Une Nuit en Enfer

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Une Nuit en Enfer


Cerise


— De quel droit avez-vous osé séduire le bras droit du capitaine de notre garde ?

Je n’arrivais toujours pas à croire qu’il m’ait posé cette question. Je nageais dans une autre dimension. Clignant plusieurs fois des yeux, je finis par éclater de rire; un rire hystérique, nerveux. Je n’arrivais même plus à m’arrêter et je commençais sérieusement à avoir mal aux abdominaux. Avait-il vraiment cru que moi, Cerise Martin, pauvre humaine de mon état, je me risquerais à draguer l’un de ses gardes ?! J’étais tellement choquée. Je venais à peine de me calmer qu’un nouvel éclat de rire me prit par surprise.

— Il suffit ! tonna le grand souverain de Mirkwood en donnant un violent coup de poing sur la table, ce qui eut pour effet de faire tinter assiettes et verres en cristal. — Je vous interdis de vous moquer de la sorte !continua-t-il, outré par mon attitude peu conventionnelle.

Je dus prendre sur moi pour me retenir de rire à nouveau. J’en avais les larmes aux yeux. Je les essuyai d’un doigt tout en dévisageant le roi.

— Loin de moi l’idée de vouloir me moquer de vous, Votre Majesté, dis-je dans un gloussement incontrôlable, mais je pense cependant que cette fois, c’est vous qui tentez de me ridiculiser. Ce n’est pas très gentil, d’ailleurs.

— Comment osez-vous vous montrer aussi insolente ? s’outragea Thranduil. Des faits nous ont été rapportés.

Je le fixai, stupéfaite.

— Des faits ? répétai-je comme si j’avais laissé tomber mon cerveau à mes pieds, parce qu’à vrai dire, je ne voyais pas de quoi il me parlait.

Qui avait bien pu croire que je tentais de me faire l’un des elfes de son royaume ?

Thranduil croisa les bras sur sa poitrine et vint vers moi en quelques pas. Décidément, il aimait bien se sentir proche des sujets de sa colère, celui-là, ne pus-je m’empêcher de penser.

— Je sais, commença-t-il, que vous passez beaucoup de temps avec l’un de mes gardes, Tamril, cela ne peut pas continuer ainsi.

— Tamril ?! m’exclamais-je, aussi surprise qu’offusquée. Mais…Il s’agit juste d’une connaissance amicale avec qui je passe un peu de temps et qui a eu l’extrême délicatesse de me mettre à l’aise avec votre royaume.

Ce qui était tout à fait vrai. Qui pouvait bien croire que Tamril et moi puissions un jour être autre chose que… Une humaine et un elfe qui prennent plaisir à en apprendre un peu plus sur la vie et les mœurs de l’autre ?!

— Vous le voyez tous les jours, insista néanmoins le roi des C… pardon des elfes. Des rumeurs sur vous deux commencent à circuler parmi mes sujets. Je ne peux le tolérer plus longtemps.

— Mais pourquoi ?! objectai-je. On ne fait rien de mal, on ne fait que se parler! continuai-je d’une voix rendue suraiguë par la stupéfaction et l’incompréhension.

Ce n’était pas possible, j’étais tombée dans un mauvais épisode de « Gossip Girl » ou pire… Peut-être que je participais à mon insu, et pas du tout de mon plein gré, à un mauvais remake de « Secret Story » chez les elfes ? Non, parce que je ne voyais pas pourquoi le roi des elfes en question en avait autant après moi. Il avait sans doute d’autres chats à fouetter comme… Dégommer des araignées dans sa forêt plutôt que de s’inquiéter des états d’âme de ses sujets et serviteurs… C’était n’importe quoi. Toutefois, et ce malgré ma colère, je ne pus m’empêcher d’être profondément heurtée par ses mots. Allait-on, en plus, me reprocher de vouloir m’adapter ? C’était un comble, et terriblement injuste!

— Je vous interdis de vous lier à l’un de mes sujets ou l’un de mes gardes ! Est-ce que je me suis bien fait comprendre, Cerise ?trancha le souverain plein de fureur contenue.

Je ne savais plus quoi dire, venait-il clairement de m’ordonner de ne plus parler à personne ? C’était parfaitement immérité. Ce roi était d’une injustice !… Et dire qu’il était le père de mon Legolas. Quelle tristesse !

— Comment voulez-vous que je m’adapte à votre royaume si vous ne me laissez parler à quiconque ?!protestai-je d’une voix morne.

— Vous n’êtes qu’une humaine, vous n’avez pas besoin de vous adapter à quoique ce soit. Ni de séduire qui que ce soit, surtout pas des elfes. Me suis-je bien fait comprendre ? répondit Thranduil avec mépris.

Le roi ne semblait pas vouloir en démordre. Il se montrait absurde et cruel envers moi, mais ne semblait pas s’en rendre compte actuellement.

