dur.

— Je ne pensais pas le roi Thranduil si généreux avec les étrangers, lui dis-je tandis qu’elle peignait ma longue chevelure.

J’avais un faible pour mes cheveux que je portais très longs. C’était sans doute la seule chose chez moi que j’aimais vraiment. Au lieu de les attacher en queue de cheval classique, la jeune femme me tressa quelques mèches pour les rassembler ensuite en arrière, me dégageant ainsi le visage.

— Notre roi, m’expliqua-t-elle alors en finissant sa tâche, accorde beaucoup d’importance au bien-être de ses sujets.

— Mais, je ne suis pas un de ses sujets, il me semble, ne puis-je m’empêcher d’objecter.

Ce qui était parfaitement vrai, je ne faisais pas partie de son peuple.

— Certes, me répondit Liamarë, faisant preuve de beaucoup de patience à mon égard, mais notre roi nous a demandé de vous traiter comme l’une des nôtres. Cependant, il m’a aussi confié avoir quelques projets pour vous.

Après m’avoir coiffée à la mode des elfes sylvestres, elle me donna des bijoux un collier ainsi que des bracelets que je trouvais immédiatement magnifiques. Je n’étais pas très ornements et pourtant, ceux-là semblaient réclamer que je les porte immédiatement. Liamarë ne put s’empêcher de rire devant mon air gourmand.

— Prenez-les, Cerise, ils sont pour vous.

— Merci, m’exclamai-je, mais je ne peux pas accepter.

— Si fait, jeune fille, me réprimanda-t-elle gentiment, ils ont été choisis pour vous.

Comprenant qu’il ne servait à rien de tergiverser plus longtemps, je les mis sur moi. On m’apporta alors un miroir pour que je puisse m’admirer. Ce fut plus fort que moi, mais je ne pus m’empêcher de rire. Loin d’être méconnaissable – il ne fallait pas abuser non plus –, j’étais néanmoins plus présentable et oui, un peu plus jolie. Peut-être que finalement, cette histoire allait se transformer en récit digne d’une fanfiction pour fangirl en manque de sexe et de romance avec son personnage favori. Quoique là, il manquait toujours la présence d’un certain beau blond, prince de son état. Je me demandais vaguement où il pouvait bien être.

— Si vous êtes prête, Cerise, Sa Majesté Thranduil désire vous voir dans ses appartements royaux.

— Vraiment ? m’exclamais-je surprise.

Mais, pourquoi voulait-il me voir, au juste ? Ne m’avait-il déjà pas assez vue pour aujourd’hui. Ah ! Mais quel pot de colle, celui-là ! pensai-je avec angoisse.

Le soleil venait de se coucher et les derniers rayons filtraient à peine à travers les interstices de la caverne. J’avais cru pouvoir enfin profiter d’un peu de repos et… lire un peu. Christian Grey me manquait et je voulais savoir à quelle sauce il avait prévu de manger la très prude et naïve Anastasia Steele. Ou alors commencerais-je cet autre roman que je venais d’acheter à la Fnac : « La Soumise ». Tout d’un coup, je me pris à imaginer le roi Thranduil me déclarant que je serais dorénavant son esclave sexuelle. C’était idiot et naïf, certes, mais un sourire banane s’afficha sur mon visage rien qu’à imaginer la scène. Si on devait jouer à ce jeu-là lui et moi alors j’aurais aimé que ce soit lui le soumis… Oh oui maîtresse, punissez-moi, j’ai été un très vilain petit souverain elfique ! Je ne pus empêcher un large sourire débile d’apparaître sur mon visage. Je devais avoir l’air bizarre, là tout de suite, comme ça. Non, vraiment, il ne fallait pas que j’aie ce genre d’idées tordues maintenant. Surtout que la pauvre Liamarë allait finir par croire que j’étais carrément folle. Ce que j’étais un peu, il fallait en convenir.

— Suivez-moi, Cerise, m’ordonna-t-elle en m’attrapant le bras doucement. Il vous attend.

— Bien, bien, soupirai-je vaincue. Étrangement, et malgré mes délires personnels, je n’étais pas pressée de revoir le roi du royaume de Mirkwood… Allez savoir pourquoi !