Pour la première fois depuis que j’étais arrivée ici, je me sentis vraiment très mal. J’avais indubitablement cru que tout ce qui m’était arrivé jusqu’alors était le fruit de mon imagination, mais au bout de deux semaines environ, je m’étais faite à l’idée totalement surréaliste que tout ceci était sans doute et sûrement « vrai ». La vérité avait été dure et extrêmement lourde à digérer. Je n’avais rien à quoi me rattacher et si Tamril n’avait pas été là, ainsi que cette chère Liamarë, je pense que j’aurais commencé à sombrer dans la dépression. Entendre Thranduil vouloir me mettre en réclusion totale me mit une telle chape de plomb dans la poitrine que je crus me briser d’angoisse et de chagrin devant lui. Je n’avais qu’une envie, courir loin de cet être arrogant et sans cœur, me rouler en boule dans un coin et pleurer tout mon saoul jusqu’à ce que le sommeil vienne m’emporter ailleurs.

— Vous êtes injuste, murmurai-je en baissant la tête.

Je sentais les larmes poindre à l’orée de mes paupières et cela m’agaçait profondément de craquer de cette manière devant lui. Il ne méritait pas mes sentiments, quels qu’ils soient, il n’aurait pas mes larmes non plus.

— Est-ce que vous avez compris, Cerise ?! Répondez-moi ! explosa-t-il – totalement indifférent à mon angoisse montante –, avant de m’agripper férocement le poignet pour me tirer vers lui.

Je me retrouvai presque entre ses bras et je pouvais sentir cette odeur émaner de lui, douce, sensuelle et impitoyablement cruelle. De fait, cela m’amena une nouvelle vague de douleur au cœur, aussi écrasante que si je venais d’apprendre la disparition de quelqu’un de ma famille… Sauf que pour eux, c’était moi qui avais disparu et non l’inverse. C’était cela le problème. J’avais disparu, on m’avait arrachée à ma vie pour m’envoyer dans un monde dur et brutal, aussi démunie qu’un nouveau-né et constamment surveillée par un roi aussi froid qu’insensible. Je me sentais si seule depuis qu’on m’avait ravie à mon assommante vie normale. Ma si douce et si passionnante vie, finalement.

— J’ai… compris, bégayai-je tout en haletant et en me dégageant brusquement de lui.

À travers les larmes, car cette fois-ci je pleurais pour de bon, je le vis de toute évidence surpris de me voir dans un tel état, mais je m’en moquais. Il fallait que ça sorte sinon je sentais que j’allais imploser pour de bon. À ma peine et ma douleur s’ajouta le désespoir, car présentement, ce que j’éprouvais n’avait pas d’autre nom.

— Je vous déteste !crachai-je avec toute la rancœur qu’il m’inspirait. Je maudis le jour et la providence qui m’ont amenée jusqu’à vous ! Vous êtes ignoble et sans cœur ! Je veux retourner chez moi ! J’aimerais tellement que vous ne soyez que l’objet de mon imagination, car au moins, je saurais qu’en me réveillant, jamais je ne reverrais votre sale gueule de con ! Je vous hais ! Je vous méprise ! Je vous abhorre au-delà des mots, même !

Avisant le premier objet qui se trouvait devant moi, un vase en l’occurrence, je le lui balançai au visage avant de fuir cet endroit de malheur. Il fallait que je m’éloigne de lui, de ce palais aussi sombre qu’était le cœur de son souverain. J’allais mourir si j’y restais une seconde de plus.

Je ne sus jamais combien de temps je courus, ni où je finis par atterrir, mais je compris que j’avais probablement dû quitter le palais en m’apercevant que j’étais parvenue dans la forêt. Trop exténuée pour me rendre compte du danger dans lequel je venais très certainement de me fourrer, je m’écroulai au pied d’un arbre tout en continuant à sangloter sur mon sort. Comme je l’avais espéré, le sommeil finit par me ravir et m’emporta dans un néant sans rêve. C’était mieux ainsi. Beaucoup mieux.


Thranduil


Comment une si frêle petite humaine pouvait-elle ne pas craindre les représailles d’un roi ? Encore choqué des derniers événements, j’observais la pièce, puis le vase qui s’était écrasé non loin de moi. Cette Cerise m’avait vraiment surpris en osant me lancer cet objet à la figure. Cependant mes réflexes étant ce qu’ils sont, j’avais pu aisément éviter l’attaque. Maintenant, une centaine de morceaux de verre s’éparpillaient par terre, à mes pieds. J’aurais dû être en colère, voire furieux contre elle, mais le seul sentiment que j’éprouvais à son égard était de…

L’admiration.

Oui, je l’admirais.

Jusqu’à présent, personne n’avait jamais osé me défier comme elle venait de le faire. Toute à sa rage et sa douleur, elle s’était déchaînée contre moi et j’avais été surpris par l’éclat étrange qui avait brillé dans ses yeux. Elle n’avait peur de rien : ni de mon courroux, ni de ce que je représentais. Malgré elle, cette petite m’amusait de plus en plus. Elle me sortait de mon quotidien de la plus plaisante des façons. Elle me rendait vivant comme jamais je ne l’avais été depuis…

On frappa à la porte, interrompant à temps le cours funeste que prenaient mes pensées.

— Entrez, dis-je d’une voix forte et assurée.

Tamril et Finlenn arrivèrent, la mine préoccupée. Je ne doutais pas un seul instant qu’ils aient entendu les éclats de voix et le fracas qu’avait causé la petite humaine. Cependant, je pris le temps d’observer les expressions de Tamril. Et si Cerise avait dit vrai ? Peut-être Maeiell avait-elle exagéré ses propos ? Fronçant les sourcils, je me rapprochai de ma garde, faisant attention de ne pas marcher sur les éclats de verre qui jonchaient le sol.

— Que s’est-il passé, Votre Majesté ?questionna Finlenn, l’air sombre. Est-ce que l’humaine vous a manqué à nouveau de respect ?

À ces mots, je vis clairement Tamril se retourner vers son supérieur, son visage prenant une expression des plus soucieuses.

— Manquer de respect, je ne dirais pas cela, commençais-je en choisissant bien mes mots tout en observant discrètement la réaction du bras droit de Finlenn. Elle a juste tenté de m’envoyer un vase au visage.

Finlenn et Tamril sursautèrent tous deux en même temps. Il est vrai que, bien que très courageux de sa part, cet acte n’en restait pas moins répréhensible, surtout quand le Roi lui-même était visé. Un fait impardonnable et non sans conséquences. Il était donc normal qu’ils ne le prennent pas à la légère.

— Nous la retrouverons et nous vous la ramènerons pour que vous puissiez décider de son sort mon Roi, lança Finlenn avec colère.

Acquiesçant de la tête, je me retournais vers Tamril. Il fallait que je sache.

— Tamril, débutai-je d’une voix douce et courtoise. On m’a rapporté que vous aviez été séduit par l’humaine Cerise. Ces faits sont-ils exacts ?

Le soldat me fixa sans ciller, son expression restant totalement neutre. Cependant, je pus voir clairement sa mâchoire se durcir. Intéressant.

— Cela ne l’est pas, Votre Majesté, répondit-il d’une voix neutre.

— Que voulez-vous dire ?insistai-je.

J’avais besoin qu’il soit plus clair pour démêler le vrai du faux de cette histoire de séduction qui commençait à m’ennuyer quelque peu.

— Il est vrai que Cerise et moi-même avons passé beaucoup de temps ensemble ces derniers jours, déclara enfin Tamril avec sérieux. Cela dit, il faut que vous sachiez que l’idée même vient de Liamarë.

— Que voulez-vous dire, Tamril ? demandai-je curieux.

Pourquoi Liamarë avait-elle demandé à ce garde de passer du temps avec l’humaine ? Quelle était sa motivation ?

— Liamarë s’est prise d’affection pour l’humaine et elle a pensé qu’il serait préférable que sa nouvelle protégée se sente acceptée parmi nous. Je lui ai fait faire le tour de votre royaume, lui ai parlé de la vie ici…

Tamril baissa alors les yeux, comme s’il réfléchissait à ce qu’il allait dire par la suite.

— Et elle s’est un peu confiée à moi, avoua-t-il enfin. Pour tout vous dire, Votre Majesté, une certaine amitié s’est tissée entre nous sans que je ne l’aie vu venir.

Intéressant, songeai-je. Ses oreilles ne venaient-elles pas de rougir ? Circonspect, je me tournai vers Finlenn pour guetter ses réactions. Il ne semblait pas surpris.

— Donc, elle n’a jamais tenté de vous séduire ? repris-je, pour être sûr d’avoir bien compris.

— Jamais, Votre Majesté.

Ayant eu toutes les informations dont j’avais besoin, j’allais les congédier d’un signe de main quand Finlenn me demanda une nouvelle fois :

— Et pour la fille, nous vous la ramenons ?

— Non Finlenn, laissez-la se calmer, elle finira bien par revenir à la raison et par se rendre compte dans quels ennuis elle s’est fourrée toute seule. À ce moment-là, j’aviserai le genre de sanction qu’il conviendra de lui donner.

Comprenant que la discussion était terminée, ils s’inclinèrent avant de vaquer à leurs occupations respectives.

Une fois seul, j’allai m’asseoir sur une banquette sous de la fenêtre de ma chambre à coucher pour réfléchir tranquillement aux derniers événements. Force était de constater que je ne m’étais pas ennuyé un seul instant. Le reste de la soirée fut bien plus calme jusqu’à ce que Maeiell me rejoigne pour débarrasser la table et me questionner sur mes envies pour la nuit à venir. Clairement, j’avais besoin de quiétude et la solitude me semblait la meilleure des amies actuelles. Je vis bien à son expression qu’elle semblait déçue de mon choix, mais ne m’en porta pas rigueur. Après tout, j’étais le roi.

Mon regard se perdit au-dehors. Je vis les rayons clairs et lumineux de la lune, aussi majestueuse qu’inaccessible, transparaître à travers la roche de nos cavernes. Magnifique, pensai-je avec une nostalgie manifeste. Elle semblait aussi immuable qu’au premier jour où je l’avais découverte. Je m’enfonçai encore un peu plus dans les méandres de mes souvenirs et me rappelai avec un certain regret– qui me venait de plus en plus rarement – de la beauté de notre forêt d’antan, celle que nous appelions alors «Vert-Bois». Une époque révolue depuis des siècles. J’espérais vraiment venir à bout des araignées et de cette maudite forteresse maléfique qu’était Dol Guldur. Un véritable poison pour notre territoire. Celeborn et moi-même avions conclu un marché où je devais lui céder une partie des bois une fois que nous l’aurions totalement assainie. Devoir donner un bout de moi ne me plaisait guère. Cela faisait des millénaires que j’assumais seul les pleins pouvoirs en cette partie de la Terre du Milieu. J’avais dû prendre sur moi pour accepter une telle requête. « Le monde change, père, il évolue et vous vous renfermez sur vous jusqu’à ne plus être que l’ombre de vous-même ». Mon fils n’avait pu si bien dire et c’était avec le regain d’un espoir presque douloureux que j’avais tenté de m’ouvrir au monde extérieur. L’image de l’humaine, Cerise, vint s’imposer à ma conscience. Le monde venait à nouveau vers moi. Je ne savais pas si sa présence me plaisait vraiment, mais elle remuait des sentiments qui, pour l’instant, n’avaient pas besoin d’être analysés. Le moment viendrait bien assez vite pour que je m’en préoccupe alors.