Thranduil


J’avais laissé l’humaine aux bons soins de Liamarë et je savais que tout ne pouvait que se passer de la meilleure des façons qui soit. Une fois que la fille serait présentable, j’avais demandé qu’elles me rejoignent toutes les deux dans mes appartements. J’avais longuement réfléchi à ce que j’allais faire d’elle. Elle ne semblait pas bien douée pour grand-chose, mais j’espérais sincèrement qu’elle puisse me divertir un peu de la monotonie de mon quotidien à Mirkwood ces derniers temps.

Me servant un verre de vin, j’attendis avec une certaine impatience leur venue. Je fus récompensé quand j’entendis frapper à la porte.

— Entrez, dis-je d’une voix traînante et ennuyée.

Leur tournant le dos, je ne pouvais les voir, mais je reconnus immédiatement le parfum si particulier de l’humaine. Liamarë, quant à elle, avait toujours eu cette odeur de rose des bois très prononcée qui savait m’apaiser à certains moments opportuns.

Comme convenu, je vous ai amené l’humaine, Cerise, pour que vous puissiez lui parler des projets que vous avez pour elle, Votre Majesté, dit Liamarë en Sindarin d’une voix aussi douce que de la soie.

J’avais toujours aimé le son de sa voix, tout autant que son parfum rassurant. Lentement, je me retournai pour observer les deux femmes. Il était intéressant de voir à quel point elles étaient différentes l’une et l’autre.

Merci, douce Liamarë, lui répondis-je en Sindarin à mon tour. Puis, en langage commun pour être compris de l’humaine : Ce sera tout, tu peux nous laisser, je t’appellerai si j’ai besoin de tes services.

Je la vis s’incliner avant de faire un petit signe de tête encourageant à l’encontre de la jeune fille. Cerise. Était-ce vraiment son prénom ou se moquait-elle encore de nous ? Décidément, cette petite semblait pleine de mystère et d’outrecuidance à notre égard.

Une fois que nous fûmes seuls, je pus admirer le travail que les elfes avaient fait sur la personne de cette petite femelle insignifiante. Elle ne ressemblerait probablement jamais à un elfe avec un corps aussi mis en relief que le sien, mais il se dégageait d’elle une telle aura qu’il était difficile d’oublier sa présence. Sans compter, bien sûr, son langage des plus fleuris qui ne nous plaisait guère.

— Vous avez réclamé ma présence, commença-t-elle sans baisser les yeux, pourquoi ?

Cela ne faisait pas plus de cinq minutes qu’elle était là et elle me défiait déjà. Ne s’arrêtait-elle donc jamais ?

— Qui vous a donné la permission de vous exprimer ? répondis-je d’une voix monocorde.

— Pourquoi ? Il fallait que j’attende votre consentement pour ouvrir la bouche, en plus ? osa-t-elle me rétorquer en croisant les bras, ce qui eut pour effet de faire ressortir son opulente poitrine.

Tout semblait déborder en elle, qu’il s’agisse de son physique ou de son caractère. C’était un fait, cette robe mettait réellement en valeur des courbes dont je n’aurais jamais soupçonné l’existence avec les hardes qu’elle avait sur le dos un peu plus tôt. Reprenant une attitude digne, je m’apprêtais à lui dire le fond de ma pensée quand elle me coupa de nouveau :

— Il paraît que vous avez des projets pour moi, reprit-elle avec audace.

Mais quelle petite effrontée ! Je serrai les dents pour ne pas perdre contenance face à elle. Dans l’immédiat, j’hésitais entre la jeter dans un cachot ou lui donner une bonne correction qu’elle ne serait pas prête d’oublier. Personne n’osait me parler sur ce ton. Pas même mon fils Legolas.

— Premièrement, jeune fille, on ne prend pas la parole sans que le roi vous l’ait autorisé, deuxièmement, je vous prierai d’avoir un peu plus de considération envers vos aînés.

Elle me regarda, les yeux écarquillés, comme si je venais de proférer les choses les plus inconvenantes qui soient.

— Très bien, Votre Sérénissime Majesté, jeta-t-elle sardoniquement tout en faisant une courbette idiote.

Préférant ne pas m’attarder sur le ton des plus sarcastiques que j’avais décelé dans sa phrase et qui allait indéniablement me mettre en colère, je récupérai mon verre de vin et le fit miroiter à la lumière de la chandelle.