Cerise


Quand je me réveillai, je me rendis compte qu’il faisait nuit noire. Un peu confuse, je mis un certain temps à me rappeler pourquoi je me trouvais là. Pourquoi Thranduil était-il si odieux et pourquoi cela me touchait-il autant ? Je n’avais aucune envie de rentrer au palais, mais je n’avais nulle part ailleurs où aller. Je soupirai bruyamment. J’aurais donné n’importe quoi pour être chez moi, dans mon lit douillet à lire un bon livre ou regarder un bon film sur mon ordinateur. Franchement, les filles qui rêvaient de tomber dans leur histoire favorite, en l’occurrence celle du Seigneur des Anneaux et du Hobbit ne savaient pas vraiment à quoi elles avaient affaire. Cela dit, dans les rêves, on ne prenait que les parties les plus agréables, on ne pensait pas à tous ces à-côtés qui nous auraient refroidies en moins de deux. Prenant sur moi, je me relevai tant bien que mal. Une légère brise fraîche me fit frissonner de la tête aux pieds. Je restai plantée là un instant, comprenant que rentrer serait quasiment impossible. Il faisait très sombre et, bien sûr, la forêt de Mirkwood ne possédait aucun lampadaire digne de ce nom pour éclairer les potentiels retardataires ou déserteurs comme moi. Quelle poisse, nom de nom ! Comment je vais faire pour rentrer, maintenant ? Prenant appui contre un arbre, je fis quelques pas avant de me prendre un tronc en pleine figure.

— Magnifique, Cerise ! me tançai-je vertement.

J’étais bonne pour passer la nuit dehors, compris-je avec appréhension. Tandis que j’essayai d’avancer tant bien que mal, je sentis que quelque chose venait de m’agripper le bras. Chut ! m’intimai-je, surtout, ne pas hurler. Un drôle de bruit, comme une sonorité suraiguë, s’approcha dangereusement de mes oreilles. Je n’osai plus respirer, la peur faisait battre le sang contre mes tympans à un rythme insoutenable. Je priai de toutes mes forces pour que ce ne soit pas ce que je craignais. Je n’osai même pas prononcer le mot dans ma tête non plus. Ce ne fut que lorsque je sentis clairement quelque chose de filandreux et de poisseux s’accrocher à mon épaule dénudée que je me mis à crier comme si ma vie en dépendait… Rectification, ma vie en dépendait !

Me dégageant comme je le pouvais, je me mis à courir, toujours en hurlant de toutes mes forces. Ce qui fit enrager les araignées qui émirent elles aussi des cris stridents en réponse aux miens. Car oui, j’avais bien des araignées à mes trousses.

Si jamais je m’en sortais vivante, je jurais d’être une hôte bien sage et sérieuse. Je me promis même de me mettre aussi au Sindarin, mais si seulement je ressortais vivante de cette soirée d’enfer ! En attendant, je me débattais tout en braillant comme une possédée, bien décidée à tout donner… Même le pire ! Surtout le pire !

Je ne me rendis pas compte que plusieurs ombres plus filiformes que celles des araignées s’étaient approchées de nous et décochaient flèche sur flèche, faisant mouche à chaque coup.

— Baissez-vous ! s’écria l’un de mes sauveurs.

Un immense soulagement m’étreignit la poitrine. Je fis ce qu’on me demandait sans protester. J’avais bien trop peur pour dire quoique ce soit d’autre, hormis de continuer à gémir comme une folle.

Par terre, les mains sur la tête et tremblant comme une feuille, je fermai les yeux en priant pour que ce cauchemar s’arrête. Je sentis une main ferme m’attraper par la taille et je me retrouvai hissée contre quelqu’un.

— Accrochez-vous, me dit-il tout contre mon oreille.

Il avait un drôle d’accent quand il parlait. Essayant de me reprendre, je me raccrochai à cette voix pour ne pas sombrer dans l’horreur de ce qui m’arrivait.

Tout en frissonnant de tous mes membres, je passai mes bras autour de son cou et enfouis ma tête contre son torse. Je sentis alors que l’elfe s’était remis en action. Il courait tout en donnant des ordres à ses compagnons – que je ne distinguais pas – en langage elfique que je ne comprenais toujours pas. Pour l’heure, je m’en fichais, tout ce que je désirais, c’était qu’on me sorte de là. Notre course dura un bon moment avant que je n’entende clairement les portes du palais de Thranduil se refermer derrière nous et que la flamme d’une bougie ne vienne perturber les ténèbres qui se trouvaient derrière mes paupières closes. J’étais toujours dans les bras de l’elfe qui ne m’avait pas lâchée non plus. Lentement, je relevai la tête et ouvris les yeux… pour me perdre dans deux lacs tranquilles. Avisant ce soldat que je ne connaissais pas, je me mis à l’observer ouvertement. Il était blond et son air semblait aussi hautain qu’un certain roi que j’avais fui quelques heures plus tôt. Sentant que je le dévisageais, il baissa la tête vers moi.

— Allez-vous bien, ma dame ? me demanda-t-il, soucieux.

Il avait de jolies lèvres ourlées, lui aussi, et son visage dans l’ensemble ne dépareillait pas des autres elfes de ma connaissance. Il semblait, tout comme les autres, échappé d’un magazine vantant les mérites des retouches informatiques des logiciels, genre Photoshop. C’était un scandale d’être aussi parfaitement parfait, mais aussi très inhumain.

Je lui fis un hochement du menton pour lui signifier que oui, j’allais bien. Il parlait le langage commun avec un très bel accent qui me plut immédiatement. Allez savoir pourquoi, mais bon, même si j’allais bien, je devais aussi reconnaître que je n’avais toujours pas recouvré toute ma tête. Doucement, il me remit sur mes pieds et je pus voir qu’il était vraiment très grand et classe malgré les couches de toiles d’araignées qui le recouvraient de la tête aux pieds. Avec son espèce de manteau rouge drapé tout autour de lui et tous ces fils, on aurait dit un ersatz de Spiderman qui aurait eu quelques soucis avec ses joujoux aux poignets… Impossible de me retenir, je me mis à rire d’abord doucement puis à gorge déployée – Réactions certainement dues au traumatisme de ce que je venais de vivre. Le pauvre me fixait d’un air de pure incompréhension.

— Vous êtes certaine que tout va bien ? me redemanda-t-il, perplexe.

— Oui, oui, lui répondis-je entre deux éclats de rire, mais vous… vous ressemblez à un Spiderman qui se serait roulé dans sa toile.

Le pauvre elfe semblait bien démuni face à moi. Il faut dire qu’il ne devait pas comprendre grand-chose à mon charabia de fangirl possédée — eh oui, Cerise la folle a encore frappé — et je le vis parfaitement chercher des yeux un des gardes du palais de Thranduil pour lui venir en aide. Tandis que je reprenais difficilement contenance, je vis deux nouveaux elfes en armure arriver aux portes. Ils n’arboraient pas les mêmes couleurs que ceux de la garde du souverain de Mirkwood. Étrange, d’où venaient-ils ? Toute à mes questions, je ne vis pas Finlenn et Tamril qui arrivaient, le visage totalement inexpressif.

— Mae govannen* Haldir, commença Finlenn tout en posant la main sur son cœur.

— Mae govannen, reprit l’autre, encore plus guindé que le capitaine de la garde de Mirkwood, et là je trouvais ça carrément fortiche.

Faudrait un jour qu’on songe à leur retirer cette espèce de balai qu’ils avaient tous dans leur fondement elfique. Non mais sérieusement.

Haldir ?

Attendez trois secondes là… il a bien dit Haldir ? Comme Haldir gardien des bois de la Lothlórien ? Je sentis mes yeux s’agrandirent de stupeur et mon cœur s’emballer comme un fou ! Non, mais j’avais Haldir en face de moi… Oh mon dieu, Haldir m’avait portée dans ses bras ?! Oubliant toute la dignité qui me caractérisait depuis mon arrivée ici – ironie quand tu nous tiens –, je me ruai sur l’elfe en le dévisageant comme s’il était Dieu en personne ! Ah !Pourquoi n’avais-je pas de papier et de stylo sur moi pour un autographe ?!

— Vous… vous êtes Haldir ?! demandai-je sans pouvoir m’empêcher de couiner en même temps.

Ce dernier me regarda comme si j’avais perdu la tête, et en un sens c’était sans doute le cas.

— Vous ne ressemblez pas du tout à l’acteur qui joue votre rôle, continuai-je indifférente aux regards de pur dépit et d’avertissements que me lançaient maintenant, et avec acharnement, Finlenn et Tamril.

— Vous êtes certaine que vous allez bien ? me redemanda pour la énième fois mon idole du moment.

Je mis un temps avant de lui répondre, me mordillant la lèvre inférieure afin d’éviter de me ridiculiser en poussant des petits cris d’orfraie.

— Craig Parker me faisait un peu craquer, mais vous… Vous êtes encore plus canon ! dis-je en omettant de répondre à sa question.

Oui, j’étais totalement partie dans mes délires, de plus, cela m’empêchait aussi de craquer. Un élan de panique me gagna. Non Cerise, ne pense plus à ce dont tu viens de réchapper, pense à autre chose… Craig Parker, oui voilà. C’est mieux. Je me demandais d’ailleurs s’il était aussi bien foutu physiquement que l’acteur qui jouait son rôle… Non parce que depuis que j’avais vu Craig à poil dans Spartacus… Comment dire… C’est fou ce qu’il faisait chaud tout d’un coup.