— Je présume que vous ne savez pas vous battre du tout.

— Vous présumez bien, fit-elle en haussant un sourcil.

Je lâchai un soupir, cette gamine, cette simple humaine m’exaspérait encore plus que l’ami nain de mon fils.

— Comme vous ne nous serez d’aucune utilité dans la défense des frontières de notre royaume, nous avons émis l’idée de vous prendre à notre service, dis-je laconiquement.

— À votre service ? Qu’est-ce que vous voulez dire ? me demanda-t-elle, suspicieuse.

— Que vous nous servirez comme nous l’entendons, jetai-je sèchement.

Nous sentions déjà que ce fait allait nous causer encore plus de problèmes. Sans doute aurions-nous dû la laisser se faire dévorer par une araignée géante, mais cette idée nous révulsait. Aussi odieuse soit-elle, prendre sa vie n’était pas du ressort de mon peuple ni au mien propre. Elle me fixa alors avec l’air d’un poisson à peine sorti de l’eau. Je ne voyais pas ce que j’avais pu dire de si choquant. Servir un roi était une attribution que beaucoup d’elfes rêveraient de recevoir, alors pourquoi prenait-elle cet air si étonné et pourquoi, par tous les Valar, devenait-elle aussi cramoisie ? Décidément, les humains étaient des créatures bien difficiles à cerner et enclines à la moindre émotion. Heum, ce vin est vraiment délicieux…

— Vous voulez que je devienne votre esclave sexuelle c’est ça ?

Je connus alors la première grande honte de ma si longue vie en m’étouffant avec la gorgée de vin que je m’apprêtais à déguster. Un si bon vin, quel gâchis… Mais par Manwë et Varda réunis, pour qui me prenait-elle ?

— Vous allez bien ? s’écria-t-elle en courant pour se poster derrière moi et en me frappant violemment dans le dos.

Plus vif que l’éclair, je me retournai alors pour attraper sa main. Elle venait de m’humilier et de me mettre très en colère.

— Mais qu’est-ce qui vous prends ?! tonnais-je en retrouvant une voix mesurée.

— Bon sang ! hurla-t-elle en retour, j’essaie juste de vous sauver la vie, espèce d’abruti. Lâchez-moi !

Elle se tortillait dans tous les sens, pire qu’une anguille, mais je la tenais fermement. Heureusement que nous étions seuls, car c’était la peine de mort ou la réclusion à vie qui l’aurait attendue si quelqu’un d’extérieur avait assisté à ce désastreux spectacle.

— Écoutez-moi, petite idiote, lui susurrai-je, furieux, jamais je n’ai pensé un seul instant à ce que vous deveniez mon esclave sexuelle – j’en frémissais d’horreur rien que d’y penser. De plus, continuais-je, imperturbable à ses jérémiades et ses diverses tentatives pour se soustraire à ma poigne, je ne supporterai pas que vous m’insultiez de la sorte encore une fois. Vous méritez une bonne correction. Je la relâchai alors brutalement, ce qui eut pour effet de lui faire mordre la poussière.

— Vous m’avez fait mal ! gémit-elle. Vous êtes un monstre, vous êtes dix fois pire que dans le film. Au moins Lee Pace vous interprète comme une sale garce pleine de suffisance, mais vous… vous…

— Moi quoi ?

Mais de quoi nous parlait-elle ? Et qui était ce Lee Pace qui osait « m’interpréter » ? Comme si quelqu’un pouvait savoir ce que j’avais dans la tête. Impensable. J’attendis qu’elle continue sur sa lancée, cependant, elle ne termina jamais sa phrase. Je ne saurais donc jamais le fin mot de cette histoire abracadabrante, et certainement, cela valait-il mieux pour elle. Parfois, j’avais des doutes sur sa santé mentale, mais au vu de ce qu’elle m’avait appris, sans doute ceci expliquait-il cela.

J’attendis un instant qu’elle se soit calmée. Mon verre était vide et à cause d’elle, je n’avais pu profiter des dernières gorgées de ma boisson favorite. Il était grand temps qu’elle ait l’utilité que j’attendais de sa part.

— Cerise – si c’est votre véritable prénom –, je souhaiterais que vous remplissiez mon verre de vin. La carafe est sur la desserte qui se trouve derrière moi.