Adieu petites araignées poilues.

— Cela suffit, Cerise ! me gronda Tamril en me prenant le bras. Puis se tournant vers Haldir : — Excusez-là Haldir, la soirée a été rude pour elle. Mais dites-moi, où l’avez-vous trouvée ? Cela va faire des heures que nous la cherchons partout.

— À quelques secondes près, vous ne l’auriez jamais retrouvée, répondit le gardien de la Lórien, affichant un air sombre qui fit tiquer Finlenn.

— Que voulez-vous dire ? questionna-t-il sur le qui-vive.

— Elle était à deux doigts de se faire dévorer par une des descendantes d’Ungoliant quand mes frères et moi-même avons entendu ses hurlements stridents.

Je sentis alors très clairement les doigts de Tamril s’enfoncer plus durement dans le gras de mon bras. Il me faisait mal ! Je grognai de douleur.

— Cerise, me jeta-t-il avec colère, nous vous avions pourtant formellement interdit de sortir hors de l’enceinte du palais! Vous êtes d’une inconscience folle !

Je le dévisageai surprise et je sentis la colère monter en moi.

— Non, j’étais juste au trente-sixième dessous à cause de l’autre espèce de con… Enfin, celui qui vous sert de souverain, déclarai-je, énervée, contrôlant difficilement mes émotions.

Voyant que mes propos avaient choqué ma courte assemblée, je soupirai bruyamment. Ce n’était sans doute pas le moment de perdre mon calme. Tant pis, je n’en étais plus à ça près.

— Tamril, dit Finlenn, raccompagne-la dans sa chambre et fait en sorte qu’elle n’en sorte pas. Le Seigneur Thranduil voudra très certainement lui parler plus tard. Puis, revenant à Haldir et ses frères : — Suivez-moi, je vais vous annoncer pour que vous puissiez faire votre rapport, ensuite je vous montrerai vos quartiers. Vous devez être épuisés.

— Effectivement, entendis-je Haldir répliquer tandis que ses compagnons et lui même suivaient Finlenn dans les couloirs sombres du palais de Thranduil, sans un regard pour moi.

Hypnotisée, je ne vis pas que Tamril me tirait par le bras pour me ramener jusqu’à ma chambre.

— C’est un miracle que le roi n’ait pas demandé à ce que vous soyez jetée une nouvelle fois en cellule, voire pire, après l’esclandre que vous avez fait, me dit-il avec humeur.

— Désolée, rétorquais-je alors que je n’étais pas désolée du tout. Il m’avait mise hors de moi.

Tandis que nous avancions à vive allure, Tamril s’arrêta brusquement. Totalement perdue dans mes pensées, je ne fis pas attention et le percutai de plein fouet dans le dos.

— Vous nous avez causé une très belle frayeur, vous savez.

Notre collision accidentelle ne l’avait semble-t-il pas perturbé plus que cela. Quant à moi, je me frottais le nez pour en chasser la douleur. Il ne s’était pas retourné vers moi non plus pour me dire ça, mais je m’en moquais. Ces mots que je n’attendais pas me firent plaisir. Pour la première fois depuis que j’étais arrivée ici, j’avais l’impression que quelqu’un se souciait réellement de moi. Tamril était vraiment gentil, à sa manière.

— Je suis désolée, dis-je tout bas.

Oui, pour lui, je l’étais. Je voyais bien que je lui avais vraiment fait peur. Ce qui ne devait pas être le cas de l’autre souverain présomptueux, imbu de sa magnifique personne. J’étais certaine que ma disparition ne l’aurait en rien affecté ! Y songer faillit me remettre en colère.

— Vous pouvez l’être, reprit Tamril, inconscient du tournant que prenaient mes pensées. Je suis certain que lorsque le roi Thranduil viendra vous voir tout à l’heure, vous le serez encore plus, ajouta-t-il plus sèchement.

Il s’arrêta le temps d’ouvrir la porte de ma chambre et il me laissa pénétrer à l’intérieur.

— Je préfère vous prévenir que Sa Majesté était furieuse contre vous, et moi aussi – d’ailleurs je le suis toujours. Nous avons assez de soucis avec le danger que représentent les descendantes d’Ungoliant pour nous inquiéter d’une simple petite humaine aussi inconstante que stupide !

Oui, Tamril était indubitablement très en colère contre moi, compris-je quand il se détourna pour me laisser seule sans même me saluer.

Je l’avais mérité, c’est vrai, toutefois ses propos me firent mal au-delà des mots. Je n’étais pas vraiment remise de la peine que j’avais eue un peu plus tôt, et ce, malgré ce qui m’était arrivé après. J’avais baissé les yeux pour qu’il ne puisse pas voir les larmes revenir en force quand il m’avait raccompagnée jusqu’ici. Levant la tête vers le seuil désert, je compris qu’il ne reviendrait pas. J’étais à nouveau toute seule. Mandieu, qu’est-ce que ma famille et mes amis pouvaient me manquer ! M’essuyant les yeux tout en reniflant, je récupérai mon sac et en sortis mon IPod. La batterie était encore pleine – j’avais beaucoup de chance. Je l’utilisais avec parcimonie pour pouvoir la faire durer le plus longtemps possible. Je ne voulais même pas envisager le moment où je me retrouverais sans ma musique. Rien qu’à l’imaginer, une boule d’angoisse se forma dans mon ventre. Tentant de la balayer, je mis mes écouteurs, appuyai sur l’objet et me décidai à écouter du Led Zeppelin. Ce groupe avait le don de calmer mes nerfs à vif.

C’est sur « Baby I’m gonna Leave you » que je m’assoupis pour de bon.


Tamril*


Depuis son arrivée parmi nous, elle avait réussi à chambouler notre existence, même celle bien rangée de notre Souverain. J’étais curieux d’elle. C’était la première fois que je rencontrais une femelle humaine. Cerise était tellement différente des elfines de notre royaume. Je mentirais si je ne disais pas qu’au départ, je l’avais sentie comme une menace à notre tranquillité.

Je m’étais même dit que j’aurais dû la laisser se faire dévorer par les araignées de la forêt, mais sa détresse avait résonné en moi comme un écho à ma propre souffrance passée. Je l’avais donc sauvée d’un sort funeste et aujourd’hui, je ne savais plus trop quoi penser de tout cela. Je savais, par conviction, que notre destinée était déjà tissée par la Tisserande, la grande Vairë que je priais et remerciais régulièrement. Je n’étais qu’un simple elfe sylvain, né de parents sans haute lignée. Il avait fallu que je perde ce que j’avais de plus cher au monde pour me retrouver ici à un rang auquel jamais je n’aurais cru accéder un jour. Le bras droit du capitaine de la garde du roi Sinda.

Une bénédiction qui m’avait valu le regard appréciateur de toutes les elfines se trouvant encore sans mâle pour les protéger. J’aurais pu me marier, mais je désirais, tout comme mes parents avant moi, trouver celle qui serait mon âme sœur.

— À quoi penses-tu, cher Tamril ? me demanda Liamarë qui venait de s’asseoir à mes côtés.

Nous nous trouvions dans un petit salon appartenant à l’entourage du roi. En tant que simple elfe sylvain, je n’y aurais pas eu accès si je n’avais pas été le bras droit de Finlenn. J’étais venu ici me détendre après que j’eusse laissé Cerise à ses réflexions. Elle m’avait profondément agacé et déçu. Parfois, j’en venais à regretter de m’être rapproché d’elle. J’avais l’impression que rien de bon ne sortirait de cette relation que j’avais commencé à entretenir avec elle. Elle n’était qu’humaine après tout.

— Ta petite protégée nous a encore causé bien du souci, ne pus-je m’empêcher de répondre un peu durement.

— Oh ! s’exclama-t-elle en rougissant d’embarras. Je lui avais pourtant dit de faire attention à son comportement avec notre Roi.

J’éclatai d’un rire sans joie.

— Comme nous tous, mellon nín, répliquai-je. Mais cette petite humaine à plus de caractère que tous les nains d’Erebor réunis.

Je me souvenais encore de la compagnie de Thorïn Oakenshield qui avait eu l’outrecuidance de s’évader des cachots dans lesquelles nous les avions enfermés. Ce n’était pas forcément un souvenir des plus glorieux. Ce jour-là était celui où j’avais aussi décidé de ne plus jamais avaler une seule goutte d’alcool. J’avais fait la bêtise de m’enivrer en compagnie de Galion et c’était par notre faute à tous deux que nous les avions perdus. J’avais été vertement réprimandé par Finlenn qui m’avait mis à pied pendant une longue semaine. Non, vraiment pas le meilleur souvenir, me dis-je pour moi-même.

Revenant au présent, je récupérai mon verre d’eau et le vidai d’un trait. Oui, Cerise avait un sacré tempérament. Et si j’étais honnête avec moi-même, je devais reconnaître que cela m’attirait comme un aimant.

Étais-je déjà perdu ?


Thranduil


Cela faisait bien des siècles que je n’avais pas eu une soirée aussi mouvementée. Après la crise d’hystérie de Cerise, je m’étais plongé dans mes souvenirs et j’avais descendu, un peu trop facilement à mon goût, la carafe de vin du dîner. Je m’apprêtais à prendre un peu de repos quand Finlenn s’était présenté à moi, l’air préoccupé.

— Que se passe-t-il pour que vous veniez me déranger à cette heure-ci ? lui avais-je demandé d’un ton agacé.

— Il s’agit de l’humaine, Votre Majesté, Cerise. Elle a disparu.

Encore elle, décidément, cette femme était pire qu’un regain d’énergie maléfique!

— Et où a-t-elle bien pu disparaître ? Cherchez-la et retrouvez-la. C’est un ordre !

— Oui, Sire…

Et voilà comment une soirée, qui s’était poursuivie presque tranquillement, avait tourné au cauchemar. L’humaine avait disparu au nez et à la barbe de tous. J’espérais personnellement qu’elle n’avait pas eu l’idée saugrenue de sortir hors des murs du palais. Une nouvelle fois, je me trompais lourdement.

oO§Oo

La garde personnelle de la Dame de Lórien et de son époux Celeborn, qui ne devait arriver que le lendemain, était à présent face à moi. Ils étaient arrivés avec beaucoup d’avance. Ce qui ne me plaisait guère. Je n’aimais pas les surprises. L’un d’eux m’annonça alors qu’il avait trouvé une femme sur la route en bien mauvaise posture contre des araignées géantes. Il fut vraiment très difficile de ma part de ne pas pousser un hurlement de rage contre cette petite idiote qui s’était encore fourrée dans les ennuis, mais je me retins. J’irais certainement la voir dès que j’en aurais terminé avec eux. En attendant, j’adoptai un air détaché et ennuyé.