— Vous quoi ? balbutia-t-elle en se massant le poignet tout en se relevant. Il est vrai que je n’avais sans doute pas mesuré ma force. J’espérais cependant qu’elle n’aurait pas de marque. Je n’aimais pas violenter les femmes quelles qu’elles soient, même celle-là.

— Vous avez parfaitement compris ce que je veux, Cerise.

— Mais vous ne pouvez pas le faire vous-même ? La carafe est juste derrière vous. Vous abusez comme mec, vous savez, ça !? Vous m’avez prise pour un elfe de maison ou quoi ? Il n’y a pas marqué Dobby sur mon front !

Estomaqué, je me demandai un bref instant à quoi elle pouvait bien faire allusion. Qu’étaient des elfes de maison, exactement ? Des elfes mis en esclavages ?

— Je vous ordonne de me servir tout de suite Cerise, susurrais-je froidement.

— … Ni Dobby, encore moins Winky ! cria-t-elle, ce qui me fit mal aux oreilles.

Quelle horrible voix elle pouvait avoir quand elle montait ainsi dans les aigus. Je fermai les yeux sous le coup de la douleur causée par ses couinements. Cette fois, elle allait trop loin, je ne pouvais décemment pas laisser passer cela. Décidant que m’énerver ne servirait à rien, je tirai rageusement sur le cordon qui reliait directement mes appartements à ceux de ma garde personnelle.

Il ne fallut que quelques secondes pour que Tamril apparaisse à la porte.

— Vous m’avez fait demander, Votre Majesté ?

— Oui Tamril, je crois que cette jeune personne aurait besoin de se calmer les nerfs en cellule.

— Que… pardon ? s’écria de nouveau Cerise. Mais je vous ai juste dit d’aller vous servir vous-même, espèce d’elfe buté !

Je vis Tamril sursauter face aux insultes dont m’affublait cette charmante créature et je crus qu’il allait l’étrangler lui-même devant tant d’insolence. Je ne pouvais que le comprendre.

— Comment osez-vous parler à votre roi sur ce ton ?! s’écria-t-il à son tour.

— Mais ce n’est pas mon roi ! hurla-t-elle.

— Vous mériteriez d’être pendue ! tonna-t-il, choqué qu’elle puisse tenir de tels propos.

— Et vous d’aller vous faire voir chez les Grecs, on vous a rien demandé, le guignol ! continua-t-elle sur le même ton.

Les observant, aussi heurté que surpris, je fermai les yeux un instant. Il fallait que je me calme. En des milliers d’années d’existence, jamais je n’avais été préparé à cela. Jamais.

— Il suffit ! hurlai-je à mon tour pour les faire taire tous les deux.

— Tamril, continuai-je, escorte la dans la première cellule, celle qui est proche du couloir. Cette nuit, elle ira dormir là-bas au lieu de la chambre douillette que nous lui avions attribuée. Et elle n’aura rien à manger non plus. Un régime forcé ne lui fera pas de mal.

Je me tournai alors vers elle.

— Vous n’avez que ce que vous méritez, jeune insolente. Je vous offre mon hospitalité en échange de quelques menus services et vous balayez notre gentillesse d’un revers de main. Vous avez besoin de réfléchir à tout cela et de vous calmer. Elle allait ouvrir la bouche, mais ses mots me fatiguaient déjà.

— Je ne veux plus vous entendre. Vous en avez assez dit, terminai-je implacable.

Sur ce, je leur tournai le dos, signifiant que j’en avais terminé avec eux. J’avais eu ma dose de Cerise pour la soirée.


Cerise


Mais qu’est-ce qui m’avait pris d’agir aussi stupidement ? me dis-je quand Tamril me jeta sans ménagement dans ma prison. Je devrais avoir honte de moi de n’avoir pas su gérer cette situation, mais c’était plus fort que tout… Je n’arrivais pas à faire abstraction et j’avais vécu chaque mot que le roi Thranduil m’avait adressé comme une attaque personnelle. Tiens, je devrais faire comme Dobby, d’ailleurs, me taper la tête contre le mur froid et humide de cet horrible endroit ! « Méchante Cerise, méchante Cerise ! ». En fait, le Thranduil, c’était l’incarnation même de Lucius Malfoy en plus mauvais – mais en plus classe tout de même – et il voulait faire de moi sa bonne à tout faire, son elfe de maison. La comparaison entre les elfes de Tolkien et ceux de Rowling aurait dû me faire rire, mais à la place, cela me fit renifler de plus belle. Tandis que je sentais les larmes poindre à l’orée de mes paupières, mon ventre se manifesta au même moment en un affreux gargouillis gargantuesque. Oui, je n’avais que ce que je mériterais. J’étais loin d’égaler les fangirls des fics qui atterrissaient en Terre du Milieu avec des étoiles plein les yeux. Elles, en plus, savaient comment agir et elles attiraient toujours l’attention d’au moins une personne qui leur voulait du bien. En général, c’était toujours Legolas qui se sentait attiré par l’une d’elles et loin d’avoir l’attitude pourrie de son père, lui au moins était galant, serviable ET il tombait dans quatre-vingt-dix-neuf pour cent des cas, amoureux de la donzelle. Moi, j’étais seule, démunie face à des gens qui ne me comprenaient pas plus que je ne les comprenais. Repensant à une pub du groupe « La Poste » – oui encore –, j’émis un grognement proche du rire. Bien sûr, il fallait que j’aie ce genre de pensées maintenant. Qui a dit que j’étais grave ? Moi, merci bien, je crois que c’est le cas… Je veux dire, j’avais toujours témoigné d’un manque de maturité flagrante quand je me sentais mal à l’aise.

Une chose était certaine, n’empêche, j’allais devoir dormir là, seule, sans mes affaires, dans une cellule qui ne semblait présenter ni paillasse ni couverture. Franchement, Cerise, t’assures grave, il n’y a pas à dire, tu as le monopole international de la connerie humaine sur tes épaules.

Il se passa un temps infini avant que je n’entende enfin quelqu’un s’approcher de mes barreaux. Comme si j’avais été montée sur des ressorts, je bondis sur mes pieds et m’approchai. Je reconnus Liamarë. Dire à quel point j’étais heureuse de la voir était un euphémisme !

— Liamarë ! m’écriai-je ravie, comme je suis contente de vous voir !

— Ne faites pas de bruit, murmura-t-elle en regardant à droite et à gauche comme si elle avait peur d’être surprise ici.

Je compris alors qu’elle n’avait probablement reçu aucun ordre pour venir me voir. Mon ventre se tordit d’appréhension.

— Personne ne sait que je suis venue vous voir, Cerise, alors plus un mot s’il vous plaît, chuchota-t-elle.

Ayant peur de parler trop fort, je lui fis juste un signe de tête comme quoi je l’avais comprise.

Elle sortit alors de la poche de sa robe un petit paquet recouvert par un linge. Elle le défit et me présenta une espèce de galette sèche. Dire à quel point elle avait l’air… fade aurait été trop peu, mais dans l’immédiat, mon ventre gargouillait si fort que je n’en fis pas cas. De quoi aurais-je eu l’air à me plaindre alors que j’avais clairement faim ? Reconnaissante, j’attrapai la galette que me tendait Liamarë et la porta à mon nez pour la renifler.

— Il s’agit d’une sorte de Lembas, m’expliqua-t-elle. Une seule bouchée devrait vous contenter et comme je ne sais pas combien de temps le roi va vous garder ici, je vous conseille d’en conserver au moins la moitié pour demain.

— Merci pour tout ce que vous faites pour moi, Liamarë.

L’elfe m’observa un instant, la tête penchée sur le côté.

— Vous savez, Cerise, vous devriez vous montrer moins impulsive dans vos réactions et vos propos. Vous causez votre propre malheur en agissant ainsi. Le roi est loin d’être méchant.

Tandis que j’avalais avec difficulté le morceau de Lembas, j’encaissai, la mine sombre, ce qu’elle me disait.

Elle n’avait pas tort. Loin de là même. Certes, j’étais impulsive et tout, mais il fallait aussi qu’eux comprennent que je ne venais pas de leur monde. Leurs us et coutumes, de cela, Peter Jackson s’est bien gardé de nous les montrer en totalité. Je ne parle même pas de Tolkien qui était assez avare en détail de ce monde-là. Bref, je ne connaissais rien à la Terre du Milieu, au final. De plus, personne n’avait eu l’idée géniale et ô combien farfelue d’écrire un livre du genre : Comment survivre en compagnie du roi Thranduil de MirkwoodLe B. A. BA en 45 leçons. Ou Le Quotidien des Elfes Sylvains pour les Nuls.