— Vous êtes arrivés plus tôt que prévu, m’enquis-je d’une voix monocorde.

— Oui, nous avons pris de l’avance par rapport au reste de la troupe. Ils n’arriveront que demain dans la journée. Mes frères et moi-même tenions à vous présenter nos respects en premier lieu et vous remettre ceci, me dit le plus imposant, celui qui devait être Haldir, si mes souvenirs étaient exacts.

Je tendis la main pour prendre la missive qui était retenue par le sceau de Celeborn, l’époux de la Dame Galadriel.

— Je la lirai demain, dis-je en posant la lettre sur une table. Il est tard et vous devriez tous prendre un peu de repos.

Haldir et les deux autres qui l’accompagnaient s’inclinèrent avant de poser la main sur leur poitrine en signe de respect. Les elfes des bois de la Lothlórien étaient si … cérémonieux ! Bien plus que ceux d’ici en tout cas. J’exhalai un long soupir quand ils eurent enfin quitté la salle.

Pianotant un instant l’accoudoir de mon fauteuil, je me perdis dans mes réflexions. Il fallait que je me calme un peu si je voulais retrouver l’humaine, sinon je ne donnais pas cher de son état mental une fois que j’en aurais fini avec elle. Elle avait ce don bien étrange de savoir appuyer là où cela faisait mal. Bien que simple humaine, elle était sous ma responsabilité. Elle n’avait pas fini de me livrer tous ses secrets et je ne lui permettrais pas de disparaître sans avoir tout compris du monde auquel elle appartenait. Elle n’avait pas fini de me divertir.

Dès que je fus certain d’être un peu plus serein, je décidai enfin d’aller retrouver celle qui nous causait tant d’émotions contradictoires, et qui avait bien failli avoir raison de ma garde personnelle ce soir. Je savais que malgré mon calme apparent, c’était une erreur de me rendre à sa chambre, j’avais un peu trop bu et l’alcool me rendait plus hardi, moins vigilant. Longeant les couloirs, je ne croisai pas âme qui vive sauf quelques soldats qui montaient la garde et qui s’inclinèrent dès que je passai devant eux. Je n’eus même pas un regard en leur direction. À mes, yeux, ils faisaient partie du décorum intérieur.

Une fois arrivé, je me gardai bien de frapper et entrai directement à l’intérieur de la pièce. Une chandelle brûlait à côté du lit où l’humaine, Cerise, était allongée. Elle semblait endormie. Un bruit tout à fait étrange émanant de ses oreilles me fit froncer les sourcils. Elle tenait à la main une sorte de petite boîte métallique très fine. Je ne lui avais pas posé la question quand je l’avais sortie de son sac quelques jours plus tôt, mais maintenant cela m’intriguait au plus haut point. Prestement, je me dirigeai vers elle et je me penchai prenant appui d’une main contre le matelas de son lit. Curieux, je tentai de lui enlever une de ses choses qui était fixée dans son oreille de l’autre main quand elle eut un mouvement brusque.

Mais que faisait-elle ?

Écarquillant les yeux, je compris qu’elle venait d’attirer mon visage jusqu’au sien et je pus voir venir ce qui allait arriver quelques secondes trop tard. Elle avait déjà posé ses lèvres sur les miennes. Choqué, j’ouvris la bouche pour lui dire de me lâcher quand je sentis sa langue caresser l’intérieur de ma lèvre inférieure. J’avais beau être un elfe millénaire froid et tout ce que l’on voudra bien dire de moi, je n’en restais pas moins un mâle en de pareilles circonstances. Quand sa langue vint frôler la mienne, je poussai un gémissement, sentant une partie de mon corps répondre très clairement à son appel. Une envie sourde me vrilla les reins comme jamais je n’en avais ressenti auparavant, mais la raison et l’incompréhension furent les plus fortes. Je me dégageai rapidement d’elle, l’air hagard et totalement offusqué.

Elle venait d’ouvrir les yeux et me dévisageait étrangement.

À Suivre


Annotations

* Mae govannen : phrase de politesse en Sindarin qui signifie : heureuse rencontre.

* Cerise a des goûts assez éclectiques en matière de musique. C’est une mélomane qui aime plusieurs styles et qui ne pourrait vivre sans son Ipod.

* Encore une fois, notre héroïne nous montre à quel point la culture pop’ a une importance capitale dans sa vie. Toutes ces références lui permettent de tenir le coup et surtout de garder pieds.

* La présence de Haldir en ces Terres est expliquée par le fait qu’après la guerre de l’anneau, les elfes se sont concentrés pour éradiquer totalement le mal qui restait encore présent à Dol Guldur, non loin de la Forêt Noire. Thranduil a donc reçu l’aide de Celeborn et de la Dame Galadriel.

* Oui, j’ai rajouté un POV avec Tamril, tadaam !

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