— Vous me paraissez bien jeune, reprit Liamarë – me sortant de mes pensées – avec un sourire de compassion que je détestai tout de suite. Je n’aimais pas ce genre d’attitude. C’est comme si les gens affichaient clairement leur supériorité sur vous. Cela m’énervait au plus haut point.

— J’ai vingt-deux ans, dis-je, les dents serrées. Je ne suis pas si jeune que cela, vous savez.

Liamarë émit un petit rire surpris.

— Vous n’êtes qu’une enfant encore tout compte fait.

Cette fois-ci, ce fut moi qui eus envie de rire. Vingt-deux ans, une enfant ? Si ça lui plaisait de le penser…

C’est alors que je me rappelai que les elfes étaient immortels. J’avisai Liamarë d’un œil, tentant de déterminer quel âge elle pouvait bien avoir… À mon avis,cela devait se compter en milliers d’années… Quant à Thranduil… en fait, au final, c’était un vieux grand-père tout rabougri à l’intérieur. Ce qui expliquait pourquoi il avait l’air si… coincé dans ses manières et ses propos. C’était presque un miracle qu’il ne sente pas en plus la naphtaline ou le vieux à plein nez ! C’était mesquin ce que je venais de penser, mais me dire à quel point j’étais mal barrée… non il ne valait mieux pas y songer !

Fatiguée, je me mis à bâiller si fort que je faillis m’en décrocher la mâchoire. Liamarë se releva.

— Je vais vous laisser vous reposer et j’espère que demain, vous aurez recouvré un peu de force.

— Bonne nuit, lui-dis-je alors qu’elle s’en allait.

Elle se retourna, surprise, et m’adressa un petit signe de tête.

Me retrouvant une nouvelle fois seule, je fis le tour de ma cellule et me rappelai alors qu’il n’y avait rien dedans pour dormir, même pas une couverture. Les enf***, ça s’était vache. Nouveau bâillement. Beurk, mais c’était quoi, cette odeur de rat crevé ? Je mis mes mains en coupe sous ma bouche et mon nez puis soufflai dedans. Merde, c’était moi qui puais comme un chacal en décomposition ? Quelle horreur ! Si seulement j’avais mon sac de survie avec moi. J’avais toujours une brosse à dents de rechange et du dentifrice dedans. Et voilà, maintenant, je ne vais plus avoir autre chose en tête que la furieuse envie de me rafraîchir la bouche ! Ah ! C’est beau la vie en Terre du Milieu, un vrai paradis. Sur cette note tout à fait positive, je m’assis par terre en ramenant mes genoux sous mon menton. Je sentis alors mes yeux picoter drôlement. Je faillis m’esclaffer. C’était bien le moment de me mettre à pleurer. Malheureusement, la sombre réalité de ce que je vivais semblait se concrétiser de plus en plus. Étais-je vraiment en train de vivre quelque chose de réel ? Quand allais-je enfin me réveiller de ce cauchemar infernal ? Épuisée, je ne sentis même pas mes paupières se baisser.

À Suivre


Annotations

* Liamarë : vous vous demandez mais qui est ce personnage ? En fait à la base, elle s’appelait Ilmarë. Pourquoi ai-je changé un si beau prénom ? Parce qu’Ilmarë, la vraie, inventée par Tolkien, est la servante Maia de Varda. Au fur et à mesure que j’ai avancé dans l’écriture de cette histoire, j’ai commencé à m’intéresser de plus près au monde créé par Tolkien. Du coup je me suis aperçue que reprendre des noms au passé si fort serait mal venu. C’est pourquoi j’ai changé Ilmarë en Liamarë.

* Vous aurez remarqué que Cerise fait plein de références à la culture pop’ de son siècle ? C’est une jeune femme qui vit avec son temps et oui, c’est une petite geekette passionnée autant par les beaux gosses que par tout le reste. Ce que j’ai aimé, c’est de pouvoir confronter deux cultures, deux univers et époques totalement différentes l’une de l’autre. C’est pourquoi ses joutes verbales avec Thranduil et les autres Elfes sont bien souvent truculentes.

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